‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 193 sur 354 · Collection ecclésiastique, IX, 38, 53, 219 ; XIII · texte numérisé non relu

Collection ecclésiastique, IX, 38, 53, 219 ; XIII

2. « L'Europe entière a tu qu'ils (les évêques) ont gardé le silence sur cet objet d'intérêt temporel, depuis qu'un intérêt plus sacré les anime. Et s'il échappe encore des plaintes à quelques hommes faibles qui du sein de l'opulence sont réduits à redouter la menace du créancier ou les angoisses de l'indigence, sommes-nous donc dans ces temps de tyrannie où l'on épiait, dit Tacite, les gémissements des victimes, cum suspiria nosira subscrièerentur . Détracteurs inhumains ! Si nous nous plaignons, quoique sans aigreur, tous criez aux peuples : Ces hommes sont les ennemis de la patrie. Si nous nous taisons, vous accusez notre silence de perfidie. Qu'exigez-Tous donc du clergé .' qu'attendez- vous de tos éTèques ? Lorsque l'assemblée nationale, ce colosse de la puissance humaine, les a dépouillés de leurs biens, ne les Tîtes-Tous pas tomber en holocauste et i-ésignés sur l'autel de la patrie ? Fallait-il encore qu'ils perdissent jusqu'au souvenir de ces propriétés dont ils furent investis

la spoliation dont il avait été victime, il n'en parlait pas. Coram tondente se obmutescet, s'écriait le curé de Roanne à la tribune de la Constituante. Ce n'est point l'argent mais la foi qui avait armé le bras des évêques pour la résistance. Aussi l'évêque du Puy pouvait-il dire en toute vérité : « L'Eglise de France se voit déshéritée de ses possessions antiques, l'Eglise de France se tait. La postérité étonnée admirera éternellement cette résignation surhumaine qui n'a opposé que le silence de l'abnégation et du dévouement à la spoliation la plus inouïe. La constitution toute célestç de l'Eglise est attaquée, à l'instant le corps épiscopal s'ébranle ; il ne s'agit plus d'intérêt temporel ni personnel, c'est la cause de Jésus-Christ, la cause de la foi et de la discipline qu'il faut défendre; tous les évêques élèvent la voix. Ils appellent le successeur de Pierre au secours du vaisseau agité de l'Eglise. Eh ! quels efforts * ! »

On voudra bien convenir que ces évêques gentilshommes ne vont pas mettre la France en feu pour un vil intérêt; mais, dirait-on, à défaut de l'intérêt n'est-ce pas la politique, plutôt que la religion, qui inspira leur résistance. Mécontents du sort que la Révolution avait

sous la sauvegarde des lois! Ah'! sans doute, comme ces Romains devenus esclaves, nous eussions perdu même la mémoire avec l'usage de la parole, s'il était aussi facile à l'homme d'oublier que de se taire. » Lettre de M. de Barrai, évêque de Troyes, p, 8, 9. — M. de Bausset écrivait en 1791 (loc. cit. p. 17) : « Lorsque les Eglises de France furent attaquées dans leurs possessions, elles présentèrent leurs titres ; ils étaient tels que nulle propriété ne pouvait réunir des caractères plus respectables aux yeux de tous les tribunaux de la terre. On ne put les contredire ni les anéantir ; on crut les effacer par un jeu de mots et une subtilité métaphysique. L'Eglise protesta pour l'intérêt de la religion et de la société ; les titulaires gardèrent un noble silence, et leur tranquille courage dans l'abîme du malheur, honorera éternellement leurs vertus. » Mgr d'Aviau, archevêque de Vienne, repousse aussi avec hauteur ces accusations de cupidité. Cf. Lyonnet, Histoire de Mgr d'Aviau, 1847, in-8°, I, 323.

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