‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 11 sur 354 · CHAPITRE TROISIÈME Titres fastueux et prérogatives des évoques · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME Titres fastueux et prérogatives des évoques

I. Titres qui leur viennent de leur siège. — Vestiges de leur situation au moyen âge et de l'organisation féodale. — Hommages qu'ils reçoivent ou donnent comme souverains ou vassaux. — Leur dignité mélange de spirituel et de temporel. —

II. Les pairs ecclésiastiques ; leur rôle au sacre du roi. — Evoques princes du Saint-Empire, ducs, comtes, seigneurs de leur ville épiscopale. — Quelques privilèges d'anciens évêchés : Mende,LePuy, etc.: cour de l'évêque de Ghâlons-sur-Marne, de l'archevêque de Besançon. — Evoques conseillers au parlement, conseillers d'Etat, commandeurs de l'ordre du Saint-Esprit. —

III. Privilèges d'un caractère plus spirituel : la primatie. Lutte entre les primats. — Assaut de titres retentissants. — Les Rohan, les Talleyrand, les Sabran et jusqu'à Dubois. — IV. Les évêques longtemps appelés Messire, Révérend Père en Dieu. — Le Monseigneur vient d'Italie et se propage en France au xvii° siècle. — Résistance qu'on lui oppose. — Saint François de Sales, Richelieu, contribuent à le répandre. — Coalition des évêques pour, des grands seigneurs contre. — Les ministres et autres prétendants à ce titre. — Usage des cardinaux. — V. Votre Grandeur. — En 1789, les députés traités de Monseigneur. Les articles organiques. — Usage de notre siècle. — Avec tous ces titres, cette éducation, cette noblesse, grandeur et distinction suprême de l'ancien épiscopat.

Ces prélats gentilsliommes, qui jetaient sur leur siège l'éclat de leur naissance, devaient en retour à ces sièges mêmes des titres et des prérogatives qui rehaussaient leur prestige. Pour comprendre ces privilèges, ces honneurs, il faut remonter à travers les siècles jusqu'à leur origine, jusqu'au moyen âge. On sait que le clergé était entré à cette époque dans la construction féodale de la société. Dans un temps où régnait la maxime : point de terre sans seigneur, point de seigneur

sans terre, l'EgKse, pour garder son rang, avait dû se prêter aux formes nouvelles de l'organisation territoriale. A la mense épiscopale, domaine primitif de l'évêcpie, était venue s'ajouter la seigneurie épiscopale. Le clergé comptait dans ses possessions la variété infinie des titres féodaux, depuis la plus humble vassalité jusqu'à la suzeraineté indépendante. Dans la dispersion de la souveraineté qui avait été la conséquence de l'affaiblissement du pouvoir central, les droits régaliens de guerre, de justice, d'impôt, de monnaie, avaient été usurpés par les plus puissants seigneurs. Certains évêques n'avaient pas manqué d'y prétendre. On citait sur la fin de l'ancien royaume ceux qui dans les siècles passés avaient eu la prérogative de battre monnaie*, de lever des troupes. On connaissait les noms des évêques-comtes, tels que les archevêques de Reims, de Vienne, les évêques de Mende, LePuy, Langres, Lodève, Noyon, Beauvais, etc. qui avaient été autrefois de véritables souverains. Ailleurs, comme à Nantes, à Chartres, les prélats en rivalité avec le comte laïque savaient faire respecter leurs droits par les plus X)uissants seigneurs, fussent-ils les ducs de Bretagne. Ailleurs, et c'est le cas le plus fréquent, l'évêque est à la fois suzerain et vassal. Comme vassal, il rend les devoirs que cette qualité impose. Comme suzerain, il obtient de ses feudataires l'hommage prescrit par les coutumes. Et ces feudataires ne sont pas toujours de simples châtelains. On compte parmi eux de hauts barons et parfois jusqu'au roi de France lui-même.

Les titres de comte, de baron, de seigneur, que nous voyons beaucoup d' évêques de France j)orter encore à la fin de l'ancien régime, étaient toujoui's, malgré les révolutions des siècles, des souvenirs du passé. La royauté, en reconstituant sa domination, en ressaisissant peu à peu la souveraineté et les droits régahens usurpés par les grands vassaux, avait laissé à quelques-uns de leurs

I. Hugues DU Tems {Le Clergé de France, 1774, 4 vol. in.-8), cite parmi les prélats qui avaient autrefois le droit de battre monnaie, les évêques d'Apt, Mende, Le Puy, Périeueux, Saintes, les archevêques d'Arles, Embrun, etc. — Lu chaire, Manuel des Institutions françaises, période des Capétiens, p. 43-45.

successeurs des titres, dernier vestige de leur ancienne puissance, tel que celui de pair qui rappelait une égalité avec le roi jierdue dans la nuit des temps. Le Saint-Empire avait de son côté donné largement et maintenu le titre de prince aux évêques qui avaient eu avec lui des raj)ports j)olitiques.

