Séance du 12 avril
â. Mémoire lu par Grégoire, à la séance du 11 avril 1790, p. 15. — • Goulard, curé de Roanne, affirma, dans la séance du 31 mai 1790, que les curés étant payés par le peuple, perdraient leur indépendance à l'égard du peuple.
3. Le rapport, fait à la Constituante, le 15 octobre 1789, sur ce mandement, accusait l'évêque de Tréguier d'avoir parlé de « commis appointés par des brigands. » L'abbé Barruel, qui rapporte en entier ce mandement {Journal ecclésiastique, novembre 1789) dit : « L'on a prétendu que les membres de l'assemblée nationale étaient traités de brigands. Que n'a-t-elle arrêté et puni le brigand auteur d'une calomnie aussi atroce. » — L'évêque de Tréguier ne traitait pas les députés de brigands,, mais il se plaignait du salaire. « La suppression de l'ancien patrimoine, dit-il, la substitution d'un salaire en argent jetteraient le sacerdoce dans l'esclavage, aviliraient l'excellence de nos fonctions, énerveraient l'émulation, anéantiraient la majesté du culte, étoufferaient peut-être les ardeurs du zèle, précipiteraient infailliblement la ruine du ministère et par conséquent celle dé notre sainte religion, » Barruel n'est pas tout ù fait de cet avis. « Le contraire, dit-il, pourrait bien arriver contre l'intention de ses ennemis. Ce n'est ni aux rentes ni au salaire du prêtre que tient sa dignité. Qu'il soit saint, riche ou pauvre, ses fonctions n'en seront pas moins saintes. « L'évêque de Tréguier, mandé ù Paris, se défendit, et finit par être renvoyé des fins de plainte.
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« Nous serons régardés comme de vils stipendiés que le peuple croira au-dessous de lui, puisqu'il les paye; et vous savez que le bien qu'on peut faire dépend de la considération dont on jouit ^. »
Le étrangers pensent ici comme les évêques. Burke ~ qualifie le salaire de « misérable », et Pie VI, dans son bref du 10 mars, le présente comme avilissant pour l'épiscopat.
Les curés eux-mêmes ne dissimulaient pas leur répugnance à passer au rang des salariés. Dans la discussion, plusieurs orateurs, tels que Gouttes, Grégoire, réclamèrent pour eux une propriété foncière. Du fond du Dauphiné, les curés de cette province, dans leur grand cahier adressé à l'assemblée nationale, déclarent accepter la suppression de la dîme, mais réclament le maintien de la propriété ecclésiastique ^. Un homme qui prit une part brillante aux débats sur les biens, l'abbé de Montesquiou, avait gardé, après la Révolution, ses convictions sur la nécessité d'une dotation territoriale pour les curés. Dans un rapport fait, en 1816, à la Chambre dés Pairs, il de-
1. Voy. celte lettre dans Theiner, op. cit., t. I. p. 297-298.
2.« Le pouvoir qui gouverne aujourd'hui, dît Burke,a fait une disposition avilissante du salaire, qui empêchera tout homme d'un esprit élevé ou d'une condition noble de destiner ses enfants à cet état. Il est désormais relégué à la classe inférieure du peuple... Misérables salaires, salaires auprès desquels les gages d'un commis de barrière paraîtront lucratifs et honorables. Ces officiers qu'ils appellent encore évèques, etc... » Burke, Réflexions sur la Iléuolution française, p. 314, 315.
