‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 192 sur 354 · Cf. Les ésfêques ai'ant la Révolution, p · texte numérisé non relu

Cf. Les ésfêques ai'ant la Révolution, p

2. Citons ces remontrances du tiers état du bailliage de Saint-Sauveur le Vicomte:» La haute noblesse et la noblesse courtisane absorbent toutes les places, toutes les faveurs de la cour. Il semble que toutes les dignités tant ecclésiastiques que militaires font une partie de son patrimoine... Un grand nom fait un archevêque, un évêque, un abbé; rarement le mérite met le bâton de maréchal de France à la main d'un militaii'e. Dans la primitive Eglise, les évêques étaient choisis par le peuple et il était gouverné par des saints; aujourd'hui que le roi nomme à tous les grands bénéfices et que, pour en obtenir, la naissance tient lieu de tout, qu'on ouvi'e les yeux et qu'on voie... Une espèce d'impôt, d'autant plus malheureux à supporter qu'il ne porte aucun bénéfice à l'Etat et qu'il en fait sortir l'or, c'est l'obligation où sont les Français d'avoir recours à la cour de Rome pour les collations des bénéfices consistoriaux, etc. Enfin c'est le paiement du droit d'annates. Les évêques de France, comme celui de Rome, ont la plénitude des pouvoirs ; ils l'ont comme lui de droit divin ; il n'est que le premier des évêques et non leur supérieur, Léon X et François I"' se sont donné réciproquement par

peuple serait-il hostile à une réforme opérée par ses amis de la Constituante, par ceux qui ont supprimé la dîme, lé casuel, réforme qui, en faisant disparaître de nombreux abus, lui laisse intacts ses cérémonies et son culte * ? En fait, le peuple assiste, sans en bien comprendre encore la portée, aux discussions qui s'agitent autour et au-dessus de lui.

le fameux concordat ce qui ne leur appartenait pas. La nation, pour lors abâtardie sous la verge de l'esclavage, a prêté le cou au joug. Les évoques de France ont méconnu leurs droits ou n'ont pas eu le courage de les réclamer. Ils ont reçu les lois d'une puissance étrangère, quoique égale à la leur ; ils se sont abaissés jusqu'à se rendre ses tributaires, ses dépendants et comme ses vicaires. Les évoques français sentiront sans doute ce qu'ils sont. Ils réclameront certainement contre l'enlèvevement de leurs droits, contre l'exaction du droit d'annate... Le tiers état doit faire et fait de ces abus inconcevables l'objet dé sa réclamation particulière. Il demandera que toute communication avec la chancellerie romaine soit anéantie, que le droit d'annate soit aboli, que les évoques de France soient réintégrés dans tous leurs droits, qu'ils accordent toutes les dispenses dont les diocésains pourraient avoir besoin ; enfin qu'ils fassent dans leurs diocèses ce que le pape ou l'évêque de Rome fuit dans le sien, et ce que, par usurpation ou par des concessions des rois de France, il fait dans les diocèses des évêques français. » Archives parlementaires, III, 67, 71. — Signalons encore le tiers état de Rennes. Il dit dans son cahier de 1789 : a Comme souvent l'intrigue, la corruption, le despotisme nous ont donné des pasteurs du premier et second ordre, dont la conduite n'a que trop répondu au vice de leur promotion ; après deux siècles et demi d'une épreuve désastreuse, que le concordat soit proscrit de nouveau, comme il l'a été aux Etats d'Orléans, que cette proscription soit irrévocable. En conséquence, élection des évêques rétablie, et que la forme en soit perfectionnée d'après le principe de la nécessité d'une repi'ésen-tution nationale et complète. » — Nommons aussi, parmi les cahiers qui se prononcent le plus vivement dans le même sens, ceux du tiers état d'Amiens [Arch. pari. I, 745), du tiers état d'Evreux (ibid.III, 319). Le tiers état d'Evreux,tout en restant uni « au Saint-Siège par la profession d'une même foi et la pratique d'une même morale», veut «que tout évêque soit sacré dans son église par son miélropolitain, toîit archevêque par son suffi-agant, sur la nomination royale. Que les abbés et autres ecclésiastiques prennent aussi possession de leurs bénéfices sur la nomination du roi. Qu'il soit défendu de solliciter aucune provision de bénéfice en cour de Rome pour quelque cause que ce soit. Qu'il soit défendu de solliciter en cette cour aucunes dispenses. »

