Mémoires, t. II, p
2. M. Le Mintier était instruit, pieux, exact observateur de la résident ce et plein de bonté pour ses prêtres. On pouvait lui reprocber d'ordonner trop facilement certains sujets qui plus tard firent défection. Nous le verrons faire un mandement un peu vif pendant la Révolution. Il mourût à Londres en 1801. L'abbé de Lubersac, dans son Journal de l'émigration, a fait de lui cet éloge qui est la plus belle des oraisons funèbres : « La mort de M. Le Mintier, dit-il, causa un deuil général, non seulement dans le clergé résidant à Londres et dans toutes les parties de l'Angleterre, mais parmi tous les ordres et classes de l'émigration. D'une voix unanime la justice publique proclama qu'en sa vénérable personne l'Eglise gallicane venait de perdre une de ses lumières, le clergé en général un modèle de perfection évangéiique, ses dignes coopérateurs ministres des saints. autels, un père consolateur, les, fidèles de son diocèse, un tendre ami toujours prêt à, leur donner l'instruction et la nourriture spirituelle. » '•
3. Mgr de Hercé, sacré évêque de Dol, en 1767, s'annonça comme un apôtre à son diocèse et soutint pendant tout son épiscopat l'opinion qu'il avait fait concevoir de ses vertus. Exact observateur de la résidence, il ne quittait jamais son troupeau ; nombre de clercs des évêcbés voisins
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ainsi à tous ces évêques « ce quelque chose d'achevé que le malheur donne aux grandes vertus. »
On le voit, la Bretagne possédait un admirable épiscopat avant la Révolution. Ses évêques durent contribuer largement à conserver, a développer l'esprit chrétien qui est resté vivant dans cette province, et cet esprit chrétien lui-même, en entourant les premiers pasteurs d'une atmosphère de foi et de piété, était un nouveau stimulant pour leur zèle et pour leurs vertus.
Qu'on ne croie pas que la catholique Bretagne fut le seul pays aussi bien partagé. Transportons-nous au sud de la France. L'historien de la Gascogne a pu dire des prélats qui en occupaient les trois évêchés en 1789 : « L'épiscopat, du moins dans la Gascogne, ne montra peutêtre jamais plus de lumières et de vertus que lorsque la houlette pastorale fut brisée dans ses mains. A Lescar, Marc Antoine de Noé ; à Dax, Le Quien de la Neufville ; Le Gain de Montagnac à Tarbes ; Cahuzac de Caux à Aire ; Grégoire de Saint-Sauveur à Bazas, ne le cédaient en rien à leurs plus illustres prédécesseurs. Et si quelques lins de leurs collègues n'occupaient pas leur siège avec autant de distinction, ï7 nen est du moins aucun dont la çie déshonorât le caractère sacré. Leur métropolitain marchait dignement à leur tête. » ^ Ge métropolitain était M. de La Tour du Pin, que nous retrouverons au moment du concordat. Auch, totalement négligé par le cardinal Polignac, avait rencontré de vrais pontifes dans ses successeurs. En particulier, M. de Montillet, qui occupa ce siège durant trente-trois ans en plein dix-huitième siècle,
vinrent recevoir rofdinalîôlï de ses mains. Attentif ù ses visites pastorales, il parcourait à pied les paroisses de son diocèse et se mettait à la tète des missionnaires qu'il chargeait d'évangéliser les pauvres., Il présidait toujours les retraites de ses prêtres/ qu'il portait à la piété par ses exemples et par ses discours.
1. Monlczun, Histoire de la Gascogne.^ Supplément, 1850, in-8, p.582-583.
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sut se placer au rang des grands évêqucs par ses vertus et son activité infatigable. Education du clergé, séminaires, conférences et retraites ecclésiastiques, renouvellement du catéchisme, encouragements à l'instruction sous toutes ses formes, constructions d'églises, vastes travaux à son séminaire et h son palais, défense de la foi, aucun des grands intérêts diocésains n'était resté étranger à sa sollicitude.
A côté de ces métropolitains que leur situation mettait plus en évidence, on aime à rencontrer des prélats vertueux, et çà et là presque des saints sur les autres sièges de Gascogne. Nous avons -vu l'historien de cette province leur rendre un hommage collectif *. Un des hommes les plus respectables que l'ancien régime ait légués à l'Eglise du XIX® siècle, Mgr d'Aviau, se plut à donner un témoignage particulier à M. Le Quien de la Neufville, ancien évêque de Dax. Son noble caractère, sa piété, sa ferveur, sa régularité de séminariste, son immense charité avaient séduit l'archevêque de Bordeaux. M. d'Aviau célébra toutes ces qualités dans une lettre pastorale et, dans une épitaphe composée par lui-même, il le présenta comme le « modèle de toutes les vertus. » Cet éloge n'est pas banal dans une telle bouche ~.
Les historiens de la Gascogne nous montrent sur le siège d'Oloron une succession de vrais pontifes que termine
1. Les treize évêqucs de la Gascogne étaient en 1789 : La tour dii Pin Montauban, archevêque d'Auch ; Cahuzac de Caux, évêque d'Aire ; Le Quien de la Neufville, évêque de Dax; de Pavée de Villcvicillc, évêque de Bayonne ; M. de Noé, évêque de Lescar : Villoutreix de Faye, évêque d'Oloron : Gain de Monlagnac, , évêque de Tarbes ; M. de Lastic, évêque de Couserans ; M. d'Osmond, évêque de Comminges ; M. de Cughac, évêque de Lectoure ; de. Saint-Sauveur, évêque de Bazas; M. d'Anterocbe, évêque de Gondom ; Ghauvigny de Blot, évêque de Lombez. Gondom dépendait de la province ecclésiastique de Bordeaux, Lombez de la province ecclésiastique de Toulouse.
2. Lyonnet, Histoire de Mgr d'Aciaii, t. II, p. 525-52G. — Cirol de La Ville, Noiice sur M. Le Quien de la Ncn'lviLLe, 1890.
dignement M. de Villoutreix de Faye. Son prédécesseur, François de Révol, nous a laissé un document qui respire l'enthousiasme religieux des vieux âges. Il a pour titre : profession de foi que f ai dressée et signée pour être lue quand je recevrai le saint viatique. Elle lui fut lue en effet sur son lit de mort en 1783 *.
Le Gain de Montagnac, évêque de Tarbes, méritera que son métropolitain, M. de La Tour du Pin,lui rende le plus beau témoignage pendant l'émigration ~. Un hommage plus précieux encore peut-être, parce qu'il vient d'un adversaire, fut adressé à M. de Cugnac, dernier évêque de Lectoure, par l'évêque constitutionnel du Gers. Ce dernier parle de cet homme « recommandable, dont nous avons eu lieu, dit-il, d'admirer la patience héroïque et la résignation chrétienne sous les verrous du terrorisme qui nous détenaient l'un et l'autre captifs, et dont les larmes ont tant de fois baigné avec les nôtres les feuilles publiques de ces temps désastreux. » La vie de M. de Cugnac méritait de telles louanges. Son historien nous le peint unissant une douceur caressante, un visage souriant, une parole vive et spirituelle, un cœur aimant et généreux... à une gravité noble, à une haute vertu et à une profonde religion. Celui qui avait observé, durant les temps heureux, une stricte résidence, ne voulut pas se séparer de ses diocésains aux jours de malheur. Il fut