Quand tant de circonstances diverses concouraient à donner aux prélats une grandeur temporelle, la charge spirituelle venait y surajouter un singulier prestige*, fait de vénération, d'obéissance et de foi de la j)art des peuples. De ces éléments divers s'était formée une dignité d'un caractère complexe, faite d'humain et de divin, appuyée à la fois sur la féodalité et sur l'Eglise, où l'on a quelque peine à distinguer les honneurs rendus au pontife de ceux qui se rapportent à l'ancien suzerain. C'est avec le souvenir présent de cette évolution historique, et de l'héritage légué par les siècles, qu'il faut Kre notre exposé sur les titres, les prérogatives de l'épiscojpat à la fin de l'ancien régime, sur sa situation dans les villes et les provinces où nous retrouverons de nombreux vestiges de féodalité.

Signalons tout d'abord les quahfîcations les plus recherchées. L'archevêque de Reims, les évêques de Laon, Langres, Beauvais, Châlons, Noyon étaient pairs ecclésiastiques '. Alors que la royauté s'était élevée sur la

1. Le concile de Mâcon, tenu en 585, prescrit (art. i5) que si un laïque rencontre un clerc^ tous les deux à cheval, le laïque doit se découvrir ; que si le clerc est à pied et le laïque à cheval, celui-ci doit descendre pour saluer le clerc. Ces prescriptions, qui nous paraissent naïves, dénotent une foij une vénération qui, tout en perdant de leur intensité à travers les âges, continuèrent toujours à entourer le prêtre d'un très grand prestige.

2. L'archevêque de Reims sacrait le roi de France ; l'évêque de Laon portait la sainte Ampoule ; l'évêque de Langres, l'épée royiale ; l'évêque de Beauvais, le manteau royal. Lui et l'évêque de Laon, en habits pontificaux et avec des religues des saints jpendues à leur cou, allaient chercher le roi au " ■ conduisaient pendant

aux assistants s'ils promettaient obéissance à leur nouveau souverain. L'évêque de Châlons portait l'anneau royal, celui de Noyon la ceinture et le baudrier royaux.

ruine de toutes les autres grandeurs, c'était un honneur très ambitionné d'entourer la personne du souverain le jour de son sacre, de prendre une part plus ou moins large à cette imposante cérémonie et d'être cpialifié par lui de cousin en toute circonstance. L'évêque de Soissons comptait au nombre de ses prérogatives de remplacer, en cas d'empêchement, l'archevêque de Reims comme prélat consécrateur ^ L'évêque de Laon ne manquait pas d'apprendre au monde, par la France ecclésiastique, qu'il était second pair, et qu'à ce titre il avait des fonctions particulières à la cérémonie du sacre.

Certains sièges faisaient leurs titulaires pairs de France ; d'autres les constituaient présidents d'états. Nous verrons, par exemple, l'évêque d'Autun président-né des états de Bourgogne ; l'archevêque d'Aix, des états de Provence ; l'archevêque de Narbonne, des états du Languedoc, province dont l'administration égalait en importance celle de certains royaumes.

Les archevêques de Besançon, de Cambrai, les évêques de Strasbourg, Metz, Toul, Verdun, Belley, sont princes du Saint-Empire. Le cardinal de Rohan assiste en cette quahté à la diète de Ratisbohné^ Les archevêques d'Arles, d'Embrun, l'évêque de Grenoble, se qualifient de princes de leur ville épiscopale ; l'évêque de Sisteron est prince de Lurs ; l'évêque de Viviers, prince de Donzère. L'archevêque de Paris est duc de Saint-Cloud et pair" de

1. Cette prétention des évêques de Soissons donna souvent lieu à des contestations. En 1694, le chapitre de Reims prétendit que l'évêque de Soissons avait besoin de la permission du chapitre et que l'onVande appartenait à la fabrique de Reims. A la mort de Louis XV, l'archevêgue de Reims, cardinal de la Roche-Aymon, étant malade, on discuta vivement qui, de son coadjuteur, M. Talleyrand-Périgord, ou de l'évêque de Soissons, M. de Bourdeilles, aurait l'honneur de présider au sacre de Louis XVI. Pour couper court à ces compétitions, La Roche-Aymon fit un suprême effort pour faire la cérémonie qui ne finit qu'à trois heures. (PÉCHEUR, Annales du diocèse de Soissons, t. VII, p. 4oi-4'4-) ^^^ moins l'évêque de Soissons avait la satisfaction de faire les fonctions de diacre à la cérémonie ; l'évêque d'Amiens faisait celles de sous-diacre. Les évêques de Senlis, de Verdun, de Nantes et de Saint-Papoul, avaient des places réservées du côté droit de l'autel.

2. «Nous avons résolu de lui donner le titre de duc et pair de France dont 11 a déjà les principaux avantages, puisque les archevêques ont toujours conservé leur préséance dans notre cour de parlement qui est celui des pairs. » Diplôme royal de Louis XIV, 1674. Les empereurs avaient permis aux archevêques d'Arles de battre monnaie, les avaient fait princes du Saint-Empire sous le titre de Mont-Dragon, et leur avaient même donné le pouvoir d'ennoblir leurs paroissiens.

France. L'archevêque de Cambrai est duc de Cambrai et comte de Gambrésis. Il a dans sa seigneurie dix paroisses et toute la cbâtellenie du Cateau-Cambrésis, ce qui le rend le j)lus puissant propriétaire de la province. On sait que cette grande situation, et les 200,000 livres de sa mense épisco]Dale, permirent à Fénelon de rendre de grands services aux armées du Nord auxquelles il faisait passer tous ses blés. Louis XIV, d'après Saint-Simon, «ne put s'empêcher de lui faire dire plusieurs fois qu'il lui savait gré des secours qu'il donnait à ses troupes».

