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Collection ecclésiastique, XIII

2. « Nous nous sommes attachés, dit M. de Bausset, à emprunter nos principes, nos maximes, nos raisonnements, de l'autorité de Bossuet, de ce grand homme que ses contemporains, 'jaloux de parler le langage de la postérité, ont, pour ainsi dire, placé au rang des pères de l'Eglise. Il nous a paru précieux, surtout dans les circonstances actuelles, d'opposer à tous les sophismes des novateurs le langage et la doctrine d'un évêque,

392 LES ÉVEQUES

quel poids pèse sa parole dans les discussions ardenles soulevées au sujet de la primauté pontificale. On peut di-. re qu'en 1791, évêques, prêtres, fidèles, puiseut dans ses écrits un surcroît de conviction, si elle est déjà formée, et la lumière, s'il y a quelques ténèbres. De sorte que Bossuet, après avoir défendu devant Louis XIV « le lien fragile » de l'unité, eut encore la gloire, un siècle plus tard, d'apporter à cette unité même l'autorité de son génie dans une circonstance autrement grave, dans le plus grand danger de schisme qu'ait jamais couru l'Eglise de France.

Si ce grand homme, dont le nom fut si souvent invoqué dans ces discussions, avait pu sortir de sa tombe, de de quel ton et avec quelle éloquence il eût répété à ces téméraires législateurs, en train de courir à la séparation, les paroles de son sermon sur l'Unité : « Qu'elle est belle, cette Eglise gallicane, pleine de science et de vertu, mais qu'elle est belle dans son tout qui est TEglise catholique ; et qu'elle est belle saintement et inviolablement unie h son chef, c'est à dire au successeur de saint Pierre. » Et, l'enthousiasme entraînant sa parole, l'illustre orateur eût ajouté, en contemplant la beauté et la force de l'armée sainte unie sous la conduite d'un même chef : « Que vous êtes belle dans cette union, ô Eglise catholique ; mais en même temps que vous êtes forte ! Que vous êtes terrible, ô Eglise sainte, lorsque vous marchez, Pierre à votre tête et la chaire de l'unité vous unissant

qui a défendu avec la même énergie, la pureté de la foi contre les attaques de l'hérésie, et les droits de la puissance civile contre les prétentions ultramontaines. Il n'est pas un catholique qui ne puisse, avec sécurité, professer la doctrine de Bossuet ; il n'est pas un Français qui puisse désavouer ses maximes. » Mgr de Bausset, loc. cit, p. 77-78. — « Puissent, disait l'archevêque de Bordeaux, ne s'effacer jamais de la mémoire des véritables enfants de l'Eglise gallicane, les leçons immortelles du plus célèbre défenseur de ses libertés. » « Le grand Bossuet,etc. », disait le primat des Gaules. Collection Ecclésiastique, XllI, 29, 60,

toute ; abattant les têtes superbes et toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu ; pressant ses ennemis de tout le poids de vos bataillons serrés, les accablant tout ensemble de toute l'exécration des siècles passés et de toute l'exécration des siècles futurs ! »

A toutes ces voix de l'Eglise gallicane qui, au besoin, sortent de leur tombe, pour affirmer la primauté de Pierre, n'oublions pas d'ajouter celle de l'antique Sorbonne, et aussi celle de ce grand collège de Navarre oii Bossuet avait couvé son génie. Les professeurs de ces illustres maisons refuseront à l'unanimité le serment. Si nous le prêtions, s'écrieront les professeurs de Sorbonne, « nous trouverions dans les annales de cette école, et jusque dans nos leçons même l'arrêt flétrissant de notre condamnation. » Sur dix-huit cents docteurs de Sorbonne, une minorité infime passera au clergé constitutionnel ; plus de quatre-vingts brochures publiées contre la constitution auront des sorbonnistes pour auteurs ; et Pie VI pourra unir dans un même éloge la Sorbonne et l'épiscopat.

Mais Bossuet, les évêques, les docteurs de Sorbonne ont beau, en défendant l'unité, se maintenir dans les principes gallicans qui étaient dans la tradition française : le gallicanisme rapportera de cette bataille une terrible blessure. L'élan que vient de prendre vers Rome l'épiscopat français, avec d'autant plus d'ardeur qu'on voulait couper ses communications avec la ville éternelle, adonné, pour ainsi dire, à toute l'Eglise gallicane un ébranlement ultramontain dont le contrecoup aura les plus hautes conséquences dans notre siècle. On n'amène point tout un épiscopat, toute la Sorbonne, à combattre ainsi pour le pape, à affirmer ses convictions, à s'enflammer pour célébrer son autorité et redire ses louano-es : on ne fait point lire des mandements sur Rome dans toutes les chaires des villes et des campagnes; on ne fait point

souffrir pour le pape des évoques, des prêtres, des fidèles; on ne suscite point des martyrs de la papauté, sans créer entre elle et l'Eglise de France comme des liens de sang. Pendant que les promoteurs de la constitution civile jetaient ainsi les évêqucs dans les bras du pape, la Constituante complétait la révolution opérée dans l'Eglise en décrétant la démission en masse des évoques réfractaires, c'est à dire de tout l'épiscopat. On a souvent reproché à Bonaparte d'avoir tué l'ancienne Eglise gallicane en faisant exiger par Pie YII la démission de tous les évêques de France. Mais cette démission leur avait été déjà demandée, imposée, par la Constituante. Et tels étaient alors le trouble des esprits, la crainte du schisme et la grandeur du péril pour l'unité catholique, que dès 1791 nous voyons presque tous les évêques offrir cette démission à Pie YI, heureux si, en se jetant ainsi par dessus bord, ils peuvent fournir au grand pilote le moyen de sauver leur Eglise du naufrage.

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