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CHAPITRE QUATRIEME Les Évèques dans leur ville épiscopale

I. Entrée des évêques dans leur ville épiscopale. — Quelques prélats descendent dans une abbaye, d'où ils se rendent à la cathédrale. — Réception de l'évêque de Paris. — Des députations vont les attendre au loin, avec chevaux, arquebuses. — Harangues sans nombre. — Curieuse réception des archevêques d'Auch, des évêques de Cahors, Amiens, Nantes. — Le lier baron de Montant conduit, nu-jambe, la mule du pontife. Il brise la vaisselle dé verre du cardinal^Tie Tournon. Dépouilles de la cérémonie partagées entre les barons vassaux. — Evêques en sedia gestatoria. — L'évêque de Paris porté par les sires de Montmorency, les ducs de Bretagne, le roi de France. — II. Ces

. usages tombent peu à peu en désuétude. — Procès .pour et contre. — Comment la répugnance des évêques pour ces pratiques se heurte à l'obstination intéressée des vassaux pour les conserver. — Un dîner pantagruélique. — Les entrées épiscopales gardent jusqu'à la fin une fière allure. — Curieuse navigation des archevêques de Bordeaux sur la maison navale. — III. Droits temporels des évêques sur les villes. — Rapports et difficultés avec les municipalités. — Approbation des consuls. — Serments prêtés de part et d'autre. — Les municipalités plus ombrageuses vers la fin de l'ancien régime. — IV. Combien les villes auraient eu tort d'être hostiles à . leurs évêques. — Bonheur pour elles qu'un personnage aussi puissant se fasse leur protecteur auprès du roi. — Nombreux exemples de grâces obtenues à leur peuple qui marque une reconnaissance éclatante. Richelieu, Bernis, Montmorency, etc. — Patriotisme local de ces évêques.

Suivons dans leur ville épiscopale ces brillants prélats que nous voyons déjà entourés de tout l'éclat de leur haute naissance, de tout le prestige de leurs dignités spiri-

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luelles et temporelles. Leur entrée était entourée d'un appareil extraordinaire. Les annales locales rapportent des usages aujourd'hui disparus.

L'évêque de Paris va coucher à l'abbaye de Saintyictor. C'est là qu'il reçoit, le lendemain matin, les compliments du prévôt des marchands et des échevins, lesquels doivent l'accompagner à Sainte-Geneviève, avec les archers et officiers de l'Hôtel de Ville. Les religieux de Saint-Victor conduisent processionnellement le prélat jusqu'à ce monastère, où l'abbé de Sainte-Geneviève lui fait les honneurs de son église. On profite de la présence du pontife ]3our lui faire jurer la conservation des privilèges de l'abbaye*. Le jDrélat donne à la chapelle cinq draps d'or, et remet une pièce d'or à chacun des quatre chanoines qui soutiennent son trône. C'est là que le pontife, mitre en tête,, reçoit les hommages des députés des cours souveraines. A la sortie de l'abbaye de Sainte- Geneviève, un huissier appelle les vassaux de l'évêque qui doivent le j)orter sur leurs épaules à la place des chanoines.

Le cortège, formé par les religieux, Je clergé des paroisses, les chanoines de Sainte-Geneviève, les gentilshonunes, lés échevins, le prévôt des marchands, se dirige vers Notre-Dame par les rues de Saint-Etienne-des- Grès et Saint- Jacques, par le Petit-Châtelet et le Petit- Pont. Au couvent des Jacobins, le recteur de l'Université, entouré de ses suppôts, harangue le prélat. Le chapitre de

;Notre-Dame est posté devant Sainte-Geneviève-des- Ardents. Il attend, pour, recevoir le nouvel évêque, qpi'il

•lui soit présenté par l'abbé de Sainte-Geneviève. Cette

•formahté remplie, le doyen le harangue. Quand la tête de la procession atteint Notre-Dame, on fait halte et on élargit les rangs. L'évêque s'avance alors jusqu'au

"portail de Notre-Dame qu'il trouve fermé. Il fait ouvï'ir

. I. Voici la formule du serment : « Moi, évêque de Paris, .je jure sur les • saints Evangiles que je respecterai les droits, libertés, privilèges, exemptions, imm.unités et coutumes du monastère de Sainte-Geneviève de Paris, et autres conventions conclues entre mes prédécesseurs et les abbés et chanoines du susdit monastère. » Ce cérémonial fut observé -jusqu'à la fin du xvi» siècle. Abbé Féret, VAbbaye de Sainte-Geneçiève et la Congrégation de France, 1882, tom. I, p. 272, 235.

en ag-itant une clochette. Au dedans du temple, la cérémonie s'accomj)lit dans l'ordre accoutumé. Au dîner qui la suit, l'abbé de Sainte-Geneviève est placé avec les évêques. Il n'est pas rare de voir ainsi les pontifes demander, comme à Laon, Quimper*, Troyes, Nantes, l'hospitalité à un monastère avant leur entrée solennelle. D'ordinaire les coutumes locales imposent au nouveau j)rélat des cérémonies, des harangues qui rendent son entrée plus éclatante. Prenons pour exemple les archevêques d'Auch. A la fin du xvi« siècle, M. de Trappes Aâent enfin d'être nommé à ce siège après un long interrègne. A la nouvelle de son approche, on envoie audevant de lui, le j)lus loin possible, une brillante escorte. Le fameux François Gatel, doyen du chapitre, en fait partie ; il est venu « faire la révérence » du diocèse au nouveau pontife. Gatel, qui a ]3ris la parole par un temps incertain, aperçoit tout à coup un arc-en-ciel à l'horizon; il s'écrie aussitôt qu'il y voit le symbole de la paix qui va régner entre le prélat et les chanoines. On marche au milieu d'un cortège de cent chevaux et à travers les détonations d'arquebuses. A l'entrée de la ville, à la porte de la Treille, un arc de triomphe a été dressé ; la foule y est massée, attendant avec imj)atience. Voici les consuls, revêtus de leui's longues robes rouges et ayant sur la poitrine l'écusson d'Armagnac. L'un d'eux s'avance et exhale en latin sa joie de voir enfin terminer le veuvage de cinquante-trois ans dont a été aflïigée l'illustre métropole. c< Venisti tandem, dit-il à l'évêque, taaque expectata tôt annis çicit iter durum pietas. » Le prélat est sensible à cette effusion oratoire. H lit pourtant cette fier e inscription, souvenir de la répubfique romaine, que les ma^strats de la viUe ont fait graver sur son passage en gros

I. L'évêque de Laon va loger, la veille, à l'Illustre abbaye de Saint- Vincent. Le lendemain, il se dirige à cheval vers la ville, précédé des religieux qui marchent pieds nus . Parfois, ce sont les religieuses qui accueillent le prélat. L'évêque de Quimper descend chez la prieure de Locmaria, qui le fait coucher sur un lit de paille pour lui rappeler la vertu d'humilité. L'évêque de Troyes se rend à l'église Notre-Dame-aux- Nonnains où le régime paraît moins austère qu'à Quimper. Il est logé, lui et les siens, par l'abbesse, qui est tenue de mettre la main au cheyal du prélat et de le faire conduire. En retour, le cheval lui appartient après la cérémonie. A Nantes, l'évêque passait la première nuit àl'aumônerie des pauvres de Saint-Clément.

caractères : Caçeant consiiles ne qnid detrimenti respUblica patiatur.

On entre dans les rues jonchées de fleurs, et que les habitants ont décorées en ornant leurs maisons des plus briQantes étoffes. Voici le jeune baron de Montant, suivi d'environ quarante gentilshommes, tous ceints d'une écharpe verte, revêtus de la livrée blanche et rouge d'Armagnac, des bâtons blancs à la main. Montant est le premier baron d'Armagnac et de Fézensac. Un vieux dicton du iDays détermine ainsi les rangs :

Parle Montant, et réponds Montesquiou, Ecoute Pardailhan; toi, l'Isle, que dis-tu?

