‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 146 sur 354 · Revue de Gascogne, 1882, t. XXITI, p · texte numérisé non relu

Revue de Gascogne, 1882, t. XXITI, p

2. « Votre évêque, dit l'archevêque d'Auch de l'évêque de Tarbes, est d'une grunde et fort aimable piété. Il croît en vertu et en santé ; il abuse de celle-ci pour se retirer dans un ermitage où il est absolument impossible de faire autre chose que maigre. Il porte aussi la délicatesse trop loin, et, sous prétexte que ses amis finiront par être un jour comme lui dans l'embarras, il ne veut point partager avec eux ce qu'ils ont. » Correspondance de M. de La Tour du Pin avec M. de Casteran, vicaire général de Tarbes. — Voy. aussi Bascle de Lagrcze, Uistoire religieuse de la Bigarre, 1863, p. 136 et suiv. Cet écrivain fait grand éloge de M. de Montagnac.

l'un des sept prélats qui ne quittèrent pas la France pendant la Révolution ^

Voilà les évêques de plusieurs provinces ecclésiastiques en 1789. Poussons plus avant notre enquête. Remontons dans les diocèses à travers tout le dix-huitième siècle ; beaucoup de sièges nous offriront une série ininterrompue d'excellents pontifes. Depuis cent ans, depuis la mort de Harlay de Champvallon, Paris a compté des prélats d'une conduite irréprochable. Pendant trente-cinq ans, dans des temps particulièrement difficiles, Christophe de Beaumont reste sur la brèche. Si le succès ne couronna pas toujours ses efforts, il ne laissa pas du moins ébranler son courage ni amoindrir son caractère. Son successeur. Le Clerc de Juignc, montra sinon les mêmes talents du moins les mêmes vertus, auxquelles il sut joindre un esprit do modération et de paix qui lui valut la sympathie universelle. On aime à le voir, à Châlons, bon, accueillant pour ses prêtres, simple dans sa vie, attentif à tous ses devoirs d'évêque, vénéré de tous, et continuer ensuite h Paris, sur un plus grand théâtre, ces prodiges de charité qui rendirent son nom si populaire en 1788-1789 ~.

1. Cf. sur M. de Cugnac l'étude de M. Plieux, juge au tribunal de Lectoure. Revue de Gascogne, (1879, t. XX, p. 214-227, 311-334).

2. M. de Juigné fut nommé évoque de Gbûlons en 1764, archevêque de Paris en 1781. Quand il arriva à Châlons, le vieil évêché tombait en ruines. Il réunit les fonds pour un nouvel édifice, mais tandis que quelques évoques s'élevaient des palais, il consacra tout l'argent ramassé à bâtir un beau séminaire^ qui est devenu depuis l'Ecole des arts-et-métiers de la ville. C'était d'ailleurs l'usage des évêques de Chûlons, dont la principale demeure était à Paris, de prendre leur pied-à-terre dans une des. maisons situées dans le cloître, et d'en payer la location au chapitre. M. de Juigné compta, à son arrivée, 7 000 livres au chapitre, avec droit d'occuper l'habitation louée tout le temps de son épiscopat. Ils'oc-

Les petits évêchés nous offrent, au dix-huitième siècle, comme une lignée de dignes pontifes. Dans le diocèse d'Apt nous voyons se succéder Foresta, contemporain de Belzunce, et comme lui admirable durant la terrible peste ; Vaccon, qui mérita d'être pleuré par son peuple ; la Merlière, prélat zélé, résidant et prédicateur véhément ; enfin Eon de Gelj, homme de goûts simples, ami des lettres et des arts, peu porté à la représentation, heureux de la société de son clergé, et dont son historien a pu dire que, s'il ne iut pas doué de talents supérieurs, il eut du moins les vertus, « la foi, les mœurs et même la science » des grands évêques^.

Les évoques de Nîmes, au dix-huitième siècle, sont également dignes de tout éloge. A Fléchier, mort en 1710, a succédé la Parisière, prélat plein de foi, d'une vie

