SERMENT DK HAINE A LA. ROYAUTÉ
-vant être à la fois royaliste et républicain, l'adoption de l'im des deux est nécessairement le rejet de l'autre. Quant au mot de haine à la rojyauté, que l'on exige d'ajouter au serment dont il s'agit, il ne doit être considéré et raisonnablement interprété (quoique très déplacé dans le lieu) que comme une expression confirmative de la soumission exigée... Ce mot de haine, qui est susceptible, même dans les saintes Ecritures, de diverses interprétations..., ne doit pas être entendu ici d'une baine effective contre la personne des rois, mais simplement comme une obligation que l'on contracte par serment de ne rien faire, ni dire, ni écrire, qui puisse nuire ou tendre à la destruction delà République... Cette interprétation est la seule raisonnable que l'on puisse lui donner, car enfin, la baine et l'amour sont des sentiments et des mouvements de l'âme qui ne se commandent pas, et personne n'ignore que nulle puissance bumaine n'a ce droit sur la pensée et les sentiments intérieurs de l'âme, mais seulement sur les ■actions, les paroles et les signes extérieurs ; et qu'en conséquence toute prétention ou ordonnance qui dépasseraient ces justes bornes, seraient évidemment nulles, ou absolument chimériques ^ . » L'évêque de Marseille concluait en engageant ses prêtres à faire le serment ainsi compris dans l'intérêt du culte. M. deBelloy paraît avoir été à peu près le seul dans l'épiscopat à donner à son clergé cette direction positive. La généralité des évêques, surtout du dehors, n'avait même pas été tentée de le
I. On possède à Saint-Sulpice^ plusieurs copies de cet Avis de M. de Belloy,dont un écrit par M. Emery. L'auteur d'une brochure parue en i8ô3 (Lettres critiques et charitables d'un habitant de Cambridge^ p. Sa), traite M.de Belloy de «centenaire redescendu à l'état d'enfance. En 1797, onlulfît prêter le serment de haine à. la royauté, et il necraignit pas de répandre dans le diocèse de Marseille la scandaleuse interprétation qui avait été donnée par les évèques intrus «.—L'évêque constitutionnel d'Ille-et-Vilaine, (Lecoz, op. ciï., pp. 227, 278), écrivait le 17 août 1798 : « La haine que nous jurons à la royauté a pour objet non de haïr les rois, nous sommes en paix et en amitié avec plusieurs d'entre eux, mais de repousser la royauté dans le même sens que l'anarchie, c'est-à-dire comme destructive du gouvernement <iue les Français ont adopté. » ...
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prêter, Ils étaient rassurés contre son succès par la bizarrerie et l'excès de la formulé.
Nous ne saurions nous montrer bien sévères contre l'in- . dulgente faiblesse de M. de Belloy lorsque nous voyons Louis XVIII, le roi en personne, autoriser le serment de haine à la royauté. Oh ! il ne donne point cette permission aux ecclésiastiques, parce qu'il craindrait, dit-il, de « blesser la pureté de leui' caractère » ; mais, dans l'intérêt de sa cause, il croit devoir l'accorder à ses partisans laïques. « Je ne dissimule point, écrit-il expressément, que je chargerai mes agents civils de répandre parmi le peuple, que j'autorise mes sujets à le prêter, si la tyi'annie conserve la force de l'exiger, soit pour assister aux Assemblées primaires, soit pour remplir des fonctions publiques. Gomme c'est moi surtout qu'il intéresse, il me paraît que cette précaution suffira pour lever tous les scrupules de la délicatesse et même de la conscience. »
Les évêques auxquels le roi faisait ces étranges confidences ne furent pas d'avis comme lui que ni les nécessités de la politique, ni même son autorisation formelle, j)ussent lever « les scrupules de la délicatesse et de la conscience ». Ils n'acceptentpas que ce qiii est mal pour des ecclésiastiques puisse être bon pour des civils. Ils ne comprennent point que jm^er haine à la royauté puisse :être un moyen de faire aimer et de faire rentrer le roi. L'évêque de Saint-Pol-de-Léon, M. de La Marche, le déclare à Louis XVIII avec une énergie d'expression, avec une rudesse même que nous ne sommes guère habitués à renconter dans la correspondance entre les évêqûes d'ancien régime et leurs princes. Le serment de haine à la royauté, même dans une bouche, laïque, dit M. de La Marche, « sera un blasphème, puisqu'il aura un objet mauvais ; il sera un parjure, le cœur n'étant pas d'accord avec la bouche. Quant à l'autorisation du roi de prêter le serment,... si elle efface l'injure faite à sa pei-sonne, elle
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n'en produirait pas moins un scandale, elle serait d'un pernicieux exemple... Jamais la légitimité de la fin ne peut légitimer des moyens qui sont mauvais en eux-mêmes ^. » Voilà les évêques obligés de rappeler le roi au sentiment de l'honneur politique, peut-êtrç de ses propres intérêts. La question des serments allait se poser bientôt sous mie autre forme et d'une façon plus sérieuse. Les jours du Directoire sont comptés. Un homme se lève, que le Dieu des armées a marqué de son sceau plus qu'aucun conquérant qui ait jamais commandé à la victoire et pétri les peuples. A peine a-t-il mis fin à un gouvernement détesté, qu'il se montre aussi grand dans la paix que dans la guerre. Cette nation ivre de liberté, il la rassasie de gloire. Ces jacobins farouches, pourfendeurs de tyrans, qui ne connaissaient que le bonnet rouge et la carmagnole, iront se prélasser dans ses antichambres en culotte courte. Il fait plus, il rend à la France la paix religieuse, le culte des ancêtres par im. concordat passé avec le Souverain Pontife. Quoi encore ! Le voilà empereur, c'est-à-dire plus que roi. Le Pape lui-mêine préside à son sacre, Les Français, pris par l'imagination, reportent déjà sur lui l'amour dont ils brûlaient autrefois pour la dynastie des Bourbons. Les rois de l'Europe inclinent leur couronne devant sa majesté impériale. Tout cède. Les évêques seront-ils les seuls à se di'esser devant ce géant qui semble suscité pour exercer l'empire du monde ?
I. L'archevêque de Reims répondait de son côté au roi, avec moins de vigueur, mais avec fermeté, que l'autorisation de prêter le serment de haine à la royauté, de fidélité à la République et à la constitution de l'an III, « pourrait aliéner ceux de ses sujets qui lui sont sincèrement attachés et qui, en conséquence, ont ce serment en horreur et le regardent à juste titre comme absolument illicite. La déclaration faite sur cet objet, au nom de Votre Majesté, par ses agents civils, se trouverait en opposition avec les instructions que nous avons déjà données, comme nous le dévions, contre ce serment, et dans lesquelles nous avons montré combien il est contraire à Dieu. Il pourrait arriver enfin que les malveillants représentassent cette autorisation, qui ne pourrait manquer d'être connue, comme une espèce de renonciation que Votre Majesté aurait laite à ses droits, ou en abusassent pour lui faire perdre la confiance que Ses sujets doivent avoir en elle. » Archives dès Affaires étrangères, loc. citJ