Le dernier descendant des fiers barons de Montant est là, pour s'acquitter de l'ofiice (jue sa maison doit remplir auprès des archevêques d'Auçhà leur entrée dans la ville. Il se trouve que sa tenue n'est pas réglementaire. M. de Trappes lui fait observer qu'il doit avoir la tête découverte, un pied et ime jambe nus. Le baron répond que, d'après les archives conservées dans son château, il lui suffit de inettre au pied une semelle de cuir attachée par dessus avec des lacets, qu'il croit d'ailleurs mieux marquer son respect au pontife en évitant toute nudité. La discussion se prolonge. Enfin, l'archevêque, par égard pour le jeime âge du baron et vu la rigueur de la saison, — on était en plein hiver, — veut bien, pour cette fois, se relâcher au sujet de la jambe nue, mais sans préjudice de ses droits. Le baron prend alors une écharpe blanche qu'il noue à la bride du mulet portant^ le prélat, puis l'attache à son bras et conduit ainsi l'équipage jusqu'à Sainte- Marie. Il est précédé des gentilshommes qui marchent deux à deux, leurs bâtons blancs à la main, tandis que les deux premiers consuls se tiennent aux deux côtés de l'archevêque.

Halte ! Voici apparaître Messû^es les chanoines revêtus de leurs chapes. Ce sont de grands personnages. Le prélat descend de sa monture pour baiser la croix. Mais avant de l'admettre au baisement, François Gatel lui pose la question que les anciens de Bethléem adressèrent à Samuel lorsqu'il vint sacrer le jeune David : « Paci/icnsne

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est ingressus tuus ? » — L'archevêque répond avec le propliète d'Israël : « Pacificus, ad immolandum çeni, sanéti- Jîcamini. » On pense bien qn'en ce « royaume de parlèrie » le prélat dut j)asser j)arun feu croisé de harangues. Catel, un des hommes les plus érudits de son temps, s'adressa à M; de Trappes en quatre langues, en hébreu, en grec, en latin et en français. Il fît ressortir longuement la haute dignité de la charge épiscopale. Il paraît que l'épilogue fut merveilleux. Ce qui ne le fut pas moins, c'est que le * pontife répondit dans les quatre langues et continua les citations dont s'était servi le doyen. Il entra dans la cathédrale appuyé sur le bras du baron de Montant. Après la cérémonie reHgieuse, vint le grand dîner où le jeune baron « servit et trancha ». A la fin, il demanda au nouvel archevêque s'il était content de ses services. Sur sa parole afiOrmative, on en dressa acte public. Alors, « il fît trousser la vaisselle d'or et d'argent et tout ce qtd avait paru à la table, communément appelé Ze &Mj^e.if, etle prit comme sien. Ainsi fît-il du mulet caparaçonné » qu'avait monté le prélat. Ensuite, il se retira emportant ces dépouilles opimes *.

En i547, son père ou son grand-père avaient été moins heureux avec un des prédécesseurs de Mgr de Trappes, le cardinal de Tournon. Ce dernier, nommé archevêque d'Auch, lut à son installation, escorté et servi, selon l'usage, par le baron de Montant. Par malheur, le cardinal ne faisait usage que de vaisselle de verre, ce qui parut au baron d'un mince profît. Aussi, après l'avoir reçue, il la brisa avec indignation en présence de tous les convives. Le cardinal de Tournon, peiné de ce scandale, quitta Auch pour n'y plus revenir.

Nous trouverions ailleurs qu'à Auch ces coutumes étranges. Quand l'évêque de Gahors prenait possession dé son siège, le vicomte de Gessac devait aller l'attendre à la porte de la ville, tête découverte, sans.manteau, jambe droite nue, le pied nu dans une pantoufle. A l'arrivée du

I. Léonce Couture, Procès-verbaax de l'entrée solennelle en la ville d'Auch des archevêques François de Tournon, i547 ; Léonard de Trappes, i6oo; et Dominique de Vie, i634, 1873, in-8. — Moislezun, op. cit., p. 615-621.

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prélat, le vassal prend la bride de sa nrnle et le conduit au palais épiscopal et il le sert à table toujours dans le même costume. En retour, le buffet de l'évêque et sa mule lui appartiennent. Des contestations multiples, sur la valeur de ce buffet, amenèrent le parlement à en fixer le prix à 3.000 livres. Cet exemple est contagieux. L'abbé de Figeac ne veut pas se laisser vaincre par son évêque et a lui aussi son vassal, le seigneur de Montbrun, qui vient l'attendre, la jambe nue, lui tient l'étrier quand il descend de cheval, se place derrière lui à table j)our lui servir à boire, et trouve moyen de l'emporter sur le vicomte de Cessac en revêtant un habit d'arlequin.

A Amiens, on allait attendre le nouvel évêque hors dé la ville. Il était monté sur ime mule que le seigneur de Rivery conduisait par la bride, avec l'assistance des autres vassaux, les seigneurs de Rocquencourt et de Montigny. Le vidame, les sieurs de Rambures, de Goisy, et d'autres feudataires, se joignaient aux corps de ville pour faire cortège au i)rélat. Au pied du rempart, il y avait échange de harangues latines entre le présidial et l'évêque. Au parvis de Notre-Dame, le seigneur de Rivery aidait le prélat à descendre de sa monture ; pour prix de ce service, il s'emparait de la mule et de son harnais comme possesseur du fief d© la Mule-VEçêque. Le pontife offrait un grand dînera plusieurs tables. La coupe dont il s'était servi pendant le repas devenait la propriété du sire de Goisy ; la vaisselle était attribuée au seigneur de Rivery ; celui de ^la Paneterie avait pour sa part les nappes et les autres linges de table. Le vidame recevait l'anneau d'or que l'évêque portait au doigt ce jour-là. Le prélat donnait une robe aux dignitaires du chapitre, un bonnet carré aux doyens ruraux, enfin, à la cathédrale une chape en drap d'or de la valeur de cent écus*.

I. Soyez, Notices sur les éçêqnes d'Amiens, i8j8, in-8. Une. déclaration de 15^5 porte que, le jour de l'entrée de l'évêque à Dol, le « sire de Landai doit se trouver présent en personne et tenir la bride de la haquenée ou. cheval dudit seigneur évesque, lorsqu'il met pied à terre, sauf à prendre et garder pour lui ladite naquenée ou cheval avec tout son harnais ». Le même jour, le «seigneur du gage doit faire l'état et service de maistre d'hostel » à la table de l'évêque, et enfin « lé seigneur d.e la .Chesnaye-au-Bouteiller doit servir d'èchanson audit seigneur

Voici les droits que l'évêque de Nantes tient encore à faire reconnaître à la fin du xvii® siècle. Il fait sa première entrée dans la ville monté sur un cheval blanc et assisté de quatre barons de Bretagne, barons « de Pontcliasteau, de Raiz, d'Anceny, de Ghasteaubriand ». Au jour fixé, ils vont le prendre à l'hôpital de Saint-Glémeritles-Nantes. Le « baron de Ghasteaubriand lui doit tenir l'estrier pour monter à cheval et, tenant en main une des resnes et la bride dudit cheval, du costé gauche, et le baron de Pontchasteau la droite, et les barons de Raiz et d'Anceny les deux longes de la croupière, le doivent ainsy conduire depuis l'hôpital susdit jusqu'à la grande porte de la cathédrale, à peine de saysie de leurs terres, si audit jour ils ne justifient leur absence par causes légitimes et ne la remplissent par d'autres gentilshommes qui fassent leurs offices ». Le cheval appartient au baron de Ghateaubriand, « en récompense de l'office rendu en tenant l'estrier». Les nappes et serviettes du dîner de l'évêque sont adjugées au baron de Raiz, « pour lui avoir donné à laver avant la table, ainsi qu'il est déclaré par un acte de l'an i383, gardé aux archives du chasteau ». L'évêqpie de Nantes a, en outre, « quatre sergentises féodées », dont les propriétaires sont tenus, au jour de l'entrée des prélats, de marcher la baguette en main devant les quatre barons, sous peine de saisie de leurs terres. Pour qu'on ne s'étonne pas de ces prérogatives attachées à son siège, l'évêque de Nantes * rappelle que son éghse cathédrale estla troisième de la chrétienté parmi toutes celles qui sont dédiées aux apôtres Pierre et Paul, « d'où elle aurait été faite Dame de toute la cité de Nantes et de presque tout le comté nantais, et en outre de plusieurs grandes seigneries situées en Anjou, le Maine et le Poitou -».

