CHAPITRE VI Les Souffrances et les vertus de l'exil
I. Coup d'œil d'ensemble sur l'hospitalité reçue dans les divers pays. — Chiiîre des exilés. — En quels lieux sont dispersés les évêques. — Comment c'est l'épiscopat, lé Pape en tète, qui, ù l'étranger, a fait le meilleur accueil à notre clergé. — II. Souffrances des exilés. — Incertitude d'un refuge. — Petitesse de train. — Incessantes migrations. — Chassés de partout. — Lassitude de cette vie errante. — M. de Vintimille harassé de courir. — L'abbé de Bonneval parle de se réfugier « dans la lune ». — III. Le mal du pays. '— Agitation des réfugiés à Constance le jour de courrier. — A Ensiedeln, l'Abbé les gourmande sur cette impatience de nouvelles. — Les événements de France les accablent. — Leurs cris d'horreur à la mort de Louis XVI. — Le mal d'Église. — La pensée de leur troupeau les tourmente. — Les sanglots de l'évèque du Puy dans une ordination de jeunes héros à Saint-Maurice en Valais. — Mélancolie de M. de Thémines au fond du Portftgal. — Le mal de famille. — Cruelle angoisse d'être sans nouvelles des siens, plus cruelle angoisse parfois de les apprendre. — IV. Le tourment d'être, hors de sa patrie. — Prétentions des émigrés. — Leurs dédains pour les coutumes étrangères. — Nos prêtres jalousés. — En fait, ils ne sont pas aimés. « Il n'y a que la France. » — • L'ennui du désœuvrement augmente encore leur tristesse. — Tout ministère paroissial interdit. — Comment ils cherchent à s'occuper. — Tra- A'aux intellectuels. — Quels écrivains, quels ouvrages fournit le clergé émigré. — • V. Autre tristesse, les espérances trompées. — Promesses incessantes d'un prochain retour toujours déçues. — Anecdote contée par Chateaubriand. — Ceux qui rentrent, fatigués d'attendre. — M. de Vintimille supporte vaillamment l'épreuve. — Ceux qui pleurent. — Une sombre liturgie de l'exil dans la cathédrale de Munster. — VI. Les évêques purifiés et grandis par cette épreuve. — Ils y voient une expiation de l'ancien régime. — Les mea culpa. — Réveiller les morts. — Pas de lamentations, mais une énergie virile, s'écrie M. de Bausset. — Secousse salutaire. — M. de Coucy A'eut se hausser à la hauteur des martyrs. — VII. Vie retirée et pénitente. — L'archevêque d'Aïich, quittant sa solitude de Montserrat pour réconforter le clergé réfugié à Saragosse, refuse le palais épiscopal pour une cellule de couvent. — Ses traits épuisés le font saluer comme un saint par le peuple. — Témoignages rendus aux vertus du clergé français. — Paroles de Burke, de Pitt, de l'évèque d'Orense. -^ Épisode héroïque de Trappistes français en exil.
Nous venons de suivre les évêques, les prêtres dans Vexil. Chassés en masse de leur pays, pressés de fuir
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précipitamment, ils ont cherché un refuge là où les circonstances, le voisinage, l'espérance de trouver asile^ ont dirigé leurs pas. L'hospitalité qu'ils reçoivent diffère selon les contrées et le génie des peuples qu'ils rencontrent sur leur route. En Angleterre, ils ont trouvé une nation secoiu'able aux proscrits par amour de la liberté, par haine de la Révolution qui est l'ennemie et dont ils sont les victimes, par respect pour cette Église gallicane dont le prestige a été si grand à travers les siècles, et dont Burke a inédit avec éloquence l'éclat, les vertus. Là, les classes dirigeantes, le gouvernement lui-même, ont imprimé ce mouvement de charité et réuni des sommes extraordinaires. En Espagne, c'est le peuple, plutôt hostile en Angleterre, qui a montré le plus de sympathie aux exilés. Il sait qu'ils souffrent pom^ l'Église catholique qu'il aime, pour le Dieu qu'il adore. Cette communauté de foi venant échauffer encore sa générosité naturelle, l'Espagnol a ouvert son cœur, sa maison, sa bourse, et traité nos proscrits en ifrères et en martyrs. C'est encore le peuple que nous avons vu au premier rang dans l'admirable hospitalité exercée par im petit pays, la Suisse. En Italie, le rôle prépondérant et magnifique joué par le pape Pie VI fait remonter principalement au clergé l'honneur de la réception faite à nos compatriotes dans ce pays. La Belgique, où nos prêtres ne firent que passer, eut le temps de prouver qu'elle n'aurait cédé à aucun pays en fait de généreux sacrifices. La grande Allemagne leur fit la réception la plus diverse, se montrant souvent indifférente ou hostile, conmie la Prusse, parfois accueillante, comme à Constance et en Westphalie, à l'égal des contrées les j)lns hospitalières.