L'archevêque de Reims avait eu à travers les âges, comme seigneur féodal, comme duc et j)air, ses tribunaux de haute, moyenne et basse justice ; ses baiUis, sa cour, son sénéchal, son maréchal ou grand écuyer, son panetier, son gruyer, son chanceher. L'évêque de Laon était duc de Laon; l'évêque de Langres, duc de Langres. Ce dernier avait été autrefois comte de Dijon. Depuis, il ajoutait aux titres de duc et pair, ceux de comte de Montfauljon, marquis de Coublanc, baron de Luzy, de Gurgy-le-Château, de Mussy et autres châtellenies. Les trois autres pairs ecclésiastiques étaient comtes de Beauvais, de Noyon et de Châlons^ Un grand nombre de prélats étaient seigneurs ^ de leur ville épiscopale.

Il faudrait de longues iDages pour transcrire les droits, les titres qui, traversant les siècles, étaient encore plus ou moins en exercice à la veille de la Révolution '. L'évâ-

1. Sont également comtes de leur ville épiscopale : l'archevêque de Ljron, les évêques de Lisieux, de Gap, Rodez, Verdun, Toul, Vabres, etc. L'évêque de Sarlat est seigneur de la ville et prend la qualité de baron. L'évêque de Tulle est seigneur et vicomte de Tulle. L'évêque d'Ajaccio est comte de Frasso et, en 1388, a droit de présider comme le plus ancien évêque, les états de Corse. L'évêque de Luçon est baron de Luçon.

2. Citons parmi les évêques qui sont seigneurs de leur ville épiscopale: les évêques d'Aire (avec le chapitre), Albi, Bazas, Saint-Flour, Digne (seigneur de Digne, baron de Lausières), de Lectoure (avec le roi), Saint-Brieuc, Die (Dauphiné), Saint-Papoul, Belley, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Saint-Pons, Uzès, Vienne (en paréage avec le roi), Auch (en

Earéage avec le roi (jui a succède aux droits du comte d'Armagnac), 'évêque d'Oloron prétendait à la qualité de baron de Béarn. Il était avec le chapitre seigneur d'une partie de la ville. L'évêque de Vence était coseigneur de Vence, etc. Il est dit dans la vie de Pavillon, évêque d'Alet, qu'outre son sceau épiscopal, il avait sigillnm curiœ temporalis. L'évêque de Pamiers était co-seigneur de la ville avec le comte de Foix. Les consuls lui prêtaient serment de tidélité ainsi qu'au comte de Foix.

3. L'évêque de Valence est seigneur et comte de la ville de Valence et de ce qui forme le comté. L'évêque de Léon (Bretagne) est comte de Léon, seigneur de la ^ille épiscopale, d'une grande partie de Brest et de plu-

que du Puy est comte du Velay et seigneur du Puy. L'évêque de Quimper est seigneur de la ville et se quaKfie comte de Cornouailles. L'évêque de Montpellier est comte de Mauguio et de Montferrand, marquis de Marquerose, baron de Sauve, Durfort, Salevoise, Brissac. L'évêque de Saint-Claude est seigneur de toute la terre de Saint- Claude. Sa tour féodale domine tout le mont Jura. L'évêque de Lodève est seigneur comte de Lodève et de Montbrun ; il n'est presque pas de noble dans son diocèse qui ne soit son vassal et tenu de lui rendre hommage, presque pas de baillis ou juges qui ne soient établis par lui. L'évêque de Dol prend le titre de comte de Dol, timbre ses armes d'une couronne comtale et d'un casque guerrier, a enfin le droit de faire porter la croix devant lui. L'évêque de Gabors est baron et comte de Gahors. Lorsqu'il officie, il à la faculté, sans doute en souvenir de l'humeur guerrière de ses antiques prédécesseurs, de faire mettre sur l'autel le casque, la cuirasse, les gantelets, l'épée et toute l'armure militaire.

L'évêque de Mende est seigneur et gouverneur de Mende, comte de Gévaudan. Ses fiefs innombrables, ses possessions territoriales s'étendent dans quarante paroisses ; les huit barons du Gévaudan, ceux d'Alais, les comtes de Rodez et même les rois d'Aragon sont ses vassaux. Dans les cérémonies, on porte devant lui un sceptre de vermeil qui est déposé sur l'autel ]3endant l'office. A son entrée solennelle dans certaines églises, il lui est dû

sieurs paroisses. L'évêque de Saint-Malo est baron de Beignon. Il est sei-

fneur, par indivis avec le chapitre, de Ja totalité de la ville de Saint- [alo et donne gratuitement, et à l'alternative avec le chapitre, les charges et offices. L'évêque de Viviers est comte du Vivarais, prince de Donzère et Châteauneuf du Rhône. Comme seigneurs de Viviers, les évêques envoyaient aux états particuliers du Vivarais leur bailli ou représentant qui était ordinairement un des vicaires généraux, lequel prenait rang avant le bailli des barons. L'évêque d'Agen est comte de sa ville épiscopale. L'évêque de Gap a le titre de comte et porte l'épée d'un côté de son écusson. Depuis cinq cents ans l'évêque de Chalon-sur-Saône est comte de Chalon et, en outre, baron de la SaUe. L'évêque de Lescar est seigneur de la ville et premier baron de la province. Cfes renseignements nous sont fournis par les histoires des provinces et des villes, Êar la France ecclésiastique de 1789 et par Hugues do Tems, op. cit. l'j'jlî. ien que ces titres fussent devenus avec le temps purement honorifiques, et n'eussent presque rien gardé de l'importance qu'ils avaient au moyen âge, les évêques ne manquaient pas de les prendre dans tous leurs actes publics et en tête. de leurs mandements. Aucun titre ne se perdait dans l'ancien régime.

