I-A QUESTION DE LIBERTÉ ET d'ÉGALITÉ
Il semble même que leur déclaration réfutait d'avance les objections qu'allait soulever plus tard le serment de liberté et d'égalité exigé par la Législative. Mais les temps «talent bien changés. La tournure tragique des événements de France, la ruiné de la monarchie, l'anéantissement et ^'expulsion de tout un clergé, avaient ébranlé les dispor sitions conciliantes et les convictions libérales que nous avons rencontrées chez un grand nombre de prélats. L'évêque de La Rochelle écrit dans un mandement où il -se demande en quel état il va trouver la France : « Combien y eh a-t-il qui n'auront pas fléchi le genou devant les idoles profanes et absurdes de la liberté et de l'égalité », cette « égalité qui est un monstre en politique »? Comment s'étonner de rencontrer de pareilles déclarations chez d'autres évoques, ceux de Castres et de Dol, paf exemple, quand on voit un politique comme Meunier écrire au sujet de la façon dont la Constituante avait compris l'égalité et la liberté : « On a tant parlé d'égalité, de -souveraineté du peuple, de volonté générale, que les inférieurs n'ont d'auti'C règle que celle du nombi*e, et né comprennent plus qu'un homme puisse avoir le droit d'en diriger deux. » Et la liberté ! « Écoulez donc les cris des victimes h travers les bruyants transports de leurs oppresseurs. Demandez à tout individu qui est né noble s'il est libre. Demandez-le à ceux des catholiques romains qui «ont restés attachés à leur ancienne doctrine... Ayez sur- 4;out la prudence d'interroger ceux qu'intimide la rage des .tyrans. Demandez-le aux anciens amis de la liberté '. » CaGS anciens amis de la liberté, nous en avons compte parmi les évêques. Mais le cours de la Révolution a produit chez un grand nombre d'entre eux, chez la plupart de ceux qui ont passé la frontière, un découragement plus
I. MocxiER : Recherches sur les causes qui ont empêché les Français de de\,'en'tr libres, 1792.
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grand encore que chez Mounier. Ils sont plutôt disposés à regretter d'avoir été trop conciliants dans le passé qu'à l'être pour l'avenir.
Les évêques, les prêtres restés en France, mieux au courant de l'état des esprits, plus conscients du danger de mêler la. politique à la religion, prêchent résolument la conciliation. Quel était le grand prétexte des violences exercées contre le clergé ? Son opposition à la constitution. Le décret du 29 novembre 1791 portait dans le préambule que « la religion n'est pour les ennemis de la constitution qu'un instrument dont ils osent se servir pour troubler la terre au nom du ciel ». Le décret du 27 mai 1 792 sur la déportation avait pour premier considérant « que les eflbrts auxquels se livrent constamment les ecclésiastiques non assermentés pour renverser la constitution, ne permettent pas de supposer à ces ecclésiastiques la volonté de s'unir au pacte social ; que ce serait compromettre le salut public que de regarder plus longtemps comme membres de la société des hommes qui cherchent évidemment à la dissoudre, etc. » L'opposition à la constitution, le refus de serment, voilà les griefs éternellement invoqués contre le clergé, voilà le crime qu'on veut lui faire expier jusque dans les massacres de septembre. Un de ceux qui survécurent, l'abbé Sicard, le dit expressément : « Je distinguais la voix de ceux de mes confrères que la veille on était venu chercher à la mairie. J'entendais les questions qu'on leur faisait et leurs réponses. On leur demandait s'ils avaient fait le serment civique : aucun ne l'avait fait. Tous pouvaient échappera la mort par un mensonge, tous préférèrent la mort. Tous disaient en mourant : Nous sommes soumis à vos lois, nous mourrons tous fidèles à votre constitution, nous n'en exceptons que ce qui regarde la religion et intéresse notre conscience. Ils étaient aussitôt percés de mille coups au milieu des vociférations les plus affreuses. Les spectateurs criaient, en applaudissant :
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Vive la nation ! et ces cannibales faisaient des danses abominables autour de chaque cadavre '. »
En dehors de cette crise terrible où les accusations politiques contre le clergé n'avaient été le plus souvent que des prétextes, les partisans du serinent voyaient un intérêt de premier ordre pour le clergé à ne point paraître l'adversaire des institutions nouvelles. Refuser, disaientils, sa fidélité à la liberté et à l'égalité, n'est-ce pas se présenter « au peuple comme des ennemis de la patrie, comme des fauteurs du despotisme, comme des hommes qui ne veulent aucune espèce de liberté et d'égalité », comme des agents de « contre-révolution »? Les défenseurs du serment insistaient fortement sur cette dernière considération. « Une infinité de personnes, écrivait le P. Lambert, disent aujourd'hui tout haut que la religion catholique est ennemie de la liberté, qu'elle prêche le despotisme aux rois, la servitude aux peuples. » On comprend que les hommes d'Église, attentifs au mouvement de l'opi-
