Le Ganu, Uistoire du diocèse de Couiances et Avranches
pendant la. Révolution, avait eu pour prédécesseur, en plein dix-huitième siècle, un de ces hommes qui marquent dans la mémoire des peuples , M. Villeneuve. Au témoignage d'un juge peu suspect, de Soulavie, M. de Villeneuve devait son immense ascendant, dans les Etats du Vivarais et dans son diocèse, à la réputation que lui avaient acquise « son zèle, sa prudence, sa sagacité et surtout sa vertu. Il se servait de tout pour la gloire de Dieu et le bien des âmes. Simple, sévère même dans sa vie privée, il ne voulait qu'une nourriture commune, et exigeait, dans ses fréquentes visites pastorales, que la table fût toujours servie avec la plus gra^de frugalité. Il était vêtu comme un- pauvre curé de campagne. C'était un saint prélat des temps ancien!?, et tout annonçait en lui un homme vraiment extraordinaire *. »
Sens, qui finit mal avec le triste Loménie de Brienne, avait vu son siège occupé, durant presque toul le XVIIP sié'cle, par deux hommes remarquables, tous deux membres de l'Académie, l'un M. de Languet de Gergy, prélat instruit, régulier, adversaire militant des Jansénistes, l'autre, le cardinal de Luynes, plus calme, plus conciliant, mais ferme dans le devoir et universellement respecté. /M. de Maillé-La-ïour-Landry, qui fut poursuivi par des pamphlets à Gap, avait compté sur ce siège de dignes prédécesseurs, entre autres M. de Malissoles, appelé « le saint des Alpes », mort en 1738 a en odeur de' sainteté. » Il eut pour lui succéder et pour affronter la Révolution un pontife admirable, M. La Brbue de Vareilles, parent de Montmorency, évêque de Metz. Le même historien, qui recueillait naguère les bruits défavorables à M. de Maillé-La-Tour-Landry, dit que La Broue de Vareilles fut « un prélat de mœurs austères,
1. Histoire inédite des évê(jues de Viviers, par Soulaviç. EUç est conservée à Viviers,
78 BONS ÉYÊQUES
d'une piété non équivoque, d'une gravité imposante * », homme enfin h déconcerter la malignité publique. A Dijon, M. de Vogué meurt, en 1787, laissant des dettes et peu regretté de son diocèse. Son amour de la représentation, sa passion pour la musique et les arts lui avaient fait consacrer des sommes énormes à la satisfaction de ses goûts 2. M. de Mérinville, nommé sur la présentation de la reine Marie-Antoinette, dont il était le plus ancien aumônier, eut le temps durant ses deux ans d'épiscopat, de faire apprécier sa bonté, son zèle et ses vertus. Notre siècle devait le voir administrateur de l'archevêché de Lyon au nom du cardinal Fesch, en 1802, évêque de Chambéry et de Genève en 1803. M. de Mérinville avait pu, dans son premier mandement, saluer eh Mgr d'Apchon, l'un de ses prédécesseurs, « un prélat dont le nom sera immortel, puisqu'il est gravé, non sur le marbre et l'airain, mais dans le cœur des pauvres dont il a été constamment le père. Homme rare par la candeur de son âme, homme unique par le prodige de sa charité : elle était le besoin de son cœur ; il l'a portée souvent jusqu'à l'héroïsme. »
A Dijon, M. de Mérinville l'emporte sur son prédécesseur ; à Toul, c'est le contraire. Les vieux évêques, qui ont occupé ce siège, semblent avoir puisé dans les traditions d'un autre âge une vigueur, une sève apostolique