‹ L'ancien clergé de FranceChapitre 47 sur 110 · PLUS DE RELIGION D ETAT · texte numérisé non relu

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gré l'absence de votre pasteur, vous avez dit h cette femme : je vous prends pour épouse. Vous avez menti contre votre conscience. Vous connaissiez la loi et la doctrine de l'Eglise ; vous l'avez violée en face du magistrat ; c'est une profanation et une apostasie publique. Au lieu d'écouter lesMaillane, Le Camus, les Lanjuinais, écoutez nos pontifes, écoutez nos conciles, écoutez cette Eglise h laquelle Dieu vous a soumis sous peine d'ana- . thème et de damnation ^. »

Ce véhément publiciste n'avait pas seulement pour lui le suffrage des théologiens. Il pouvait invoquer à l'appui de sa thèse les habitudes religieuses des populations. C'est peut-être pour cela que la Constituante se contenta d'inscrire dans la constitution le principe du mariage et de l'état civil ^^ sans prendre le temps de voter une loi à ce sujet. La Législative achèvera sur ce point la révolution préparée par la Constituante, et pourtant François de Neufchâteau pourra encore s'écrier dans la séance du 17 mars 1792 : « Si l'on publie une loi qui permette de vivre comme mari et femme, à la suite d'un simple contrat passé devant la municipalité, je le soutiens, le peuple croira qu'on a détruit le sacrement de mariage ^. »

1. Journal ecclésiastique de l'abbé Barruel, décembre 1790. Barruel est pourtant d'avis que le magistrat peut constater l'Etat civil des époux.

2. « La loi, dit la constitution de 1791 ( tit. II, art. 17^, considère le mariage comme un contrat civil. Le pouvoir législatif établira pour tous les habitants sans exception, le mode par lequel les naissances, mariages et décès seront constatés, et il désignera les officiers publics qui en recevront et consacreront les actes. »

~ 3. « Celte loi, disait François de Neufchàtcau, ne peut être bonne. Séparer le contrat civil du contrat religieux, faire une loi sur le divorce et le mariage des prêtres, c'est agir en législateurs philosophes. La France ne supportera pas en ce moment une innovation qui paraîtrait toucher aux dogmes religieux. Quoique nous soyons dans le siècle de la philosophie, le peuple n'est pas encore philosophe. Ceux qui ont lu les bons écrits qui ont été publiés sur la Révolution sont en petit nombre, «t l'instruction passe lentement dans la classe du peuple qui travaille.

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Quelle était l'attitude des cvêques au milieu de tant de ruines? Ils n'étaient pas, ils ne pouvaient être satisfaits. Durand de Maillaiie raille à plaisir leur déconvenue. « Les évêques, dit-il, les prêtres sont des hommes comme nous, plus sensibles que nous, parce que dans leur célibat, ils n'ont point à partager comme nous leurs affections dans des familles. Or, le clergé était ci-devant corps, ci-devant ordre et premier ordre, ci-devant très puissant aux Augustins(par ses assemblées), ci-devant opulent, tenancier, Seigneur, Monseigneur, Grandeur, juge avec olîîcialité, bras séculier, etc, etc. Et tout cela n'est plus, tout cela a été renvoyé par l'Assemblée nationale au pied de la montagne de dessus laquelle l'état, les devoirs et les fonctions des prêtres ont été tracés en caractères divins, imprescriptibles et ineffaçables. Il y a loin de ce pays au notre, et on les a pressés, pris comme au dépourvu, pour faire ce long et pénible voyage K »

C'était peu généreux de railler ainsi des victimes ; ce n'était même pas juste. Durand de Maillane, en présentant ces « ci-devant » comme de nouveaux Jérémie pleurant sur les ruines de leur grandeur temporelle évanouie, dissimulait m d son dépit de la résistance opposée parles évêques à la constitution civile du clergé. En fait, Tépiscopat montra une noble grandeur au milieu des coups qui le frappaient de toutes parts.

Fallait-il en effet désespérer ? A travers les nuages soulevés par un tel effondrement, les évêques eurent-ils comme une vision des temps modernes, et le pressenti-

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