I. L'al)bé Sicard cite dans sa Relation les paroles adressées par le curé de Saint-Jean en Grève à ses massacreurs : « De quoi allez-vous me punir, mes enfants? Que vous ai-je fait, qu'ai-je fait à la patrie dont vous croyez être les vengeurs? Le serment n'cftt rien coiHé à ma conscience, et je le ferais en ce moment même si, comme vous le croyez, il était purement civil. Je suis aussi soumis que vous aux lois dont vous vous croyez les ministres. Qu'on me laisse excepter dans ce serment, que vous me proposez, tout ce qui regarde la religion, et je le ferai de grand cœur, et personne n'j- sera plus lidèle. » L'abbé Sicard, qui avait refusé le serment à la constitution civile du clergé, prêta le serment de liberté et d'égalité. « Ayant appris, dit-il, que l'on avait décrété un second serment purement civil, je crus devoir en offrir la prestation, que j'accompagnai d'un don civique de 200 livres. » Ce serment sauva la vie à plus d'un prêtre. L'internonce, M''' de Salamon, raconte ce fait dans ses Mémoires. Un vieux chanoine de Saint-Quentin, l'abbé Simon, venait d'assister à l'Abbaye au massacre de son frère. Quand son tour fut arrivé, « on lui demanda s'il avait prêté le serment. Il répondit affirmativement et, tirant un papier de sa poche, il le présenta comme attestation. C'était le serment de la liberté et de l'égalité. Il s'était empressé de le prêter sitôt qu'il avait été décrété. Le furieux massacreur qui s'était opposé à la demande des Marseillais prit la parole et dit : Ce serment n'est pas bon, nous demandons le serment exigé des prêtres. — Un autre riposta : Vous êtes bien difficile, ce serment est bon...; c'est vous qui venez de faire massacrer deux innocentes victimes, — il parlait des jeunes religieux Minimes, — et il répéta avec vivacité : Ce serment est bon. — Beaucoup crient à son exemple : Ce serment est bon, et le vieillard fut sauvé. » Mémoires de l'inlernonce (M. de Salamon), publiés par l'abbé Bhidier, in-S», pp. 29-31, 92.
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nion publique, craignissent pour leur cause de voir s'accréditer une telle prévention. Ils voyaient peut-être que lés députés, arrivés en grande majorité à la Législative avec des convictions royalistes encore, avaient pu être excités à des mesures extrêmes et antimonarchiques par leurs alarmes au sujet du maintien de la constitution, que les cris de rage poussés contre le clergé trouvaient parfois une certaine excuse dans les imprudences politiques des prêtres; ils ne voulaient pas du moins laisser établir que la religion était incompatible avec la liberté.
Les modérés avaient d'autres raisons à faire valoir. M. Eniery, M. de La Luzerne, les évêques qui partageaient leur opinion, faisaient ressortir l'imprudence d'un refus, dont la conséquence était la déportation. Quel aveuglement, disaient-ils, de faire chasser de France les rares prêtres qui y sont encore et qui, en célébrant les mystères à travers mille périls, empêchent l'interruption totale du culte catholique ! Ils voyaient aussi que l'opposition au serment amènerait la suppression de la modeste pension payée au clergé, et ferait expulser, non seulement les prêtres, « mais la multitude des fidèles » qui l'avaient accepté. Dès lors, comment justifier une attitude intransigeante? De quel droit les ecclésiastiques exaltés vont-^ ils défendre au peuple d'entendre la messe de leurs confrères qui ont prêté le serment, à plus forte raison de les prendre pour confesseurs? « Je suis persuadé, disait M. Emery en terminant sa démonstration, que si tous les catholiques s'étaient accordés à prêter le dernier serment dans le bon sens dont il est susceptible, l'Église de France aurait été sauvée, ou du moins aurait respiré. Les intrus auraient été déjoués et désespérés, car je sais qu'ils ont vu prêter ce serment avec beaucoup de peine ^. »
I. Émehy, loc. cit., I, 317-332. « Le public est en général persuadé, disait M. Emery, que le serment n'a aucun rapport aux opinion^ religieuses; ainsi la rétractation serait regardée comme une protestation contre l'ordre
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Ces raisons ne paraissent pas avoir convaincu les adversaii'es du serment de liberté et d'égalité. Nous nous étonnons, après un siècle, qu'une question aussi claire pour nous ait pu soulever des discussions si ardentes, et couper en deux le clergé fidèle jusqu'alors si uni. Ce qui est grave, c'est que ces évoques, que nous avons vus si attentifs, sous la Constituante, à prêter serment à la constitution, pour ne pas se mettre en travers du courant de liberté et d'égalité qui emportait la nation, à séparer nettement, dans la grande discussion de la constitution civile du clergé, les intérêts religieux des intérêts temporels, se laissent aller pour la première fois, dans le serment d'égalité et de liberté, à un refus en matière politique, et encore dans une question où n'est point en jeu la forme du gouvernement. Le grand débat oiiveil; à ce sujet nous a montré dans un camp M. de La Luzerne, M. de Bausset^ M. Emery ; dans l'autre, M. Asseline, évoque de Boulogne, et nombre de prélats se piquant tous d'être d'excellents théologiens et de trouver d'excellentes raisons pour soutenir la thèse opposée.