1. « Quant au peuple, tout en voulant la liberté de religion, il ne voyait pas une atteinte à cette liberté dans ce qui venait d'être décidé. Habitué par le vice de son éducation à regarder l'administration des sacrements comme une fonction publique, il en concluait que ces fonctionnaires devaient êti'e assermentés. » Mémoires de la Fayette, llf, 95.

Peu à peu la lutte, en se rapprochant, finira par l'englober et il sera mis en demeure d'opter entre les combattants. Sa foi, éclairée par les mandements des évêijues, les brefs du pape, plus vivement encore peut-être parles souffrances de ses prêtres, ne tardera pas à lui dire de quel côté est le devoir. Il finira par opter pour ses anciens pasteurs. Du moins, la masse des fidèles ne dissimulera pas sa préférence pour les ecclésiastiques qui refusèrent le serment. Mais il ne faut point oublier que partout , bien qu'il faille tenir compte des abstentions, les électeurs participèrent à la nomination du clergé constitutionnel. '

Les curés offraient-ils du moins celte fermeté de résistance qu'on ne pouvait demander au peuple ? Quelle sera leur attitude dans l'épreuve qui se prépare ? Le fort du débat portait sur les droits du pape,et l'on chercherait en vain che? les pasteurs de 1789 ces effusions de filiale tendresse que ceux de nos jours prodiguent à l'envi au père commun des fidèles. Ils ne parlent guère de Rome dans leurs cahiers que pour protester eux aussi contre les annates, contre laprévention *, contre le concordat, et vont même çà et là, comme à Toul, à Saumur, jusqu'à de-

1. Le droit de prévention mettait les papes en possession de disposer des bénéfices dépendants des collateurs ordinaires, et ces provisions étaient valables lorsqu'elles étaient antérieures en date aux provisions données par ceux-ci. Pi'otestent contre cet usage, les clergés d'Alençon, Armagnac, Auxerre, Amiens, Clermont-Ferrand, Lyon, Rouen, Le Puy, etc. Le clergé de Chalon-sur-Saône (^/c/i. pari. II, 602) dit que la prévention « est une véritable plaie dans l'Eglise. Elle suppose une avidité qui choque les séculiers et qui, n'offrant d'autre titre aux choses saintes qu'une çpurse plus ou moins rapide, fait naître des procès scandaleux entre les bénéficiers. »

mander le rétablissement de la Pragmatique et des élections. On peut dire que les évêques, dépassés dans notre siècle, il y a quarante ans, par le clergé secondaire dans la marche vers Rome, étaient plus dévoués au pape que leurs prêtres au moment de la Révolution.

C'est cette situation même, cet état d'esprit de leurs curés, qui causaient aux prélats les plus grandes préoccupations. Comment allaient-ils accueillir l'organisation nouvelle que des législateurs profanes voulaient imposer à l'Eglise ? Eux qui avaient salué avec tant d'enthousiasme la Révolution, qui avaient fait tomber par leur vote les barrières des trois ordres, fraternisé avec le tiers dans l'Assemblée nationale, brûlé du même feu pour la liberté et la constitution politique, dirigé leur troupeau dans le premier apprentissage des institutions nouvelles, allaientils, cette fois, se séparer d'hommes avec lesquels ils avaient si souvent confondu leurs votes, et avouer qu'ils s'étaient trompés en leur donnant leur confiance ? N'étaitce pas renier la Révolution ? Ce divorce ne va-t-il pas les rejeter dans les rangs de cette aristocratie cléricale et nobiliaire d'abbés, de chanoines, de prélats même, de gentilshommes, qu'ils avaient vaincue en s'alliant au tiers état ? Que dis-je ? leurs amis, leurs proches, remplissent les fonctions publiques dans les départements, les districts, les municipalités ; ils sont membres des conseils généraux et des directoires, magistrats des tribunaux, juges de paix, maires ^. Dans bien des paroisses, ils sont maires eux-mêmes, et font partie des diverses administrations. Que de liens à rompre ! La Constituante, avec une habileté machiavélique, a voulu fondrie la constitution du clergé avec la constitution politique, de sorte que rejeter l'une, c'est paraître condamner l'autre. Et que les consé-

