‹ L'ancien clergé de FranceChapitre 8 sur 110 · T. XI, p. 99 et · texte numérisé non relu

T. XI, p. 99 et

2. Nous n'avons fait que résumer ici les conclusions auxquelles s'arrête M. le vicomte de Bfoc dans un ouvrage qu'il va publier sur Mgr de Maillé-La-Tour-Landry. — M. le cbanoine Guillaume, archiviste des Ilaulcs-.Vlpcs, nous écrit : « Dans les archives de l'évêché de Gap, dont je termine actuellement l'inventaire, je n'ai absolument rien trouvé de

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Quoiqu'il en soit, si M. de Maillé fut réellement répréhensible dans ses mœurs avant 1789, il répara noblement ses fautes pendant la Révolution. Mais sa conduite durant les années terribles nous paraît une preuve nouvelle de sa régularité dans les temps heureux. M. de Maillé est le seul prélat qui ait continué ses fonctions épiscopales pendant la persécution. Caché à Passy, il exerce son ministère, fait des ordinations, et est assez heureux pour échapper au bourreau. Comment attendre une telle conduite d'un prêtre dissolu ? De telles transformations sont bien rares et bien difficiles. Sans doute, la secousse révolutionnaire produisit un grand ébranlement dans les âmes. En France, on a toujours vu des hommes de plaisir braves sur le champ de bataille. Mais il ne s'agit point ici de coups d'épée ni de l'enivrement des combats. Le courage déployé durant de longues années par M. de Maillé en face d'une mort toujours présente et quand son frère, ses neveux, venaient de périr à Paris sur l'échafaud, fut une résolution calme, persévérante, qui dénote une force de caractère, un sentiment du devoir, une foi qu'on ne saurait demander, croyons-nous, à l'évêque léger et viveur que dénonce le pamphlet de Gap. Disons enfin que les documents contemporains nous montrent M. de Maillé très lié avec M. Emery.

Les écrivains de notre époque qui ont eu à parler de l'ancien épiscopat ont émis parfois très légèrement des affirmations, des accusations sans fondement. L'un d'eux* ne va-t-il point jusqu'à prêter « une célébrité scandaleuse » à Mgr du Lau, archevêque d'Arles, prélat universellement connu par ses vertus. Nous avons vu reproduit dans diff'érents ouvrages le jugement porté sur quelques

défavorable à ce prélat. » L'abbé Aucel, dans la notice en tête du Recueil des circulaires, mandements, de Mgr Arbaud, 1838, in-8'', p. LXI-LXI, parle aussi de M. de Maillé.

1. Jean Wallon, Le clergé de ((uatre-vlngL-neuf, in- 12, p. 493.

prélats d'ancien régime par Y Histoire de France de l'abbé Montgaillard. On a oublié, en s'appropriant les assertions de cet écrivain, que l'histoire qu'on lui prête n'est pas de lui, et qu'en serait-il l'auteur, il ne mérite guère crédit. Sainte-Beuve déclare que cet écrit est « incomplet, incohérent, plein de mensonges, de contradictions et d'erreurs; grâce à une certaine causticité originale, et à une affectation cynique de franchise, mais grâce surtout au patronage influent de ses tuteurs », il (( a usurpé un succès de vogue. ^ »

C'est dire sur quelle base fragile s'appuient des accusations empruntées à un ouvrage anonyme et passionné. La connaissance plus intime des prélats mis en cause dans ce factum, achève de démontrer l'injustice des jugements qui y sont portés.

L'histoire de France par Montgaillard sttaque, par exemple, la vie privée de M. de Montmorency, évêque de Metz, cardinal, grand aumônier du roi. Or, on ne peut invoquer aucun écrit public ou privé, histoire ou pamphlet. Mémoires ou nouvelles du jour, qui émette ici contre ce prélat la moindre insinuation. Cependant ses ennemis et, en particulier pendant la Révolution, les

1. Sainte-Beuve [Premiers lundis,i. I, p. 280). L'ouvrage dont nous parlons a pour titre : Uistoire de France depuis la fin du règne de Louis XVI jusqu'à l'année 1825. 1826-1833, 9 vol. in-8". — « Un fait constant, dit la France littéraire de Quérard, c'est que l'Histoire de France n'est que la Reçue (chronologic^ue et historique de l'histoire de France^ publiée en 1820 par l'abbé Montgaillard, 2 vol. in 8°) délayée par une société d'auteurs anonymes. » On peut s'apercevoir de cette collaboration aux contradictions de l'ouvrage. L'un des collaborateurs, le comte de Montgaillard, frère de l'abbé, se distingua par ses intrigues en faveur des Bourbons et des Napoléons qu'il trahit tour à tour.L'abbé Montgaillard, qualifié d'abbé sans l'être et uniquement parce que, dès 1788, il s'était destiné à l'état ecclésiastique, s'était fait une réputation de causticité et de cynisme qui ne sont point les qualités premières de l'historien. Néanmoins sa Revue chronologique, œuvre propre de l'abbé Montgaillard, n'a pas trace des accusations portées contre les mœurs de quelques prélats dans l'Histoire de France (t., II, p. 2'44-2'i5) , œuvre d'écrivains anonymes.

