‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 216 sur 354 · Barrai, loc. cit. p · texte numérisé non relu

Barrai, loc. cit. p

3. Dans le Cantal sur 396 électeurs, 175 seulement se présentèrent au scrutin. — Dans le Bas-Rhin, sur G57, — 400 prirent part à rélection. Le constitutionnel réunit 318 suffrages. — A Besançon, sur 325 électeurs, il y eut 74 abstentions. — A Garcassonne, les électeurs refusèrent de voter s'ils n'étaient pas payés. On objecta le manque d'argent, « attendu que les fonds existants dans les caisses des receveurs ne suffisaient pas à beaucoup près pour le traitement du clergé.- » — A Aucb, l'élection fut t)'ès pénible et n'aboutit qu'au troisième tour.

ceptîons. Presque partout, la grande majorité des électeurs prit part au vote. L'assemblée nationale était trop pùissante,trop populaire encore; il y avait trop de politiciens dans les villes et clans les campagnes, pour que les répugnances des catholiques fidèles à leurs anciens pasteurs, pussisnt se traduire par une abstention en masse ou par des votes d'opposition. L'archevêque d'Auch s'afflige de cette capitulation. Il dénonce « le barbare fanatisme de quelques électeurs, la frayeur immense de presque tous les autres », qui les ont poussés à remplacer, non seulement leur évêque,mais encore les pasteurs deswparoisses remplies de leurs parents et de leurs amis. » Ils pouvaient empêcher le çchisme, et ils l'ont précipité. « Qu'avaient-ils tant à craindre ? Leur nombre ne faisait-il pas leur force ? Ne sont-ils pas libres de manifester leur opinion? Ne jouissent-ils pas de la confiance des paroisses?» On a voulu les prendre par la terreur, on a- répété que leurs maisons seraient brûlées et saccagées. La vérité, c'est qu'ils «n'auraient rien perdu. Ils auraient donné un grand exemple. Ils se sont déclarés schismatiques; ils ont élevé autel contre autel ; ils ont commis un grand crime, un énorme sacrilège ^. »

Les administrations départementales poussaient parfois le zèle jusqu'à lutter contre les évêques légitimes, non seulement par les décrets, mais par la plume. Le procureur général syndic de la Haute-Marne, M. Becquey, qui devait être appelé plus tard à de grandes situations et avoir M. Beugnot pour biographe, engagea une polémique doctrinale très vive contre l'évêque de Langres, M. de La Luzerne. Les lettres du prélat à « MM.

1. Nouvelles instructions de l'archeYêque d'Auuh, 22 juin 1791. — Il y eut cependant, nous l'avons dit, beaucoup d'abstentions en plusieurs endroits. L'évêque de Châlons-sur-Marne (Instruction pastorale citée, p.27) parle de (d'alîsence de la plus saine partie des électeurs catholiques.»

les administrateurs du département», les réponses du syndic général nous ont été conservées. M. Becquey avait affaire à forte partie. Revenu de ses idées révolutionnaires, il avouait plus tard, en 1815, à M. de La Luzerne, que pour confectionner ses réponses à son redoutable adversaire, il était fiauqué de sept" théologiens chargés de lui fournir des renseignements, des textes; encore les élucubrations essoufflées de ces docteurs improvisés, faisaientelles pauvre figure en face des pages magistrales de l'illustre évêque de Langres. Il est vrai que le tribunal du district de Gliaumont, à court d'arguments, condamnait les écrits de M. de La Luzerne à être brûlés par la main du bourreau. Mais faire flamber les mandements, ce n'était pas les réfuter. M. de La Luzerne maintint par son ascendant l'orthodoxie dans son diocèse, et un de ses adversaires écrivait avec admiration qu'il y avait vu « l'influence d'un seul homme sur une multitude infinie de personnes ^. » Ce n'était pas trop de son prestige pour arrêter les usurpations des administrateurs civils. On peut se faire une idée des tyrannies locales qui pesaient alors sur la France catholique, quand on entend M. de La Luzerne s'écrier : «A quel sort sommes-nous réservés, malheureux Français, si quatre vingt-trois départements, cinq èi six cents districts, plus de quarante mille municipalités, ont droit de nous intimer leurs ordres absolus? Si les assemblées administratives ne sont pas tenues d'administrer uni-