En portant à une dizaine de mille le nombre des réfugiés en Angleterre, à six ou huit mille ceux qui étaient passés en Espagne, à six mille environ les émigrés en Italie, à cinq mille les hôtes de la Suisse, à plusieurs
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milliers ceux qui avaient reflué en Allemagne par l'est de la France, par la Belgique et la Hollande, par la Suisse, on arrive au chiffre énorme de trente à quarante mille exilés , prêtres et évêques , véritable armée de proscrits et d'errants sur tous les chemins de l'Europe i, jusqu'en Danemark, jusqu'en Suède, jusqu'en Pologne, jusqu'en Russie, où le coadjuteur d' Albi, M. de Bernis, fut reçu admirablement.
Si, après ce coup d'œil jeté sur les nations, nous voulons savoir quelle classe, dans le clei^é même, témoigna plus
I. Nous avons donné les noms des trente évêques qui ne quittèrent pas la France. Les cent autres passèrent la frontière. On peut, d'après les Mémoires de l'àbbê d'Auribeau et les sources indiquées dans notre ouvrage, tracer le tableau suivant de la dispersion des évêques dans les pays de l'Europe : à Bruxelles, le cardinal de La Rochefoucauld, archevêque de Rouen, les archevêques de Reims et de Cambrai, les évêques de Boissons, Le Mans, Uzès, Clermont, Coutances, Dijon, Limoges, Séez, Montpellier, Rennes, Nantes, Noyon, Pamiers, Digne, Couserans, Boulogne, Amiens et Saint-Dié. Mais ces prélats restèrent peu en Belgique; l'invasion des Français les força bientôt de s'éloigner; ils passèrent les uns en Angleterre, d'autres en Hollande, d'autres en Allemagne. — En Hollande, étaient déjà les archevêques de Lyon et de Bordeaux, l'évêque de Laqn qui passa ensuite à Brunswick, et celui de Béziers. — A Dusseldorf, ié cardinal de Montmorency, évêque de Metz; l'archevêque de Tours, l'évêque d'Arras son frère, et l'évêque de Saint-Omer. A Etten- . heim, sur la rive droite du Rhin, le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, qui était là dans son diocèse; à Manheim, l'évêque de Valence; en Franconie, celui de Saint-Pons ; à Vienne, La Fare, évêque de Nancy, qui y resta presque constamment. — Beaucoup d'évêques étaient passés en Suisse. A Fribourg résidèrent longtemps les évêques de Poitiers, Riez, Chalon-sur-Saône, Meaux, Gap, Sisteron. A Soleure, ceux d'Agen, Lisieux, Luçon. A Lausanne, l'archevêque d'Embrun. A Saint-Maurice en Valais, l'évêque du Puy. — A Constance, résidèrent l'archevêque de Paris, M. de Juigné ; l'éA^êque de Langres, M. de La Luzerne; les deux Irères Cortois, évêques de Saint-Malo et de Nîmes, auxquels vinrent se joindre dans la suite les évêques forcés de quitter la Suisse. Tous se dispersèrent plus tard en Allemagne. — Le Piémont fut aussi pour plusieurs un pays de passage; là se trouvaient, en 1792, l'archevêque de Vienne et les évêques de Grasse, . Glande ves, Nevers, Fréjus, Saint-FlOur, Toulon, Senez, Saint- Claude, Grenoble, etc.; la plupart se rendirent ensuite en Italie. Déjà étaient à Rome le cardinal de Bernis, archevêque d'Albi, et son coadjuteur ; les évêques d'Évreux, Apt, Vence, Perpignan, etc. — - En Espagne,' vinrent successivement l'archevêque d'Auch et les évêques de Dax, Aire, Bayonne, Tarbes, Blois, La Rochelle, Castres, Lavaur, Alet, Rieux. On vit passer encore, dans ce pays, l'archevêque de Toulouse, les évêques de Comminges, Lescar, Saint-Omer. Mais c'est à Londres qu'on en vit le plus. Là se réfugièrent les archevêques d'Aix, Bourges, Narbonne,- Toulouse, les évêques de Saint-Pol-de-Léon, Lombez, Angoulême, Rodez, Lescar, Troyes, Comminges, Vannes, Périgueux, Avranches, Condom, etc. A Jersey étaient les évêques de Bayeux, Dol,.Tréguier; les lieux derniers passèrent ensuite en Angleterre.
