I. Cf. LuBERSACj op. cit., p. 6l
lancée par un bras "çigoureux, vous frappait entre les deux épaules ; un coude brutal vous poussait dans la boue, avec accompagnement de jurements et d'injures ; un coup de poing vous étendait à l'improviste sur le trottoir, dont la réaction vous meurtrissait le visage et en faisait jaillir le sang; vous étiez au bord d'un fossé, on vous poussait dedans, au risque de vous noyer ou de vous rompre le ^ cou. » L'abbé Garron, cet apôtre admirable qui fat la providence des exilés en Angleterre, tendait un jour la main pour une œuvi'e de charité. Un jeune homme lui applique sm' la joue un vigom*eux souflELet : « Le soufELet est pour moi, dit l'abbé, n'avez-vous rien à donner pour les pauvres? » Un prêtre du diocèse de Bayeux, M. Pigeon, était entrain d'écrire un sermon et traçait sur son papier le mot paradis. A ce moment, un.assassin lui ouvre le crâne à coups de pieu. Ses funérailles furent célébrées dans le rit romain, et plus de six cents confrères suivirent son cercueil publiquement au milieu du deuil et du respect universels. La- noble victime, enlevée de ce monde au moment où le mot paradis était sous sa plume, semblait avoir pro]3liétisé son entrée dans le ciel. Même dans les campagnes, les prêtres avaient eu à vaincre plus d'une prévention. Dans l'île de Jersey, telle fermière, après avoir conduit ses hôtes dans leur chambre, les y avait enfermés à clef, et s'était hâtée de descendre l'escalier, en proie à je ne sais quelles terreurs.
Malgré cette hostilité du peuple que la patience et les vertus de nos prêtres parvinrent à désarmer et à rendre même en partie favorable i, la réception du clergé français en Angleterre fut ua. des événements les j)lus extraordinaires de l'émigration, et honore à jamais le pays qpii
I. « Partout, dit un témoin oculaire, Barruel, le pauvre nous apporte son ouole. Là, c'est l'ou-vTière généreuse qui ofl&*e le travail de sa main et- en reluse le salaire; ici, c'est la marchande de pommes de terre qui se plaint amèrement que ces étrangers ne reparaissent plus, parce qu'elle n'a pas A'oulu recevoir leur ai'gent. Là. encore, c'est le porteur de lait qui glisse
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sut faire un tel accueil à des rivaux dé nationalité et dé religion. L'un des hôtes de ce grand pays, l'abbé Gaudemetz, ne peut s'emx3êclier d'écrire : « Il faut confesser que les préjugés français sur la nation anglaise s'ont bien mal fondés. Autre chose est de la voir de près, autre chose est de la voir de loin. » L'Angleterre était riche sans doute; mais il lui fallut de l'élan et une sorte d'emballement génér reux pour verser à des étrangers, de 1792 à 1806, la sonmie énorme de plus de 47jOOo,ooo de francs. On remarcpia que, chez cette nation chi'étienne, la souscription pom* les émigrés laïques, dont s'occupait également M. de la Mar> che, donna beaucoup moins que pour les prêtres. Ceux-ci trouvèrent chez leurs généreux hôtes, avec le pain matériel, l'estime, la sympathie, toutes les facilités pour leur culte, tous les délassements de l'esprit dans les bibliothèques mises à leur disposition, les soins les plus empressés pour les malades et les vieillards dans cet hôpital dé Midlesex qn'on avait eu l'aimable attention de placer sous la direction d'une de ces Sœurs de Charité tant vantées par Burke. Enfin, ce que ces exilés chassés de France, à travers les cris de haine et les menaces de mort, paraissent surtout apprécier dans cette île, c'est la sécurité inviolable qu'elle leur offre. Aussi, l'archevêque de Narbonne, Dillon, dans l'oraison funèbre de la, princesse Adélaïde, aimait à célébrer cette nation « si magnifiquement hospitalière qui, disait-il, nous a reçus dans son sein et qui, presque la seule en Europe, nous offre un asile inaccessible aux persécuteurs ».
