I-ES PRÉLATS FOLITKÏtTES DE {.'ÉMIGRATION : I
La copieuse coi'fespoiidaiice de M. de La Fare n'a pas un grand intérêt pour la postérité, et ne saurait assurer à cet ambassadeur la gloire d'un Polignac ou de tel autre cardinal diplomate de l'ancien régime. C'est d'aillem-s un métier ingrat que d'être lé représentant d'un roi sans couronne. On y trouve néanmoins des détails intéressants sur le mariage de la fille de Louis XVI, Madame Royale, avec le duc d'Angoùlême. Heureux événement qui fit briller un rayon de soleil dans le ciel de l'émigration si sombre pom' Louis -XYIII et toute sa famille !
Comme il s'agit ici de la Jeunesse, de la beauté et du malheur, ainsi que de la survivance d'une grande race, tout nous intéresse dans les renseignements donnés au piince par son ambassadeur. La royale enfant, échappée de la prison du Temple et de la griffé de ses geôliers, est sans doute entourée à Vienne des égards et des respects dus à une fille de France. Mais elle y est reçue froidement et elle porte au coeur, à la pensée des événements sinistres qui ont marqué sa dëtentipri et lé martyre dés siens, une tristesse que La Fare s'efforce en vain de combattre et qui restera à jamais gravée sur ses traits jusqu'à sa mort.
ment de'(né pas) les augmenter. Le roy ne lui écrira plus. Vous ne serez • vraisemblablement plus dans ce cas désagréable, mais s'il se présente de cette part, acceptez tout simplement.» — Dépêche du 20 octobre ijgg: « Je dois vous dire que la moitié des souverains dé l'Europe écrivent au roi avec la àubscription qui lui est due : savoir, les cours de Saint-Pétersbourg, de Loàdres, "de Naples, de. Turin et de Portugal. Il est un peu extraordinaire que l'empereur et roi soit le . seul des coalisés qui s'y réfusé. Vous pouvez yous' en expliquer hautement.:» Cette attitude de la cour d'Autriche rendait la situation de La Fare un peu ridicule. On lui . écrit du cabinet du roi; le 10 septembre 1798:. « Votre état de représentant • ^'^^ prince non reconnu pèche.par la base, et conséquemment est un très léger, château de.cartes. Or, paraître déléguer une partie d'un tout que l'on ; n'a pas. est réellepotent une absurdité. » — ^^Le nouveau Pape, Pie VII, écrit ^ Loutë'XYIIÏ. On s'en félicite dans cette dépêche du 22 avril 1800 : «Nous voilà forcés dé répondre à la lettre du Pape sànsJ'avoir reçue. Il est vrai <iue l'intiialation nous suffit pour décider l'expédition d'.une lettré d'usage. » Archives air. étr., vol. 609.
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Gomme dans les mariages bourgeois, où la dot joue un si grand rôle, la question d'argent tient largement sa place dans les dépêches de l'évêque de Nancy. On cherche à prouver à la cour d'Autriche, , pour ^n , faire profiter Madame Royale, ,que la dot de Marie-Antoinette, sa mère^ n'a. pas été'payée à la cour de France, ce qui se trouve être inexact. Il n'y a, donc place à aucime revendication de ce côté.. Heureusement que l'empereur de Russie fait preuve de munificence ; l'empereur d'Autriche lui-même, dans un élan de générosité, compte comme cadeau de noces une trentaine de mille florins à sa nièce, qui avait d'ailleurs à Vienne une somme importîinte sauvée du naufrage des siens et déposée par le comte de Mercy. Les difficultés financières s'aplanissent ainsi pour la fille de Louis XVI. .