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d'intérêt, de générosité aux déportés, nous trouverons , au premier rang et à une grande distance, l'épiscopat. Les moines , dont la charité avait été si grande à travers les siècles, nous ont paru moins empressés, à l'exception des fils de Saint-François d'Assise ; les curés eux-mêmes ont excité plus d'une plainte. L'iui d'eux s'avise d'éconduire, danè les Pays-Bas, les solliciteurs en leur remettant deux escalins qu'il a tirés de sa poche ; il est déconcerté de se les voir refuser avec dédain, et il comprend que ces malheureux ne veulent pas être traités en mendiants . Un narrateur se plaint d'avoir rencontré dans les prêtres de Hollande « une indifférence qui tenait du mépris ». En Belgique, lés ecclésiastiques français ont été tm. peu suspects comme gallicans; en Allemagne, comme jansénistes, comme trop sévères pour l'admission aux sacrements. Et i)uis, il fallait compter avec les terril^lcs gouvernantes qui ne les laissaient pas toujours entrer.
Il appartenait aux évêques de donner ici l'exemple connue en toutes choses. Ils surent s'élever sans effort au-dessus des préoccupations personnelles, des défiances qui, au-dessous d'eux, arrêtèrent parfois la compassion. Ils furent admirables. Nous les avons vus partout ouvrir leurs bras aux exilés, donner des ordres pour leur assurer l'hospitalité dans leurs diocèses, prodiguer les secours et mériter la reconnaissance émue de leurs hôtes ^. En Espagne, en Italie, en Allemagne, en Belgique, nous avons eu à citer de magnifiques exemples de charité
I. U abbé Delestre écrit : « Partout les prêtres n'étaient pas nos meilleurs amis, et plus d'un déporté, négligé par les lévites, serait resté dans le chemin sans consolation et sans secours, s'il ne lïit passé un Samaritain... Partout les chanoinesscs et les religieuses ont développé beaucoup de charité, et ceux qui se trouvaient dans leurs pieuses retraites pouvaient passer pour les favoris de la Révolution. Partout les évêques ont donné de grands exemples de bienfaisance. On sait ce que j'ai dit de celui de Gand, dont le plan fut successivement adopté par les évêques de Belgique. Celui de Munster entretient à ses frais quatre-vingts l>rêtres dans une maison commune, sans compter loo louis de rente qu'il
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épiscopale. Il n'est pas jusqu'aux évêques anglicans qui n'aient voulu s'associer par leur générosité compatissante à la gloire de l'épiscopat catholique. Comme il convenait, le pape Pie VI se place à la tête du mouvement , donne l'impulsion dans toute l'Em-ope et fait entendre la voix la plus retentissante dans ce concert de la charité. Puisqu'il s'agissait de compassion, il fallait s'attendre à voir aussi les femmes marcher en avant. Nous les avons trouvées admirables en Angleterre, en Suisse, en Allemagne, en Italie i. •