Aux témoignages de gratitude si souvent renouvelés par les évêques français. Pie VI, par des lettres solennelles , ajouta les remerciements officiels du chef de
dans la înain d'un de ces prêtres lé gain de sa journée et se cache.dans la foule, crainte d'être aperçu. L'enfant même, en se privant de joujoux, organise la souscription de l'innocence. L'artisan n'a que ses bras; il veut aussi donner : il double sa journée et son activité. » (Barruel, op. cit.) — Baston, pp..I26j I2J.
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l'Église ï. Bientôt, après le rétablisseïaent de l'ordre, après la signature du Concordat, les exilés reprendront le chemin de la France, sans avoir payé à leurs hôtes leur dette de reconnaissance autrement qu'en paroles. Qui sait pourtant? Le spectacle de leur vie, de leur résignation, de leur foi, aura créé dans ce pays protestant bien des sympathies pour une religion cpii inspire de telles vertus et de tels sacrièces. On ne pouvait s'empêcher de comparer la fidélité du clergé finançais avec la conduite de l'épiscopat d'Henri VIII. Le bill de tolérance de 1791 avait donné le signal de la liberté des catholiques en Angleterre. Il restait à mêler à la nation une légion de catholiques et de prêtres. Des années de vie commune prouvèrent aux plus prévenus que les papistes n'étaient pas coupables des noirceurs qui leur étaient imputées. Tout ce qui rapproche les hommes rapproche les opinions. La Grande-Bretagne, en ouvrant toutes grandes ses portes au clergé français, préparait de ses propres mains une large brèche . dans le bloc de ses préjugés séculaires. On a pu dire avec vérité que du séjour du clergé français en Angleterre date le mouvement de cette nation vers le catholicisme.
Quelques années plus tard, comme on exprimait à un membre du Parlement l'étonnement qu'il y eût tant de députés catholiques dans la Chambre des communes ; « Ah ! oui, cela est singulier, répondit-il ; mais que voulezvous, dans l'intervalle, il y a eu 1798 et l'émigration du clergé catholique français ^ ! » Pour mesm*er dans toute son
1. Voj'ez les textes dans Theiner, op. cit., 1. 1", pièces 5i, 53, 61, 62, 63, 65, ^24.— LuBERSACj op. cit., p. 64-39, donne les Discours de remerciement à la nation anglaise, par M^"' de Boisgelin.
2. ViLLEMAiN, Souvenirs contemporains, t. I", p. 442- — Citons un trait se rapportant à la famille de M. Méade, où l'abbé Gaudemetz avait été reçu ^vec une intimité, une affection qui montre que les familles anglaises «taient ouvertes à de pareils sentiments. « Pourquoi, maman, demande le petit enfant, M. Gaudemetz fait-il maigre le vendredi et le samedi ? — C'est parce que cela lui est ordonné par son Église. — Eh bien! je vous certifie que désormais je veux observer ces deux jours. » Le petit Méade, qui avait des sentiments si romains, se fit plus tard ministre protestant, et rendit Visite à l'abbé Gaudemetz, rentré en France. (Victor Pierre, lac. cit.)
étendue l'influence de cette invasion ecclésiastique dans les pays de race anglo-saxonne, il faudrait regarder au-delà de la Grande-Bretagne, traverser l'Océan, et voir en œuvre les quelqpies prêtres que la persécution et plus encore le zèle évangélique de M. Emery avaient poussés en Amérique I.
I. Voy. FAILL.OX, Vie de M. Emery, 1861, 2 vol. in-S", 1. 1", p. 469-472, pour fce que fit M. Émery, « voyant le changement que la présence des ecclésiasUques français émigrés à Londres avait opéré dans les dispositions du peuple anglais à l'égard du clergé catholique ».