cupa activement de son diocèse, veillant aux écoles, protégeant le collège, favorisant les missions, les retraites ecclésiastiques, et poussant la délicatesse jusqu'à défrayer de leur route les prêtres qui avaient à s'y rendre. Tel M. de Juigné avait été à Gbâlons, tel il se montra à Paris. Il ne voulut rien entendre aux conseils de ceux qui l'engageaient à orner avec plus de luxe l'archevêcLé où venaient parfois le voir des membres de la famille royale. 11 donnait deux dîners par semaine, . l'un pour ses prêtres,- pour les curés, les prédicateurs, l'autre pour les évêques présents à Paris et les membres du Parlement qui administraient avec lui l'hôpital général. Un prêtre ayant dit qu'il mourrait content s'il dînait à la table son archevêque, M. de Juigné, ayant appris son désir, s'empressa de le rendre heureux. Dans ses visites paroissiales, il se plaisait à honorer son clergé aux yeux des populations. Le Bituel n'e Paris (p. xxxxi), dit de lui : « Prudentiam, modestiam, mansuetudinero, studium. pacis adhibet. Sacram scripturam porsus memoria tenebat ; ascivit viros doctrina, pietate conspicuos sui convictores... ; ad omnigenis-miseriis succtirrendum tola anima se dedidit, etc. » L'.\cadémié de Châîons le proclama « un sage et un saint. » Nous avons consulté sur M. de Juigné une notice manuscrite qui nous a été communiquée par Mgr d'Huis t, et les histoires locales. Ne séparons pas de M. de Juigné, M. de Beauvais qui, ayant donné, en 1783, sa démission de l'évêché de Senez, vécut dans l'intimité de l'archevêque de Paris, tout occupé de sa sanctification et de bonnes œuvres.

1. Il était grand amateur de médailles et autres antiquités. Il avait réuni une riche collection tirée en grande partie des environs d'Apt et des autres contrées du diocèse. Il s'occupait beaucoup d'histoire naturelle et même d'agriculture. Il fit à ce sujet des communications écrites. Yoy. abbé Boze, Histoire de l'Eglise d'Apt, 1820.

exemplaire. Après lui, M. de Becdelièvre occupa durant q^iiarante-six ans le siège de Nîmes, où ses vertus, son activité féconde, son empressement à fonder des établissements d'instruction et de secours de tout genre, lui valurent la vénération et la gratitude de ses diocésains. « Les protestants eux-mêmes rendaient justice à ses vertus, à son zèle pour pacifier les cœurs et pour éteindre les vieilles haines religieuses. Ses libéralités de tout genre et ses efforts pour le bien des populations, lui ont acquis un droit sacré à l'éternel souvenir du diocèse et de la ville de Nîmes \. » M. Cortois de Balore continue ces traditions glorieuses. Remarqué de bonne heure pour sa piété et l'innocence de sa vie, il avait été nommé en 1776 évêque d'Alais. Il apporta dans ce pays. des Cévennes, longtemps en proie aux guerres de religion, l'esprit de paix, « la tendresse du père, la même pour tous ses enfants », et plus « affectueuse encore pour l'enfant prodigue. » Doué de «trop de mansuétude pour être persécuteur», il mérita que les protestants eux-mêmes se fissent les panégyristes de vertus qui l'avaient fait adorer de tout son peuple. En même temps, il usa de son crédit pour achever des travaux publics de tout genre, pour augmenter le patrimoine des pauvres et. répandre à pleines mains les largesses. Tel il avait été à Alais, tel M. de Balore se montra à Nîmes où il sut faire aimer des protestants comme des catholiques sa bonté, sa charité universelle, son esprit pacificateur ~.

1. Goiffon, Les évêques de Nîmes au dix-huitième siècle, p. 175.

2. Voy. Goiffon, ibid. M. Cortois de Balore était né à Dijon, d'une famille de robe et d'épée.Son frère, Cortois de Pressig^ny,fut, avant la Révolution, évêque de Saint=-Malo, et mourut dans notre siècle archevêque de Besançon. Son oncle, Cortois de Quincey, était évêque de Belley.

On aime à rencontrer des évêques à forte trempe, à vie sévère, dans ce XVIIP siècle qui nous apparaît dans l'histoire amolli par les. jouissances. Malacliie d'Inguimbert porta toutes les austérités de la Trappe sur le siège de Carpentras*, évêché qui faisait partie de la province pontificale d'Avignon. Le diocèse de Carcassonne nous montre à sa tête, durant près de cinquante ans, un de ces prélats que leur austérité, leur piété ardente et leur charité sans bornps recommandent à la gratitude des peuples et au souvenir de la postérité. Nous voulons parler de M. Bazin de Bezons, oncle de M. de Juigné, archevêque de Paris.

