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Collection ecclésiastique de Barruel, t. IX, p

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Hélas î avant même que la constitution civile du clergé fournisse à la Constituante le prétexte de manquer à ses engagements les plus solennels, la détresse du trésor l'avait déjà mise dans l'impossibilité de les tenir. Elle avait géré les finances avec une véritable folie. La suppression pure et simple des dîmes, en faisant aux propriétaires un cadeau de 80 millions de renie, mettait désormais l'entretien du culte au compte de la nation. L'assemWée crut avoir encore un fonds inépuisable dans les quatre milliards des biens du clergé, et la voilà gaspillant cette fortune. Elle supprime et rembourse les offices de magistrature, 450 millions ; les charges et cautionnements de finance, 321 millions ; les charges de la maison du roi, de la reine et des princes, 52 millions ; les charges et les emplois militaires, 35 millions ; les dîmes inféodées, 100 millions, etc. 1. Gouffre immense où viennent s'engloutir, avec les biens d'Eglise proprement dits, d'autres ressources qui avaient pour la plupart une origine ecclésiastique, les biens des collèges que l'abbé de Montesquiou portait à 30 millions de revenu, les biens des écoles, des Universités. Les biens des hôpitaux, qu'un député estimait à 800 millions de capital ~, furent menacés. Toute cette fortune amassée par les âges, trésor séculaire du culte national, de l'assistance et de l'instruction publique, tombe aux mains de ces prodigues qui, occupés à faire fonctionner leur planche à assignats, dissipent ^ en quelques jours l'iié-

2. M. Boistard, dans la séance du 31 juillet 1792, estimait à 800 millions les biens des hôpitaux à cette époque.

3. Les premières ventes dé biens trouvèrent assez d'acquéreurs et dépassèrent parfois les prix fixés. Mais les décx'els sur la vente des biens portaient que pour les fermes, terres labourables, vignes et prairies, les acquéreurs pourraient ne verser que 12 pour 100. Le surplus était divisé en douze annuités ég-ales, payables en douze ans, d'année en année, avec faculté de se libérer complètement quand on voudrait. Enfin le paiement pouvait être fait en assignats. Or 100 liv. assignats ne valaient plus, au mois de décembre 1790 que 96 livres ; au mois de décembre 1791,

ritage de mille années. « Au mois de mai 1789, disait Necker, le rétablissement de l'ordre dans les finances n'était qu'un jeu d'enfants. » Au bout d'un an, tout est compromis ; l'Etat a abouti à la ruine et est sur la voie de la banqueroute.- Dans le cours de la Révolution, la France en viendra à devoir à ses armées un arriéré de 400 millions.

On devine ce que devenaient les traitements du clergé dans une pareille détresse. Ils devaient être payés, à partir du premier janvier 1790, par le trésorier du district. Nous voyons çà et là les évêques, malgré leur fierté, leur répugnance pour le salaire, accepter et même réclamer ce qui était dû. La nécessité est une impérieuse conseillère. Le 4 novembre 1790, M. de Clugny, évêque de Riez, est mandaté, sur sa demande, par le directoire du département, d'une somme de 4000 francs, en acompte sur son traitement. Le 5 janvier 1791, l'évêqtie de Sisteron réclame à son tour «2000 écus au moins.» L'évêque de Gap, La Broue de Vareilles, parle dans un Mémoire du « traitement que je touchais ^ » Les départements, l'Etat, tenaient beaucoup, dans ce court intervalle entre la confiscation des biens ecclésiastiques et la constitution civile du clergé, à tenir les engagements pris par la nation à l'égard des évêques qui pouvaient être les chefs de la résistance, qui avaient pliis perdu que les curés, et dont le trai-

que 82 livres; en décembre 1792, 79 livres 10 sous ; en décembre

1793, 58 livres ; en décembre 1794, 28 livres ; en août 1795, 4 livres 11 sous 10 deniers ; en février 1796, 7 sous 1/2 ; en mars 1796 2 liards. C'était une bonne occasion d'acquitter les sept annuités restant à payer sur les biens acquis en 1791. Les biens vendus en 1792, 1793,

1794, ne rapportèrent presque rien, et on vit de vertueux sans-culottes les àcbeter pour une demi-douzaine de chaises. Cf. Sauzay, op. cit. I, 266-

1. Cf. Aubert, La Révolution française à Digne, 1887, in-8, p. 113.^iJ/emoire de La Broue de Vareilles, évêque de Gap, sur sa conduite dans son diocèse depuis mars 1789 jusqu'à juillet 1792, publié par l'abbé Guillaume. Gap, 1892.