, La Fare s'emploie de son mieux à résoudre les autres i. Il se dépense auprès de Madame Royale. Il se permet de recommander au ducd'Angoulême et même au roi d'écrire plus souvent à la jeune princesse. Toute négligence de la part du duc était d'autant plus inexcusable qu'il avait reçu de sa fiancée une lettre qui, dit Louis XVIII, « m'aurait tourné la tête à vingt-deux ans 2». Chemin faisant, La Fare
I. La Fare écrit le Î89 août 1J98 :'« J'ai cru devoir rassurer Madame sur la crainte de.:^a^ enir, en lui présentant le tableau de ses propres ressources pour son existence future. Je lui ai fait le décompte des sommes qui lui sont dues par l'empereur, tant pour la dot de la reine, sa mère, et des intérêts arriérés, que pour l'argent apporté et déposé, à la banque i de Vienne par ftf. le comte de Mercy. j'ai ajouté à cette propriété indubitable la ressource éventuelle du traitement que l'empereur Paul 1" venait dé régler pour chaque année à Votre Majesté. » La reine, femme de Louis XVIII, ne pouvant se rendre à Mitàu faute d'argent, La Fare cherche pour elle à contracter un emprunt, tshose difficile à Vienne, où, dit-il, on prête avec peine aux gens du pays à i5 et 20 0/0 sur solide hypothèque. L'évêque de Nancy échoue d'abord. « J'ai été éconduit », dit-il. Il dut revenir à la charge, car il écrit le îs3 avril IJ99 :■ « Sans un emprunt, il était impossible à la reine de se mettre en route. » Archives aff. étr;, i6id.
2i « Ma nièce se déplaît, je crois, à Vienne ; l'évêque de Nancy nie la mande; et de plus, dans presque toutes ses -lettres, elle me parle de son désii* d'être auprès de moi. Soit donc la déplaisance du-lieu où elle est, soit qiie les lettres véritablement aimables de mon neveu aient fait impression sur son cœur, elle lui en a écrit une qui m'aurait fait tourner la tête à Tittgt-deux ans. Raison déplus de- battre le fer quand il est chaud.» Lettres et instructions au comte de Saint-Priest, i8!j^,lp^ 8. ■ -^ ■
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nous la dépeint. Elle est, dit-il, « sincère, religieuse ; elle a; des principes solides et sent vivement les inallietu*s de sa maison », Elle, a « un caractère très prononcé, très réfléchi, très attaché au parti qu'elle a cru le meilleur à prendre... Elle va avoir vingt ans et les malheurs lui donnent la maturité de quarante. Ses idées sont arrêtées sur plusieurs personnes. Autant elle désirerait en avoir certaines placées de préférence auprès d'elle, autant elle aurait et montrerait d'éloignement pour certaines autres; . . Madame se prévient très aisément contre les personnes ou les choses. Mais comme elle a le cœur très pur et l'esprit très droit il y. a du remède, Néanmoins, il faut pour la faire revenir plus que des paroles : elle ne se rend qu'à la conviction i.. » Elle eut l'occasion de montrer sa fermeté à Vienne même, en déjouant les projets de l'empereur qui voulait lui faire épouser, un. archiduc. . i
L'heure du mariage a enfin sonné. Le jour du départ de la princesse pour Mitau, où. il doit se célébrer, la cour et la ville de Vienne, au dire de La Fare, sont sorties de leur indifférence. Il nous parle d'une foule immense accourue pour la saluer, de pleurs et même de sanglots. Plus émouvante que cette sortie triomphale fut la rencontre; sur le grand chemin de Louis XVIII. et de sa nièce, le malhem*eux roi courant au-devant de la fille de Louis XVI et ne pouvant contenir ses larmes. C'était ce jour-là des larmes de bonheur.. Le mariage fut béni le lo juin .1799. La princesse, dit La Fare, « charma tout le monde par sa beauté, sa simplicité, son innocence ». Ce n'est point im des événements les moins extraordi-
I. La Fare donne tin exemple de la fermeté de décision de la jeune princesse. Comme il la pressait de conclure le mariage par crainte de voir le 'Directoire chercher à l'entraver, Madame répondit : « Je né le pense pas; mais quand-il en ferait la' tentative, n'ai-je pas donné ma parole d'épouser mon cousin, le duc d'Angoulême? Et qui pourrait imaginer que l'empereur, pour complaire au Directoire, voulût me retenir captive ^i? L'empereur ne m'a pas rendu la liberté pour me l'ôter ensuite. Quoi que fasse ie Directoire, je partirai quand je votidrài; »