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pour moi d'avoir mis cette l>arrièrc entre la iH.'génération française et moi. » Gomme on lui apprend tpie les instructions à ses diocésains ont été condanmées au feu par le tribunal du district : « Je puis l)ieii vous assurer, répondil le i'^' octol>re, que je n'ai rien senti de cette brûlure. J'ignore l'opinion, à ce sujet, do l'ancien maire de la cité, aujourd'hui juge au district. Ce dont je ne peux douter, c'est qu'il fut d'avis de recevoir un louis.de moi, en signe de charité, après la harangue qu'il me lit le jour de ma l'éception. Je suis également certain qu'il n'est aucun de ses collègues dans le tribunal qui ne m'ait fait Ihomieur d'accepter quelque service de moi, en temps propice. » Ailleurs le prélat dit qu'il change de ville comme de chemise. Bref, le ton de sa coi-respondance, qui al)onde en traits heui'eux et garde mie parfaite aisance de grand seigneur, n'indique point im homme terrassé par la douleur, malgré la gène qui menace de l'étreindre, moins, il est vrai, que la ijlupait des émigrés. Sous l'Empire, en i8o5, il écrira de l'étranger à Carcassonne, pour se créer quel- ([ues ressources par la vente de tapisseries qu'il a encore dans cette ville. On lui fait savoir que le placement en est très diflicile, que cependant le cui'é de Saint-Vincent se chargerait pour 35o francs de l'histoiiHî de Samson afin de tapisser le chœur de son église. « Sans se rendre coupable de la trahison de Dalila, je crois, répond Vintimille, qu'on peut livrer Samson au curé de Saint- Vincent '. » Nous trouvons encoixî la note gaie dans la correspondance d'un Oratoi'icn du Gers, le P. Michel M<mtaiutet, qui, niché à Saint-Sébastien dans les combles d'une vieille masure, rédige des lettres remplies d'une verve gasconne, qu'il signe pompeusement : Michel du Galetas.
Tous les prélats n'avaient certainement pas autant d'esprit, ni sans doute autant de force de résistance, que
I. Mgr de Vintimille d'après sa correspondance, pp. 18, 5i, 69, 81, 82.
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M. de Yintimillc. Peut-être avaient-ils, en retour, une âme plus profonde, plus sensible aux malheurs de l'Eglise et à leur propre infortune. Nous aimons mieux trouver chez eux des larmes que de la bonne humeur, et ces larmes coulerit abondantes. En présence des événements qui les accablent, nous entendons l'évêque de Dijon s'écrier dans sa douleur : « Quelle position est la nôtre ! »; l'archevêque de Bordeaux : « Nous sommes tombés dans un grand abaissement »; l'évêque de Glande ves répéter mélancoliquement avec l'Ecriture : Dies pauci et niali; tel autre prélat terminer par le vers du poète le récit de ses infortunes :
Quis talia fando Temperet a lacrymis!
II eût fallu ici un Jérémie pour égaler, comme dit Bossuet, les lamentations aux calamités, pour redire, selon l'expression d'un proscrit, « les indicibles tourments de l'émigration ' ». A son défaut, la petite Eglise gallicane, réunie à Munster, en Westphalie, sut composer pour la circonstance tout un ofQce où avait passé quelque chose de l'accent des prophètes, et aussi l'inspiration pai-fois si vibrante des hymnes de l'ancien bréviaire. Nous devinons d'ici l'émotion de cette légion de confesseurs répétant les chants de l'exil sur la terre étrangère, et faisant retentir d'une voiK puissante la cathédrale de la ville de ces paroles auxquelles les événements de France donnaient un commentaire sinistre : « Les teuiples du Tout-Puissant s'écroulent sous la hache impie, le pontife tombe comme
I. Baston, II, 202. — L'évêque de Castres, M. de la Royère, écrit le 2 novembre i~v/n : « Pour moi, je tends avec rapidité à la fin de ma carrière : je ne conçois pas comment je ne suis pas mort de douleur, de tous les maux que souffre mon cher troupeau, des crimes, des profanations et des sacrilèges qui l'ont souillé. J'en suis occupé sans cesse aux pieds de mon crucifix. Je suis par la grâce de Dieu fort peu sensible à mes amertumes personnelles, mais je suis accablé des maux de mon diocèse, de l'Eglise et de la France. »
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unc victime. Les autels boivent le sang de leurs prêtres, et c'est une mort semblable à la vôtre, ô Christ, qui fait couler leur sang ! — Oui, la- terre est enivrée du sang des martyrs : ceux qui survivent, exilés, à travers mille dangers, ont gagné des contrées baignées par un autre soleil. — C'est assez de colère. O Dieu, ne méprisez pas ces précieux restes, ou la terre verra s'achever la ruine de la foi... O Père, en souvenir de vos enfants pieux, daignez abréger ces jours cruels ^. »
Ces prêtres, ces évéques, faisaient mieux que d'envoyer jusqu'au ciel le cri de leurs malheurs, ils honoraient en leur personne dans tous les pays de l'Europe le clergé de France. Celui-là même qui, après avoir conduit à la Constituante le deuil de l'Église gallicane, présidait, à Munster, l'office dont nous parlions tout à l'heure, le cardinal de La Rochefoucauld, archevêque de Rouen, méritait qu'un témoin de sa vie écrivit de lui : « Avec un esprit ordi naire..., il se montra si grand dans l'adversité, si su})érieur à l'immense fortune qu'il avait faite sans la chercher, et à laquelle il n'avait pas donné un soupir en la