‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 201 sur 354 · Monerie de Catrens. loc. cit. p · texte numérisé non relu

Monerie de Catrens. loc. cit. p

2. Lettre des évêques au pape, 3 mai 1791, p. 39-40. — Même profession de foi dans l'Exposition des principes. «Depuis deux siècles, en

ne se lassent pas de redire que ces prérogatives du Saint- Siège sont essentielles h l'unité. Dans la séance du 2 jnin 1790, malgré la résolution de l'épiscopat de ne point prendre pai't k la discussion, l'évêque de Clermont ne peut garder le silence devant certaines assertions de Treilliard. Il se lève pour affirmer qu'il « n'est pas un chrétien qui ne sache que le pape a la primauté d'honneur et de juridiction sur toute l'Eglise. » Que proclament les évêques dans l'Exposition? Nous avons demandé, disentils « que l'Assemhlée nationale suspendît l'exécution de ses décrets, jusqu'à ce que TEglise eût manifesté son vœu par la voix de son chef visible, et que les formes canoniques eussent été remplies. Notre premier devoir est d'attendre avec confiance la réponse du successeur de saint Pierre qui, placé au centre de l'unité catholique et de la communion, doit être l'interprète et l'organe du vœu de l'Eglise universelle. » Les événements en se précipitant semblent resserrer encore le nœud qui unit l'épiscopat à la papauté. En 1801, M. de Boisgelin écrira au pape, dans sa lettre du 15 août, en parlant de la Constituante : « Je puis et je dois attester moi-même, après avoir rempli pendant trois ans la correspondance du comité des évêques avec le cardinal de Bernis et le pape, je puis attester que tous les mémoires, que toutes les consultations que nous adressions à Sa Sainteté, étaient toujours fondés sur ce principe, qu'il était notre juge par notre déclaration, comme par son autorité, et que nous nous en rapportions à son jugement. »

La collection des mandements de cette époque apporte à cette affirmation de l'archevêque d'Aixune confirmation éclatante. Cent bouches épiscopales renouvellent la dé-

France, dit ce document sig-né de tout l'épiscopat, les évêques ont reçu du pape l'institution canonique. Celte même forme avait été suivie dans des temps antérieurs » en diverses circonstances.

claration que le dernier mot sur la constitution civile du clergé appartient au souverain pontife K En parcourant ces documents, on est frappé non seulement de l'attachement inébranlable des évêques au pape comme centre de l'unité catholique ~, mais encore de l'amour et de la vénération qu'ils témoignent à sa personne. Entendez M. de Bourdeilles, évêque de Soissons. « Pie Vï, dit-il, vit dans tous les cœurs français... Qui n'aime pas Jésus-Christ, doit haïr Pie VI... saint pontife,vous êtes notre modèle : fasse le ciel que nous soyons tous vos fidèles imitateurs ! De votre trône sont sortis la lumière, la vérité, le juge-

1. Par exemple, l'archevêque de Bordeaux, M. de Cicé, dit dans un mandement : a Telle est l'opinion que je croià devoir suivre, du moins jusqu'au moment où celle du souverain pontife me sera connue et pourra modifier la mienne ; car si mon devoir est d'enseigner à mes diocésains ce qu'ils doivent croire dans l'ordre de la foi, je suis m.oi-m.êm.e brebis à l'égard de l'Eglise et de son chef. » Voy. les mêmes sentiments exprimés par l'archevêque d'Auch, par les évêques de Blois, Bayeux, Tulle, etc. Collection Eccl., I, 421, 422; III, 103, 212 ; IX, 101. —Certains évêques publièrent à ce sujet de vrais traités sur la puissance pontificale. Celui de l'évêque de Vence, reproduit dans la Collection ecclésiastique, a plus de 200 pages. Se contenter de «l'unité de communion de foi » avec le Saint-Siège, disait l'évêque du Puy, c'était « méconnaître la primauté de juridiction toute divine du pape, ou en anéantir l'exercice. » Pour l'attachement de Mgr d'Aviau au pape, voir Lyonnet, op. cit. I, 262, 304, 355.