A Besançon, le dix-septièmo siècle s'était terminé par l'épiscopat de Antoine-Pierre P"" de Grammont. Tout entier à ses devoirs, à la visite de son diocèse, à la tenue des synodes, au soulagement des malades, h la fondation d'un séminaire, d'un hôpital, de missions diocésaines, toujours levé à la première heure, portant le cilice, ne prenant qu'un seul repas par jour, suivant pour modèles saint Charles Borromée et saint François de Sales, il fut le plus grand évêque qui ait occupé le siège de Besançon depuis Hugues P"^. La Révolution trouva à Besançon un prélat de non moindre naissance et de non moindre vertu, Raymond de Durfort. C'était un évêque des temps apostoliques. D'une bonté sans bornes, d'une charité inépuisable, d'un accueil charmant, surtout avec ses

1. Voy. Jules Teriis, Les c'oêques de Carpeniras, 1886. Cet auteur vante les deux successeurs d'Inguimbertavantla Révolution, de Vignoli et de Béni.

prêtres, résidant strictement dans son diocèse et y vivant très simplement avec les ecclésiastiques de sa maison, d'une vie si pure que la calomnie n'osa jamais élever le moindre soupçon contre sa vertu ; et, avec cela très instruit, fidèle aux séances de l'académie de Besançon, encourageant les études, les fouilles archéologiques ; d'une gaieté aimable, aiguisée d'une pointe de malice inoffensive, de bons mots et de traits charmants: sa mémoire est encore vivante dans le diocèse de Besançon *. Il a mérité qu'en 1868 l'un de ses successeurs, Mgr Mathieu, fit transporter à Besançon son corps resté sous la garde du chapitre de Soleure. , '

Non moins saint, non moins apostolique s'était montré Mgr de; Partz de Pressy, durant les quarante-six ans qu'il gouverna l'Eglise de Boulogne. Son zèle, sa charité, sa science, s'élevaient à la hauteur de tous les besoins. Statuts, rituel, catéchisme, livres d'éducation et de piété, " mandements de circonstance, instructions doctrinales, ouvrages théologiques, tout avait paru à l'heure marquée par les besoins du diocèse ou de l'Eglise de France. Par les stations jubilaires, les missions diocésaines, les conférences ecclésiastiques, les concours pour les cures, il imprime un admirable élan intellectuel à son clergé, dont il assure le recrutement par sa belle fondation du petit séminaire de Boulogne. En multipliant les instructions des pasteurs, en portant lui-même sa parole et ses exemples dans les plus humbles hameaux, il éclaire et développe la piété du peuple, tandis que le contraste de

l.Cf.Rîchard (abbé), Histoire du diocèse de Besançon et de Saînt-Clande, 2 vol. — J. Sauzay^Uistoire de la persécution révolutionnaire dans le Doubs, t. I*', p. 2-8. — Son palais était meublé aToc abondance et simplicité. Son mobilier, vendu après sa mort, ne monta qu'à 18 000 livres en assignats. L'accueil fait à ses prêtres les mettait d'autant plus à l'aise que parfois une étiquette de cour les avait gênés dans leurs visites à leur archevêque.

sa vie pauvre et sainte avec ses largesses sans bornes (orce l'admiration des ennemis de la religion. Le romancier Pigault, qui l'avait vu à l'œuvre, disait de lui « qu'il pouvait servir de modèle à tout le clergé du monde chrétien;* »

Ne séparons pas de M. de Pressy un homme auquel cinquante ans d'une vie épiscopalc sans tache avaient acquis la vénération universelle ; c'est Lefranc de Pompignaa, archevêque de Vienne. Nommé évêque du Puy, il avait voulu passer trois semaines chez Mgr de la Motte, pour contempler de près l'homme qu'il désirait prendre pour modèle. On le vit au Puy, et plus tarda Vienne, simple, bon, ennemi du faste et des représentations mondaines, suivre dans son palais le règlement de Saint-Sulpice, faire la prière avec les domestiques, prêchr^r, présider aux retraites, multiplier les missions, répandre des aumônes, visiter son diocèse qu'il ne quittait jamais, composer enfin contre Voltaire et les incrédules, contre les entreprises des parlements, des écrits qui, s'ils ne rappellent point Bossuet, indiquent du moins un esprit ferme et de. profondes connaissances théologiques. On a pu discuter en M. de Pompignan l'homme politique. L'évéque est resté au-dessus de tout éloge. Il a mérité par ses vertus d'être célébré par deux hommes qu'on peut croire, M. Emery et Mgr d'Aviau ~.

Un contemporain de Pompignan, M. de La Rochefoucauld, archevêque de Rouen, ne devait pas suivre, à la Chambre du clergé et à la Constituante, la même lignq

i. Deramecourt, Le clergé du diocèse d'Arras, Boulogne et Saint-Omer, t. I. p. 10, 443-4'i4.

