‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 288 sur 354 · LES IDÉES POLITIQUES DE: li'ÉPISCOP AT · texte numérisé non relu

LES IDÉES POLITIQUES DE: li'ÉPISCOP AT

divins ^ » Ce fut un grand malheur, malheur pour la liberté (jui a besoin pour durer de se contenir par les vertus mêmes que la religion inspire aux citoyens, malheur pour la religion dont l'action sur les âmes ne peut s'exercer d'une façon permanente et digne sans la liberté;; Tels furent l'effarement et la stupeur de l'Église de France au milieu des ruines de l'édifice qui avait commencé à craquer avec la proclamation de la liberté, sans qu'il, fallût cependant la rendre responsable de sa chute, qu'aujourd'hui encore, après cent ans, le clergé ne paraît pas tout à fait revenu de ses défiances, qu'il a de la peine à comprendre que l'honneur, l'indépendance, la stabilité de son ministère, la liberté religieuse enfin, ne peuvent être assurés que dans un large système de libertés publiques.

Si grand était le mouvement de réaction qui emportait alors les esprits témoins des crimes de la Révolution, que. plusieurs plaçaient le salut dans le rétablissement intégral du passé. En 1792, dans un document adressé au Pape, Maury, le grand orateur de la Constituante, se montrait encore modéré dans les mesures de réparation religieuse qu'il proposait pour la France^ Tout en concluant,, par exemple,, à l'excommunication contre les évêques et les curés intrus, il demandait l'indulgence pour .les simpiles jureurs. Il conseillait la prudence et exigeait les trois monitions préalables. Une seule avait été faite. « Il s'agit, disait-il, non sans une émotion compatissante, de toute une Eglise et d'une Eglise qui a toujours été l'un des plus; fermes remparts de la Chaire de Saint-Piei*re. Hélas l il a

I. « Pourrait-on nier de bonne foi, dit encore Mounier, que la doctrine du christianisme,n'ait,-plus encore que la philosophie, servi les intérêts de laliberté? » Cf. Lanzac de Laborie, Jean-Joseph Mounier, 1887, in-8v

LES IDÉES POLITIQUES DE l'ÉPISCOPAT 225

fallu tant de siècles pour l'engendrer à là foi ! Pourrait-on prendre trop de précautions, quand il s'agit de la frapper à mort tout entière, dans un seul jour ! Ah ! il est bien facile à un canoniste de rendre des décisions en mettant siiii;^lement des syllogismes en forme ; mais le Père commun ^àes fidèles a une autre logique. » A ceux qui lui demanderaient de faire descendre le feu du ciel, il peut répondre : Vous ne saoez pas de quel esprit cous êtes. « On coupevà regret, disait saint Ambroise, un membre, lors même Tqir'îl est pourri. » Maury ajoute que, s'il se prononce pour 'la nécessité de l'excommunication, il y a été détermirié'par la lettre que sept évêques français réfugiés ont écrit, -de Nice au Souverain Pontife. Mais il ne partage en rien l'impatience que manifestent ces prélats de voir cette sentence portée par le Pape i.

Maury, modéré encore en 1792, est devenu très ardent et très sévère l'année suivante, dans un mémoire adressé à Pie yi. H croit entrevoir piour son pays, le 28 juin rjgS, les signes avant-coureurs d'une prochaine délivrance, et « les progrès de la contre-révolution » s'accélérant de jour en jour « avec ime rapidité qui peut bientôt devenir incalculable ». C'est bien, en effet, une contre-révolution que veut Maury et une contre-révolution totale, qui rétablisse en France tout l'ancien ordre des choses. Ce qu'on rendra tout d'abord à cette France, c'est la monarchie. Le Pape « pourra faire l'éloge des souverains qui ont réimi leurs armes pour relever le trône, et louer aussi les sujets qui ont concouru àime restauration si désirable sous les étendards de la religion ». Le Pape parlera avec indignation de la mort de Louis XVI, en attendant qu'il puisse réàli-

I. Ce document est donné par l'abbé Ricard, Correspondance et mémoires «e Maury, 1891, 1, p. 97-117. Maury dit au sujet de l'attitude des évêques : « Ces mêmes évêques ont redouté cette sentence d'excommunication qù?ils se montrent aujourd'hui si impatients d'obtenir. Mais, à Dieu ne: plaise lue i'attribué à l'intérêt, à l'amour-propre, à l'esprit de rivalité, au ressentioient, du même au désespoir dans lequel les a précipités le dernier

ecret non sanctionné sur le serment, cette soudaine résolution. »

226 tÈS IDÉES POLITIQUES DE l'ÉPISCOPAT

ser la grande pensée qull a laissé entrevoir au consis-» toire, qui est d'accorder au roi martyr les honneurs de la canonisation. Ainsi sera yengé le « sacrilège énorme qui a été commis contre l'oint du Seigneur ». Après le roi, c'est le clergé qui a été le plus durement atteint par la Révolution. Il- sera rétabli ce dans son ancien état, dans ses biens, dans ses honneurs et dans ses prérogatives ». Les acquéreurs de ses domaines seront donc sommés de rendre gorge et de restituer des propriétés sacrilègement usurpées. On dérogera à l'édit de 1749 sur les gens de mainmorte. Les ordres religieux rentreront dans leurs possessions, et désormais les vœux pourront être prononcés à seize ans révolus, conformément aux dispositions du Concile de Trente. On enlèvera la publicité du culte aux protestants, « secte républicaine par essence », qui a profité des malheurs des catholiques pour s'emparer de leurs églises, pour garder ses biens alors qu'on dépouillait les représentants de la vraie religion. D'ailleurs « le caractère moral des Français » ne peut pas « s'allier avec l'exercice public de deux religions parallèles » ; il lui faut, en quelque sorte, « l'unité d'un culte national, comme l'unité de l'Être suprême ». On révoquera donc l'édit de 1787, qui a été le point de départ de toutes les autres concessions faites aux protestants. La constitution civile du clergé a été le plus grand crime dé la Constituante contre l'Eglise. Il s'agit de l'anéantir et de châtier tous ceux qui ont prêté la main à cette entreprise sacrilège. Le Pape lancera enfin la sentence d'excommunication suspendue depuis deux ans. Tous les évêques jureurs, ou consécratem'S, ou intrus, vont être excommuniés et déposés. « B est possible que les parlements les condamnent presque tous à mort. » Mais Maury ne croit pas que le clergé catholique puisse conseiller ces exécutions, sans se rendre odieux, sans donner aux prélats constitutionnels l'apparence du martyre. Il conviendrait- de ce faire emprison-

Page 1