1. Œuvres de Mgr de La Luzerne, t. I, notice, p. 34-47 '. t. VI, p. 31)5- 574. Cet adversaire ajoutait : « Combien d'ecclésiastiques pieux et timorés n'avez-vous pas effrayés par rapport au serment exigé ! Je suis bien éloigné de cnercber à exciter contre vous l'animadversion d'un peuple toujours aveugle et toujours outré dans ses affections. Un prélat aussi distingué par sa générosité que par ses grands talents, a toujours droit à son estime et à son respect. Que mes compatriotes, en admirant vos rares qualités, se contentent de gémir avec moi de ce que la patrie et la Révolution soient privées d'une aussi ferme colonne et d'un aussi intrépide défenseur. »

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quement d'après les lois, leur pouvoir est arbitrairej nous sommes sous le despotisme, et sous un despotisme plus affreux que tous ceux dont l'histoire fasse mention . »

Puisque les administrateurs départementaux ont eu la faiblesse de procéder à des élections ecclésiastiques, se trouvera-t-il des prétendants assez hardis pour prendre la place des prélats que l'on a chassés ? « Quel serait le prêtre assez ennemi de lui-même, assez abandonné de Dieu et des hommes, s'écrie ici l'archevêque d'Embrun, pour oser s'emparer d'un siège qu'il déshonorerait par son intrusion ? De quel œil serait-il regardé dans le lieu de sa résidence, dans une ville qui n'est point, accoutumée au scandale. Seul dans son palais, placé entre la crainte et le remords, flétri par l'opinion, écrasé sous le poids des censures, ce nouveau Nathan porterait sur son front l'empreinte de l'erreur et le sceau de la réprobation. Les prêtres du Seigneur fuiraient à son aspect, de peur d'être souillés par ses regards. Les lévites sacrés ne le suivraient pas dans nos temples, dans la crainte de participer h son apostasie. Le peuple indigné ne le verrait qu'avec effroi l. »

Ce sombre tableau ne décourage point les ambitieux. Entendez la sévère remontrance que l'évêque de Troyes adresse à M. Sibillc, élu à sa place, et qui a cru devoir précipiter son ordination. « Vous avez, lui dit M. de

1. Colleci. ccclc's., X, 309. — La peinture que l'évêque de Troyes trace de l'intrus n'est pas moins vive. « Dans la pompe des cérémonies, au milieu de ce temple où les lévites gardaient l'arche sainte, comme un autre Héliodore, la conscience, cet éternel flagellateur du crime, l'agitera par les i-emords. Elle le suit au milieu des acclamations populaires , elle trouble le repos de sa solitude. Semblable à cet esclave dont parle saint Jérôme, préposé pour avertir le triomphateur de la faiblesse humaine, le remords lui criera sans cesse : Vous êtes un intrus, vous êtes un mercenaire. A ces mots redoutables, il n'aperçoit autour de lui qu'un vain simulacre de l'Eglise catholique, des prêtres sans pouvoirs, des églises profanéesjun m^inîslère de mort,et la fuite, la désolation des vrais fidèles. » Mgr de Barrai, loc, cit., p. 53-54.

Barrai, soudainement reçu le caractère épiscopal. D'autres ont liésité sur le bord de l'abîme ; ils ont cru devoir porler des paroles de paix à celui dont ils envahissaient la chaire. » Vous, vous avez couru au sacre sans réflexion, sans retraite préalable. « Sans doute vous avez craint de converser avec votre àme ; vous avez redouté le cri de la conscience. » Votre conduite me rappelle la parole du Sauveur à Judas Iscariote : Qiiod facis, fac citius ^.

