‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 13 sur 354 · Mémoires, édit. Chéruel, in-i2. t. IV, p. 36o · texte numérisé non relu

Mémoires, édit. Chéruel, in-i2. t. IV, p. 36o

2. Ibid. t. I, p. 43o-43i. Saint-Simon raconte avec douleur comment Louvois et puis Colbert réussirent à refuser le Monseigneur aux ducs et à se le faire donner à eux-mêmes. Cette course au Monseigneur tenait à l'avilissement des anciens titres qu'il fallait remplacer par une formule plus relevée. Un auteur du xvii» siècle, qui plaide ici en faveur des évêques, écrivait en 1677. {Le droit des évêques, etc., t. II, p. 45?) • « Lsi qualité de noble homme ne se donnait qu'aux personnes de la première

Siialité, témoin cette épitaphe: cy-gislnoble homme, Artus, duc de Bretagne. n'y a rien aujourd'hui de plus trivial, et il ne faut que cela dans un titre pour faire douter de la meilleure noblesse du monde. »

3. Nous voyons, dans VHistoire d'Auxerre par l'abbé Lebeuf, qu'en iSjS, les chanoines de la cathédrale sont traités de Monseigneur. Nous trouvons fréquemment dans l'histoire le même titre donné aux chanoines de Notre-Dame de Paris. — Les chanoines qui acceptaient volontiers le titre de Monseigneur, firent parfois ijùelqde difficulté pour le donner à leur éyêque. Dans le livre de 1637 déjà cité (Le droit des évêques, t. II, p. 452- 458), on cherché à prouver que le chapitre haranguant son évêque doit user dti terme de Monseigneur.

5o TITRES ET PRÉROGATIVES DES ÉVÊQUES

Les petites gens, surtout les solliciteurs en donnaient facilement ; les gros jjersonnages s'en montraient plus avares. Quand c'est à un Colbert que l'on écrit, le général de la Compagnie de l'Oratoire, le général des Frères Prêcheurs veulent bien lui dire Monseigneur. Les évoques, plus haut placés, l'appellent d'ordinaire iH/b/iSï'eM/* ; c'est Monsieur que Colbert leur répond a son tour. En 1697, Charles de Sévigné, le fils de la célèbre marquise, traite de Monseigneur le ministre Pomponne et .le « supplie très humblement ». C'est qu'il a besoin de sa protection contre le bouillant évêque de Nantes, M. de Beauvau. Ce dernier s'adresse de son côté à Pomponne en lui disant Monsieur'^. Les évêques ont une tvo^ grande situation pour monseigneuriser facilement les hommes aujDouvoir. Cependant nous voyons, en 1681, Lecamus, évêque de Grenoble, donner du Monseigneur au chanceher Le Telher ; ce n^est pas le seul ministre qui obtienne parfois des prélats cette qualification. Les cardinaux étant princes par leur dignité même, paraissent avoir le privilège d'appeler Monsieur les évêques. Ainsi Lecamus qui. simple évêque, traitait Bossuet de Monseigneur lui écrit Monsieur lorsqu'il a revêtu la pourpre. Quant, aux cardinaux eux-mêmes, ils ont, sous Louis XIV, conquis leur Eminence, mais on dit en parlant d'eux : Monsieur le cardinal -. Le roi les appelle mon cousin, même dans ses lettres de cachet'. Alors, les cardinaux se donnent entre eux de VEminence, tout en se disant Monsieur^. .

Les écrits du temps nous permettent également de déterminer à quelle époque s'accrédita une autre formule

1. Collection des grands écrivains. . Œuvres de Mme de Sévigné, t. X, p. 432-436-

2. Œuvres de Bossuet, édit. Lâchât, t. XXIX, p. i3, 69, i52, 177, 201 ; t. XXX, p. 263, 358, 569. — GÉRiN, Recherches sur Vassemblée de i68a, p. 60-63, 172, 176, 177, 188, 203, 2o3. — Ibid. p. 175, 294, Louis XIV écrit : M. l'archevêque de Besançon. Dans une lettre de Colbert de Croissy, ministre des affaires étrangères, 1691, au cardinal d'Estrées, nous trouvons les termes de Monseigneur, Eminence. Voir aussi Lettres du cardinal Lecamus, évêque de Grenoble, publiées par le Père Ingold, in-8, p. 593, 6o3.

3. Voir (GÉRIN, p. i9()-20o), une lettre de ce genre adressée en 1681, par Louis XIV « à mon cousin le cardinal Grimaldi, archevêque d'Aix ».

4. Par exemple, le cardinal Lecamus, en 1702 {Lettres p. 6o3), écrit Monsieur au cardinal de Noailles.

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aujourd'hui employée, celle de Votre Grandeur. La lettre suivante de Lecamus, évêque de Grenoble, nous apprend ce qui était pratiqué à cet égard, en 1676. « Vous savez, écrivait-il, ce que saint François de Sales dit sur le Monseigneur ; le mot Grandeur est fort en usage dans les provinces. Je ne conseillerais pas à un ecclésiastique de le donner à un évêque; mais comme il se donne aux grands du monde, et que, depuis neuf cents ans, notre dignité a été élevée selon le siècle, je ne croirais pas que nous dussions entièrement refuser ce titre, ni aussi le désirer, ni être fâché quand on ne nous le donne pas. La règle de saint Augustm à Aurélius est très belle : ne pas recevoir tout l'honneur qu'on veut rendre à l'épiscopat pour donner l'exemple de l'humiUté, et ne pas le refuser entièrement, ne nimia defectione vilescat. Pour moi, j'ai un très grand éloignement de tous ces titres séculiers ; mais je crois qu'un évêque en doit user comme font les grands seigneurs du monde qui ont du sens : ils laissent faire le peuple sans estimer ou aesirer ces marques d'honneur*. »

On laissa, en effet, aller le temps ; on laissa faire le peuple, on l'encouragea même. Le résultat fut la consécration définitive, au xviii^ siècle, de titres que nous avons vus encore contestés au xvii«. En particulier, le Monseigneur triompha complètement. Lesévêques s'appellent, et s'écrivent Monseigneur. Mais un évêque, parlant d'un autre, dira jusqu'eux 789: M. de Bourges, M. l'archevêque de Narbonne ^ Les ministres continuent à employer l'expression de Monsieur, ^ . Les rois'^de France les traitent de Monsieur V évêque *.

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