HAINE DE LA RÉVOLUTION
M. (le Nicolaï, stigmatise « l'infernale Révolution » ». Les événements se chargent d'augmenter tous les jours chez les émigrés l'horreur de la Révolution avec les regrets de la Monarchie. On devine la stupéfaction, l'horreur et l'épouvante, que devaient exciter dans leur âme k"s nouvelles de France, les tragédies sanglantes qui se succèdent de 1792 à 1794. L'évoque de Castres, M. de Royère, écrit de Vich que ces catastrophes lui annoncent « la fin du monde ». Il croit voir dans les attentats de la Révolution « la persécution prédite par un saint et célèbre auteur du XI* siècle, après laquelle il n'y aura plus que celle de l'Antéchrist ». L'évéque de La Rochelle décrit dans une page éloquente son dégoût pour une France déshonorée par tant de crimes. Il pense, en plein règne de Robespierre, que son retour dans la patrie est proche, et alors il envoie de Guadalaxara, le i**" novembre 1793, une « lettre pastorale pour préparer son clergé à reprendre son ministère ». — « S'il fut un temps. Nos Très Chers Frères, écrit M. de Goucy, où elle pouvait encore avoir des charmes pour nous, cette patrie qui nous a chassés de son sein et dépouillés des droits les plus sacrés ; s'il fut un temps où nous pouvions encore espérer de revoir avec joie cette terre qui nous a vus naître, c'était sans doute avant qu'elle fût arrosée ou plutôt inondée de tant de sang, et qu'elle eût produit tant de forfaits. Aujourd'hui l'horreur que la France nous a inspirée semble avoir étouH'é jusqu'au sentiment naturel qui nous y attachait ; et l'idée d'y rentrer ne nous frappe que par le spectacle douloureux sur lequel
I. Au-delà de la frontière, les simples prêtres ont, comme les évèques, plus de liberté de langajçc. L'abbé Traizet, ancien curé d'Orraois, s'était vu obligé de lire dans son église pendant trois longties heures un factuni sur la prise de la Bastille. Les meneurs le forcèrent d'endosser l'ornement rouge pour la messe du 14 juillet. Arrivé à Tournai, dans son exil, il se « défait de ce qu'on appelait la cocarde nationale ». Des enfants la ramassent. Étonnés de trouver des prêtres dans des hommes déguenillés, ils leur font la conduite en criant: Vive le roi! et s'apitoycnt sur leur infortune. — Fabregat, Vie de Mgr Nicolaï (Bulletin de la Société archéologique de Béziers, 2' série, t. X). — Traizet, op. cit., p. 19.