commissaires qui se plurent à accumuler les griefs contre lui, n'auraient pas négligé ce moyen de le perdre s'ils avaient eu le moindre espoir de faire accepter cette calomnie. La ville de iMetz possède les procès-verbaux des interrogatoires auxquels fut soumis l'évêque. Il y est beaucoup parlé de son esprit de domination, de son attachement à ses privilèges, aux avantages pécuniaires de sa charge et de ses dignités, mais on n'y trouve pas un mot qui incrimine ses mœurs. Disons enfin que la tradition orale ne nous à transmis aucun bruit de ce genre. Le clergé, qui n'aimait pas Montmorency à cause de la hauteur et du faste dont il entourait sa personne, n'aurait pas manqué de garder souvenir de la moindre incartade de son chef hiérarchique K N'oublions pas enfin que le roi le prit pour grand aumônier en ren\placcment du cardinal de Rohan. Est-il à croire que Louis XVI, qui avait en horreur « les prélats affichés pour leurs mœurs w, ait voulu entourer sa personne d'un homme connu comme tel, après le scandale de l'affaire du collier.

S'il n'y a pas trace d'accusations contre Montmorency dans l'ancien régime, on y trouverait en retour des té-

1. Un des premiers érudits de la ville de Metz, uniquement préoccupé de la vérité historique, nous écrit : « Mgr de Montmorency a laissé une réputation de grande charité, de véritable dévouement aux intérêts de la ville et surtout du parlement de Metz ; mais son caractère vif, les magnificences princicres de ses réceptions à Frescaty, ses compromissions avec les jansénistes, l'introduction de la liturgie gallicane indisposèrent une grande partie de son clergé. Je n'ai trouvé dans aucun auteur du pays la moindre attaque contre ses mœurs. M™" de Choiseul, l'abbesse qui est revenue habiter Metz après la Révolution, a mérité d'être inhumée solennellement à la cathédrale en 1816 : nulle part le moindre doute de légèreté coupable. » Nous devons également ici de précieux renseignements à M. l'abbé Villemier, vicaire général de Metz. — Les écrits du temps rapportent ce trait. Montmorency, évèque de Metz, grand aumônier, était opposé à la cour plénière où Loménie de Bricnne voulait le faire entrer, invoquant la reconnaissance envers le roi pour vaincre sa résistance. « Vous voulez peut-être parler de ceci, répondit le prélat avec vivacité, en saisissant le cordon bleu. Sachez que les Montmorency sont avant le cordon bleu. » Il allait arracher son cordon bleu quand on le- calma. . .

moignages rendus à la régularité de sa vle^. Ce qui achève ici la démonstration, c'est que M™° de Choiseul, abbessc de l'abbaye royale, celle-là même que Montgaillard nous présente comme complice des prétendus désordres de Montmorency, est honorée à Metz comme une sainte, au point que, par un privilège presque unique, elle mérita d'être ensevelie, en 1816, dans la cathédrale de cette ville. L'épitaphe gravée à cette occasion sur sa tombe dit, avec ses vertus, la vénération dont tout un peuple entourait sa mémoire.

Cette discussion nous montre avec quelle légèreté on a trop souvent accueilli des calomnies contre certains prélats d'ancien régime ^.

Concluons de ces observations que l'impartialité historique, la vérité, imposent la discrétion, la prudence, dans les jugements sur la conduite privée de cet épiscopat. On ne peut pas donner les dires d'un Bachaumont, d'un Métra, d'un Montgaillard comme paroles d'Evangile. N'oublions pas qu'il s'agit d'un temps où l'on se dédommageait par les propos de salon, de l'absence de liberté politique et de liberté de la presse. Il est facile de formu-

l.En 1779, (lom Bernardin Pierron, bénédictin, vanté dans un poëme latin (ce poëme avait pour titre : Tcmplum Mcteusibus sacrum, p. 170-172) son illustre naissance, sa charité, sa prudence, et il ajoute :

Moriim

Quis nitor ! Exemple leges créât atque ministrat. — Quelle que soit la licence des poëtes, un tel élog-e eût paru une cruelle ironie si Tévêque de Metz eût été tel que nous le dépeint l'histoire de Montgaillard.