4o TITRES ET PRÉROGATIVES DES ÉVÊQUES

une paire d'éperons *. Gomment s'étonner que quelques titulaires soient plus éblouis de la grandeur séculière de leur siège que de leur charge épiscopale, et qu'au xvii® siècle les chanoines de Mende se voient obligés de « supj)lier » Mgr de Marcillac « de coucher en son seing la quaUté d'évêque, et non pas seulement ceUe de comte de Gévaudan, comme il fait ».

Plusieurs évêques nous apparaissent à travers les âges comme de véritables souverains dans leur province. On avait vu, par exemple, les évêques de Toul jouir de tous les droits régaliens, édicter des lois, rendre la justice, poursuivre et châtier les coupables, ordonner et percevoir les impôts, battre monnaie. L'évêque du Puy exerçait autrefois la suzeraineté sur le Velay, sur certaines régions de l'Auvergne, du Gévaudan, du Vivarais, du Forez et même du Lyonnais. Il était resté, à travers les transformations amenées par le temps, la j)remière puissance de sa province, et jusqu'à la veille delà Révolution, il dominait tout autour de lui par sa haute situation religieuse et sociale. Long est encore en j)lein xviii^ siècle, le « réj)ertoire général des hommages de l'évêché du Puy ^ », honmiages rendus à l'évêque comme comte du Velay.

Combien grande avait été dans le passé la suzeraineté de l'évêque de Ghâlons-sur-Marne à qui appartenait la ville entière à son origine ! Le prélat jouissait de droits régaliens et pouvait affrancliir les habitants en leur faisant baiser son anneau. La seigneurie de Ghâlons, ce que l'on appelait le h an de Vévêque, comprenait treize cents maisons . Il j)ossédait une jpartie de la Marne et de ses affluents. En 998, l'évêque Gibuin II composa sa cour de justice de douze pairs, six ecclésiastiques et six laïques, non compris le bailli et le prévôt. En outre, il avait, comme les rois de

1. Cf. Archives dép. Lozère 6.41,669, et introduction; G d'AvENEL, Richelieu et la monarchie absolue, 1885, in-8, t. III, p. zi^-z^^. Gust, Buri)iN, Documents historiques sur la j}rovince du Gévaudan, 1846, 2 vol. in-8, t. 1=', fait rénumération des domaines propres de l'évêque de Mende et des vicissitudes de sa puissance. Au xiii« siècle, les évêques du Gévaudan iaisaient battre monnaie et levaient des troupes pour faire respecter leur puissance temporelle.

2. Adrien Lascombe, Répertoire général des hommages de Vévêché du Puy (ii34-i74i)> 1882, in-8. — Abbé Martin, Histoire des diocèses de Toul, Nancy et de Saint-JDié, 1900-1903, 3 vol. in-8, t. I, p. 480.

TITRES ET PRÉROGATIVES DES ÉVÊQUES /^l

France, un vidame qui était en même temps chancelier, un maréclial héréditaire (le seigneur de Cernon), un sénéchal, un bouteiller, un chambellan. Ce cortège était complété par un chapelain, un argentier, un maître d'hôtel (dapifer), un notaire, unécuyer, un avoué. L'évêque étant seigneur suzerain, les nobles les plus puissants du diocèse lui devaient foi et hommage \

Le temps, l'omnipotence royale avaient aboli nombre de ces prérogatives ; mais on trouve encore dans quelques évêchés une espèce de cour jusqu'à la fin de l'ancienrégime. L'archevêque de Besançon " avq^it été pendant près de six cents ans souverain delà ville. A ce titre, il était prince du Saint-Empire et tenait le troisième rang parmi les princes dans les diètes de l'Allemagne. Il avait six grands officiers qui devaient se trouver en personne ou par procureur à son intronisation, lui faire hommage de leurs fiefs et assister à ses obsèques. C'étaient le marquis de Choiseul-la-Baume, grand maréchal ; le prince deBauffremont, grand chambellan ; lé marquis de Serrières, grand panetier ; le marqpiis de Saône, grand veneur ; le marquis de Lézay-Marnésia, grand échanson ; M. de Rans, grand chambrier. Il est à croire que ces grands seigneurs se contentaient de remphr leurs fonctions sur l'almanach. La conquête de Louis XIV avait à peu près anéanti la puissance temporelle de l'archevêque de Besançon, mais la composition même simplement nominale de sa cour, redisait encore son ancienne splendeur. D'autreshonneurs, d'autres titres, tels que ceux de commandeurs de l'ordre du Saint-Esprit', conseillers d'Etat, conseillers du roi en

1 . Cf. Barrât, Histoire de la cille de Châlons-snr-Marne, i854, 2 vol. in-4, p. 195-203. — Ed. de Barthélémy, Histoire de Chdlons-sur-Marne, I, gfi-ioS, enumère les nombreux fiefs possédés par le vidame de Chalons-sur- Marne. Ces vidâmes furent des guerriers intrépides. Leur rôle finit au xvii° siècle.

