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Mémoires de Talleyrand

l38 ENGOUEMENT POUR LES AFFAIRES PUBLIQUES

procurer un évèclié de Languedoc, de Provence ou de Bretagne. Alors tu pourras réaliser tes beaux rêves d'administration et, sans cesser d'être homme d'Eglise, tu seras homme d'Etat à ton loisir ; tu j)ourras faire toute sorte de bien à tes administrés. Jette les yeux sur cette perspective. Vois qu'il ne tient qu'à toi de te rendre utile à ton pays, d'acquérir une haute réputation, peutêtre même de te frayer le chemin du ministère *. »

Voilà donc les amis de Turgot qui lui prêchent de garder la soutane, et viennent le tenter par l'appât d'une grande administration temporelle, dans quelque évêché, en loays d'Etats. Mais Turgot trouva justement le chemin du ministère là même où, d'après ses interlocuteurs, il semblait devoir le fuir. Pendant que Talleyrand faisait sa licence, Turgot appelé au contrôle des finances (1774)» essayait de faire passer dans les faits les réformes discutées ardemment par les économistes, mais restées jusqu'alors dans le domaine de la théorie. Bientôt les assemblées provinciales, tenues en Berry, en Guyenne, en 1778 et 1779, portaient vivement les esprits vers les questions administratives. Le fameux compte rendu, pubhé par Necker, en 1781, la vogue qu'obtint, en 1784, son livre sur V administration des finances, vendu à quatre-vingt mille exemplaires, prouvent quelle attention passionnée le public prêtait déjà à la discussion des affaires publiques. A mesure qu'on avancera vers la Révolution, le progrès des idées, les assemblées des notables, les nouvelles assemblées provinciales organisées par Galonné, ne feront qu'accroître encore l'entraînement général vers ce que le parlement appelait « les débordements économiques ».

Le clergé partage l'enthousiasme de la nation. Au dire

I. Le discours de ces interlocuteurs aurait débuté ainsi ; « Turgflt, nous sommes unanimes à penser que tu veux faire une action tout à fait contraire à ton intérêt et au grand sens qui te distingue. Tu es un cadet de Normandie et par conséquent tu es pauvre. La magistrature exige une certaine aisance, sans laquelle elle perd même de sa considération et ne peut espérer aucun avancement. Ton père a joui d'une grande renommée, tes parents ont du crédit. En ne sortant point de la carrière où ils t'ont

Elacé, tu es assuré d'avoir d'excellentes abbayes, et d'être évêque de onne heure. » Turgot, meilleur juge de ses sentiments intimes que ses condisciples, fit à ce discours supposé la seule réponse honnête : n'ayant plus la foi, il n'avait qu'à quitter l'Eglise.

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