‹ L'ancien clergé de France (volume 3)Chapitre 71 sur 130 · LA QUESTION DE LIBERTE ET D EGALITE · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE LIBERTE ET D EGALITE

Le refus opposé par un gi'and nombre de prêtres exilés a son contre-coup dans les diocèses de France i. Çà et là on assiste à des luttes très ardentes. La division s'introduit jusque dans les communautés. M. Emery, qui, uniquement préoccupé des intérêts de l'Église, s'est très hautement prononcé pour la légitimité du nouveau serment, éprouve des résistances jusque dans sa compagnie. Sonnné de se rétracter et de faire une belle soumission à la Fénelon, il répond fièrement : « Ce serait appeler le couteau, non pas sur ma tête (je ne crains pas la mort), mais sur la tête de tous les prêtres qui voudraient imiter mon exemple. Persuadé que le serment n'est que purement civil, le public regarderait la rétractation comme

voit cependant qu'il défend une mauvaise cause et qu'il la dérend pur des sophisme», mais avec de bonnes intentions. Tàclicz de prémunir contre le piège que sùi-emcnt cet évéque désavouera quand il y aura mieux rcflcclii et qu'il connaîtra les sentiments de ses collègues et du Souverain Pontife. » Lettres inédites de Mgr de Mercy. — Parfois les évoques des autres nations manifestaient leurs sentiments sur ces questions. Ainsi en Espagne l'évèque d'Orcnse n'était pas favorable au serment.

I. A Angouléme, sur trois vicaires généraux, un se pfononce contre le serment, deux en sa faveur. De vieux prêtres, exemptés par leur âge de -la déportation, étaient enfermés dans l'ancien couvent des Carmélites. Les partisans du serment lirent auprès d'eux une démarche pour la prestation. « Ils s'y refusèrent, dit un témoin oculaire, avec un tumulte et une confusion qui nous obligèrent de nous retirer. » Ces vénérables intransigeants ne s'en tinrent pas à ce refus. Ils publièrent partout que le serment de liberté-égalité était plus exécrable que celui de 1790 et condamné par l'Église ; que le prêter était une apostasie, une idolâtrie ; ([uc ceux qui l'avaient souscrit étaient des lâches prévaricateurs, des schismatiques complices de tous les crimes et de toutes les horreurs de la Révolution, indignes enfin de toute conliance. Ils défendirent aux fidèles sous peine d'excommunication de communiquer avec eux. De fait, tout on sentant bien que les vicaires généraux n'approuvaient pas de pareilles rigueurs, ils ne manquèrent pas, lorsqu'ils purent sortir de leur retraite, de traiter en excommuniés ceux qui n'avaient pas tenu compte de leur interdiction. Ils leur refusèrent les sacrements et même la permission d'assister à la messe dans les oratcjires où ils la célébraient. Les religieuses du diocèse, qui avaient à peu près toutes prêté le sonnent de liberté-égalité, prennent peur en voyant une telle opposition, se rétractent, et pour racheter ce qu'elles appelaient un acte de faiblesse, se montrent à leur tour ardentes et refusent de laisser dire la messe dans leurs couvents aux prêtres qui avaient fait comme elles. — Cf. Abbé JBlanchet, op. cit., pp. 199, 200, 288-295, 3o5, 3o6, 32i, 322. — Des ecclésiastiques du diocèse de Bourges réfugiés à Sion, dans le Valais, ayant appris que plusieurs de leurs collègues restés dans le pays s'étaient soumis, écrivirent au Souverain Pontife pour dénoncer ce nouveau serment « qui leur paraissait renfermer tout le venin du premier ».

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un signal de contre-révolution i. » M. Émery maintient donc fermement son opinion, mais il ne peut retenir un cri d'angoisse. « Croyez, dit-il, que, par la miséricorde de Dieu, la vie ne me tient à rien. Abreuvé comme je le suis de chagrins, de soucis, de sollicitudes en tout genre, accablé de travail, environné d'alarmes continuelles ; après avoir tout fait et tout sacrifié pour la cause de l'Eglise, après avoir eu le bonheur, dans une défection si générale, de conserver tous les sujets de la compagnie aux pasteurs légitimes, ne m'occupant encore aujourd'hui que de leurs intérêts, passer cependant pour un homme qui trahit leur cause, demeurer en butte à leur censure, voir ce genre de persécution s'ajouter à tous les autres, comment ne scrais-je pas dégoûté de la vie? » Devant l'amertume de telles attaques, M. Emery laisse enfin échapper cet aveu : « Puisque la plupart des évoques et notre Saint-Père répugnent au serment, si aujourd'hui il fallait le faire, je ne le ferais point 2. »

Manifestement les modérés perdent du terrain. Forts de leur conscience, guidés par leurs lumières, ils ont adopté la solution la plus large, jugeant un refus dangereux pour les intérêts de l'Eglise. Mais ils se heurtent à l'opposition violente des irréconciliables. La controverse engagée durant plusieurs années sur le serment d'égalité

1. « Faite* attention, ajoute M. Kmery, que tout le roj'aume a prêté le serment. J'entends ici par le royaume la multitude des fidèles qui ont conservé la communion avec le Saint-Siège et la tidélité à leurs pasteurs. Croyez-vous qu'il n'y eût que les prêtres qui lussent obligés à une rétractation ? Et croyez- vous qu'il fût prudent aux lidèles de le faire ? Le public est, en général, persuadé que le serment n'a aucun rapport aux opinions religieuses. Aussi la rétractation serait regardée comme une protestation contre tout l'ordre présent des choses, et un signal de contre-révolution, et par conséquent dévouerait à la mort tous ceux qui en seraient les auteurs. »

2. Lettre de M. Emery à M. Giraud, à Rome, en date du 21 avril 1^93. — Nous lisons dans une lettre de M. Émery à l'évêque d'Alais, datée du <) mai 1800 : « J'ai l'honneur de vous dire qu'au milieu d'une invective de l'évêque de Dax contre la promesse, je me trouve ainsi qualillé : Vn prétendu conseil de Paris, présidé par le sieur Émery, ce personnage si fameux par l'apologie du serment de liberté et la soumission absolue aux lois et de la haine à la royauté. »

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qui, jusqu'en 1796, fut plus ou moins exigé de ceux qui recevaient une pension, nous a montré deux tendances dans les cvéques et les prêtres français : les uns, plus défiants, plus absolus, se refusent à toute concession envers une république qui traquait le clergé fidèle ; les autres sont des hommes attentifs à distinguer le spirituel du temporel, prêts à faire à l'État les concessions compatibles avec leur conscience, afin de lui ôter tout motif de pei-sécuter la religion sous prétexte que l'Eglise faisait de la politique. C'est dire que la même divergence d'idées, que nous venons de constater au sujet du serinent de liberté-égalité, se retrouvera dans les promesses que la Révolution voudra encore imposer au clergé. Quel vaste champ i*este ouvert aux polémiques et par suite aux divisions que ces discussions Vont susciter dans l'Eglise de France !

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