2. Quelques grandes familles se plaisaient encore à conserver un souvenir féodal, le titre de vidame, qui rappelait les services rendus, au moyen âge, pour la défense des biens d'Eglise. Les sièges d'Amiens, Beauvais, Cambrai, Châlons, Chartres, Laon,. du Mans, Meaux, Reims, Rouen, Senlis et Sens, aA'^àient eu des vidâmes. Il est souvent question dans la correspondance de Fénelon du vidame d'Amiens, qui était un fils du duc de Chevreuse.

3. La France ecclésiastique de inSS porte comme commandeurs de l'Ordre du Saint-Esprit le cardinal de Bernis, archevêque d'Albi; le cardinal de Luynes, archevêque de Sens ; Jarente, évêque d'Orléans ; Dillon, archevêque de Narbonne; Roquelaure, évêque de Senlis; La Rochefoucauld,

tous ses conseils, conseillers au Parlement*, venaient encore relever le prestige des évêques.

in

Enfin, au milieu de toutes ces grandeurs faites pour rehausser l'éclat de leur dignité, les prélats revendiquaient avec un soinparticulièrement jaloux les prérogatives religieuses de leur siège. Ceux qui, comme l'évêque d'Autun, l'évêque du Puy-, ont le privilège dupallium, ne manquent j)as de le faire savoir. L'évêque de Nancy, les archevêques d'Arles, deNarbonne se qualifientde primats. L'archevêque de Rouen estprimat de Normandie, l'archevêque de Bordeaux primat de la seconde Aquitaine. L'archevêque de Bourges se ditpatriarche et primat des Aquitaines, l'archevêque d'AucliprimatdelaNovempo]3ulanie etdu royaume de Navarre. Il y a comme un renchérissement des titres les plus fastueux. L'archevêque de Reims est légat-né du Saint-Siège et primat de la Gaule Belgique, l'archevêque de Lyon primat des Gaules, l'archevêque de Sens primat des Gaules et de Germanie ; l'archevêque de Vienne trouve moyen de surpasser tous ses collègues en se quahfiant dé « primat des primats ».

cardinal-archevêque de Rouen; Brienne, archevêque de Toulouse ; Marbeuf, évêque d'Autun; Montmorency-Laval, évêque de Metz.

1. L'archevêque de Paris et l'abbé de Cluny étaient de droit conseillers d'honneur au parlement de Paris ; l'archevêque d'Avignon au parlement de Provence. L'évêque de Nancy était, avec l'évêque de Toul, conseiller prélat-né du parlement de Lorrame; il était de plus chancelier-né del'Uni- A'ersité de Nancy. L'évêque de Nantes était aussi, avec l'évêque de Rennes, conseiller-né du parlement de Bretagne; il était de plus chancelier-né de l'Université de Nantes. L'évêque de Lescar est premier conseiller d'honneur du parlement de Navarre. L'évêque de Chalon-sur-Saône a droit de siéger au pai'lement de Bourgogne. Nous trouvons l'évêque de Gap, la Broue de Vareilles, conseiller d'nonneur au parlement du Dauphiné. Le 3 décembre 1736, nous voyons M. de Vogué, évêque de Dijon, reçu conseiller d'honneur au parlement de cette ville. Mercure dijonnais. D'après un édit de Henri II, du 20 février i554, les archevêques de Bordeaux étaient conseillers-nés du parlement de Guyenne, y avaient séance, A-^oix délibérative et droit de rapporter. On sait que les pairs ecclésiastiques et laïcs pouvaient assister aux séances du parlement de Paris. Les deux agents généraux du clergé étaient toujours conseillers d'Etat.

2. L'évêque du Puy est suffragant immédiat de l'Eglise de Rome et a le

Lyon pendant la vacance du siège. Il est premier gant de l'archevêché. L'évêque de Dol fait savoir que dans les cérémonies il a le privilège d'avoir son fauteuil en face de l'archevêque de Tours.

Ces titres n'étaient guère cpi'honorificpies, surtout dans les derniers siècles, et cependant depuis le moyen âge ils avaient toujours été contestés. De temps en temps les circonstances, en réunissant, en mettant face à face les princij)aux personnages de l'Eglise de France, ramenaient l'occasion de prétentions cpii ne manquaient pas de provoquer les protestations les plus vives.