1. L'observalion en a été faite pour le Doubs. Cf. Sauzay, Ulstoire ^e la persécution rcvolulionnairc dans le Ddiibs, 1867, t. I"''^ p. 361.

Et LÀ doNSTITtJtiÔN CIViLÈ DU CLERGÉ 353

(Jiiences d'un refus seront terribles ! C'est perdre sa paroisse ; c'est livrer son troupeau à un ramassis de moines indignes, à des prêtres douteux ; c'est abandonner sa situation, son presbytère, le traitement que la Constituante a considérablement augmenté ; c'est peut-être se condamner à l'exil, ou, à tout le moins, encourir les colères d'une assemblée souveraine, toute puissante, fière, et qui ne reculera pas. Et pourquoi s'exposer ainsi à tant de maux? pour combattre une constitution du clergé dont l'unique souci paraît avoir été, après tout,de ramener l'Eglise à son institution primitive, d'exalter les curés en rétablissant les synodes, en leur laissant le libre choix de leurs vicaires, en faisant d'eux les conseillers obligés de l'évêque, en les rapprochant de lui par la suppression même de ces chanoines, de ces abbés qui, dans l'ancien régime, paraissaient les insulter par leur morgue et leur opulence, en exigeant quinze ans de ministère préalable de tout prêtre élevé à l'épiscopat, ce qui est ouvrir au clergé paroissial cette dignité, apanage exclusif de la noblesse dans l'ancien régime. On leur assure que la nouvelle forme d'institution canonique a été en usage pendant des siècles. Il s'agit d'un point obscur de droit canonique. Rome n'a pas encore protesté. Faut-il donc s'exposer à tant de maux, encourir tant des haines, se vouer à l'exil, à la misère, pour rejeter une loi que le pape n'a pas condamnée, et qui leur arrive sanctionnée par le roi très chrétien, lequel compte deux évêques dans son conseil ?

Quelles tentations ! Quelle crise, quel déchirement une telle situation semble préparer h l'Eglise de France ! On comprend que les évêques, connaissant l'état d'esprit de leurs curés et sachant à quelles impulsions ils auraient à résister, n'aient point envisagé sans une appréhension terrible une pareille épreuve. Boisgelin, archevêque d'Aix, écrivait à Louis XVI, le 1'^'^ décembre 1790 :

« On se fait des illusions (à Rome) ; on espère dans l'opposition unanime du clergé » à la constitution civile. « Il y a 40 000 curés ; quelle sera la faible proportion de ceux qui ne seront pas retenus par la crainte ? »

Heureusement que ces appréhensions étaient très exagérées. Les curés, il est vrai, avaient donné tête baissée dans la Révolution; ils avaient cru à la liberté et au régime nouveau; mais si leur âme s'était ouverte à toutes les illusions généreuses, ils n'avaient abdiqué ni leur conscience ni leur foi. Bien que leurs cahiers montrent peu de sympathie pour la cour romaine, ils font cependant éclater, à Etampes, à Gien et ailleurs, des sentiments d'union au Saint- Siège et à l'épiscopat, qui les préserveront du schisme.