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tement représentait une somme modique com^paré à celui de la masse des pasteurs. Il ne semble pas cependant que beaucoup aient été payés . Ainsi, on oublie qu'il y avait à Rome un ambassadeur,le cardinal de Bernis, ruiné par la suppression de tous les revenus ecclésiastiques. Parfois ce sont les prélats eux-mêmes qui dédaignent de réclamer ce qui leur est dû. M. de Thémines, évéque de Blois, ne reçut rien. « Mon traitement, hélas, écrit le 21 Janvier 1791, l'évêque de Garcassonne, M. de Vintimille, déjà hors de France, je le leur abandonne, je n'y ai jamais songé*.»

Quant aux curés, leur sort varia de département h département. Là où la vente des biens nationaux donna des ressources importantes, et où les autorités locales étaient bienveillantes, les prêtres furent payés. Le département du Tarn consacra 1,568,585 livres aux dépenses pour le clergé, d'août 1790 à octobre 1791. Mais dans ce chiffre il faut faire la part des pensions accordées aux religieux, aux religieuses^, etc. Dans les Pyrénées Orientales, les autorités s'efforcent de tenir les engagements de la nation, « étant impolitique de laisser le paiement des ecclésiastiques en arrière. ^ » Mais que de diOicullés créées bientôt au clergé par le serment, et, en définitive, quelle misère pour le grand nombre !

1. Cf. Mgr de Vintimille, par Monerie de Gabrens. 1888, in-S", p. 21.

1. L'état des ti*aitemenls et pensions pour le district de Gaiilac pour 1791, portait 338,850 livres, savoir : pour le clergé séculier, composé de 109 curés et 82 vicaires, 207,620 livres ; pour le clergé régulier, 28,800 livres ; pour les pensionnaires et titulaires supprimés, 77,973 livres (chanoines, titulaires d'abbayes, etc.) ; 23 907 pour les abbcsses et religieuses, et 8,550 livres pour les frais du culte. Cf. Elie Rossignol, Histoire de V arrondissement de Gaiilac, lS9Q,p. 398-403.

3. Cf. abbé Torreilles, Histoire du cierge' dans le département des Pyrénées Orientales pendant la Révolution, p. 160, 161, 260-266, 330-336. Le département répondait aux receveurs de Prades et de Céret qui demandaient des fonds : « Vous pouviez, Messieurs, les demander de meilleure heure et sans attendre la dernière extrémité. Votre receveur n'a qu'à venir ou envoyer recevoir une somme de 30 000 livres en assignats. Le plus tôt même ne sera que le mieux, étant impolitique de laisser le paiement des ecclésiastiques en arrière. » Ibid. p. 161.

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Que de départements où le défaut de ressources mit les autorités dans l'impossibilité de s'acquitter ! Le 3 décembre 1790, le directoire de Digne écrit au comité ecclésiastique pour demander 300000 livres, comme une avance absolument nécessaire. 11 s'agit, dit-il, de « ne pas laisser mourir de faim des gens qui n'ont d'autres ressources que par nous. » On finit, après un retard de deux mois, par réunir 112 000 livres. Pour l'ensemble du département, il y eut la première année un déficit de 463 394 livres sur les secours à donner au clergé séculier et régulier, sans compter ce qui était dû aux religieuses*.

La dépréciation rapide des assignats ôta une partie de leur valeur aux traitements acquittés. Le trésorier du village était obligé de faire appel au directoire de Digne, pour forcer le curé de Prads à accepter ces assignats. Grégoire nous explique la légitime répugnance des ecclésiastiques pour ce genre de monnaie. < Dans un petit nombre de districts, dit-il, on commence k se douter que beaucoup de prêtres à l'aumône n'ont pas fait serment de mourir de faim ; en conséquence, on propose des assignats. » Mais étant éloignés des villes, il leur est très difficile de réaliser un papier dont l'échange leur fait perdre 35 à 60 livres sur leur traitement, selon qu'ils sont vicaires ou curés -.

Grégoire parle du « petit nombre de districts » où l'on s'inquiète de payer les prêtres. D'autres témoignages attestent qu'on leur répond presque partout : « Il n'y a point d'argent. »

L'évêque de Langres, M. de Xa Luzerne, pourra écrire : On a « placé au premier rang des dépen-

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