A l'assemblée du clergé, par exemple, tenue en i6o5, l'archevêque de Lyon revendiqiie la présidence, comme « séant en la chaire de saint Irénée, qu'Eusèbe dit avoir été de son temps primat des Gaules ». L'archevêque de Sens répond que son église a depuis Charles le Chauve la primatie des Gaules et de la Germanie. Sur ce «le seigneur archevêque de Bourges, remontre que notoirement il est non seulement primat d'Aquitaine, mais aussi patriarche qui est une dignité superéminente, laquelle en ordre hiérarchique de l'Eglise précède tous les autres prélats et même les primats ». L'archevêque de Bourges, seul entre tous les archevêques et primats de France, porte la double croix, « marque certaine de la superéminente dignité sur toutes les autres Eglises ». L'archevêque de Narbonne se lève alors, et déclare qu'il a plusieurs rescrits des j)apes affirmant sa pleine indéj)endance des archevêques de Bourges, qui prétendaient à la primatie d'Aquitaine. « Le seigneur archevêque de Vienne, comme primat des primats », réclame à son tour. Les archevêques de Tours et d'Aix font de même. Les évêques de la province de Bordeaux protestent pour l'archevêque de Bordeaux, l'évêque de Bayonne pour l'archevêque d'Auch, l'évêque de Beauvais pour l'archevêque de Reims, « légat-né du Saint-Siège », les évêques de Normandie pour l'archevêque de Rouen, primat de Normandie, l'évêque d'Avignon pour l'archevêque de Toulouse, l'évêque de Digne pour l'archevêque d'Embrun, les évêcjues de la province d'Arles j)our l'archevêque d'Arles ^ Paris, qui n'existe pas encore comme archevêché en i6o5, ne peut pas réclamer contre Lyon. Au xviii^ siècle, il rat-

I. CL Mémoires du Clergé de France, i4 vol. in-4, 1369, t. VIII, p. 198-200.

trappe le temps perdu en proclamant hautement son indépendance ^ C'est une mêlée générale, un cliquetis de titres, d'affirmations et de dénégations. Il importe à tout prix d'empêcher un xDrécédent }3ar des protestations bien enregistrées. Le législateur avait pris le sage parti de ne décourager aucune de ces prétentions d'ailleurs inoffensives, ni de prohiber aucune de ces appellations fastueuses qui faisaient bon effet sur l'almanach royal ou entête des mandements.

Lorsque la modestie de leur siège ne leur permet pas de se donner ces titres x^ompeux, quelques prélats cherchent à comj)enser cette infériorité par la fierté de leur devise héraldique. Voici celle qu'a jji'ise La Font de Savine, par allusion au cor de chasse qui figure dans les armes de sa famille : J'irai sonner jusque dans les deux... Il ne réalisa pas cette ambition un peu emphatique ; il n'alla pas sonner si haut, ayant eu le malheur de fêler son cor de chasse par son adhésion à la constitution civile du clergé.

Tous les avantages que nous venons d'énumérer : naissance, distinctions civiles et politiques, seigneuries temporelles attachées aux différents sièges, juridiction et prérogatives spirituelles, donnent à l'épiscopat de l'ancienne France un véritable caractère de grandeur. On peut dire qu'à une époque paï-ticulièrement éprise de titres, de représentation et de faste, ces prélats font figure dans le monde. Aussi les voyons-nous jusqu'à la fin de l'ancien régime disputer le pas aux intendants et même aux gouverneurs des provinces-.

Quel gentilhomme, , quel gouverneur et même quel ministre pouvait lutter avec Dubois, l'un des rares roturiers

I. Au XVIII» siècle, rarchevêque de Lyon publie do longs mémoires pour établir ses droits et reçoit en appel les procès jugés par l'archevêque de Paris. Lettre de M. Varchevêque de Lyon, primat de France, à M. L'archevêque de Paris, ijSo. En ij64, ordonnance rendue en appel, sur une déci^on de l'archevêque de Paris.

par

déclaration

art. 45) les archevêques' et évêquès précédent'les gouverneurs et lieutenants généraux dans les provinces, s'ils ne sont princes da sang, et tous

égulie

égarés sur un siège épiscopal au xviii^ siècle, pour le pompeux étalage des dignités. Il s'intitule : Guillaume Dubois, cardinal-prêtre, archevêque-duc de Cambrai, prince de l'Empire, comte de Gambrésis, abbé de Saint- Just, de Nogent-sous-Goucy, de Bourgueil, d'Airvaux, de Gercamps, de Bergue, de Saint- Winox, de Saint-Bertin et de Saint-Omer, principal et premier ministre d'Etat, ayant le département des affaires étrangères; grand maître et surintendant général des courriers, postes et relais de France, l'un des quarante de l'Académie française, honoraire de l'Académie royale des sciences et de celle des inscriptions et belles-lettres ; élu par les prélats et autres députés de l'assemblée générale du clergé de France ]30ur en être le premier président et ci-devant précepteur de M. le duc d'Orléans.

Cette énumération pédantesque cache mal, il est vrai, le parvenu qui abrite le néant de son origine sous le brillant décor d'une situation et d'une fortune inespérée ; mais voici les nobles bon teint, que leur naissance du moins, sinon toujours leurs talents et leurs vertus, élève aux plus grandes places. Quelle entrée en scène dans la cité épiscopale, dans un gouvernement de province, à la ville, à la cour; quel en-tête pour des mandements, quand on s'appelle Son Altesse Sérénissime et Eminentissime Louis- René-Edouard, prince de Rohan-Guéméné, cardinal de la sainte Eglise romaine, prince-évêque de Strasbourg, landgrave d'Alsace, prince du Saint-Empire, ambassadeur extraordinaire près de L. M. I. etR. à Vienne en 1771, de l'Académie française, proviseur de Sorbonne, etc ; — Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord, archevêque de Reims, premier pair de France, légat-né du Saint-Siège, primat de la Gaule Belgique, etc ; — Louis- Hector-Honoré-Maxime de Sabran, des comtes de Forcalquier, évêque-duc de Laon, second pair de France,

dun, se voit contester la préséance. Or « les exemples récents de M. le conite de Stainville et de M. le comte de Tonnerre, l'un commandant de la province de Lorraine, et l'autre de la province de Dauphiné, lesquels avaient cédé sans contestation la priorité de séance à l'évêqae de Toul et à l'archevêque d'Embrun, nommés commissaires avec eux pour la tenue de semblables chapitres généraux », prouvent les droits du clergé. Cf. Rapport d'agence pour 1375, in-folio, p. 827 et 336. Œuvres de Mgr DuLAU, archevêque d'Arles, t. I, p. 149.