On peut voir dans cette différence d'idées et de conduite un des effets de la fi"ontière, puisque la généralité des évoques restés en France était pour le nouveau serment^ tandis que la majorité des prélats exilés le repoussait. L'émigration ne suffisait pas cependant à expliquer cette divergence, car quelques évêques très éminents passés à l'étranger s'y montraient favorables. Il faut ici tenir
présent des choses et un sigrnal de contre-révolu lion. » — Réflexions sur le serinent de la liberté et de Vègalilè, par le P. Lambeht, 1793, ;2 pages in-S», p. I. — La Luzerne disait avec un accent de vérité pénétrante : « Tous ceux qui l'auront refusé doivent s'attendre au moins à être déportés. Toute l'Eg'lise de France se trouvera bientôt sans aucun ministre. Les tidéles catholiques, n'ayant plus personne qui soutienne leur foi, resteront exposés aux séductions, aux persécutions de tout genre. 11 est infiniment à. craindre qu'ils ne se laissent insensiblement gagner, et que la France entière ne devienne bientôt schismatique. » Comment courir tête baissée à un tel péril, en refusant un serment d'ordre politique dont rien ne démontre la culpabilité ?
288 LA QUESTION DE LIBEUTÉ ET d'ÉGALITÉ
compte de l'influence que les sentiments, les préférences de cœur, les attaches politiques, exercent parfois sur les décisions des esprits les plus graves, M. de Bausset, se demandant comment on avait pu arriver à condamner un serment que tout semblait autoriser, et que les intérêts de l'Église commandaient aux prêtres encore en France de ne point refuser, déduisait, avec finesse, les raisons intimes qui peuvent troubler le jugement d'hommes aussi rassis que les théologiens. « On ne se rend pas toujours compte, disait l'évèque d'Alais, des motifs secrets auxquels on obéit, sans le vouloir, dans les déterminations les plus importantes et les plus décisives. Le malheur, l'injustice, la persécution, aigrissent insensiblement les âmes les plus honnêtes, la chaleur des discordes civiles exalte l'imagination ; on ne considère plus les objets avec le calme de la réflexion, on n'agit plus que par sentiment ou par prévention. Les craintes, les espérances, les conjectures politiques, viennent se mêler involontairement aux vues religieuses, et l'on associe imprudemment des principes et des questions qui, de leur nature, sont essentiellement distinctes et séparées ^. » II faut faire honneur à M. de Bausset, à M. de La Luzerne, à M. Emery, d'avoir su défendre leur jugement, dans l'appréciation des intérêts et des devoirs religieux, contre la fascination des sentiments, des motifs humains, qui viennent si souvent le troubler. Le principal mérite de cette attitude revient, croyons-nous, à M. Emery 2.