2. Citons un extrait du testament de M. de Royère, évêque de Castres. «Je déclare, dit-il, que je suis soumis d'esprit et de cœur, non seulement au Saint-Siège apostolique, mais au pontife qui l'occupe ou qui de mon vivant l'occupera légitimement. Je crois qu'autant le Siège apostolique est au-dessus de tous les autres sièges particuliers, autant le pontife souverain, évêque de Rome et en cette qualité chef de l'Eglise universelle, est au-dessus de tous les évêques particuliers du monde entier, non seulement par le rang et la prééminence des honneurs qui lui sont dus, iuais par la primauté et prééminence d'autorité et de juridiction qu'il a dans l'Eglise universelle. Je crois que le souverain pontife possède toute la plénitude du sacerdoce et de l'apostolat sur toute l'étendue de la terre ; qu'il est chargé de paître les brebis et les agneaux, les pasteurs et les ouailles, et de confirmer ses frères dans la foi. Je veux vivre et mourir dans sa communion qui, dans tous les siècles, fut une note indubitable et essentielle de catholicité, et lui rendre une entière obéissance comme à Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont il est le représentant et le vicaire général sur la terre. » Ce testament a été publié par la Semaine religieuse d'Albi, 1891.

ment et la paix ; unis à toute la catholicité, nous recevons vos oracles. Ils seront la règle de notre conduite ; notre docilité fera notre gloire et la paix de notre conscience... Vous avez versé sur nous des torrents de lumière.» Il est vrai que M. de Bourdeilles associe le roi au pape dans ses hommages. « Votre nom, s'écrie-t-il, ô saint pontife, et le nom de Louis XVI placés à côté l'un de l'autre, sont gravés dans nos âmes.. Sous divers rapports, vous êtes nos pères. Vous, nous vous aimons comme notre père dans la foi, Louis XVI, comme le père de notre commune patrie. Chacun dans votre ordre, vous êtes les ministres du Ïrès-Haut ; nous vous devons, et jusqu'au dernier soupir, à l'un et à l'autre, nous vous rendrons respect, amour, fidélité. Le ciel le commande, c'est notre devoir, ce sera notre bonheur *, » Quel chaud langage ! Le temps a marché depuis un siècle. Aujourd'hui que le nom du souverain pontife est mêlé à toutes les manifestations, que les papes ont gagné ce que les rois ont perdu, on trouverait un peu étrange cette sorte d'équilibre du cœur entre un Pie VI et un Louis XVI. Mais pour qui connaît l'ancienne France, il y avait là un progrès immense en faveur de la papauté. Le langage de l'évêque de Soissons aurait révolté Louis XIV, qui n'eût jamais accepté un pareil partage.

Dans cette grande discussion de la constitution civile, qui mit la plume à la main de tous les évêques, ceux-ci s'aident de toutes les autorités qui peuvent leur fournir les arguments les plus solides et les termes les plus énergiques. L'illustre auteur de l'histoire ecclésiastique, qui avait fouillé à fond les antiquités chrétiennes, et usé dans son récit d'une langue si française, si limpide, l'abbé Fieury,est fréquemment invoqué dans les deux camps.

1. Mandement de M. levèque de Soissons, 1792, 76 pages, p. 67-73.

Les évoques lui prodiguent les épithètes de savant, de judicieux, et n'ont point de peine à prouver que Fleury, par son histoire, par son langage, concluait en faveur de la primauté du Saint-Siège.

Les paroles de Fénelon sont souvent rappelées. Plusieurs prélats, entre autres le primat des Gaules, M. de Marbeuf ^, aiment à redire avec l'arclievêque de Cambrai: « Que ma langue s'attache à mon palais, si jamais je t'oublie... ô Eglise romaine, ô cité sainte, ô chère et commune patrie de tous les vrais chrétiens ! Tout fait un seul peuple dans votre sein. Tous sont concitoyens de Rome, et tout catholique est -romain. »

Mais c'est surtout Bossuet qui parle encore après un siècle. Manifestement ce grand homme est resté l'orgueil et la gloire de l'épiscopat français. Pas un mandement où son autorité ne soit invoquée. Les épithètes accolées à son nom redisent l'admiration et la vénération qu'il inspire. II y a plus : sa langue souveraine, ses formules dominatrices, coulées dans l'airain, donnent aux convictions de ses successeurs une expression forte et sublime. On sent, en lisant les mandements des évêques de 1790 à 1792, qu'ils sont nourris de Bossuet, qu'en particulier son discours sur l'Unité de l'Eglise est dans toutes les mémoires, et fournit ici des phrases impérieuses qui communiquent à la pensée sa forme définitive. Le fait même d'avoir été, comme disaient les évêques de la Constituante, « le chantre sublime de nos libertés, » empêche les promoteurs de la constitution civile de traiter Bossuet en supect-. Aussi de

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