comte d'Anizy, grand aumônier de la reine, etc. Tous les évêques ne peuvent faire suivre leur nom d'appellations aussi retentissantes, mais tous ont acquis définitivement le titre de Monseigneur.

Au xvi^ siècle, on qualifiait encore les évêques de Messire et de Révérend Père en Dien^. L'usage de les appeler Monseigneur (forme amplifiée de Monsiem') nous vint d'au delà des monts et s'établit en France au xvii« siècle -. Au début de cette époque, saint François de Sales donne à tous les prélats ses correspondants ce titre qu'il semble avoir contribué à propager plus que tout autre. M. de Villars, archevêque de Vienne, avait fait des remontrances à l'évêque de Genève sur cette appellation. François de Sales lui répond en 1606, et lui prouve en trois iioints que le Monseigneur lui est dû. Il s'autorise de l'usage de la cour romaine et de l'Italie, d'où la formule est passée en France. M. de Villars se laissa ax3j)eler Monseigneur, mais continua à traiter de Monsieur François de Sales ^

i. Le mot de Messire, titre réservé au moyen âge aux seigneurs de la plus haute noblesse, donné ensuite aux prêtres, aux avocats, etc., les mots de Monsieur, Monseigneur, ont une étymologie commune. Monsei-

fneur, dit Littré, vient de « Monet Sieur. Sieur est une forme contractée e seigneur : Monsieur signifie donc proprement Monseigneur. C'est pour cela que parlant des saints, des princes, on disait : Monsieur saint Julien, François monsieur duc d'Alençon. Monsieur est le régime dont Messire est le nominatif. » Les procès-verbaux du serment prêté au roi par les nouveaux évêques portent encore au xvii» et au xviiie siècles la qualification de Père en Dieu. Ainsi Huet, nommé évêque d'Avranches en 1689, est appelé « Révérend Père en Dieu Messire Pierre Daniel, conseiller du roi, en ses conseils. » Voir beaucoup d'exemples aux Archives nationales, F 725-582. Le procès-verbal du serment prêté, en 174I} V^^ Christophe de Beaumont, comme évêque de Bayonne, porte : « Révérend Père en Dieu, Messire Christophe de Beaumont, évêque de Bayonne ». Archives de Pau, G 138. Dans un serment prêté au roi, au xiv» siècle, par Sicard de Lautrec, évêque d'Agde (i354-i375), nous lisons : « Moi, Sieur évêque, jejure que je serai bon et fidèle au roi, notre Sire, etc. » Fis- QUET, La France Pontificale, diocèse d'Agde.

2. « En France, le Monseigneur est une terrible affaire. Un évêque n'était, avant le cardinal de Richelieu, que mon Révérendissime Père en Dieu. Avant l'année i635, non seulement les évêques ne se monseigneurisaient pas, mais ils ne donnaient point du Monseigneur aux cardinaux. » Voltaire, Dictionnaire philosophique, mots cérémonies, titres.

3. Par exemple, dans une lettre du 25 mars 1609. La lettre de saint François de Sales a M. de Villars, archevêque de Vienne, est de novembre 1606. Il lui écrit : « Je dis donc avec A'otre congé, que je vous puis appeler Monseigneur, et que ce titre n'est pas trop grand pour vous. Cela est

Monsieur convenait très bien à la modestie de l'évêque de Genève. Dans sa correspondance avec Mme de Chantai, nous voyons l'un se défendre de la qualification de Monseigneur, l'autre du titre de Madame *. « Je ne puis laisser, lui dit le saint, le mot de Madame, car je ne veux pas me croire plus affectionné que saint Jean l'Evangéliste, qui néanmoins en l'épître sacrée qu'il écrit à la sainte dame Electa, rai)pelle Madame, ni être plus sage que saint Jérôme qui appelle sa dévote EustocMum Madame. Je veux bien néanmoins vous défendre de m' appeler Monseigneur, car encore que c'est la coutume de deçà (cisalpine) d'aj)peler ainsi les évêques, ce n'est pas la coutume de delà, et j'aime la simplicité.» Ces lignes marquent les premiers progrès d'une expression dont soit l'humilité soit la coutume combattaient encore l'extension. « Etant enfant, dit Balzac, j'avais grand • commerce de lettres avec M. Coeffeteau, nommé par le roi à l'évêché de Marseille. Ce savant prélat se contenta toujours de Monsieur dans notre commerce -. »

