Discours du 12 avril
3. Dans la séance du 30 octobre 1789, l'abbé de Montesquiou pouvait parler de « ces banquiers qui sont venus nous donner leur argent à un si bas intérêt. »
prêteur à 10 pour 100. Avec les quatre cent millions offerts par l'archevêque d'Aix, on pouvait rembourser à l'instant les trois cent soixante millions de dette exigible. Les billets émis prudemment, gagés par une valeur de premier ordre, le patrimoine de l'Eglise, par un corps qui inspirait toute confiance, auraient libéré la nation, évité l'avilissement des prix du terrain, les assignats et la banqueroute. Le patriotisme, le bon sens, commendaient d'accepter les propositions de l'épiscopat. Mais M. de Boisgelin ne put pas même parvenir à faire discuter sa motion.
Les discours prononcés alors nous émeuvent encore, tant fut rude le coup porté au clergé. « Quel génie destructeur a passé sur cet empire ! s'écria un jour ^, l'un de ses plus éloquents, de ses plus sympathiques défenseurs, l'abbé de Montesquiou. Je crois les sentiments de l'assemblée nationale sincères, mais je crois qu'on l'abuse. Voyez les malheurs qui se répandent. Il semble qu'il y a ici le département des douleurs. Il y a quelques hommes qui se sont consacrés à accabler de chagrin leurs concitoyens. Dès qu'on les voit paraître dans cette tribune, on dit : Allons, un sacrifice encore, un malheur de plus... Qu'allez-vous faire, me disait-on, quand je suis monté dans cette tribune ; le sort en est jeté, des comités particuliers ont tout décidé. Eh bien ! il faut descendre de cette tribune et demander au Dieu de nos pères de nous conserver la religion de saint Louis, de nous protéger. Les plus malheureux ne sont pas ceux qui souffrent l'injustice, mais ceux qui la font. »
Il y a des larmes dans cette oraison funèbre. Le discours de l'abbé de Montesquiou nous rend d'une façon saisissante les poignantes émotions par lesquelles passaient les évêques, les députés ecclésiastiques de la Gons-