Cf. Les écêques avant la Révolution, p
2. Mémoires inédits de il/""" de *** cités par M. Taine. Revue des deux mondes, 15 mai 1891, p.. 2G0. « Le dimanche, disent ces Mémoires, par respect pour le caractère du maître de la maison, on allait à la messe, mais personne n'y portait de livre de prières. C'étaient toujours des volumes d'ouvrnges légers, et souvent scandaleux, qu'on laissait traîner dans la tribune du château, à l'inspection des frotleurs libres de s'en édifier. » — Voyez aussi Fornéron, Hi&toice des émigrés, in- 12, l. I, p. 23-24.
3. Dom Piolia, Histoire de l'église du Mans, t. VI. p. 528 et passim.
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moires du temps tendent à semer des doutes sur la conduite de quelques autres évêques. Disons qu'ici la plupart de ces inculpations ne nous paraissent point assez sérieuses pour qu'il faille en tenir grand compte.
-Gonzié, évêque d'Arras, a contre lui une aventure racontée par Métrp. Qu'en penser ? Justement, un contemporain, peu suspect de partialité, le duc de Lévis, nous présente Conzié comme un politicien incorrigible, mais commjs' un prélat de « mœurs irréprochables l. »
Sur d«ux points opposés de la France, des accusations ont été dirigées contre Talaru de Chalmazel, évêque de Çoutances et M. de Breteuil, évêque de Montauban. Pour Talaru de Chalmazel, l'historien du diocèse de Çoutances ne parle que de bruits vagues et prononce même - le mot de « calomnies ~. » Les témoignages des contemjporains, dont les plus anciens parmi nous ont pu recueillir les souvenirs, attestent que la conduite de M. de Talaru fut toujours régulière ^.
1. Métra, Correspondance, XIV, 20 mai 1783. — Duc de Lévis, Souoe^ ' nirs et portraits i 1815, inrS, p. 201. « L'évêque d'Arras, Conzié, était, dit le duc de Lévis, un de ces prélats plus politiques que religieux ; sa doctrine et ses mœurs étaient irréprochables, mais l'ambition était sa passion dominante. »
2. Le Canu, Histoire du diocèse de Çoutances et Avranches, 1817, 2 vol, in-4, t. Il, p. 60. — Forneron [^Histoire des émigrés ) enregistre les mêmes bruits. Or, Forneron est un guide peu sur. Il invoque justement ici Duval {Souvenirs, t. I, p. 8) qui est muet sur ce point. Forneron incrimine également la conduite, pendant l'émigration, de M. d'Agoult de Bonneval, évêque de Pamiers, sans donner aucune référence.
3: M. Pigeon, chanoine de Çoutances, qui aune connaissance approfour, . die de l'hisfôire du diocèse, a connu AI. Lesplu-Dupré, docteur en Sorbonne, mort vicaii-e général et archipretre.de Saint-Geryais d'Avranches. M. Lesplu, de son côté,' avait connu M. de Talaru à Çoutances et visité avec cet évêque l'abbaye de Montebourg. Il prenait cet évêque pour un « très bon et pieux pontife. » a J'ai connu à' Çoutances, nous écrit M. le chanoine Pigeon, des prêtres âgés qui parlaient avec vénération de Mgr de Talaru. Il était zélé et pieuxT; Toutes les jeunes personnes dévoyées furent ramenées par lui à une vie meilleure, et pour elles il fonda une maison do repentir. C'est peut-être cette fondation qui a pu donner lieu à la calo7\inie. C'était- un homme d'une figure ascétique, à la- taille élancée, et aux traits amaigris. Je n'en aï entendu dire que du bien. Il était sévère, peu aimé, mais respecté. * -^ .. -
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Le Tonnelier de Breteuil, évêque de Montauban, était de la famille de iBreteuil, ministre d'Etat, et de la fameuse marquise du Chutelet, née Breteuil. Dans sa jeunesse, il s-était souvent rencontré avec Voltaire à Cirey. En 1771, on lança contre lui un libelle diffamatoire. Immédiatement, les chanoines de la c:ithédralé et tout le clergé du diocèse signèrent une Réclamation générale, dans laquelle on vengeait la conduite de l' évêque. Dans ce document, tousses prêtres protestent de leur «vénération» pour ses « ver-: tus», de leur reconnaissance pour ses « bontés ». Ils vantent «sa décence dans les fonctions saintes, sa piété dans les temples. » Ils passent en revue ses œuvres diocésaines : nouveau catéchisme et nouveaux statuts synodaux, le collège de Montauban préservé de la ruine et reconstitué sur les plus larges bases, le séminaire pourvu de nombreux sujets pour le sacerdoce, et la disette de prêtres qui sévit ailleurs inconnue à Montauban, des pensionnats ouverts, les paroisses visitées régulièrement, voilà quelques-uns des bienfaits de son administration ecclésiastique*.