Malgré ces terribles objurgations, il ne manquera pas de prétendants ~. Le vaillant évêque de Soissons bouillonne à la pensée qu'il peut être chassé de son siège,, que son nom sera effacé « des saints dyptiques », et remplacé par celui d'un parjure, d'un intrus, « dans la célébration des saints mystères,» que ce dernier nom sera «prononcé sacrilègement, en présence de Jésus-Christ et des anges qui en frémissent. »

Cette perspective a beau faire horreur à M. de Bourdeilles ; l'ennemi apj)roche, il arrive : le voilà. L'évêque de Lescar le montre à son clergé, aux fidèles,, dans la personne de Sanadon, bénédictin de Saint-Maur, élu au « prétendu » évêché des Basses-Pyrénées. « Un faux pontife, s'écrie-t-il, consacré par des mains sacrilèges, va se présenter aux portes de nos temples, l'étendard de la défection devant lui, » L'heure est venue,lieure annoncée par l'Evangile, où quantité de faux prophètes chercheront h séduire les fidèles. Quelle sera votre attitude à l'égard de Sanadon ? « Demandez-lui : Qui vous a con-

1, Lettre de l'évêque de Ti'oyes à M. Sibille, se disant évoque du département de l'Aube, 23 avril 1791,

2. Plusieurs élus s'honorèrent par leur refus. Nommons parmi ceux qui refusèrent ainsi de se laisser porter à l'épiscopat, l'abbé de Yauxpons, grand-vicaire de Dol, nommé à l'évêché de la Mayenne ; Guégan, curé de Pontivy, nommé pour le Morbihan ; Gervais, curé de Saint-Pierre de Gaen, nommé pour le Calvados ; Moui'illon, caré de Néoux, nommé pour la Creuse ; Flamain, abbé prémontré de Guissy, élu pour l'Aisne ; Servant-Duvivier, supérieur de l'Oi'atoire à Saumur, nommé pour la Vendée , etc..

sacré ? Uu cvêque constitulionnel comme nous, — Dites donc, intrus comme vous, apostat comme vous, sacrilège comme vous. »

L'épiscopat fidèle brandit sur la tète des usurpateurs cet argument de la tradition, de la mission, de la succession apostolique, avec une vigueur extraordinaire. « Qui êtes-vous ? d'où venez-vous ? qui vous a envoyé ? » c'est en ces termes que le cardinal de Bernis interpelle Gausserand en train de lui voler son siège d'Albi K « Sans mission, sans territoire, sans juridiction, écrit des intrus l'évêque de Châlons-sur-Marne, ils ont pu nous chasser, ils ne nous succèdent pas. Nous resterons les seuls dépositaires des dons spirituels. Ils seront les évêques de la constitution, nous serons les évêques de la religion ; ils seront les pasteurs nationaux, nous serons les pasteurs catholiques. » L'évêque du Puy ne lâche pas son concurrent. « Il faut des pouvoirs, lui dit-il, où sont les vôtres ? On ne peut les tenir que de l'Eglise. Quand et comment les donna-t-elle ? Prétendez-vous qu'ils viennent du peuple ? Il n'a jamais pu et voulu vous les communiquer. » Malheureux intrus ! « La chaîne du ministère apostolique est rompue. Les ministres nés creuxmêmes ont forcé les portes du sanctuaire» ;ils sont hors de la succession qui remonte aux apôtres. Le point où ils ont rompu la chaîne, dit Bossuet, « ne cessera jamais, pour ainsi dire, de demeurer sanglant, pour déposer dans tous les temps contre cette ~ » intrusion. L^évêque d'Alais a de la peine à rester calme, à la pensée que la vacance est ouverte par un acte de la puissance civile, par le décret du 27 novembre, qui offre « l'exemple inconnu d'une destitution de cent vingt-huit évêques et de 30 000 titulaires

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