SERMENT DE HAINE A LA ROYAUTÉ
table où les prisons se rouvrent, les échafauds se redressent, la terreur reparaît, où les lois de déportation, renouvelées dans toute leur horreur, poussent- à la Guyane, aux îles de Ré et d'Oléron, des milliers de prêtres exposés aux plus cruels traitements, pendant que le Directoire s'efforce de remplacer le vieux culte par la pompe ridicule des fêtes décadaires.
Fructidor apporta au clergé un nouveau serment, celui « de haine à la royauté et a l'anarchie, d'attachement et de fidélité à la République et à la constitution de l'an III». Cet arrêt était im. peu anormal de la part d'im gouvernement qui traitait avec les rois de l'Europe. Et puis quelle étrange politiqiie que de décréter la haine, de vouloir l'imposer au nom de la conscience, elle qui n'est légitime que contre le mal ! Quelle naïveté de croire qu'il suffisait d'une simple ordonnance pour la substituer à l'amour dans les dispositions d'un si grand nombre de Français envers la royauté. Il est évident qu'un tel serment, qui prétendait conmiander au cœur, rendre obligatoire un sentiment qiie la charité réprouve, mettre sur le même pied la royauté et l'anarchie, prescrire enfin l'attachement à une constitution peu chérie, peu assurée du lendemain, celle de l'an m, devait rencontrer plus de résistance encore que les précédents. Vainement, le député Ghollet, au nom de la commission, déclara-t-il qu'il ne s'agissait point d'un serment à la Brutus et à la Gaton, contre tout ce qui porte le nom de roi, ni de haine contre les personnes, ni même contre la royauté en général, mais simplement contre tout essai de restauration monarchique en France, lequel ne pouvait s'opérer sans d'horribles convulsions : cette explication encom^agea les bonnes volontés
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à la sôumissiori, mais elle ne pouvait rendre la loi raisonnable. Plusieiu's prélats, tels que l'évêcpie de Grasse, l'évêqué de Lisieux, MM. de Saint-Jean de Prunières et de La Ferronâys, consultèrent la coiu' romaine. Les cardinaux pensèrent unanimement que le serment de haine à la royauté répugnait à la loi divine. Il paraît que le Pape donna à cette décision une confirmation verbale, bien que Pie VI ait autorisé plus tard, au sujet de la République romaine, une formule qui rappelait sur plus d'un point celle de fructidor i.
Cette décision étant peu ou tardivement connue en France, le serment de haine à la royauté fut prêté par un grand nombre de membres du clergé de Paris, avec l'assentiment du moins tacite du conseil archiépiscopal, avec la tolérance de M. Juigné qui y était d'abord opposé. M. Emery, qui ne l'avait pas fait et ne l'avait conseillé à personne, ne voulut jamais condamner ceux qui s'y étaient soumis. Il était même satisfait de voir un certain nombre de prêtres le prêter 2. « Je ne puis me faire, disait-il, à l'idée d'iin peuple sans culte. » Dans plusieurs diocèses, les prêtres l'acceptèrent avec l'assentiment ou la neutralité des évêques. Le clergé de Reims
1. Pie VI, par un bref du 16 janvier 1799 relatif à la République romaine, autorisa le serment suivant qui ne pouvait plaire aux évêques français émigrés : « Je jure que je nie prendrai part à aucune conjuration, complot ou sédition, ayant pour objet de rétablir la monarchie et de détruire la République qui gouverne actuellement. Je jure haine à l'anarchie, fidélité et attachement à la République et à la constitution, sauf toutefois les droits de la religion catholique. »
2. M. Émery, dans une lettre à M^' Spina, exposé" au délégué du Pape la conduite tenue par les grands vicaires de Paris au sujet du serment de haine à la rojraiité et des autres serments. M. Emery dira, en i8ôo, dansson projet de lettre a Pie VI que cette formule est condamnable, car « elle suppose que le gouvernement monarchique est en lui-même digne d'une haine proprement dite, qu'il est intrinsèquement mauvais, doctrine évidemment contraire à l'Ecriture sainte et à la tradition ». Mais iM. Emery ajoute que la formule ne fut pas souscrite en France dans ce sens, mais simplement comme un engagement de n'entrer dans aucun complot pour le rétablissement de la monarchie en France, engagement que Pie VI a jugé non illicite puisqu'il l'a autorisé dans ses États, — Anh. de M. Emery.