èvêque».GuiLLOTiNDE CoRsoN.PouiHé historique de V archevêché de-Rennes, tom. I, page 440. — Le baron, de Castelnau d'Orbieu, à Lectoure, jouait le même rôle que le baron de Montaut à Auch et le vicomte de Gessac à Cahors.

Déclaration des

SÉciLLON, i885), où le seigneur de Grand-Cleux tenait par la bride le cheval de l'évêque.

2. A Bayonne, François Fouquet, fils du surintendant, prend posses-

Dans quelques diocèses, ce n'est point porté par un cheval ou une mule, mais par ses vassaux, que l'évêque fait son entrée. A Angers, les quatre barons de Briolé, ChemiLlé, Brou et Gratecuisse, sont soumis à cette corvée. A Chartres S le prélat traverse la viQe sur une sedia gestaioria soutenue X3ar le vidame, les barons de Logny et d'Alluges, le seigneur du Chêne-Doré, appelés chaisiers de Notre- Dame. A la fin de l'ancien régime, les barons de Luzy, de Couches, de Lamotte-Saint-Jean et de Montpéroux, étaient encore obhgés de soulever la chaise où était assis l'évêque d'Autun à sa première entrée, ou du moins de tenir les coins du drap d'or dont elle était parée '. Les évêques de Paris avaient joui, au moyen âge, de la même prérogative, avec la différence qu'ici les gentilshommes tenus de recevoir humblement sur leurs épaules et de porter jusqu'à la cathédrale la litière du pontife, lors de son inauguration, n'étaient rien moins que les sires de Montmorency, les comtes de Saint-Paul, les ducs de Bretagne et le roi de France lui-même '. C'est vraiment grand

sion de son siège en 1639. Le corps de ville lui offre un cheval « couvert d'un harnais de taffetas blanc, dont les franges de fil d'or lui descendent jusqu'aux pieds ». Le prélat, en mitre et chape blanche, y monte et va se placer sous un poêle de même étoffe que soutiennent deux jurats et deux échevins. Il avance ainsi dans la cité, précédé de sa crosse. I. LÉPiNois ET Merlet, CaHulatre de Notre-Dame de Chartres, 1862,

on lui apportait

^ „ . officiers du prélat ;

le même était obligé de goûter le "vin 'de la burette. Cet usage s'était établi peut-être en souvenir de l'évêque Adalgaire auquel le poison aurait été communiqué par les espèces eucharistiques, plus probablement en imitation de la cour où l'un des officiers de service auprès du roi ■goûtait d'abord les mets. Cf. Hugues nju Tems, op. cit., t. I\, p. 42». — Au moyen âge, à Senlis, les quatre seigneurs de Brasseure, Pontarme, Raray et Survilliers; à Chartres, les quatre barons de Brou, Montmi-' rail, Authon, la Bazoche ; à Tours, les huit seigneurs de Marmande, Amboise, la Haye, Preuilly, l'Ile Bouchard, Sainte-Maure, Bridoré, Mire, étaient obligés de porter le prélat à son entrée.

3. C'était un devoir féodal. L'évêque de Paris semble avoir surpassé en dignité, au moyen âge, les plus hauts barons de France. Le roi de France, la reine de Navarre, les comtes d'AJençon, de Blois, de Nevers. de Melun, de Saint-Paul, de Bretagne, de Bar-le-Duc, les seigneurs de Bourbon, de Montmorency, de Beaumont, de Saint-Marc, de Garlande, de Chevreuse, de Brunoy et autres barons, figurent parmi les feudataires de l'évêque de Paris et lui ont rendu hommage. Les possesseurs des fiefs de Corbeil, de MontDiéry et de La Ferté, étaient obligés de porter l'évêque à sa première entrée solennelle. Comme ces trois fiefs se trouvaient réunis dans la main du roi, celui-ci était tenu de fournir deux chevaliers pour acquitter ce devoir. Les autres porteurs de l'évêque, mentionnés dans les cartulaires, étaient le comte de Saint-Paul et, après lui, le comte de Nevers, fils de saint Louis, pour le fief de Montjay, le comte de Bretagne pour celui de Gournay, le comte de Bar pour celui de Torcy ; les seigneurs de Chevreuse, de Luzarche, de Combs-la-ville, de Tournans,

dommage que le tem^ps ait aboli cette coutume. On se figure difficilement Louis XIV ainsi attelé au char épiscopal.

On s'étonne moins de certains hommages rendus aux évêques par des seigneurs, leurs vassaux, lorsqu'on sait quels égards les souverains pontifes obtenaient des rois et des empereurs au moyen âge. On avait vu les empereurs leur tenir l'étrier, et Philippe le Bel lui-même mettre la main à la bride du cheval de Bertrand de Got, nommé pape sous le nom de Clément V. Dans les temps modernes, ces princes n'auraient pas accepté une telle I)osture. Cependant François I^' eut encore des complaisances extraordinaires pour Léon X à Bologne, en vue de se le rendre favorable pour le Concordat. Outre les trois génuflexions accoutumées, les baisements aux pieds, aux mains et à la bouche, le roi remplit auprès du pape l'office de caudataire, et lui servit la messe, répondant à genoux aux premières prières et lui donnant à laver, pour les ablutions, ce qui fit dire à Louise de Savoie, sa mère, que « le roi notre sire fit diacre ». Néanmoins Léon X ayant demandé à François I^"" s'il voulait communier, le prince ^^•épondit qu'il ne s'y était pas préparé.

Le vieux cérémonial tombait en désuétude pour les évêques comme pour le pape. L'appareil des entrées se simphfiait. Les quatre barons de l'évêché de Mende, les quatre pairs, étaient tenus de porter, eux-mêmes ou par suppléants, l'évêque depuis l'entrée de la ville jusqu'à la cathédrale. Au xvi® siècle, le prélat se contente d'un simu-

de Brunoy pour le fief de Gentilly, et le seigneur de Brétigny. Le sire de Montmorency, qui tenait de l'évêque deux fiefs, devait fournir deux porteurs. Ainsi le nombre des porteurs de l'évêque pouvait être de quatorze. Cependant le cartulaire n'en désigne que sept pour l'inauguration de Guillaume de Seignelay et cinq pour l'évêque Renaud, en laSo. Pour cedernier, le seigneur de Cnevreuse et le chevalier représentant le comte de Bar, figurent seuls avec les trois chevaliers envoyés par le roi. Si jamais les rois de France acquittèrent eux-mênaes ce devoir féodal, ils ne' tardèrent pas à se faire remplacer. Ils refusèrent même de rendre hommage en personne pour les fiefs et se firent représenter par des chevaliers. ^Voy; Guébard; Cartulaire de Notre-Dame de Paris, préface, p. lvi-lxxh.)

lacre. Au moment où les barons s'apprêtent à le soulever sur leurs épaules, il en prend acte et déclare qu'il veut aller à pied. A Agen, les seigneurs de Glermont-Desas, du Fossat, de BeauviUe, de Madaillan et de Fumel, avaient pendant très longtemps porté l'évêque de l'autel Saint- Gaprais jusqu'au porche de l'église Saint-Etienne. Après les offices, le prélat tenait sa cour ; le lendemain il recevait les hommages et reconnaissances que vinrent lui rendre pendant des siècles les seignexn's de l'Agenois, ses arrièrevassaux. Mais tout a une fin. Cet usage succomba, en 1492, dans une querelle de préséance*. EUe allait disparaître partout en France avant la fin de l'ancien régime. A notre époque, nous n'avons pas connaissance que la sedia gestatoria, tradition féodale, soit usitée ailleurs qu'à Rome, pour le souverain pontife.