2. Gf. Notice par M. Emery en lête des œuvres de Pompignan. Mgr d'Aviau, qui iai son succeaseur sur ]e siège de Vienne, le loue de « cet esprit de religion qui fut l'âme de toute sa. conduite, de sa fervente piété qui se nourrissait dans l'oraison, du zèle qu'il montrait dans les visites pastorales, de sa charité vraiment épiscopalc, de sa douceur, de sa pa-. tience inaltérable, de sa constante égalité, de l'aménilé de ses mœurs. » Cf. Lyonnet, Uistoire de Monseigneur d'Aviau, t. I, p. 378-384, 672-674.

de conduite que l'archevêque de Vienne; mais, comme évêque, il pratiquait les mêmes vertus- « Simple, modeste, affable, sobre nurnilieu de tous les biens de la terre, bon dans le degré le plus éminent, plein de religion, de foi et de cette décence, ornement du sacerdoce, recommandable par une pureté de mœurs que l'air de la cour, la contagion du siècle ne ternirent jamais, charitable pour les pauvres et s'associant à toutes les bonnes œuvres de son diocèse, d'une piété touchante, d'une vie tout évangélique )), voilà quel fut Mgr de La Rochefoucauld. Il apparut aux Etats généraux comme un patriarche. Louis XVi le vénérait comme un saint. A la dernière visite que lui fit l'abbé Edgeworlh, la veille de sa mort, le roi lui demanda : « Qu'est devenu le bon cardinal de La Rochefoucauld ?»

Nous pourrions rapprocher de tels hommes des prélats moins connus, parce que la modestie de leur siège et de leur rôle a dérobé leur nom à l'histoire. Nous avons déjà jrencontré sur notre route M. de Fumel, * le père, le bienfaiteur et, par sa piété, le modèle de l'église de Lodève pendant quarante ans ; M. du Tillet, dont les vertus ont laissé à Orange un souvenir ineffaçable-. Plus illustre

. 1. Un eontcïnporain de Mgr de Fumel, l'abbé Loubeau, ne craignait pas de lui écrire le l""" juin 1763 : « J'envie le bonheur de ceux qui, dand les temps à venir,' s'empresseront de tracer le tableau de vos vertuë. Votre modestie étant pour lors sans défense, leur plume ne sera point captive ; et, en parlant des actions qui auront illuàtré votre épiscopat, ild envieront à leur tour le bonheur de ceux qui auront vécu sous vos lois. D Xettre citée par Elisée Lazaire, Eloge de Mgr de Fumel, 1890.

2, M, du Tillet était né près de Provins, d'une famille illustre de la magistrature. Sa mère ignorait encore sa nomination, quand son fils lui annonça qu'elle aurait ce jour-là à dîner: l' évêque d'Orange. Elle se mit en mesure de le bien recevoir, et ne fut point peu surprise, ne le voyant jîoint arriver, d'apprendre le mot de l'énigme. M. du Tillet fut tout entier aux devoirs de son ministère et à l'exercice de la charité. Arrivé dans son diocèse, il se mit à l'œuvre avec ardeur. Il commença par régler sa maison : prière, travail, récréation, tout y fut déterminé avec ordre. Il y exerça toutes' les fonctions du ministère sacré, — Cf. Granget, Histoire du diocèse d'Auignon, t. II, p. 'i20-230, — et l'austère critiqua

98 BONS ÉVEQUËS

est Mgr du Lau, que sa charité, sa bonté, sa science religieuse, son dévouement à son troupeau, ses vertus en-, fin préparaient au rôle de martyr. Un bien petit diocèse, Saint-Paul-Trois-Châteaux avait à sa tête, depuis un demi-siècle, un prélat dont la réputation de sainteté avait franchi les frontières de sa province et excitait l'admiration jusque dans la capitale j c'était M. de Reboul de Lambert *.