Dès le 30 octobre 1790, l'archevêque d'Embrun, dans une lettre adressée au cardinal de Bernis, à Rome, lui dépeignait la triste situation de la France, « l'Etat ruiné, tous les ordres anéantis et la religion surtout totalement perdue, la nouvelle constitution ecclésiastique établissant le royaume dans un état de schisme et d'hérésie. » Il reste un espoir, c'est que le pape s'unisse aux évêques pour la condamner. Alors a les curés, qui ont tout perdu par ignorance ou par intérêt, n'auront plus d'excuse. Ils commencent à s'apercepoir qu'ils ont été dupes ; ils ne cherchent qu'un prétexte pour revenir de leur apostasie. Alors ils instruiront le peuple, ils auront pour garant l'autorité imposante d'une bulle solennellement prononcée, et je crois pouvoir vous assurer du succès de leurs demandes. L'opinion commence à changer, l'enthousiasme se dissipe ; il n'y a plus d'aristocrates ni de démocrates. La classe des mécontents absorbe toutes les autres. La bulle du souverain pontife, les assignats, les impôts, et le sentiment du malheur. surtout feront le reste *. »

1. Cette lettre de l'archevêque d'Embrun est donnée par Theiner, op. cit. I, 297.298.

Cette lettre est intéressante, par ce qu'elle marque la première halte de l'enthousiasme public à l'égard de la Révolution. Jusqu'ici toutes les résolutions prises, toutes les réformes opérées par la Constituante, ont été portées par un tel courant d'opinion qu'essayer d'y résister eût été se faire briser et en quelque sorte anéantir. Mais ce que n'a pas pu ou voulu tenter la conjuration des intérêts ou des politiques, voilà que les consciences alarmées vont l'entreprendre. Déjà les curés, ces grands coopérateurs de la Révolution, regardent, s'interrogent et se demandent s'il ne serait pas temps de s'arrêter, si après les avoir conduits à la destruction de l'ancien rér gime, à la fondation de la liberté et aussi à la ruine de la monarchie, on ne veut pas les entraîner hors de l'Eglise. Ce qui est pour les uns une conviction déjà arrêtée, n'est encore pour d'autres qu'un doute, une question qu'ils se posent ; mais ce point d'interrogation prouve que leur foi en la Révolution commence à s'ébranler. Vienne le bref du pape, viennent les objurgations pressantes de leurs évêques les conjurant de ne pas se séparer de l'unité catholique, on peut déjà pressentir que la grande majorité saura entendre la voix des premiers pasteurs, et que l'intérêt parlera moins haut que la conscience. M. de Vintimille, évêque de Carcassonne, dans son voyage vers la frontière, constate à la fin de 1790, ces fermes dispositions des curés. L' évêque de Béziers, qu'il a vu sur sa route, « croit que tous les curés refuseront le serment. Ceux du diocèse de Montpellier sont dans la même disposition... Jusqu'à présent la disposition des curés de Nîmes est aussi de ne pas prêter le serment. »

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L'épiscopat avait largement contribué à ce résultat. Aux XVIP et XVIIP siècles, il avait préservé la France du jansénisme. On peut dire que c'est aux évêques que revient encore l'honneur d'avoir sauvé l'unité religieuse en France pendant la Révolution ; la question était trop au-dessus des fidèles pour exciter leur ardeur. Les curés étaient trop dans la Révolution, trop entraînés vers le serment, — la minorité importante qui le prêta le prouve assez, — pour opposer au schisme une barrière invincible. Le salut vint de l'épiscopat.

Entendons-nous cependant. Quelques historiens ont voulu enlever aux curés, au peuple, l'honneur de leur fidélité, en disant qu'ils n'avaient fait que suivre aveuglément les ordres des évêques. Il les suivirent en effet ; mais si aveuglement il y eut, ce fut l'aveuglement de la foi. Quel autre motif que la crainte de tomber dans le schisme pouvait déterminer h s'unir à leurs évêques ces curés, que tous les motifs humains poussaient au serment et que nous avons vus, depuis 1789, marcher avec la Révolution, se séparer si souvent de leurs évêques dans les questions sociales et politiques. On peut dire qu'en 1790 et 1791, alors que la politique, les intérêts ne les divisent plus, les évêques reconquièrent leurs curés par le sentiment de communs périls pour l'Eglise. Les fidèles, qui ne suivront pas sans danger et sans sacrifice les prêtres insermentés, leur resteront unis par les mêmes motifs qui inspiraient leurs pasteurs.

