I^O LES SOUFFRANCES ET LES VERTUS DE L EXIL
versel avaient eu les malheurs du clergé de France, et quelle estime profonde, quelle admiration, quelle vénération , son courage, son renoncement et ses vertus lui avaient conquises dans le monde. L'évéque d'Orense eut un jour l'occasion d'exprimer ses sentiments avec une spirituelle délicatesse à un prélat friançais. Ayant reçu une mitre tressée de feuilles de palmier, il l'envoya à un confesseur de la foi, l'évéque de la Rochelle, réfugié en Castille, avec ce mot charmant : « On m'a donné une mitre de palme; j'ai voulu l'essayer à ma tête, et elle n'y va pas du tout. Quoique de loin, j'ai pris les dimensions de la vôtre, et j'ai vu que ma mitre était à sa juste mesure '. »
De tous les exemples de vertu donnés au monde par le clergé français émigré, aucun peut-être n'eut autant d'éclat que l'austérité des Trappistes dans les lieux d'exil où les poussa la Révolution. Ces religieux, chassés de la Maison-Dieu, près de Mortagne, trouvèrent un asile en Suisse, à la Valsainte, dans un couvent de Chartreux on ruines. Ce couvent essaima on Belgique, en Piémont, on Allemagne, et jusqu'en Espagne où s'ensevelit l'un des plus brillants gentilshommes de l'armée de Condé, ce Charles Clausel de Coussergues, en religion Fr. Jean Climaque, dont Chateaubriand, dans le Génie du Christianisme, a raconté la conversion et publié les admirables lettres. Sur divers chemins de l'Europe, en particulier en Suisse, en Westphalie, en Bavière, en Autriche, on vit défiler sur trois colonnes, sous la haute direction de dom Augustin de Lestrange, d'abord les Trappistincs pour lesquelles la princesse Louise de Condé, Trappistine elle-même, avait demandé à l'empereur Paul 1" un
I. TiiEiNER, II, 1-3, donne le texte latin de la lettre de l'évéque d'Orense. — Mémoires d'Auriùcau; P. Delbrel, loc. cit. — Voir dans la notice sur le dernier évêque de Dax par Girot de la Ville (p. i3i-i38) les touchantes lettres échangées entre M. de la Neufville et Pierre de Quevedo, évêque d'Orense.