3. Cahier des curés du Dauphiné, 1789, 208 pages, p. 96-117. Ils disent que « la nation n'est pas propriétaire des biens ecclésiastiques. » Ils voudraient « affecter les fonds ecclésiastiques aux églises épisoopalcs et paroissiales. » Ils voudraient « les curés possesseurs de fonds. »
mandait pour eux des biens fonds. Ne croyant pas que les livres pussent leur être d'un grand secours, redoutant même pour eux l'étude, Montesquieu voulait leur ménager l'agréable passe-temps d'une petite culture. « Avant 1789, disait-il, nous avions plusieurs diocèses où les curés étaient propriétaires, et ils étaient les mieux gouvernés 1. » Quand la Constituante discuta cette question, l'abbé Grégoire insista avec force sur l'utilité de la propriété foncière même pour les curés. Il en parla le 10 août, au sujet des dîmes. Il développa plus, longuement sa pensée dans un mémoire lu à la séance du 11 avril 1790. Quel cliarmant tableau il y trace du curé propriétaire, trouvant dans un peu d'agriculture une distraction nécessaire à sa solitude ~, dans sa terre
1. Les idées exprimées dans ce rapport par l'abbé de Montesquieu sont intéressantes à connaître. Il ne veut pas de cures saA'ants. Comment les occuper, en dehors des fonctions spirituelles qui ne prennent pas tout leur temps ? « Les livres et l'étude ne sauraient être pour eux un utile secours. L'étude demande des relations et des sociétés qu'ils ne sauraient avoir ; on ne quitte point ses livres pour converser avec des gens de la campagne, et on n'y revient point quand l'esprit s'est rempli de leurs intérêts et de leurs idées. Pour mettre à profit des morts, il faut pouvoir converser avec des vivants qui leur ressemblent. Le dirai-je ? ce n'est point une chose désirable que nos curés deviennent des érudits ; ils se dégoûteraient bientôt de ces relations monotones avec le peuple des campagnes. Leur, esprit même se remplirait de fausses idées ; car celui qui n'a que ses livres, sans pouvoir en raisonner avec ceux qui peuvent en raisonner comme lui, est toujours homme de système et d'un esprit généralement faux. » L'orateur conclut en demandant pour les curés une petite propi'iété fournissant une « occupation journalière qui, sans donner à notre esprit une trop grande activité, évite les ennuis de l'oisiveté. » {Rapport par l'abbé de Montesquiou, 20 février 1816, sur la résolution tendant à donner au clergé la faculté de recevoir des donations.)
2. « Il ne faut pas, dit-on, distraire le curé, et moi je soutiens, s'écrie Grégoire, que des distractions lui sont nécessaires. Les fonctions du ministère ne laissent-elles pas du vide ?... L'amour de lu solitude peut-il absoi'ber l'âme au point de tenir ses facultés dans une tension continuelle, et l'accablant-e monotonie de la solitude, l'oisiveté d'un homme forcément casanier, sevré de toute société et n'ayant autour de soi que des gens d'un caractère agreste, souvent insociables, n'exposeraient-elles pas le surveillant des moeurs à les compromettre, ou n'occasionneraient-elles pas des absences fréquentes et funestes?... Les attraits de l'agriculture l'habitueront à la i^ésidence. Lui envierait-on l'innocent plaisir de planter,
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de quoi nourrir iin cheval et les animaux utiles à son ménage, de quoi exercer l'hospitalité qu'on a toujours coutume de demander au presbytère, de quoi soulager les malades par des dons en nature, par un bon bouillon fait à la cure, de quoi fournir le grain aux pauvres habitants pour leurs semailles, de quoi leur abandonner la paille nécessaire à leurs bestiaux et à l'engrais de leurs champs. Rien ne manque à cette séduisante peinture, pas même ce dernier trait du curé se mettant, dans chaque paroisse, à la tête de tous les progrès en agriculture, en médecine, en art vétérinaire. Grégoire achève sa démonstration en disant qu'un cuié propriétaire serait plus attaché à sa paroisse, qu'il n'y a pas de « garantie solide » pour le pasteur et pour le culte « en dehors d'un fonds territorial »; en comparant la situation de l'ancien curé, dontia portion congrue était du moins « une hypothèque privilégiée sur la dîme qui cautionnait sa pension, » à « l'existence précaire » qu'on allait lui créer. Grégoire rappelait enfin qu'on devait bien quelque chose à ces curés patriotes qui, de l'aveu du député Chassey, avaient « deux fois sauvé la France, en forçant la réunion des ordres et en votant pour le veto suspensif. »