La tradition du moyen, âge était donc peu à peu délaissée , quelquefois par l'initiative des seigneurs vassaux, plus souvent par celle des évêques fatigués de ces pratiques qui leur devenaient onéreuses. A Auch, les successeurs de Mgr de Trappes réussirent à écarter, sous divers prétextes, l'ancien usage. Au xviii^ siècle, la famille de Montant essaya de le faire revivre. Vainement l'office de vassal, qu'elle était obKgée de remplir en ce jour, montrait-il la force matérielle, représentée par le glaive du baron, s'inclinant devant la force spirituelle représentée par la crosse ; vainement écrivait-on au comte de la Hitte, alors possesseur de la baronnie de Montant : « On prétend que vous êtes obligé de vous trouver à la porte d'entrée de la ville avec vos hommages, une jambe nue, et prendre la bride de la mule de l'archevêque, le conduire a,insi à pied jusqu'à l'archevêché, ensuite vous j)lacer derrière sa chaise, attendant qu'il vous propose de vous asseoir »; Mgr d'Aj)chon n'en fat pas moins obligé de soutenir un procès. Nous le voyons s'élever contre « certaines coutumes devenues ridicules », demander, puisqu'on veut faire revivre le moyen âge, que la

I. Archives dép. Lozère. G 41, 669 et introduction; d'AvENEL, p. 240- — puRENGUES, Pouillé Mstorique du diocèse d^Agen, 1894. Guillaume de la Tour d'Oliergues, évèque de Rodez, transigea, en iSgS, pour deux marcs d'argent avec Guillaume d'Escoraille de Bouvran, qui était obligé, la tête et les pieds nus, de tenir la bride du cheval portant le nouvel evêque.

Kvrée des gentilshommes soit de « taffetas rouge et blanc, qu'ils tiennent des bâtons blancs à la main ». Gomme, au fond de ce j)rocès, il y avait la cupidité des barons de Montant ou de leurs successeurs, tentés par « la vaisselle d'argent et la mule », on accommoda à la somme de 5.000 francs. A ce prix, M. d'Apclion fut quitte d'un cérémonial qxd, au premier abord, paraît surtout une corvée j)our un gentilhomme condamné à faire le valet de pied ^ Il semble que M. de la Tom* du Pin, archevêque d'Auch avant la Révolution, pût se soustraire aux obsessions de son opiniâtre vassaP. Le dernier évêque de Dol, M. de Hercé, eut à lutter cinq heures, le jour de son installation, pour écarter l'intervention du sénéchal que le seigneur du Gage, obhgé de faire en personne l'office de maître d'hôtel, s'il voulait en percevoir les profits, avait envoyé pour le représenter.

Il n'était pas facile de s'exempter de certaines contributions consacrées par un long usage. Jean IV de Bonzi, évêque de Béziers (1596-1621), voulut refuser le festin que les prélats avaient l'habitude de payer à leur entrée. Les consuls insistaient. Le parlement de Toulouse dut intervenir. Bonzi se contenta de verser 3oo Hvres tournois, et la cité fut dispensée du cadeau qu'elle offrait au prélat. On comprend que les villes tinssent à ces repas qui offraient parfois à la population un régal véritablement pantagruélique. Les archives de Troyes attestent qu'au dîner d'inauguration de Louis Raguier, au xv^ siècle, dix-sept cuisiniers étaient préposés aux casseroles. Il ne fallut pas moins de cent trente marmitons pour tourner les rôtis ^

Bien que le temps eût aboli la plupart de ces coutumes extraordinaires, l'entrée du nouveau prélat dans sa ville

1. Cf. Le procès de Mgr A'Apchon, archevêque d'Auch, avec le baron de Montaut, par le comte de la Hite, Reoue de Gascogne, t. XXIIl^ p. 77-114.

2. A Amiens, Félix Faure, lit également cesser, en i654, un apparat qui coûtait fort cher. Parfois cependant, au lieu de donner, c'était aux nouveaux évêques à recevoir Au commencement du seizième siècle, Jean de Foix avait été, sur la demande de Louis XII, nommé à dix-huit ans, par le chapitre, archevêque de Bordeaux. A sa prise de possession, il se fit donner une somme considérable d'argent, à titre de joyeux avènement, par le clergé séculier, les abbés et les religieux du diocèse.

3. Carré, L^ enseignement secondaire à Troyes, 1888, in-8, p. 29.

-épiscopale fut toujours, jusqu'à la fin de l'ancien régime, un événement considérable. A peine la nouvelle de la nomination était-elle arrivée en province, qu'on s'entretenait, avec le plus vif intérêt, de l'illustration de sa naissance, de ses relations, de la carrière qu'il avait déjà parcourue et des espérances qu'il faisait concevoir. La curiosité, le devoir, le respect, les convenances, l'iiabi- ■tude, poussaient sur ses pas une foule immense, avide de contempler son nouveau pasteur. Toute la ville est sur pied. Le bourdon de la cathédrale sonne à toute volée, les cloches des éghses et des couvents font entendre leur joyeux carillon. Les canons dont dispose la cité tirent sans relâche, mêlant leur voix retentissante au bruit des violons, des fifres et des tambours. C'est entouré d'une immense haie de soldats et de peuple, au milieu des drapeaux, des lumières, des vivats, des harangues sans nombre, que le prélat, escorté par le clergé, la noblesse des environs, lés consuls en grand costume, arrive enfin à la cathédrale pour en prendre possession avec les cérémonies accoutumées \ Souvent les procès-verbaux relatent que le nouvel évêque, jeune encore et de haute naissance, charma tout le monde par les grâces de sa j)ersonne, la distinction de ses manières et l'amabilité de son langage.

La réception des archevêques de Bordeaux mérite d'être particulièrement signalée. « Nous ne sommes que cérémonie », a dit Montaigne. C'était surtout vrai de la

I. Le cardinal de Bernis, nommé circhevêque d'Alby, arriva dans sa ville épiscopale le 19 octobre 1362, vers midi et demi. La grosse cloche de l'Eglise Sainte-Cécile sonnait en branle par ordre du chapitre et les cloches de toute la ville l'accompagnaient. Les pièces de campagne appartenant à la commune tiraient des salves retentissantes. Des violons, des fifres et des tambours accueillaient l'archevêcpie à son entrée dans les murs, et sur les portes de la ville se dressait, en un cadre, l'écusson de ses armes. Les consuls, en robes mi-partie d'écarlate et de drap noir, doublées de satin blanc, le chaperon en tête, le manteau comtal aux épaules, le reçurent, lui offrirent les clefs et lui rendirent hommage suivant les termes réglés par Louis d'Amboise. A travers les rues, ou les artisans en armes formaient la haie à côté des dragons du régiment du roi, le cardinal alla d'abord, d'après l'usage, à l'église SainbSalvi où il fit sa prière ; puis à la Besbia, où il reçut des consuls les clefs et la trompette delà ville, sous promesse de les rendre à la première réquisition. Bientôt arriva le chapitre de l'église métropolitaine et, après des harangues sans nombre, le jour de la prise de possession fut fixé à huitaine. Le soir, dix mille cent lampions, ou brûlaient deux pleines comportes de suif furent allumés en signe de fête. Frédéric Masson, Le cardinal de Bernis depuis son ministère (1358-1794), 1884, in-8, p. 49-5o.