1. Réflexions sur la dèclaralion exigée des ministres du culte, pp. i5, i6.
2. Voir sur cette question : Exposé des principes sur le serment de liberté et d'égalité et sur la déclaration exigée des ministres du culte par la loi du ^ vendémiaire an IV, par M. de Bausset, évêque d'Alais, 171 pages, plus une Introduction de 36 pages par l'abbé Godard, en collaboration avec M. Émery. C'était une seconde édition très développée des Réfh'xions sur la déclaration exigée des ministres du culte par la loi du 7 vendémiaire, par le même auteur, 1796, 16 pages. — Opinion sur le serment de l'égalité et de la liberté (par M. de la Llzerne, évêque de Langres), adoptée par les évêques résidant à Constance. Œuvres de La Luzerne, édit. Migne, t. VI, p. 5-4-588. — Citons parmi les publications opposées au serment : Ré-
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Dans cette division des esprits, la décision du Pape aurait eu une capitale importance. Maury, très hostile au serment, et qui poussait de tout son pouvoir Pie VI à le condamner, écrivait à M. Emery, le i3 mars 1793, et aux évéques de Fribourg, que le Souverain Pontife voyait de très mauvais œil qu'on le prêtât, et qu'il l'avait chargé de le faire savoir au Supérieur de Saint-Sulpice, que « les seconds jureurs étaient regardés à Rome comme des pécheurs publics ». La vérité, c'est que Pie VI. malgré la pression exercée sur lui, refusa de se prononcer. M. de Baussct pouvait écrire en 1796 : « Depuis plus de quatre ans que la cause est portée devant \o Saint-Siège, non seulement le Pape n'a pas condanmé le serment de liberté et d'égalité, mais il a formellement déclaré qu'il ne l'avait pas condamné, et que ceux qui l'avaient prêté ne devaient être soumis ni à des peines canoniques ni à la nécessité d'une rétractation, parce qu'il n'est intervenu aucun jugement. »
A défaut de l'autorité du Pa[»e qui se tait, chaque parti cherchera du moins à donner à son oi)inion le prestige du plus grand nombre d'adhérents. Les défenseurs du serment font observer que les quinze évéques restes en France l'ont prêté ou, du moins, l'ont autorisé. La presque universalité du clergé de Paris, y compris les congrégations religieuses, à peu près tous les docteurs de Sorbonne et de Navarre, ont suivi cet exemple. Le premier mouvement parmi les ecclésiastiques détenus aux Carmes, et destinés à un prochain massacre, fut de le repousser. La discussion
flexions sur le nouveau scnncnl prescrit en France, par M. de Hovkt, évêqiie de Sisteron, J-^yi: — une Insiruclion donnée à Brunswick, par l'évèquc de Laon. Cette question provoqua bien d'autres écrits.
290 • l'A. QUESTION DE UBERTÉ ET d'ÉGALITÉ
modifia les impressions de plusieurs. « Une notable partie, au jour du martyre, dit M. Emery ', était dans l'opinion qu'on pouvait le prêter. » Dans les provinces, les prêtres, n'ayant pas toujours, comme dans la capitale, des
I. Vie de M. Emery, I, 3i3. M. Émcry, étant sur les lieux, devait être bien renseigné. M. de La Luzerne, qui était hors de France, donne dans son écrit sur le serment une version un peu difTérentc. « On raconte, dit-il, que les martyrs de l'église des (larmes sont morts en refusant ce serment (de liberté et d'égalité), qu'on leur proposait en disant : Le serment ou la mort ; qu'ils répondirent : la mort. On assure que la question ayant été discutée entre eux auparavant, M. l'archevêque d'Arles ramena tous les avis au sien, qiii était qu'on ne pouvait en conscience le prêter. » L'internoncc Salamon raconte dans ses Mémoires que l'archevêque d'Arles, les évêqucs de Beauvais et de Saintes, envoyèrent de la prison des Qirmes à l'Abbaye demander à l'abbé Salamon, en sa qualité d'internoncc, si le serment était permis. Salamon aurait répondu qu'il n'avait pas qualité pour porter un jugement, mais il ajoute qu'il ne croyait pas le serment licite. — La commission révolutionnaire établie à Lyon, en 1793, après le siège, demanda aux prêtres traduits devant elle le serment de liberté et d'égalité; ils le refusèrent. — .>L Kmery écrit à Tournely, le ; mars 1793 : « 11 y a des diocèses entiers, tels que ceux d'Auxei're, de Langres, de Troyes, etc., où il n'y a pas un prêtre qui n'ait prêté le serment. Quelques personnes prétendent môme que le clergé de Paris, en prenant le i)arti qu'il a pris, a sauvé ce (jui restait de clergé catholique et de catholicité en France. » M. Émcry, dans une lettre à un vicaire général de Toulouse, discute les chiffres : « i* On compte, dit-il, plus de quinze évêques catholiques demeurés en France. Or, tous ont approuvé la prestation de serment ou l'ont prêté eux-mêmes. 