Maury, avant Grégoire, avait déjà montré toutes les
de cultiver pour charmer ses ennuis, pour faire diversion à l'étude, au spectacle de la misère ? Ses mains honoreront un travail qui, étant le premier en utilité, est encore le premier en vertu ; car, en général, l'agricole est l'ami des mœurs. L'art rustique est, d'ailleurs, le seul qu'un curé puisse se permettre. » {Mémoire siu' la dotation des ciire's en fonds territoriaux, lu à la séance du 11 avril 1790, 24 pages in-8o.) Un autre député, Ellen d'Ogier, fit aussi valoir pour réclamer une dotation territoriale pour les curés les services qu'ils rendaient à l'agriculture : « C'est chez les curés, dit-il, que s'essaient les découvertes rurales repoussées par l'habitude et la routine. La société d'agriculture regarde les curés comme un grand moyen de succès pour l'agriculture. » Le lendemain, 12 avril 1790, un curé s'écria: « L'agriculture a dû beaucoup aux curés de campagne. Je ne sais rien qui doive plus occuper les curés de campagne que l'agriculture. »
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nations de l'Europe rendant leur clergé propriétaire pour mieux l'attacher au sol de la patrie i. Dans la séance du 12 avril 1790,Rœderer fit valoir une tout autre considération : « Les fonctions publiques, dit-il, ne doivent pas être payées en fonds territoriaux. Les fonctions ecclésiastiques donnent d'ailleurs un trop grand empire dans la société à ceux qui les exercent, pour qu'on ne doive pas leur refuser celui que donnent encore les propriétés territoriales... Il faut retirer les biens ecclésiastiques des mains des ecclésiastiques, parce qu'il est très important de séparer l'ancienne existence du clergé de celle qu'il vous plaira de lui donner, parce qu'il faut intéresser le clergé à la Révolution, comme tout autre créancier du trésor national. »
Mais était-ce le moyen de gagner le «lergé à la Révolution que de rompre tous les liens qui le fixaient au sol? A défaut de famille, la propriété le reliait à la patrie par une attache puissante. Comment fouler un coin de terre qui est à nous, qui nous abrite et nous nourrit, qui, selon le mot de Pascal, est notre place au soleil, sans qu'il s'en dégage à chaque pas comme une étincelle électrique, qui vient réveiller dans le cœur tous les sentiments envers cette mère commune qui nous prodigue ses bienfaits ? Traiter en étrangers, presque en parias, les membres du clergé, qu'ils soient sans propriété comme ils sont sans famille, qu'ils n'aient plus une motte de terre dans cette France qu'ils ont défrichée aux temps barbares, qu'après les avoir dépouillés de tout, on leur laisse à peine la liberté de leur culte : n'est-ce pas leur donner la tentation d'être moins citoyens que prêtres ; et, à cer-
1. « La propriété est universellement reconnue comnae le lien le plus puissant du patriotisme ; aussi, dans l'Europe entière, tous les gouvernements ont voulu que le clergé fut propriétaire, pour l'intéresser davantage à être citoyen. » Maury, séance du t^ octçbre 1789,
laines époques de notre histoire depuis cent ans, n'a-t-il pas fallu le patriotisme invétéré du clergé français pour na pas rendre responsable la patrie même des coups qu'il recevait de ses enfants ?
Mais ces considérations ne pouvaient arrêter la Constituante dans la voie des spoliations. Toute propriété fut enlevée aux curés comme aux évêques." Treilhard déclara que tous les biens fonds étaient nécessaires pour payer les assignats. Dans la séance du 14 avril, on refusa de discuter cette question posée par Malouet : Si l'on conservej'ait aux églises de France et aux pauvres une dotation territoriale. Un décret de l'assemblée mit aux mains des départements et des districts les biens d'Eglise, et décida que « le traitement de tous les ecclésiastiques serait payé eh argent »i.
Lé clergé dut assister à la première discussion du budget des cultes. Ces prélats gentilshommes, habitués à l'existence toujours large et parfois opulente qu'ils tenaient de leur évêché même, se virent marchander le dédommagement de leurs sacrifices. « Ne perdons pas de vue, s'écriait Robespierre, que ces traitements seront payés par le peuple, par la classe la moins aisée de la société ~. » C'était oublier déjà que ce traitement même n'était qu'une légère indemnité des richesses confisquées par la nation. Celte lésinerie était assaisonnée de vives remontrances adressées à l'épiscopat sur la pluralité des bénéfices, « l'opulence orgueilleuse » des prélats, le