‹ L'ancien clergé de FranceChapitre 46 sur 110 · PLUS DE RELIGION D*ÉTAT · texte numérisé non relu

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spirituelle, etc. Il n'y aura plus de « temps prohibé ». Le pouvoir civil fera les publications, et la loi ne tiendra pour (( mariés valablement » que ceux qui auront formulé leur engagement devant l'officier municipal et d'après les règles tracéesparl'Etat, la validitédu mariage ne dépendant désormais que du « seul consentement. » La bénédiction nuptiale continuera à être donnée à ceux qui la demanderont, mais elle n'apportera rien à la force du contrat civil. Les parents ne seront plus obligés légalement de faire baptiser leurs enfants ; l'acte de naissance ne sera point attaché à l'administration de ce sacrement ni l'acte de décès à la sépulture religieuse. Ce ne seront plus les curés, mais les officiers municipaux qui seront chargés désormais de dresser les actes constatant les naissances, les mariages, les morts, et constituant l'état civil des citoyens. On devine quelle émotion, un tel rapport, un tel projet de loi, conséquence de la suppression de la religion d'Etat, durent provoquer dans le clergé. Ils furent vivement attaqués, en particulier par un curé de Garcassonne, député à la Constituante. Durand de Maillane répliqua avec vivacité. Il affirma qu'on n'aurait jamais dû confondre (( le contrat de mariage et le rit ecclésiastique qui en fait un sacrement » ; que l'Etat avait eu le tort de laisser envahir par l'Eglise le domaine du mariage ; qu'avant la Révolution le désintéressement de l'Etat sur cette question n'était pas tel qu'il formulât entièrement ses lois sur celles de l'Eglise, puisque la loi civile déclarait nuls les mariages des fils de lamille et les mariages in extremis regardés comme valides par l'Eglise ; qu'avec la législation nouvelle tous les catholiques, c'est-à-dire la généralité des Français, continueraient à se présenter au prêtre. Cependant comme on avait objecté que, d'après l'enseignement des théologiens, le sacrement de mariage ne se sépare pas du contrat, que le consentement déjà donné par les époux devant l'officier civil ne laisserait

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qu'une a matière douteuse » au sacrement à recevoir, le comité consentit à modifier son projet de loi. Au lieu d'obliger les futurs à se présenter tout d'abord devant l'officier municipal, on leur laissa la liberté de donner la priorité soit à la mairie, soit à l'Eglise ^.

Cette réponse ne pouvait satisfaire les adversaires du projet de loi. L'abbé Barruel entre en lice dans son Journal ecclésiastique, et prend vivement à partie les promoteurs du mariage civil. Ce qui l'irrite c'est qu'on vienne contester (( l'autorité de l'Eglise sur le lien conjugal, anéantir » les empêchements dirimants établis par elle, proclamer le mariage valide malgré l'absence du prêtre, faire dire aux futurs devant l'officier civil « qu'ils se prennent en légitime mariage, » en un mot déclarer « légitime l'union que l'Eglise déclare nulle, déclarer nulle celle qu'elle déclare légitime. Vous n'avez pas ce droit sur les consciences. » La grande erreur du comité, dit Barruel, c'est de croire que « le mariage consiste dans le contrat civil. Le mariage consiste, non dans le .contrat civil, mais dans le contrat naturel. » Barruel s'étonne qu'on apporte cette nouvelle cause de discorde dans un empire déjà agité par tant d'orages, tant de bouleversements, par l'hostilité manifeste de tant de décrets nouveaux contre les lois religieuses et les habitudes chrétiennes de l'ancienne France. « N'y avait-il donc pas, s'écrie-t-il, assez d'opposition entre vos principes et les nôtres ? N'avez-vous pas assez étendu votre empire sur

{.Rapport sur le projet de décret des comités ecclésiastique et de ConstitutiorijConcernant les empéehejnentsjes dispenses et la forme des mariages, par Durand de Maillane, 1790, 24 et 16 pages in 8". — Troisième édition du projet de loi, 19 mai 1791, 15 pages. — Suite et défense du rapport, etc. 1790, 38 pages in 8°. — A la même époque, Durand de Maillane fit un rapport à la Constituante a sur l'affaire du sieur Talma, comédien français», que le curé de St-Sulpice avait refusé de marier comme comédien. Durand de Maillane conclut que le curé de St-Sulpice n'a pas outrepassé ses droits et que Talma peut bénéficier de la nouvelle loi sur le mariage civil.

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nos propriétés ? N'avez-vous pas assez contrarié nos dogmes sur le chef de l'Eglise, sur la juridiction de ses évoques ? N'avez-vous pas assez innové dans notre discipline, dans le choix des pasteurs ? Quel est donc l'intérêt qui vous presse? Pourquoi créer encore des obstacles religieux, h cette constitution pour laquelle vous êtes si zélés ? » Barruel fait alors sa profession de foi avec une véritable véhémence. « C'est ma religion à moi, s'écriet-il, que toute union conjugale contractée malgré les empêchements dirimants établis par l'Eglise est sans validité. Pourquoi voulez-vous donc que je croie le contraire sur la parole de votre comité contre les décisions des conciles et des pontifes; que je le croie, ou bien que j'agisse contre ma foi; que je le dissimule, et que j'apostasie. Vous avez une constitution: j'en ai une qui ne varie pas, c'est celle de ma foi. Malheur à l'ignorant pasteur qui la sacrifiera à vos révolutions ! Malheur au prêtre lâche que pourraient efFrayer vos menaces, vos imputations de révolte, vos comités de recherches et d'inquisitions! Le révolté n'est pas celui qui sait mourir pour la vérité, qui ne vous offre que sa tète pour la défendre. Le premier des rebelles est celui qui commande l'erreur. » Barruel n'est point disposé à être de ces prêtres lâches et muets. Il poursuit avec une verve et une indignation croissante : (( Je dirai au catholique, marié dans vos hôtels-de-ville, et loin de son pasteur : Votre mariage est nul, la cohabitation avec votre prétendue épouse n'est qu'une fornication habituelle. Vous n'approcherez pas des sacrements, vous ne recevrez celui du mariage même qu'après l'expiation du crime que vous avez commis contre la sainteté de l'union conjugale ; vous commencerez par vous séparer de celle qui n'est point votre épouse légitime. Vous avez un mensonge, une profanation, une espèce d'apostasie à expier. Vous saviez que vous ne pouviez devenir époux qu'en la présence de votre pasteur, et mai-

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