Gascogne et de la Guyenne, que l'auteur des Essais connaissait bien. Dans cet assaut de magnificence à l'arrivée des pontifes, les Bordelais, grâce à leur port, trouvaient moyen de se distinguer par un appareil extraordinaire. C'est j)ar eau que le nouvel élu se rendait à sa ville épiscopale. Pour donner à la navigation une certaine durée, il s'emlDarquait soit au château de Lormont, soit à Blaye, dans un vaisseau de gala appelé maison naçale.

Nous avons le j)rocès-verbal de la traversée de Mgr de Maniban, en i^So. Les députés du chapitre, les jurats de Bordeaux s'étaient portés à sa rencontre jusqu'à Blaye. Le prélat leur dit gracieusement « qu'en prenant possession de sa personne, ils prenaient possession de son cœur ». En même temps, la « maison navale » était partie de Bordeaux avec ses quatre pilotes. Au moment venu et quand la marée fut favorable, le prélat se rendit au navire entouré des commissaires-jurats de la ville et des consuls de Blaye, que le cérémonial avait bien soin de placer, les premiers à sa droite, les seconds à sa gauche. Sur le vaisseau, il y eut des querelles de préséance au sujet des sièges à occuper auprès du prélat. Les chanoines de Saint-Seurin ne se croyaient pas assez rapprochés de lui. M. de Maniban se déclara incompétent pour trancher le différend. Il était tout entier à la beauté du spectacle et aux charmes d'une traversée favorisée par un temps .splendide. « Le brigantin de la ville, qui voguait autour de la maison navale, dit le proces-verbal, faisait plaisir à l'archevêque, ainsi qu'il le fit connaître à MM. les commissaires-jurats. » On servit le dîner. Le prélat demanda à trinquer à la santé de MM. les jurats. Il leur devait cet honneur, car la ville de Bordeaux n'avait pas regardé à la dépense. Cette maison navale, si souvent chantée envers latins et même français j)ar les poètes de la ville, était décorée avec magnificence. Le compte du damas, des franges, galons d'or, des diverses étoffes de soie, montait à 8.5o6 hvres i3 sols, plus les 960 livres du tapissier. Le vitrier avait reçu i5o hvres; le peintre, le Raphaël du lieu, 5oo hvres; le chapelier lui-même, 646 livres 10 sols, pour « chapeaux bordés d'argent, fournis aux archers du

guet, pilotes et maîti^es des bateaux ». Ce qui était mieux encore, c'étaient les i.aSo livres payées au traiteur j)our le repas servi à « M. l'archevêque sur l'eau, et pour ceux donnés à MM. les jurats j)endant leur séjour à Blaye ». Ace j)rix, on pouvait faire déguster au prélat les meilleurs vins du cru. Le total de la dépense s'éleva à i5.836 livres lo sols, ce qui était une somme en 1730.

Cependant la maison navale voguait toujours. A l' approche de la ville, M. de Maniban voulut bien exprimer son admiration et s'écrier, raconte le procès-verbal, que ce qu'on Im avait dit de la beauté du port était encore au-dessous de la réalité. Sur l'ordre des jurats, tous les vaisseaux de la rade se rangent, pour laisser passer l'archevêque, et font « un double salut de leur canon. Un nombre inûni de petits bateaux voltigent autour de la maison navale ». Enfin, le prélat met pied à terre au milieu d'un immense concours de peuple.

Malgré le pittoresque de la « maison navale », on est tenté de regretter la réception que la ville des temps anciens faisait à ses évêques. Où est le baron de Montferrand qui, en sa qualité de « premier baron du Bourdelais », conduisait encore « par les resnes », en 1466, la haquenée blanche d'Artus de Montauban, pendant que quatre jurats soutenaient « le poésie sous lequel marchait le pontife », et que deux autres barons, l'un à droite, l'autre à gauche, lui tenaient les étriers? Où sont les deux seigneurs de Candale, porte-queue de la chape archiépiscopale de François de Mauny? Biesn que le surplis et le bonnet du prélat fussent adjuges à ceux-ci après la cérémonie, et la haquenée blanche au baron de Montferrand, ces . légers avantages, faits à de fiers vassaux, n'avaient pu sauver ce cérémonial d'un autre âge. La maison navale elle-même était condamnée à disparaître. En 1781, les jurats de Bordeaux n'envoyèrent que le brigantin à Champion de Cicé. Le prélat, « tout en convenant avec eux que le brigantin était plus commode et plus sûr, fit ses réserves, et exigea des jurats une déclaration pour la conservation de ses droits et pour ceux de ses successeurs ». Ces droits, ces usages, la Révolution allait les

•jO EVEQUES DANS LEUR VILLE EPISCOPALE

détruire. En 1802, Mgr d'Aviau partit encore une fois de Lormont. C'est, croyons-nous, la dernière j)ompe navale qui ait marqxié l'entrée des métropolitains de la seconde Aquitaine ^ .

Le tableau des réceptions épiscopales que nous venons de présenter, donne une idée de la grandeur à laquelle s'étaient élevés les évêques de la vieille France. Ils furent véritablement, pendant des siècles, les prenders personnages de leur province. A la situation temporelle venait s'ajouter la majesté du pontife, qui transfigurait aux yeux dii peuple l'élu de Dieu arrivant avec l'onction sainte. De là ces entrées triomphales qui mettent toute une ville en émoi, qui nous montrent les plus fiers barons inclinant leurs épaules sous la litière de l'évêque, ou conduisant sa haquenée j)ar la bride. Le prélat lui-même a alors quelque chose de cet entrain, de. cette allure guerrière que nous remarquons dans les démonstrations publiques. « Il chevauchera entouré de ses famihers et de ses domestiques », dit le vieux cérémonial des évêques. Que par humilité, il ne rejette ]3oint les honneurs dûs à son caractère et à sa situation. « Si quelque grand prince, ajoute le cérémonial, exprimait la volonté de suivre le cortège, l'évêque n'y devra consentir qu'après un moment de résistance ; mais il n'aura garde de refuser d'une manière absolue cette marque de respect et de piété filiale. »

Que le prélat soit arrivé sur les épaules de ses barons,, sur une mule, par la maison navale ou le brigantin, à cheval, à pied et même nu-pieds, comme cela se pratiqua

I. Cf. abbé ÊALLEN, L^entrée solennelle des archevêques de Bordeaux^ i883, iii-8. — On veillait alors au cérémonial avec un soin jaloux. Dans une visite à Mgr de Maniban, le prélat n'ayant pas reconduit les jurats aussi loin crue ses prédécesseurs, ils en tirent l'observation dans une seconde visite où l'arclievêtifue s'empressa de leur donner satislaction. Le parlement de Bordeaux était moins empressé que les jurats auprès de ses nouA'eaux archevêques. Au xvi» siècle, Charles de Grammont avait avisé de son arrivée la compagnie, en invitant « Messieurs d'icelle pour prendre leur réfection en sa maison ai'chiépiscopale, à dîner, souper, icelui jour et autre qu'à chacun d'eux plaira ». Le parlement ne se laissa pas tenter comme corps, et se contenta d'envoyer quatre conseillers.

longtemps à Laon et à Rouen*, par exemple, le voilà en possession de son siège. Il s'agit maintenant de bien vivre avec ses nouveaux concitoyens. Le cours des âges lui avait apporté des dignités séculières et par suite des devoirs civiques, une situation et un rôle temporels qui donnaient à l'épiscopat français, avant la Révolution, un caractère particulier. Nous avons vu qu'un grand nombre de prélats étaient seigneurs de leur ville épiscopale. Si, à ce titre, ils ne battaient plus monnaie, comme plusieurs l'avaient fait au moyen âge, ils étaient souvent restés hauts, moyens et bas justiciers. Rien q[ue la royauté eût tout absorbé, ces justices locales représentaient dans certaines provinces comme laRretagiie, des droits assez importants et onéreux pour les peuples. Nombre d'évêques confirmaient et ratifiaient le choix des maires ou consuls ; c'est de leur prélat que ceux-ci recevaient les clefs de la ville, promettant de les rendre à toute réqxiisition. Ses officiers de justice présidaient le conseil de la commune. A son entrée en possession, les maires ou consuls" lui prêtaient serment et venaient, de temps en temps, lui renouveler leur hommage comme à leur seigneur temporel et spirituel. Rref, il était, dans certain pays, un quasi-souverain et, à AJbi, les artisans se déclaraient « ses plus fidèles sujets' ».