L'exemple de la catholique Alsace, où le cardinal de Rohan, à cause de son passé, Gobel, à cause de son serment, ne comptaient guère pour la bonne cause, prouve ce que pouvaient la foi des curés et de leurs ouailles.

Les paroles de l'épiscopat tomberont donc sur une terre préparée à les recevoir ; mais il n'en a pas moins la gloire d'avoir mené la résistance avec une fermeté, avec un éclat incomparable. Le nom d'Henri VIII, l'exemple de l'Angleterre, furent souvent cités dans cette discussion mémorable. Ce souvenir historique fait très bien ressortir la difiFérence d'attitude des deux épiscopats anglais et français, l'un courant au devant du schisme auquel l'autre oppose une résistance héroïque, l'un ne comptant que quatre évêques fidèles, tandis que l'autre n'aura que quatre prévaricateurs.

Dans l'ardeur de la lutte, au milieu du tourbillon soulevée par tant de passions déchaînées, lorsqu'on acccusait l'épiscopat d'être par sa résistance la cause des troubles et même du schisme, l'évêque de Châlons-sur-Marne demandait si on pouvait éviter « le schisme en y souscrivant », sauver « l'épiscopat en le détruisant. » Montrant alors la victoire qui devait succéder au combat, le calme à la tempête, il s'écriait : Tout n'est point perdu puisque « les sentinelles d'Iraël » sont fermes à leur poste, puisque l'épiscopat, qui a fondé l'Eglise, veille sur l'Eglise. « Un jour, dit-il, ce même peuple qui nous accuse en ce moment bénira mille fois l'heureuse résistance qui aura sauvé la religion *. »

Ici, il faut bien le dire, ces prélats ont été souvent mal jugés, calomniés. Plus d'un contemporain traça d'eux alors un portrait qu'ont reproduit à plaisir des historiens de notre siècle. Que de fois n'a-t-on pas répété que ces évêques peu croyants, peu édifiants, s'opposèrent à la Révolution, moins par conscience que par intérêt, moins pour défendre l'Eglise que leur propre situation, leurs richesses et leurs privilèges. On nous les présente fuyant

1. Instruction pastorale de M. l'évêq^ue de Ghâlons-sar-Marne, 1791, p. 12, 13.

à la première alerte, abandonnant leur troupeau au schisme, aux constitutionnels, et quand ils ont passé la frontière, quand il n'y avait pour eux aucun danger à rester en France, menant à l'étranger une vie joyeuse et des cabales contre leur pays. Ils avaient enfin, ajoute-t-on, tellement voué leur âme à la monarchie, clef de voûte de l'édifice où ils étaient si bien logés, qu'ils refusèrent de rentrer en France quand un concordat favorable aux intérêts de l'Eglise leur en ouvrait les portes, et ceux qui se soumirent n'agirent que par cupidité l.

Les prélats, obligés de se diriger dans des circonstances si difficiles, parmi tant de passions contraires, avaient prévu qu'on travestirait ainsi les motifs de leurs actes. « Tout homme, écrivait l'évêque d'Alais, M. de Bausset, qui est aujourd'hui condamné à remplir une place, doit se dire qu'on accusera également son silence et ses paroles, l'activité de son zèle ou la circonspection de sa conduite, mais un évêque doit s'élever au dessus d'une pareille considération ~. » Les évêques prirent en effet vaillamment leur décision, et nous pouvons discuter les raisons qui les firent agir. Est-il vrai qu'ils n'aient résisté que par des vues humaines, par regret de leur ancienne opulence, par opposition politique, à la constitution civile du clergé?

Le pape, dans son bref du 10 mars, insista vivement sur la confiscation des biens ecclésiastiques ^ ^ mais les

1. Oa trouve ces accusations, passim, dans Grégoire, Histoire de l'e'mi' gration, au tome II de ses Mémoires, publiés par H. Carnot, 1840 ; Chamfort, Œuvres complètes, 1808, t. II, p, 8 et passim; Montrol, Histoire de l'émigration, 1789-1825, Paris, 1825 ; Miohelet, Histoire de la Ré~ volution française, 7 vol. in-8'', 1847-53, en particulier t. II, p. 429 ;

Robidou, Histoire du clergé pendant la Réoolution, .{889, etc.