Une plus longue énumération des évêques recommandables que comptait l'épiscopat en 1789, risquerait d'être monotone- Nous rencontrerons encore d'autres prélats dans le cours de cette histoire, et le lecteur en trouvera l'énumération complète par diocèses, avec une appréciation, aux pièces justificatives. Quel a été notre but dans ce chapitre? Est-ce de présenter tous les évêques d'ancien régime comme des saints ? Nullement, nous avons voulu simplement montrer par des exemples que cet épis-

du clergé, l'abbé Laurent, op. cit., 1789, p. 336, 337. — L'abbé Laurent taconte que pendant que se négociait l'affaire de la translation de M. du Tillet à Grenoble, on ignore « qu'il était retiré au séminaire de^ Saint- Magloire, qu'il n'y occupait qu'une petite chambre, suivant tous les exercices de la maison, et allant à pied comme un séminariste ; qu'il n'avait qu'un seul domestique et que, pour régaler les amis qui lui faisaient visite le matin, il envoyait au café prochain chercher une tasse de chocolat. C'est cette auguste simplicité qui l'a mis en état de soutenir un jour à plusieurs de ses opulents confrères qu'avec son petit évèché, il était plus riche qu'eux. »

1. L'austère réformateur du clergé, l'abbé Laurent {Essai sur la reforme du clergé, 1789, p. 336, 337) parle en ces termes de cet évéque : « Le saint prélat qui occupe depuis si longtemps et avec tant d'édification le siège de Saint-Paul-Trois-Châteaux écrivait un jour à un duc de sa connaissance : Tâchons de rendre notre correspondance moins fréquente ; elle me ruine en ports de lettrés et fait tort à mes pauvres. »

« L'évéque qui sait ainsi calculer n'a pas besoin d'abbayes pour assiste!' les nialheureux, quelque médiocre que soit son évêché ; son économie est un fonds inépuisable. Continuez, vénérable vieillard, (M. l'évéque de Saint-Paul-Trois-Châteaux a 85 ans), de prolonger vos jours au-delà des bornes ordinaires de la vie. Que le ciel vous accorde les longues années des iiatriarches dont vous avez déjà les vertus. Vous mourrez toujours trop tôt, au gré des peuples confiés à vos soins. »

BONS iVEQUES 99

copat était bondans son ensemble, que le nombre des pontifes vertueux était plus considérable qu'on ne le croit, qu'un vaste courant de foi, de vie chrétienne et sacerdotale, circulait encore dans ce noble corps. Ces prélats, très mêlés à la société, aux administrations temporelles, à toutes les préoccupations de leur temps, étaient moins atteints qu'on ne l'a dit par l'esprit du XVIIP siècle. L'éducation de Saint-Sulpice, leur vocation même d'hommes d'Eglise, les avaient marqués d'une forte empreinte. Nous n'avons point dû nous étonner, dans cette revue rapide de l'ancien épiscopat, de voir tant de prélats penser et agir en évêques. ;

Les contemporains rendaient hommage à leurs vertus. « Lorsque j'étais en France, a dit Barke, je suis certain que le nombre des prélats répréhensibles n'était pas considérable ^. » « Le clergé de France, a écrit Sénac de Meilhan, était peut-être celui de l'Europe qui avait les mœurs les plus décentes... Depuis plus d'un siècle, les archevêques de la capitale avaient la conduite la plus exemplaire et distribuaient aux pauvres les trois quarts de leurs revenus ~. »

Cette impression est celle des historiens de notre époque, qui ont fait une étude approfondie de l'ancien régime. M. Taine, après avoir reproduit le passage si connu de Tocqueville sur le respect qu'il avait conçu pour l'ancien clergé de France, ajoute de son côté : « Mon jugement, fondé sur l'étude des texies, coïncide, comme ailleurs, avec celui de M. de Tocqueville. Les documents trop nombreux pour être cités, se trouvent surtout dans les biographies et les histoires locales ''. »

i , Considérations sur la Héoolution française:

2. Sénac de Meilhan, Du gouvernement, des mœurs et des conditions en France avant la Révolution, 1795, in-S".

3. Cf. Taine, La Révolution, lil, 410. — Tocqueville, VAncien régime et la Révolution, p. 169.

100 BONS ÉVÊQCES

Ces biographies, ces histoires locales que nous avons fouillées en tous sens, rendent en effet témoignage à l'ancien épiscopat comme au clergé secondaire. Nous croyons que tout historien impartial, qui' voudra bien se plonger dans la lecture de ces documents, en rapportera la même impression qu'Alexis de ïocqueville et M. Taine. Nous pouvons dès lors aborder avec confiance la grande crise de la Révolution. Les évêques qui sortiront glorieusement de cette terrible épreuve, sont bien les mêmes que nous avons vus à l'œuvre avant 1789. Nous ne disons pas qu'ils n'eussent pas besoin d'une secousse, qu'ils ne grandiront point avec le péril; mais nous affirmons que la foi, le courage, les vertus qu'ils vont déployer, ne seront que le plein épanouissement de sentiments qui s'exalteront avec le malheur, mais que les temps heureux avaient déjà connus.

Page 1