2. L'histoire de Montgaillard incrimine également la vie privée de M. de Gicé, archevêque de Bordeaux. Mais ici encore pas de faits cités, pas de témoignages autorisés. Cependant Gicé était trop en vue, son rôle à la Gonslituante. son attitude comme garde des sceaux furent trop discutés, en particulier lors de la constitution civile du clergé, pour qu'il n'eût point beaucoup d'ennemis et des adversaires irréconciliables. Kous ne savons pas qu'ils aient jamais, pour le perdre, attaqué sa vie privée. Ses trois historiens n'émettent pas la moindre insinuation à cet égard. Ci. Base, Mémoires pour seruir à Vhistoire du Uouergue, 3 vol. in-8°,1797 ; — Fisquet, \a France pontificale, province de Bordeaux — ; Servicres, Histoire de L'église du Rouergue, gr. in-8o, 1875.

1er ici des condamnations générales ; quand on est mis en demeure de les justifier par des noms propres et des faits, on est bien vite dans l'embarras, même en s'aidant de Bachaumont, de Métra et de tous les Mémoires du temps.

Sur ce point, un écrivain de l'ancien régime, modéré, mais bien informé, impartial et claivoyant, l'abbé Proyart, nous paraît avoir fait la mesure exacte du mal. « La malignité, dit-il, se taisait sur la régularité de cent vingt pasteurs, V édification de leurs troupeaux^ et demandait compte au corps entier des scandales, malheureusement trop réels, d'une dizaine de ses membres ^. » L'abbé Proyart, vivant à cette époque, était placé pour bien voir. Son livre sur Louis XVI a un ton de sincérité et des aveux qui montrent qu'il a voulu faire œuvre d'historien et non de panégyriste. Nous acceptons donc comme exact le chiffre de dix évêques répréhensibles dans leur vie privée à l'avènement de Louis XVI ou à la veille de la Révolution ~. Comme ce prince apporta un vrai scrupule dans le recrutement de l'épiscopat, le nombre des prélats irréguliers a diminué plutôt qu'augmenté sous son règne.

1. Cf. Abbé Proyart, Louis XVI détrôné avant d'être roi, 1800.

2. Ces dix noms comprendraient les quatre prélats, futurs constitutionnels : Talleyrand, évoque d'Autun ; Loménie de Brienne, ai'chevêque de Toulouse, puis de Sens, qui venait de prendre pour coadjuteur un autre Loménie de Brienne également peu recommandable ; Jarente, évêque d'Orléans. La vie privée de Savine n'avait point été répréhensible avant la Révolution, A ces noms nous avons ajouté ceux de Dillon, archevêque de Narbonne ; Rohan, cardinal, évoque de Strasbourg ; Grimaldi, évêque du Mans, puis de Noyon. En supposant que les accusations portées contre les prélats dont nous avons donné les noms, accusations qui ne nous ont point paru établies, fussent fondées pour deux ou trois, nous arrivons au chiffre de dix évêques répréhensibles donné par l'abbé Proyart. Gobel, évêque de Lydda, qui devait donner un si grand scandale pendant la Révolution, laissait si peu prévoir une telle conduite qu'on l'appelait l'ange de Lydda, avant 1789.

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Ce qui a contribué ici à accréditer les préventions contre quelques prélats d'ancien régime, c'est le faste, l'appareil un peu mondain dont ils entouraient leur existence. Nous l'avons dit, la vie retirée, modeste, presque recluse de nos évêques, ne rappelle en rien l'éclat, le luxe de leurs prédécesseurs du XVIIP siècle. Grands par leur naissance, par leur rang social, par leurs revenus, ils croyaient devoir mener un train en rapport avec leur situation spirituelle et temporelle.

Il était un temps dans l'année où ces châteaux, ces maisons de campagne dont nous avons décrit les splendeurs ^, s'ouvraient à une société choisie, brillante, empressée à jouir de la généreuse hospitalité, de la table somptueuse d'un prélat gentilhomme. Les femmes de. la noblesse pouvaient d'autant mieux s'y rendre que le plus souvent les honneurs étaient faits par une sœur, une belle sœur, une nièce de l'évêque. Elles y venaient en eftet. Deux dessins faits pendant l'épiscopat de Clermont-Tonnerre, évêque de Châlons, représentent le magnifique parc de Sarry, dessiné par le Nôtre, avec des Messieurs, des dames décolletées selon le goût de l'époque .Tout s'y passait avec une parfaite convenance. Les conversations délicates, la musique, des délassements innocents, occupaient les heures de réunion.

Les prélats n'éprouvaient aucun embarras à se mouvoir au milieu de cet entourage un peu profane. Ils n'avaient eu qu'à grandir dans leur propre famille pour connaître tous les

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