1. Farin, Histoire de Rouen, t. I, 20 part. p. i35. A Couseraus, l'évêque était reçu par le vicomte de Gouserans qui, au dîner, était obligé de mettre les plats sur la table. Mais le sacristain, de la cathédrale ôtait la chaussure à l'évêque pour le rappeler au sentiment d'humUité. Le prélat marchait déchaux, en roche t et camail. Cf. Manaud de Boisse, Panorama historique du Couserans, 1886.

2. Les municipalités autres que celle de la ville épiscopale, se plaisaient, aussi à rendre hommage à l'évêque. Les archives de la commune de Lombers portent : «9 mars 1687, noble J. P. deNajac, sieur de la Bruyère,

Ï»remier consul, expose au conseil général de la communauté, que Mgr 'archevêque d'Albi (le Goux de la Berchére) est arrivé depuis jeudi, et qu'il serait du devoir des habitants du présent Consulat d'aller audit Albi, pour faire la révérence audit Seigneur archevêque et l'assurer de la fidélité des habitants. Sur quoi on a délibéré d'une commune voix que, pour aller faire la révérence audit seigneur archevêque, sont députés : le sieur premier consul, etc. »

3. Voici la formule du serment qui fut prêté au cardinal de Bemis. « Je, consul, syndic et député de l'université et cité d'Alby, reconnais et confesse que vous, Révérendissime Père en Dieu, Monseigneur François Joachim de Pierre de Bernis, archevêque d'Alby, êtes seigneur spirituel et temporel de ladite cité, et vous promets et jure, touchant les quatre Evangues de Dieu, le Te igitur et la croix, que toute universalité et chapitre d'icelle vous seront loyaux et francs sujets, et vous garderont et procureront vos droits, profits et honneurs, et éviteront vos dommages à notre pouvoir, et obéiront à vos commandements et à ceux de vos officiers ; et si aucune chose savons contre vous, votre église et seigneurie.

A Châlons, l'évêque exigea jusqu'au xviii^ siècle, que les assemljlées de la ville se tinssent dans son palais et se réserva le droit de les présider. L'évêque d'Arras et l' archevêque de Cambrai nommaient, chaque année, deux échevins. Un intendant se plaint que l'évêque de Pamiërs voulût avoir comme consuls « des gens de basse condition », pour mieux les dominer. En 1698, l'intendant de Lyon disait que jamais ses prédécesseurs n'avaient osé donner des ordres aux échevins du vivant de l'archevêque, M. de ViUeroi.

Cette influence, ces droits ne s'exerçaient j)as toujours sans difficulté. Il y avait une tendance dans la jDopulation à faire tomber des titres, des privilèges, une puissance, qui j)araissaient surannés. Le vieil esprit conmiunal, qui avait soulevé tant de villes au moyen âge se réveillait parfois au siècle de Louis XIV. Nous voyons, à cette époque, l'assemblée générale de Nîmes chercher à exclure l'évêque de ses réunions, l'échevinage d'Amiens refuser au prélat les présents ordinaires de bougie et de cire. Lesbourgeois d'Albi luttent pendant dix ans contre leur évêque. On fait, de part et d'autre, saisir les fruits décimaux, le bétail. L'aflîiire est portée de juridiction en juridiction ; le parlenous y résisterons et vous le signifierons par notre loyal message incontinent et sans délai. » Outre ce serinent prêté à l'évêque à son entrée, les consuls d'Alby, revêtus de leurs manteaux et livrées consulaires, accompagnés des notables de la ville, parlant debout et non à genoux, venaient deux fois par an, le jour de Noël et le jour defructa, présenter leur hommage à l'évêque. En voici les termes réglés depuis Louis 1"' d'Amboise : « Monseigneur l'évêque, nous venons ici pour vous offrir et présenter les clefs de la ville et cité d'Alby, et vous reconnaître pour seigneur spirituel et temporel, dans laquelle vous avez toute justice haute, moyenne et basse ; et nous vous prions de vouloir bien maintenir et conserver nos anciennes libertés et privilèges écrits et non écrits, et prions Dieu c[u'il vous donne les bonnes fêtes. » Les jours d'hommage, les consuls dînaient à la Biesbia, le dessert de la table appartenait aux prébendes et au bas choeur de Sainte-Cécile. On distribuait aux invités un millier de gimblettes ; on jetait au peuple, par les fenêtres, cinquante-quatre livres de dragées et les consuls offraient à l'église de Sainte-Cécile cinquante livres de cire. (Masson, op. cit. pages 4i-49)' La correspondance entre les archevêques d'Albi, souvent en voyage à Paris, et les consuls, nous montre ceux-ci leur écrivant pour les féliciter d'une heureuse arrivée, pour leur offrir les vœux de bonne année, pour les consulter sur les points d'administration. L'archevêque répond toujours avec bienveillance, remercie, assure la ville de sa protection, obtient en effet des secours en argent, donne enfin son avis sur le gouvernement de la cité. Archives de la ville. AA, 30-39. La ville d'Alby .tenait d'un des évêques du moyen âge, Bernard de Castanet, ses armes, qui avaient pour devise : Stat baculus, çigilatque leo, turresqne tnetar. L'archevêque était à ce point le seigneur de la ville, que ses comptes portent, en 1790, 60.000 livres pour l'acquisition de la mairie.

ment de Grenoble maintient à l'évêcpie le droit d'intervenir dans le choix des consuls; tous les six, accompagnés des principaux habitants, sont obMgés d'aller lui demander pardon. Au xvin« siècle, les magistrats de Cambrai eurent de grandes difficultés avec leur archevêque. Mgr de Choiseul-Stainville fit appel à son frère, le puissant ministre, pour reconquérir ses prérogatives de seigneur temporel. Il y réussit, malgré l'opposition de la cité. Au xvii^ siècle. Le TeUier, archevêque de Reims, avait aussi profité du crédit de son père et de son frère pour réduire les droits de la ville. En 1^85 , l'évêque de Grenoble, M. de Bonteville, annonça sa prochaine visite à la cathédrale et invita les consuls à lui rendre les honneurs du poêle. Protestation de ceux-ci, procès : le parlement donna raison au prélat. Mais, grâce à l'intervention de M. de Marcieu, les consuls furent dispensés de paraître à la cérémonie * .