Malgré cet immense effort, le nombre des malheureux à secourir a été si grand, leur exil si prolongé, que, fatalement, la plupart ont éprouvé la gêne et beaucoup la plus noire, la plus poignante misère. A ce point- de vue, la situation des évêques tomljés tout d'un coup de l'opulence dans la détresse nous a paru particulièrement triste. Nous avons reçu les confidences, entendu parfois leur cri d'angoisse dans leurs lettres au Souverain Pontife. Il y avait quelque humiliation à se voir réduit à tendre la main, quand, la veille, elle n'avait qu'à s'ouvrir pour répandre les aumônes, à tomber tout à coup du rôle de bienfaiteur à celui de solliciteui\ Comme si ce n'était point assez de leur propre dénuement, les souffrances de leur clergé sont venues aiguiser encore la douleur de ces
lait à notre cardinal. Celui de Paderborn, à la charge de qui se trouvent aussi plusieurs évêques français, donnait deux couronnes à chacun des prêtres qui ne pouA'aient pas trouver d'asile dans son diocèse, et cette seule distribution lui a coiité en six mois plus de 40,000 francs. L'évêque de Bamberg faisait de même, et les prélats italiens ne se sont pas montrés moins sensibles. C'est à cette sensibilité des pasteurs du preniier ordre que nous devons les petites faveurs que nous avons reçues des ecclésiastiques du second. » (F. D..., Six années, etc., pp. 198, 362, 364.) I. Jageb, Histoire de l'Eglise de France pendant la Révolution, i853, 3 vol. in-8», III, 42:-429.
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prélats qui, dans l'ancien régime, ne pouvaient voir aucune indigence sans l'assister.
Par la force même des choses, les simples j)rêtres, parce qu'ils sont nombreux, parce qii'ils ont moins de relations, parce que leur infortune est moins éclatante, ont rencontré moins de secours que leurs évoques. Nous les avons vus dispersés dans toute l'Europe, tantôt groupés en communauté poiu' réduire la dépense, tantôt changeant constanunent de gîte, cheminant avec leurs hardes sur les gi'andes routes, ne sachant quel accueil leur sera fait à la cure voisine, au prochain monastère. Il en est que la nécessité a tournés aux métiers manuels , il en est que la faim a poussés aux occupations les plus basses. Que de luttes, que de souffrances et parfois de désespoirs, nous révèlent les pérégrinations de ces hommes qui, n'ayant appris qu'à servir Dieu, étaient mal armés pour les combats de la vie temporelle.
Les premiers arrivants en Angleterre nous ont décrit leur embarras, presque leur désespoir, en se voyant tout à coup débarqnés dans cette cité brumeuse, près d'un pont de la Tamise, sans savoir où porter leurs pas ni comment se faire comprendre. L'abbé Henry, après un long voyage avec son compagnon de route, parvient à Munster, en Westphalie, en juillet 1794, à neuf hernies du soir. Gomme il fait nuit, impossible de chercher asile dans une auberge. Les exilés se réfugient sous les arcades de la place. Ils comptaient y passer la nuit lorsqu'à onze heures, raconte-t-il lui-même, passa un bourgeois qui, « à la faible lueur de la lune, nous aperçut couchés sur nos paquets près d'un pilier." A l'instant, touché de compassion, il s'approcha, nous demanda en finançais qui nous étions et ce que nous faisions là. Nous lui répondîmes : Nous sommes des prêtres français, en ce moment « sans toit, sans refuge, voudriez-vous. Monsieur, avoir « la complaisance de nous en indiquer un? — Ah! suivez-
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« moi, mes amis, nous dit-il, je vais vous procui*er une « demeure. » En effet, il nous conduisit à l'instant chez M. Schewerbrœck, valet de ville.
