RESTAURATIOX DU CULTE A PARIS
Saint-Laurent et Sainte-Marguerite. L'impatience des croyants n'avait môme pas attendu les décisions du pouvoir pour s'emparer de certains édifices. C'est ainsi que, dès le i5 avril 1796, devançant le vote de la Convention, le clergé était rentré à Saint-Médard, qui fut ainsi le premier temple affecté ostensiblement au culte.
Les journaux du temps, les rapports de police, nous disent le grand concours des fidèles, l'enthousiasme de la population retrouvant enfin sa religion, la cessation du travail et la fermeture des boutiques le dimanche, tous les signes de la joie et aussi de la foi publique. Les témoignages sont si nombreux, si concordants, si irrécusables, qu'il est impossible de n'y point voir la preuve de la renaissance chrétitinne sur tous les points de la capitale '.
Evidemment les quinze églises officiellement désignées ne pouvaient suffire à une grande ville comme Paris. Elles avaient d'ailleurs l'inconvénient d'être ouvertes à tous
I. On trouvera tics extraits multiples des journaux du teu>ps, des rapports de police, dans l'ouvrage de Scn»rii>T : Tableaux dr la Hi'-i-olulion frainnisf, et plus encore dans la publication de M. Aii.ahd : Paris p<-ndant la réaction thermidorienne et sous le Direc'oire, i^ijJ-iSoa. 5 vol. in-8». Donnons quelques extraits. 9 mars i~9~>. * Aujourd'hui dimanche, dans ])lusieurs quartiers de Paris, boutiques fermées, et l'on voit de longues queues autour des maisons où Ton célèbre la messe. » — l'i mars \z<if> '■ « TVos églises ne sont pas assez vastes pour contenir tous ceux qui s'empressent d'aller entendre la messe. » Dans la section du Contrat social, « les Icmmes attendaient leur tour pour entendre la messe qui se disait dans une chambre ». En avril 1795, pour Pâques, boutiques fermées. Le Messager du soir, 4 juin i~fjn, dit : « (>e n'est pas seulement le dimanche que les catholiques de Paris ferment leurs boutiques. Ils chôment aussi les jours <le fête, et chacun hier était endimanché en l'honneur de la fête du Saint-Sacrement. Toute la journée, les édilices consacrés au culte catholi(iue ont regorgé de pieux fidèles qui pleuraient de joie au spectacle édiliant des antiques cérémonies. Rœderer n'aurait pas pu faire un pas sans se boucher le nez, car dans presque toutes les rues on voyait s'élever la vapeur de l'encens que les chrétiens brûlaient sur leurs autels.» — 2(> décembre 1793 : « Hier, fête de Noël, il y a eu grande affluence dans les édifices destinés au culte. » Même constatation pour la Toussaint de 1796. La Gazette française du 11 brumaire dit : « Depuis qu'il a plu au philosophisme de décrier la religion chrétienne, aucune fête catholique n'a été chômée avec autant d'uniformité que l'a été celle de la Toussaint. Toutes les boutiques étaient fermées et les églises pleines jusqu'aux portiques. » — 16 avril 179- : « Le culte a été très suivi hier. Les églises ont été généralement remplies ; il y en a eu plusieurs qui contenaient à peine leurs liabitués. L'alïluence des personnes du sexe y est surtout considérable. Presque dans toutes l'orgue s'est fait entendre. » — 18 juin : « Les églises,
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les cultes i. Pour éviter ce mélange et aussi pour faciliter l'assistance aux ot'lices, les catholiques ménagèrent des oratoires dans les différents points de la ville. Des locaux divers, chapelle d'ancien couvent, vieux temple, au besoin, presbytère, hôtel, magasin, maison particulière, fournirent le modeste sanctuaire qu'envahissait rapidement l'affluence des fidèles.
Nous pouvons établir, quartier par quartier, l'emplacement de ces églises, de ces oratoires, dont le nombre ne tarda pas à dépasser cinquante en 1797, pour atteindre un chiffre beaucoup plus élevé sous le Consulat 2.
surtout celles desservies par les prêtres non assermentés, ont été constamment remplies. Les quêtes ont été généralement très abondantes. » Aui.AHD, op. cil., I, 542, 559, 563, 640, 76:, :68; II, SliT); III, 553; IV, 6(î, 6;, .184 ; V, 25. — « On s'aperçoit dans cette ville que la liberté des cultes n'est point illusoire ; plusieurs églises étaient ce matin (24 ventôse an III) si pleines de lidéles que leur surabondance formait de longues queues, comme aux portes des boulangera et des bouchers. Beaucoup de boutiques étaient fermées, et des citoj-ennes endimanchées remplissaient les promenades. Il paraît que c'est la classe laborieuse qui est la plus attachée à la religion, à en juger par les personnes qui assistaient à la messe. » Journal des municipalUcs, n° i3.
1. L'article IV de la loi du n prairial an III dit : « Lorsque les citojens de la même commune exerceront des cultes diflférents, et qu'ils réclameront concurremment l'usage du même local, il leur sera commun ; et les municipalités lixeront pour chaque culte les joiirs et heures les plus convenables, ainsi que les moyens de maintenir la décence et d'entretenir la paix et la concorde. »
2. On lit dans les Annales catholiques au sujet des églises de Paris pour la période de Pâques 1-97 : « Quoique très A'astes pour la plupart et au nombre de plus de cinquante, elles étaient insuffisantes pour contenir la foule. » Ludovic Sgiout {op. cit., t. IV, p. 4*JO-465) a donné, d'après un l'apport de police, un état détaillé des édifices où le culte se célébrait à Paris à cette époque. M. l'abbé Grente dans des recherches qu'il va livrer à l'impression a pu vérifier et compléter ces renseignements. Nous nous inspirons surtout de ces deux documents dans la statistique suivante :