, Qu'on fasse, si l'on veut, la part de l'exagération, de l'éloge officiel dans un document de ce genre, il est cependant impossible de ne pas tenir compte d'un Mémoire; signé par tout le clergé du diocèse. La vérité est que' l'accusation portée contre les mœurs de M. de Breteuil^
1. (t Aimable dans la société, dit le clergé de son évêque, il en fait lès délices par la gaieté de son caractère, l'affabilité de ses manières, la décence de ses conversations. Jaloux du suffrage de tout le monde, il fait oublier sa place pour rapprocher les distances et se communiquer sans gêne à celui avec qui il s'entretient. La correspondance particulière dont il nous honore nous met chaque jour à portée d'admirer la sagesse de son administration, la solidité de sès'vùes, la bonté de son cœur, la justesse, l'agrément même dé son esprit^ l'étendue de sa piété et de sa reli-. gion.; Nul d'entre nous ne s'est.jamâiîs-'retiré d'auprès de lui peu édifié où mecbntent : nul he l'a trouvé, dans ses chagrins personnels, insensible ' ou' peu compatissant, et notf's dironaitous, avec autant d'affèelion que de . vente que dans toutes les ocoasioiisjil nous a témoigné les sentiments d'un ami, d'un évêque, d'un père.»" "*-"' ' ' '
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n'est pas établie. C'était un prélat à grandes manières ; il aimait la représentation ; il recevait en. gentilhomme une. société nombreuse, et brillante. Rien n'autorise à conclure .de là au scandale, d'autant plus que le nom de M. de Bretcuil est resté populaire à Montauban *.
On n'est pas peu étonné de rencontrer, parmi les prélats dont la vie privée a été attaquée, M. de Maillé-La- Tour-Landry, qui eut une si belle conduite pendant la Révolution. Sorti de l'armée, qui n'a jamais été une école de formation cléricale, il avait eu le malheur d'être grand vicaire de M. de Grimaldi ; il ne trouva guère des exemples de vertu dans l'entourage de l'évêque. du Mans. Appelé, en 1777, à l'évêché dc Gap, transféré, en 1784, à Saint-Papoul, il nous est présenté par l'historien de Gap comme étant peu régulier dans ses mœurs ~, et d'une prodigalité qui l'cntrï^îna dans des dettes. Les réunions du château de Charance, dont M. de Maillé fit son séjour ordinaire, auraient été peu édifiantes. Un poème, appelé la Landoride ou la Landry ade, attribué à l'abbé Rolland, député depuis à l'assemblée constituante, fit les délices des malins Gapençais. C'était un pamphlet, et l'on peut se demander s'il suffit d'un factum de ce genre pour entacher les premières années épiscopales d'un homme qui se montra si ferme pendant la Révolution. Les bons habitants de Gap, en voyant le grand train, les brillantes réceptions de leur nouveau pasteur, ne se hâtèrent-ils pas un peu trop, dans leur rusticité^, de traiiter
1. Cf. Daur, IHsLoirc de l'église ,le Montauban, 1882, 2 roi. in-S».
2. Théod. Gautier, Précis de l'histoire de la ville de Gàp, 18i4, in-18.
3. On avait encore à Gap, en 1789j du papier huilé en g-uise de Titres. Les bourgeois les plus aisés, mal nourris au logis, n'avaient pas de plus grand régal que d'aller au cabaret**boire du vin et manger du fromage blanc. La ville ne possédait pas un seul collège ; la jeunesse allait s'instruire à Embrun, Orange, Valence, ^squ'en 1789, il n'y eut pas un seul livre imprimé à Gap. Dans un tel milieaf les allures d'un évèque jeune, homme de cour, ancien ofBcier de cavalerie, qui, pour ne pas trop s'en-
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de coupables des habitudes qiii n'étaient peut-être que mondaines et un peu militaires.
Ce qui nous paraît donner à cette interprétation une confirmation sérieuse, c'est qu'avant 1789 les Nouçelles ecclésiastiques nous montrent ce prélat fidèle à la résidence dans son second diocèse de Saint-Papoul, c'est surtout que pendant la Révolution le clergé constitutionnel, qui poursuivit M. de Maillé de sa haine, n'incrimina jamais ses mœurs. Les Annales de la religion *, oi^gane des prêtres assermentés, dirigent contre lui des attaques passionnées. Elles lui reprochent d'avoir apostasie, d'exercer son ministère de la façon la plus cyniquement vénale. Elles dépeignent les prêtres faisant partie du conseil de M. de Juigné, archevêque de Paris en exil, comme des hommes sans mœurs, et afïirmcnt que M. de Maillé appartient à ce conseil chargé de renseigner Juigné sur ce qui se passait en France. Il est à remarquer que pas une seule fois la moralité de M. de Maillé n'est mise en suspicion. Estil croyable que ses adversaires se fussent refusé la satisfaction de raconter son. passé scandaleux, et de faire appel aux récents souvenirs des contemporains, si sa vie avait été si coupable ? Dans l'acharnement de la lutte on ne respectait rien, et le clergé constitutionnel, qui ne cessa pas d'attaquer plus tard M. dé Maillé quand il fut promu à l'évêché de Rennes, n'eût pas manqué de frapper cet évêque en plein cœur en l'associant aux quelques autres prélats qui avaient donné du scandale ~.
nuyer, tenait société brillante et bruyante, durent paraître étranges à des montagnards prompts à traiter de répréhensibles des fêtes qui n'étaient qu'extraordinaires dans ce pays.