On voyait ces différends s'élever dans les plus humbles cités. Au xviii^ siècle, un procès s'engagea entre M. Moreau, évêque de Vence, et le conseil communal, au sujet des remparts dont le prélat se disait le maître, en sa qrialité de coseigneur de la ville avec le marquis de Vence. Les meneurs perdirent le procès, furent obligés de faire amende honorable au coseigneur et restèrent ulcérés de cette défaite. Le dernier évêque de Vence, Pisani de la Gaude, fut comphmenté, à sa prise de possession, par maître André , lequel portait fièrement son épée comme maire de la ville et seigneur de Malvan. Un jour que Pisani de la Gaude lui aA'^ait donné un démenti au bureau de l'hôpital : « Pardon, Monseigneur, répondit maître André, je n'ai menti qu'une fois dans ma vie, c'est le jour de votre arrivée. » A Gap, au miheu du xviii^ siècle, le premier consiil, M. Barbier, ne craignit pas de faire appel à sa force musculaire pour obliger l'évêque, M. de Caritat de Condorcet, à accompagner le corps municipal jusqu'à la

I. Arch. d'Albi, GG, 33i-334 ; FF, i58. — Albert Babeau, La ville sons l'ancien régime, m-8, 1880, p. 178-179. — Pruo'hoîime, Histoire de Grenoble, in-8, p. 542. — En 1637, lors de l'entrée solennelle de M. de Daillon de' Lude à Albi, les sieurs consuls » s'étaient empressés de prendre le poêle pour « le porter sur sa personne » ; mais, çiuoique « cet honneur lui fût dû, il le refusa, disant qu'il n'était dû qu'à Dieu ». Archiçes de la ville.

porte d'entrée du j)alais dont il venait de prendre posses-

sion ^

A mesure qu'on approche de la Révolution, les villes supportent avec plus d'impatience les servitudes féodales qui, bien qu'adoucies par le temps, paraissaient l'héritage d'un âgebarbare. Sous cera^jport, Mende semblait avoir été rivée au passé plus longtemps que tout autre. Aussi avec quelle véhémence les trois ordres du diocèse protestent, le 29 janvier 1789, contre une situation qui leur paraît intolérable. « Par un abus manifeste, dit la délibération, contre tous les droits naturels et principes j)olitiques, le siège épiscopal dispose de toute administration civile et judiciaire et de celle des Etats particuliers par la nomination usurpée des consuls, par celle des juges ordinaires et d'appel, au préjudice du droit royal; par celle des commissaires et syndics du pays, au j)réjudice des droits des trois ordres, et enfin, par celle des procureurs, greffiers, huissiers dans les deux cours, auxquels charges et offices nos évêques nomment arbitrairement ou par l'influence de lem* pouvoir de président. » C'est, disent les commissaires délégués, un reste de « l'anarchie féodale épargnée par Richelieu en faveur de l'évêque de Marcillac, sa créature ». Il y avait, dans le Gévaudan, la justice du roi à Marvéjols et la justice de l'évêque qui siégeait à Mende. EUes étaient exercées alternativement. Le prélat avait, comme le roi, « son bailli d'épée et son heutenant général», qui se trouvaient en activité en 1789. Les trois ordres demandèrent au roi de ne point adresser à ceux-ci les lettres de convocation pour les élections aux Etats généraux. EUes n'^en furent pas moins expédiées au sénéchal de l'évêque de Mende'.

Si les évêques défendaient leurs droits temporels contre les villes, il faut convenir que les villes faisaient de leur côté bonne garde autour de leurs franchises. Rien n'est plus fréquent que de voir les prélats obligés, à leur arri-

I. Abbé Tisserand, Histoire de Vence, 1860, in-8, p. 255-268. — Gautier,

Précis de l'histoire de la ville de Gap, i884, P. 336.

2. Archiçes nationales. — Innocent VIII releva l'évêque de Mende, Clément de la Rovère, du serment qu'il avait prêté aux consuls, à son entrée à Mende. Cf. Burdin, Documents historiques sur la province du Gévaudan, p. 216-217. ■

vée, de jurer de les respecter. Le successeur de Bossuetà Gondom, M. de Matignon, déclara qu'il ne pouvait pas prêter ce serment à genoux. Les consuls l'exigèrent. L'évêque en fut piqué, leur fît faire antichanibre quand ils lui rendirent visite, refusa même d'écouter leur harangue, sous prétexte de donner audience auprésidial. Les consuls se retirèrent et ne parurent plus au palais épiscopal. A Viviers, les portes delà ville ne s'ouvraient au nouveau pontife qu'après la prestation du serment faite sur les saints Evangiles. On dérogea pour la première fois à cet usage immémorial, en 1778, à l'entrée de M. La Font de Savine. A Agen, les prérogatives de l'évêque avaient été minées sourdement par les pouvoirs rivaux des sénéchaux et des consuls. Le titre de comte d'Agen(etlamême évolution s'était produite ailleurs) était devenu purement honorifique ^ C'est pour une question de douane que l'iUustre Belsunce, évêque de Marseille, eut des difficultés avec la municipalité. « On m'a refusé, écrit-il à l'intendant de Provence, l'entrée de mon vin avec une hauteur et des manières très provençales. »

Les mesures j)rises par certains prélats vinrent parfois aggraver les quelques dissentiments que pouvait susciter une compétition de droits. A Toul, Mgr de Ghamj)orcin souleva contre lui la population pour avoir exigé des quartiers de noblesse de tous ceux qui voulaient entrer dans le chapitre de sa cathédrale. En général, les évêques étaient trop habiles et trop souples pour se créer des diflicultés, ou pour ne point dénouer avec bonheur celles qui venaient à se produire. Mgr du Plessis d'Argentré, dernier évêque de Limoges avant la Révolution, fut accueilli avec cette réserve im peu hostile qui attendait parfois les étrangers dans le milieu social de la province. Son esprit et son adresse triomphèrent de tous les obstacles. Il y fut aidé X3ar Turgot, son ami, son condisciple de Sorbonne, qui, envoyé à Limoges en 1761, vécut avec le prélat, durant

I. MoNLEZUN, op. cit. p. 557-5^9. — Simon Brugal (Firmin Boissin), Le schisme constitutionnel dans VArdèche, 1889. — Citons parmi les évêques obligés de prêter serment aux villes sur la conservation de leurs franchises, les évêques de Saintes (Audiat, p. 45), d'Agen (Durengues, op. cit., p. 39-40.), etc.

ses treize années d'intendance, dans la plus intime cordiaUté*.

Les cités auraient eu grand tort de ne point entretenir les meilleures relations avec leurs évêques. Ceux-ci n'avaient jamais oul^lié, dans le cours de notre liistoire, le rôle de defensor ciçitatis qu'ils avaient remj)li avec tant d'éclat dans la décadence de l'empire romain. Ils étaient restés, à travers les siècles et toutes les vicissitudes politiques, de hauts et puissants seigneurs. On j)eut dire qu'à la fin de l'ancien régime, malgré l'ascension des classes et l'affaiblissement delafoi, l'épiscopat dominait toutes les supériorités locales comme la cathédrale s'élevait au-des sus de toutes les autres demeurés. Dans les petites villes, alors en grand nombre le siège d'un évêché, qui se serait avisé d'entrer en concurrence avec l'évêque pour la fortune, pour l'influence, la considération à la fois spirituelle et temporelle ? Dans les plus grandes cités, le prélat ne le cède à personne comme opulence, comme noblesse de race, comme influences de cour. Les conditions anciennes étant changées , la royauté étant devenue le centre de toutes les faveurs et de tous les droits, n'est-il point heureux pour une province de pouvoir compter sur la protection d'un homme qualifié, qui a les relations les plus hautes, dont la nomination même au poste qu'il occupe, prouve sa faveur auprès du roi, et qui se croit obUgé par sa charge de prendre en mains lès intérêts de ce qu'il appelle son peuple. En fait, il n'y a guère d'iiistoire d'évêque d'ancienrégime quine relate quelque bienfait par lui rendu à sa ville épiscopale. Ces prélats emploient l'autorité que leur donnent leur nom, leur charge, leur entrée dans les Etats provinciaux, leurs rapports avec les ministres, leurs fréquents voyages à Versailles, pour plaider la cause de leurs diocésains et faire alléger leurs charges. Que de fois ils se montrèrent les heureux intermédiaires entre le pouvoir et le peuple ! Dans combien de soiilèvements , de révoltes, ils surent, par leur intervention, détourner les châtiments qui menaçaient les coupables î Les populations

I. Louis GoiBERT, Une page de Vhisioire dn clergé au xviiie siècle. Destruction de Vordre de Grandmonl, 185 j, iii-8, pajyes 254-255;

sentent alors qu'elles ont en eux des protecteurs. Les communes s'efforcent de se concilier leur bienveillance et les implorent dans leur détresse*.