2. Lettre du 11 avril 1790, en réponse à l'adresse des catholiques d'Alais.

3. « Tandem ad episcopos in extremse abjectionis statum deprimendos ac in omnium contemptum adducendos, decernitur ut tribusque mensibus, tanquam mercenariam praestantes operam, tantam recipiant stipem, quantam non possent amplius indigentinm, qui magnam populi

ET? LA CÔNSTItUTION CIVILE DU CLERGÉ 359

évêques de France continuaient à garder un silence absolu sur cette question depuis que la spoliation était un fait accompli. Les défenseurs du comité, le rapporteur Voidel, Durand de Maillane, constatent à la fois avec éloge et dépit que l'Exposition des principes est muette sur la question d'argent, comme sur la question politique. Ils ne veulent point admettre qae cette réserve soit sincère. Voidel interpelle les membres du clergé en ces termes pleins d'impertinence : « Ministres de la religion, cessez de vous envelopper de prétextes ; avouez votre faiblesse,vous regrettez ces prérogatives, ces marques de distinction et de prétendue prééminence, tous ces hochets de la vanité qui dégradaient la maison du Seigneur. Songez que la Révolution a fait de vous des hommes, que nous ne prostituerons plus notre admiration, que nous n'encenserons plus les idoles de l'orgueil, qu'il faut enfin que tous les citoyens de l'empire courbent la tête devant la majesté des lois. A force de vertus, forcez-nous au respect ; vous n'avez plus que ce moyen de l'obtenir. Oubliez vos antiques erreurs, renoncez à vos préjugés ; ne pensez plus à ces biens qui vous avaient perdus *. »

Ce parti pris d'attribuer au clergé des vues intéressées dans sa résistance à la constitution civile, l'exaspère. L'abbé de Montesquiou s'en indigne. « On nous reproche, dit-il, de défendre nos biens en nous aidant de la religion. » L'évêque d'Acqs fait ressortir la « contradiction révoltante » qu'il y a, observe-t-il, entre « notre résistance et la cupidité qu'on nous impute », puisque notre soumission nous assurerait l'aisance que précisément notre résistance nous fait perdre. Le cardinal La Rochefou-

partem conatituunt, BÈrumnas sublevare, multoq[ue etiam minus suum tueri episcopalis caracteris gradum. »

1. « Ils vont être vendas ; car, malgré vos efforts, la nation sait la confiance qu'elle se doit à elle-même, que la garantie d'un grand peuple est plus sûre que tos prédictions. » Séance du 26 noTembre 1790.

cauld trouve étrange qu'on « nous fasse, dit-il, un crime de nos propres pertes », qu'on commence par détrousser le premier corps de l'Etat et qu'on tire ensuite un argument de cette spoliation pour prétendre que c'est le ressentiment de sa ruine qui le fait agir. « Ah ! s'écrie avec une noble fierté l'archevêque de Tours, quelle sinistre interprétation l'on donne à notre zèle. Que l'on nous baisse au moins nos vertus, s'il faut compter au nombre des vertus l'accomplissement des premières et des plus saintes obligations. » L'archevêque de Paris lançait de son côté cette profession de foi, dont aucun de ses adversaires n'eût osé contester la sincérité : « Avant même, disait-il, qu'on eût dépouillé notre siège des avantages extérieurs qui pouvaient faire illusion à des hommes vains, nous n'avons jamais vu dans cette dignité qu'un fardeau immense, et Dieu nous est témoin que, si nous avons consenti à en être chargés, ce n'est que par Tefifet de la plus entière résignation ; mais aujourd'hui si nous consultions notre tranquillité, avec quel empressement nous chercherions une retraite paisible pour y déplorer en silence les maux de la religion et de la patrie ^. »

Ces protestations étaient sincères. Si l'épiscopat n'avait point oublié, comme l'observait l'évêque de Troyes^,

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