2° L'n grand nombre d'évêques, avant de sortir de France, ont prêté le serment : c'est un fait très notoire à Paris ; on les nommerait s'il était nécessaire. Aucun de ces évêques n'a fait connaître depuis qu'il eût changé de sentiment. 3" Plusieurs des évêques qui n'avaient point prêté le serment à leur sortie de France, et <jui n'avaient aucun intérêt personnel à le justifier, en ont cependant pris la défense. On dit, il est vrai, que ces évêques ont changé de sentiment et ont embrassé celui de leurs confrères, mais on a de fortes raisons de croire qu'il n'en est rien. Il est seulement vrai qu'ils ont cessé d'écrire sur cette matière, pour ne point aigrir ({uelques-uns de leurs confrères qui pensaient différemment, et ne point troubler la paix de leur retraite. 4° Les évêques les plus connus par la vivacité de leur zèle contre le serment sont des évêques de France résidant à Fribourg en Suisse... Or, ces évêques commencent à adoucir la sévérité de leur opinion sur le serment ; et au lieu que pour la prorogation ou la conservation des pouvoirs ils exigeaient auparavant une rétractation des prêtres qui avaient prêté le serment, ils se contentent aujourd'hui d'exiger qu'ils déclarent par écrit qu'en prêtant le serment ils n'ont point eu en vue tous les sens qu'on pourrait attribuer au serment, et qu'ils rejettent toutes les mauvaises conséquences qui en pourraient découler. » M. Hmery s'appuie, en terminant, sur la conduite de l'archevêque de Paris et de l'évêque de Langres. — Dans une lettre adressée à Londres, à l'évêque de Limoges, M. mery faisant allusion à la pension qui n'était payée qu'à ceux qui avaient prêté le serment, dit des cinq Sulpiciens « qui ont cru devoir demeurer sur la brèche avec leurs chefs et continuer d'habiter à la bouche du volcan : Nous n'avons pas même fait parvenir nos noms à la municipalité. » Archives de M. Émery, t. IX, f» 9213, t. X. — Mékic : Histoire de M. Emery, 2 vol. in-i2, t. I, p. 280-281.
LA QUESTION DE LIBERTÉ ET d'ÉG ALITÉ 29 1
supérieurs autorises et éclaires à qui demander conseil, bientôt surpris d'ailleurs par les événements de septembre, parurent beaucoup moins disposés à jui*er. Cependant, dit M. de La Luzerne, « l'unanimité des ecclésiastiques de Tours, de Cambrai, de Troyes, de Nancy, de Langres, l'a prononcé, et cela non par faiblesse, mais après une mûre délibération ». Dans plusieurs diocèses, ils en lurent dissuadés par des jugements venus du dehors. Et cependant, « ce sont ceux, observe M. de Bausset, qui. placés loin des dangei'S, n'ont rien à redouter des conséquences de leurs opinions, qui doivent montrer le plus de circonspection à hasarder des décisions dont les suites ne seraient funestes qu'aux autres, sans l'être à eux-mêmes ».
Bien que les évéques émig^'és se soient, en général, prononcés contre le serment, cet avis ne réunit nulle part, même en Angleterre, l'unanimité des sulïrages, puisque à Londres des prélats, tels que M. de Boisgelin, M. de Barrai, M. de Cicé, sont pour la conciliation. Il est tel pays, comme la Suisse, où tandis que les évéques réfugiés à Fribourg, à Soleure, repoussent le serment de liberté, d'égalité, leurs collègues réunis dans le voisinage, à Constance, sous la présidence de M. de Juigné, archevêque de Paris, sous l'inspiration de M. de lia Luzerne ', le déclarent légitime.
I. « 11 y avait entre les évêques résidant à Fribourg' et ceux de Constance une espèce de scission relativement au serinent de liberté et d'égalité. Les derniers, et à leur tète M" rarchevèque de Paris et Tilluslre évêquc de Langres, croyaient «ju'il fallait attendre la décision du Souverain Pontife avant de censurer ceux qui avaient fait le serinent ; les évêques de Fribourg, préjugeant la question, traitaient de coupables les prêtres assermentés et exigeaient leur rétractation. Ces deux décisions ont lini par se rapprocher. » Cf. Abbé Lambert, op. cit., p. 206. L'évêque de Luçou, M. de Mercy, écrivait de Soleure, en janvier 1798, au sujet de ce serment : « Six évêques réunis à Fribourg, quatre réupis ici, plusieurs dans le Valais ou le Piémont, ont décidé toute l'illégitimité de ce serment surtout sans restriction. Nous savons que ceux des évêques qui sont à Rome le condamnent et que le Pape est au moment de le condamner aussi. Cependant M. l'évêque de Langres le justifie et ne voudrait pas le prêter. On s'étonne qu'il ait fait connaître son opinion avant d'avoir cherché à connaître celle de ses confrères et du Chef de l'Église. Son autorité séduira beaucoup de personnes, parce que son autorité est grande. On