On les trouve toujours prêts à répondre à leurs appels. En 161 7, saint François de Sales écrit au duc de Savoie et joint, dit-il, sa « très liumble supplicatioij à celle cpie ceste ville d'Annessy fait à V. A. pour la continuation des privilèges dont elle a ci-devant jouy ». Cinq mois plus tard, le 26 mai 161 7, nouvelle instance du saint évêque de Genève. Ce pays « a grand besoin d'estre allégé, d'estre ravigoré par tels bienfaits ». Richelieu lui-même qui, une fois ministre, devait se montrer moins sensible sur l'excès des impôts, plaida énergiquement la cause de sa ville épiscopale. Il s'adressa au procureur du roi et à Sully pour obtenir un allégement de la charge imposée à son peuple. Arras fut agrandi, embelli par des administrateurs de premier ordre qui s'appelaient Alvise, Martin Pore, Pierre de Ranchicourt, Mathieu Moullart -. Ces traditions se perpétuèrent jusqu'à la Révolution. On aime, en particulier, à voir ces puissants prélats prendre en main les intérêts des petits, des artisans, des laboureurs, dans la

1. Voir (P. Regnault, op.- cit., I, j8-83, année 1742) la correspondance entre Christophe de Beaumont, alors évêque de Bayonne, et la munici-

E alité de cette villCj, qui implore sa protection dans une grave affaire. — e 25 janvier 1361, le j)remier consul de la commune de Lombers dit à l'asseiablée de la municipalité que « Mgr de Stainville, archevêque et seigneur d'Alby, devait arriver dans le présent diocèse, et qu'attendu que la communauté de Lombers a de grandes obligations à ce seigneur, et qu'elle a lieu d'espérer encore davantage, il conviendrait de députer devers ce seigneur certain nombre d'habitants et de taillables ». Quelques années plus tard, en 1768, le cardinal de Bernis vient en personne, a la demande des habitants, • constater à Lombers les ravages causés par le débordement du ruisseau d'Assou. Lombers, connu" par le concile. tenu dans ses murs, lors de la guerre des Albigeois, payait encore les impositions de la ville détruite, il y avait près de cent cinquante ans. Le cardinal, touché de sa misère, lui lit accorder 3ooo livres par le roi, nn subside considérable par les Etats. Archives de la commune. — A deux reprises, le diocèse d'Albi dut à ses archevêques (le Goux de la Berchère et Choiseul) une diminution de ses impositions pour la ta.ille. Mgr Moreau, évêque de Mâcon, obtint un abonnement par bail au droit des aides, ce qui évita des frais immenses à la province et facilita le commerce des vins.

2. Richelieu écrit de Luçon : « Monsieur, étant venu en ce lieu et ayant reconnu la misère du bourg, la pauvreté des habitants et l'excessive taxe des tailles..., j'ai cru vous devoir faire la présente, pour vous prier de vouloir bien modérer la charge. » Richelieu va jusqu'à menacer d'un procès : f Je désire obtenir de vous volontairement le soulagement que je sais que les voies de la justice ne me peuvent dénier; je n'estime pas (jue vous veuillez me donner sujet d'en venir à cette extrémité, qui me lait vous prier derechef de vouloir décharger ceux pour qui je vous écris, d'une partie du faix qui les accable. » Avenel, Lettres, insiriictions diplomatiques et papiers d^IStat de Richelieu, t. I, p. 18. — Dkramecourt, op. cit., 1, 6.

répartition des charges iDubliques*. Nous constaterons les services que leur administration temporelle rendit à leur diocèse. Que de fois leur grand crédit leur permit d'obtenir à leurs diocésains des grâces qui excitèrent des élans de reconnaissance. L'intervention active, à Paris, de M. de Montmorency, évêque de Metz, a fait rétablir le parlement de cette viUe, supprimé par un édit d'octobre 1771. A son retour, le prélat est reçu avec enthousiasme. Un j)euple immense accourt à sa rencontre, à plus d'une lieue de la ville. Le lendemain, l'ordre des avocats et les principaux citoyens lui portent l'hommage de leur respect et de leur reconnaissance. Les femmes se jettent à ses pieds et lui présentent des branches de laurier, en s'écriant : « Daignez les recevoir, Monseigneur, vous les avez méritées. » A la A'^eille de la Révolution, en 1788, Lectoure s'adresse à « son premier citoyen », au « protecteur-né » de ses franchises, qui était son évêque, M. de Gugnac, pour plaider les droits de cette ville, colonie romaine, et l'une des douze cités de la Novempopulanie. Ces prélats n'avaient qu'à suivre leur inclination pour prendre à cœur les intérêts de leurs cités. Le patronage séculaire exercé par les évêques avait créé chez eux un courant de patriotisme local, et il leur suffisait, semblet-il, de prendre possession de leur diocèse, de savoir quel

I. Le cardinal de Bernis tenait ce noble langage aux Petits Etats d'Albigeois : « N'ouDliez jamais, dans la répartition des charges publiques que rhomme aisé ne met dans la balance économique que son argent, tandis que le laboureur et l'artisan y mettent leurs sueurs. Oh ! Messieurs, nous sommes tous frères comme cnrétiens, amis comme hommes, et membres du même corps comme citoyens. Non, les différentes productions du sol ne constituent pas nos A'éritables richesses ; ce sont les mains nerveuses, briilées au soleil, endurcies par le travail, ce sont ces bras infatigables qu'on ose nommer mercenaires, qui fécondent la terre et qui nous enrichissent. Souffrirons-nous que la misère, cause principale de la dépopulation, affaiblisse, énerve et dévore la classe d'hommes qui nourrit tous les hommes. Le prix d'un seul festin, où l'ennui règne encore plus que le faste, nourrirait toute une année une famille de cultivateurs. Que le pain soit le salaire du travail et non la récompense de l'oisiveté ; que l'aumône ne prodigue ses ressources qu'aux seuls infirmes et aux vieillards. Facilitons, multiplions les mariages champêtres ; réfléchissons qu'en dotant les filles de nos laboureurs, nous augmentons la force primitive de nos biens ; qu'il est doux de penser que notre nom sera béni dans les chaumières, derniers asiles de la vérité ; que le père de famille apprendra à ses enfants à le prononcer et à y joindre les noms de sauveur et de père. On n'est bon, on n'est grana, on n'est heureux qiie lorsqu'on aime la patrie et qu'on nourrit dans son cœur le désir et le courage de se sacrifier pour elle. » C'est déjà le ton et le langage de ijSg. Mgr de Bonal obtint, en 1582, le maintien de la cour des aides de Clermont qui allait être supprimée.

EVÊQXJES DANS LEUR VILLE EPISCOPALE 79

était leur nouveau troupeau, pour en épouser tous les intérêts et toutes les j)réoccupations. De quel ton M. du Lau, le dernier archevêque d'Arles, écrit aux consuls de cette ville, qu'il n'a pas encore vue : « En devenant cotre pasteur, Je suis devenu cotre concitojyen. Déjà f éprouve le zèle du patriotisme. Après l'attention qpie je dois au dépôt sacré de la foi, des moeurs et de la discipline, rien au monde ne fixera autant mes regards que le maintien des intérêts temporels de la ville d'Arles. » Ce n'était pas un vain langage. Toute l'administration de M. du Lau, sa correspondance frécpiente avec les consuls, quand ses devoirs l'amenaient à Paris, prouvent quel dévouement et quelle protection il accorda toujours à la ville d'Arles *.

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