Mais voici Richelieu. Traité encore de Monsieur pendant son épiscopat de Luçon', tenant beaucoup au Mon-

clair par l'autorité de tous les plus dignes évêques de l'Eglise qui ont appelé de titres bien plus relevés, non seulement les patriarches et archevêques, mais les autres évêques mesmes... Il serait oon que cela se fist pour tous les évêques. Car quelle raison y a-t-il que j'appelle les princes du siècle Monseigneur (le saint écrit Monseigneur au duc de Savoie), et non pas ceux qnos constituit Dominns principes popnli sni. Puisque nous ne pouvons refuser aux princes mondains ce titre d'honneur, ne ferionsnous pas bien de nous esgaler, tant qu'en nous est, à eux pour ce regard. .. Encore que l'Italie et la France soient séparées et qu'il ne faut porter le langage de l'Italie en France, si est-ce que l'Eglise n'est pas séparée, et le langage, non pas de la cour, mais de l'Eglise de Rome, est bon partout en la bouche des ecclésiastiques. C'est pourquoi, puisque le pape même vous appellerait Monseigneur, il est séant que j'en fasse de même. Il ne reste à résoudre que l'argument fondamental de votre volonté; mais il ne peut se résoudre, car ce n'est que vostre humilité... J'appelle ainsi tous les évesques à qui j'écris en esprit de liberté, et les rends égaux quant à cet honneur extérieur, laissant à mon intérieur de donner diverses mesures de respect, sous un mesme mot, selon la diversité de mes devoirs. » Œuvres complètes de saint François de Salks, en six vol. t. V, p. 191, 192, 210, 214. Saint François de Sales, dans une lettre adressée, en 1597, à l'archevêque de Bourges, lui dit encore Monsieur. La même année,ilécritàun cardinal:» Illustrissime et Révérendissûne Seigneur.» Œuçres, t. V, p. 83, 92.

1. Autrefois le titre de Madame était réservé aux seules femmes des chevaliers; les plus grandes princesses, dont les maris n'avaient pas encore reçu l'ordre de la chevalerie, n'avaient que le titre de Mademoiselle.

2. Œuvres de Balzac, édit. Moreau, 2 vol. t. I, p. 423. Coeffeteau fut évêque de Marseille de 1621 à i623.

3. Un des chanoines et amis de Richelieu, alors évêque de Luçon, lui dit : « Voilà. Monsieur, tout ce que je puis vous faire savoir, etc. » Archives des affaires étrangères. France, t. 367, f» 173. L'usage n'est pas encore établi, au temps de Richelieu, de signer du nom de baptême avec le mot:

seigneur, il contribuera puissamment à accréditer ce titre ^ « Le mot Monseigneur, dit le savant Baluze, n'est pas si vulgaire en ce royaume (France), où l'on ne s'en servait point sous le règne des derniers rois morts, et avant que le cardinal de Richelieu fût venu changer les choses du monde. Dans les lettres, nous ne le devons pas seulement aux princes, aux ducs et pairs et aux officiers de la couronne, mais aussi, à mon avis, aux gouverneurs des x3roviiices où nous faisons notre résidence... M. de Racan fut le premier qui me mit des scrupules dans l'esprit, et qui me remontra que la dignité d'évêque ne devait pas être moins respectée par un vrai chrétien que celle de duc et pair par un naturel français ; sa remontrance me semhla fondée en raison, et nous résolûmes lui et moi de donner, à l'avenir, du Monseigneur à tous les évêques sans excepter l'évêque de Bethléem, quoiqu'il logeât dans un trou d'un collège de Paris, quoiqu'il allât à ]3ied par les rues, quoiqu'il fût lui-même son aumônier ". » Ces causes diverses, l'initiative d'un saint, la volonté d'un grand ministre, le respect religieux des peuples, les encouragements de l'épiscopat finirent par accréditer, au xvii^ siècle, la quaUfication de Monseigneur. Sous Louis XIV, on dit en parlant des évêques : M. de Paris, M. de Cambrai, M. de Meaux, ou M. l'archevêque de Paris, M. l'évêque de Meaux ; mais quand on s'adresse directement à eux de vive voix ou par écrit, on les traite de Monseigneur. Il suffît pour le constater d'ouvrir la correspondance de Bossuet ou deFénelon. Gomme l'usage s'introduisit alors d'appeler le Dauphin Monseigneur

évêque de... On trouve dans les Mémoires de Montchal des signatures avec le nom de famille : L. Duchesne, év. de Senez ; ou d'autres simplement libellées : L'évêque de Riez.

1. A son époque, l'usaçe n'attribuait pas absolument, même aux cardinaux, le titre de Monseigneur. Richelieu l'exigea. Il n'y eut que deux hommes en France qui crurent pouvoir se dispenser de l'appeler monseigneur, les ducs d'Eçernon et de Sully. Encore ce dernier y vint-il sur la nn de sa vie, en lui écrivant pour lui demander un service. Quant à JSminence, nous n'avons trouvé qu'en 1629 une lettre portant cette qualification. Quelques correspondants seulement, et de petite condition, écrivent v otre Grandeur. Des ecclésiastiques commencent, en i63i, à appeler le cardinal .^minenee. L'archevêque de Toulouse (Montchal, Mémoires, I, 242) raille « ceux qui baptisent Richelieu du titre de Monseigneur, en parlant de lui ». En i63j, la reine de Suède, « pour lui faire honneur », donne au cai'dinal de l'Eminence. Cf. d'AvBNBL, op. cit. III, p. 245, 246.

Page 1