Ce récit, dans sa simplicité touchante, nous redit l'un des mille incidents d'un exil où tant de pauvres errants éprouvèrent cruellement la difficulté de trouver gîte et couvert. Et quel petit train de vie indique cette phrase naïve d'un de ces malheureux voyageurs : « Nous avons lavé nos mouchoirs à la Meuse, au Rhin, à la Fulde ; nous voulions aussi essayer les eaux du Danube, et nous en famés contents. » Un simple prêtre pouvait bien tremper ses mouchoirs dans le Danube, lorsqu'on voyait l'archevêque de Vienne, M. d'Aviau, laver au ruisseau les deux chemises qu'il avait portées dans sa poche. Du moins avait-il deux chemises. L'évêque de Castres, M. de Royère, en manque. « Une personne inconnue, écrit-il du fond du Portugal, m'envoya deux pièces de toile fine pour en faire ; mais j'ai été obligé de les vendre pour autre chose. En faisant " rapiécer les vieilles, elles me dureront encore i. » Quel dénuement !
Ce qui aggravait encore le sort des exilés, c'était, pour le grand nombrie , de se voir condamnés à de longs voyages, à de perpétuelles migrations. Leurs relations nous ont décrit avec une poignante éloquence ces alertés, ces sauve-qui-peut où, à la nouvelle vraie ou fausse que l'armée française, si terrible aux émigrés, approche, il faut , éveillé parfois la nuit en sursaut, fair précipitamment, par des routes inconnues, par des sentiers abrupts, à travers la campagne, la boue, les bois, jetant, au besoin, le petit sac de voyage, dernier débris de sa fortune, pour être plus agile et échapper à la poursuite des sans-culottes.
A cette époque extraordinaire où la République française, rendue en quelque sorte invincible par la vibration
I. Lettre inédite de M" de Royère. — Mémoires de l'abbé Pelel. — Journal d'émigration en Italie, de l'abbé Daxdrade.
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qu'elle a su imprimer à la nation, frappe à la fois au (dedans et au deliors, et promène à travers l'Em'ope ses légions victorieuses, seuls les prêtres réfugiés en Angleterre ont trouvé, à l'abri de l'Océan, une demeure inviolable . Baston , enïbarqué à Douvres pour Ostende , craint qne la tempête ou quelque corsaire de Dunkerque ne le jettent en France, c'est-à-dire à la guillotine. De quelle voix il crie à la nef qui Aole sur les flots, inclinée vers les rives barbares : Heu! fage crudeles terras ^. Mais pourquoi quitter l'Angleterre , s'il voulait un refuge de tout repos? Partout ailleurs, en Belgique, en Hollande, en Suisse, en Italie, en Allemagne, en Espagne même, l'invasion dé nos armées ou les menaces de notre gouvernement donnent aux émigrés la sensation de l'insécurité. Où qu'ils soient, à q[uelque distance de la frontière qu'ils aient planté leur tente, rien ne les assure que le sort des armes, les combinaisons de la politique ne les forceront pas bientôt à reporter plus loin leur vie errante. Il en est qui vont jusqu'en Suède, jusqu'en Pologne, jusqu'aux extrémités de l'Europe cliercher un gîte où ne vienne pas les réveiller le clairon révolutionnaire.
On triomphe à Paris de Cette chasse àl'liomme. « Les émigrés retirés en Italie, écrit le Moniteur, à la fin de 1794^ se plaignent amèrement de larigueui* de leur situation. On s'y occupe, comme ailleurs, d'en diminuer le nombre. On les repousse de Milan, de Rome, de Naples, On oblige ceux qui sont à Livourne de passer en Corse. A Trieste, on exige des répondants, une j)rofession, de l'argent. Venise, qui avait admis mi grand nombre de ces fugitifs, ne veut plus en entendre parler. Bientôt il ne leui* restera plus d'autre asile que la tombe. Il paraît que les prêtres n'éprouvent pas un sort plus heureux que les autres. »
C'était se réjouir du plus grand malheur qui puisse arri-