‹ L'ancien clergé de France (volume 3)Chapitre 9 sur 130 · Paii.i.ot, Soui'cnir.s d' tin grand-père · texte numérisé non relu

Paii.i.ot, Soui'cnir.s d' tin grand-père

2. Baston, II, p. 1.56-1(58. — Du.MoïKiKZ, Mémoires, t. III, p. 2oi. — IIknuy, cp. cit., p. 229-a3i. — L'n prêtre qui était à Liège nous parle du sauve-quipeut de ses confrères à l'annonce des soldats français : « Nous ne pouvions manquer, dit-il, d'être égorgés si nous ne fuyions pas à l'instant. » (Six année.s, etc., p. 41) Un autre narrateur raconte qu'en octobre 1792, il y avait huit à neuf cents prêtres dans les diocèses de Bruges et de Gand, <^ontinuant sa marche, le même voyageur ajoute : « La crainte des patriotes nous fait chercher un abri sous les murs de Maëstrichl. Le nombre des émigrants est incroyable. Ils fuient devant les légions victorieuses des sans-culottes. » Journal des pércgrinaiions de AL Bouic, prêtre du diocèse de Rouen, public par M. l'abbé Loth, op. cit., p. 4o9-423-

ET DANS LES PAYS-BAS Ol

réuni àMaëstriclit, capitale du duché de Limbourg, quand Miranda, lieutenant de Dumouriez, vint y mettre le siège. Il j avait le cardinal de Montmorency ; le cardinal de La Rochefoucauld y était arrive d'Angleterre. On signalait aussi la présence de labbé Feller, de l'abbé de Pradt, de l'abbé Baston, etc. La première bondje lancée par les républicains sur la ville tomba dans les appartements de l'archevêque de Rouen. Sa maison fut criblée par les boulets. Pendant le bombardement, iM'"^'* de Mérode et de Beaufort se tenaient dans une cave, où un gi'and vicaire de Soissons venait les confesser chaque jour; elles passaient leur temps à prier et à regarder par le soupirail la fumée des bombes éclatant en l'air. La plupart des femmes « priaient Dieu, se confessaient, séchaient de frayeur. Quelques folles jouaient à colin-maillard » dans le souterrain. Le cardinal de Montmorency, le duc de Chàtillon, faisaient des visites de cave en cave. La peste s'étant déchu'ée dans la ville, on ouvrit un vaste hô[>ital : les jirèti'es français se tirent gardes-malades, inlirmiers, médecins. Plusieurs furent victimes de leur dévouement. On sait que Miranda dut lever le siège de Maestricht à l'approche de l'armée autrichienne conduite par le prince de Col)ourg. lîientùt la bataiUe de Nerwinde enleva à la France la Belgique, que lui avait livrée la Ijataille de Jemmapes. Innnédiatenu'ut les émigrés re[)rennent le chemin de Bruxelles et, croient-ils, de la frontière. Leurs illusions étaient partagées par les habitants des pays qu'ils traversaient. A Maestricht, on leur livrait la nuirchandise paj'able en France.

De Maestricht, le cardinal La Rochefoucauld s'est rendu à Bruxelles. Loin de se mêler au luxe, à l'agitation mondaine des grands seigneurs dont plusieurs étaient ses parents ou ses voisins, il vit dans la retraite et la simplicité du train le plus modeste. Les nouvelles de France l'accablent. Il sait que Louis XVI recevant au Temple, la

veille de sa mort, Tabbé Edgeworth, lui a dit : « Où est le bon cardinal de La Rochefoucauld? » On lui demanda de célébrer un service solennel pour la reine Marie-Antoinette, Une vingtaine d'évêques, des princes, des ducs, des cordons bleus, de hauts magistrats, toute une cour, donnèrent, parleur présence, un grand éclat à cette cérémonie funèbre. « L'aristocratie, riche encore d'unç partie de ce qu'elle avait emporté et ne prévoyant pas le besoin d'une économie sévère, y déploya autant de grandeur et de faste que d'afUiction. »

Les exilés célèbrent à l'envi la généreuse hospitalité qu'ils reçurent chez les Flamands et les Belges. Les diocèses de Bruges et de Gand sont remplis de prêtres fran- (;ais. Dans une petite ville du Brabant, c'est à qui aura des ecclésiastiques dans sa demeure. On les distribue de famille en famille. Les hôtes veulent eux-mêmes leur laver les pieds par esprit de foi. Les évoques de Gand, de Liège, furent particulièrement accueillants. « Le cardinal-archevêque de Malines, dit un réfugié, ne pouvait voir d'émigré sans verser des larmes. » Il faisait donner aux prêtres « trois sous monnayés de France au-dessus de l'honoraire ordinaire ». Le clergé secondaire s'inspira des mômes sentiments de compassion et de charité. Les exilés vantent l'accueil qu'ils reçurent dans la plupart des monastères, en particulier dans l'abbaye de Baudeloo. Cent douze prêtres en sont chassés par les soldats français qui pillent, saccagent tout et introduisent des filles de mauvaise vie dans cette maison sainte. Nos proscrits, quand l'ouragan est passé, retrouvent la même hospitalité chez les bons moines ^

Les Hollandais furent plus froids, plus réservés, et

I. L'abbé Baston raconte sa réception dans la vaste abbaye d'Alost, dans l'abbaye d'Afflighem. L'abbaye des l'rcniontrés de Tronchienne et une autre lerment leurs portes, ne voulant pas recevoir des Prémoutrés français. L'évèque d'Amiens avait reçu l'hospitalité dans l'abbaye de* Prémontrés de Saint-Everbode.

certains voyageurs nous représentent ce peuple comme trop occupé de ses affaires de bourse, de ses opérations mercantiles, pour prêter gi^ande attention à des étrangers. A Flessingue, tel fut obligé ainsi que son compagnon, qui portait tout avec lui comme Bias, de montrer au magistrat quelques louis pour prouver qu'ils n'étaient pas des mendiants. Plusieurs relations font au contraire l'éloge de la Hollande. La ville d'Utrecht se montra particulièrement accueillante. Six cents exilés, fuyant l'armée française, avaient cherché un refuge dans l'Ile de Walcheren. Parmi eux se trouvait M. de Cicé, archevêque de Bordeaux. Les autorités, ayant appris son rùle dans la Constitution civile du clergé, portèrent un arrêté d'expulsion contre tous les Français arrivés depuis quelques jours, pour atteindre l'ancien garde des Sceaux de Louis XVI. Celui-ci devine qu'il est particulièrement visé, s'en assure à l'Hôtel de Ville et décampe. Dès lors ses compatriotes ne sont plus inquiétés '. Les victoires des armées françaises vont faire refluer les émigrés vers l'Allemagne, où nous allons les suivre.

1. Bastox, t. Il, p. 132-190. — Relation de l'abbé Traizet, loc. cit., p. 34-4r. — Six ans, etc., pp. 24, 44, 72, 83-89, ioo-k>3, 114, 2o5-2r3. — He.nky, op. cil., p. 221-227.

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