Abbé Godard, loc. cit., p. 8i, i56-iGo
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nulle la sentence. La question faillit être portée en cour de Rome i. Si nous en croyons M. de Mercy, l'évêque de Chartres, M/ de Lubersac, qui s'était autrefois signalé par son libéralisme à l'Assemblée Constituante, aurait interdit ses deux grands vicaires favorables à la promesse ^.
M. Emery est affligé, meurtri de cette intolérance. Il constate que, depuis plusieurs années, dans un grand diocèse, un archevêché, tous les pouvoirs spirituels sont frappés de nullité si le prêti-e fait un serment quelconque 3. Il voit dans ces rigueurs une cause de ruine
1. Cf. Delbrel, Zpc. cit., p. 54-5g. — Correspondance du cardinal Manry, etc., II, 127, 128, i4i. 142. Maury était pour l'évêque de Tarbes et se préparait à le défendre à Rome. « Les vertus de M. l'archevêque d'Auch, disait-il, ne l'empêchent pas de très mal raisonner. » Maury ajoute : « L'évêque de Tarbes vient de recevoir à Lisbonne, où il s'est retiré depuis près de deux ans, de la cour de Portugal, un traitement annuel, mais indécemment modique, de 900 livres toui*nois. Ce prélat m'inspire le plus tendre intérêt . par sa piété vraiment angélique, par la pureté de ses principes religieux et politiques, et par un héroïque dévouement à la bonne cause. «L'évêque de Rieux, M. de Lastic, dira dans son testament : « Je déclare qu'à commencer inclusivement par l'impie serment de fidélité à la constitution prétendue du clergé, j'ai désapprouvé tous autres serments et soumissions exigés ensuite par la puissance civile en France. » L'évêque de Dax, M. de La Neufville, qui avait défendu à- ses prêtres la déclaration de soumission du 7 vendémiaire, an IV, déclara qu'il ne leur interdisait point la promesse de fidélité tout en la désapprouvant pour lui-même. — A Londres, l'évêque de Saint-Pol-de-Léon, M. de La Marche, après avoir été très opposé à la promesse, finit par adopter une formule mitigée. ÏRESVAux, op. cit., II, 399-419.
2. « M. l'évêque d'Uzès me nie que M. l'évêque dé La Rochelle ait prononcé l'interdit ipso fado contre tous ceux qui feraient ou auraient fait la promesse... Je lui ai répondu que je ne pouvais pas douter du fait. Je lui ai cité un autre exemple de la rigueur du zèle, celui de M. l'évêque de Chartres, qui vient de prononcer la même censure et qui notamment a interdit deux de ses grands vicaires, l'exemple et l'édification de son diocèse, qui en avaient la confiance et qui y étaient revenus après avoir souffert le long et cruel martyre de là déportation à Rbchefort. Je ne peux pas douter de ce fait, car. je l'ai vu dans une lettre de M. l'évêque de Chartres à un de ses grands vicaires qui est à Vienne et qui est venu passer vingt-quatre heures avec moi. Si ces exemples se multiplient, c'en est fait; voilà ;uh second schisme, établi en France qui sera pis que le premier. Je ne conçois pas une pareille rigueur pour une question dont le Souverain Pontife est saisi et sur laquelle il n'a pas prononcé. » Lettre inédite de M. de Mercy, 29 novembre 1800. ...
3. « Il est un grand diocèse où depuis quelques années -toutes les formules d'approbation portent cette clause : Prœsentes ipso fado revocatas dedaratJ). archiepiscopus, si approbatas, inconsulto veL renitentearchiepiscopali concilio, secivili potestati, aat legibus, juramento, promissionet^dedaratione, aut alio modo subditum pronuntiaverit, » (Archives de M. Èmery^ II, 4i5.) Projet de lettre au Souverain Pontife, i5 mai 1800. Les .grands
poiu' le culte. Il écrit à l'évêque de Limoges quej «^s'il a: cru qu'il y eût la plus petite faute à faire la promesse, et qu'il l'ait cru après l'examen le plus approfondi, il a bien fait de la défendre, mais qu'ila dû signer cette mesure avec des larmes de sang, puisqu'il signait la ruine de la religion dans son diocèse ». Par une exagération étrange, on arrivait à comparer les nouvelles formulés avec le serment sm' la constitution civile du clergé, qui avait été généralement condamné. Telle était la confusion qu'on avait réussi à établir entre des engagements si divers que des prêtres, que des fidèles poussaient l'intolérance Jusqu'à refuser toute communication m dwinis avec ceux qui avaient prêté les serments politiques. Gé qui faisait dire à M. Emery : « La France est pleine de schismes partiels entre les catholiques non moins préjudiciables à la religion que le schisme constitutionnel ^. »
Ainsi préoccupé des malheurs que le refus de la promesse devait entraîner pour la religion, les partisans de cette formalité devaient tout faire pour déterminer le clergé à s'y soumettre. Ici comme pour les autres serments politiques, M. Emery est en tête de ceux qui mènent la campagne. Son argumentation est simple et décisive. Pour lui le serinent demandé n'a rien qui puisse alarmer la conscience ; les intérêts de la religion font un devoir
vicaires de Bourges, par un règlement du 5 mars iSoOj enlevaient les pouvoirs aux prêtres qui avaient fait la promesse de la fidélité à là Constitution de l'an VIII. L'archevêque dut plus tard adoucir cette décision. BrimonTj op. cit., pp. 341, 342, 3âi-354;
i. « Un très grand nombre de fidèles ne veulent point communiquer in divinis avec les prêtres qui ont fait quelques-uns des serments ou des autres actes exigés par le gouvernement des ministres du culte. Ils refusent d'assister aux offices qu'ils célèbrent, d'entendre leurs messes, en sorte que la France est toute pleine de schismes partiels. » Émery, Lettre du i5 mai 1800.
ou LA RUINE DU CULTE . SSj
au clergé de le prêter. « Les prêtres, dit M. Emery, ne pouvant exercer le culte en public. sans avoir rempli les conditions qui ont été successivement prescrites par le gouvernement, et plusieurs évêques ayant défendu aux prêtres de leurs diocèses de remplir aucune de ces conditions sous peine d'être interdits par le seul fait, il en résulte qii'il est beaucoup de diocèses où les catholiques ne peuvent se rassembler dansraucun temple, et où le champ demeure libre, aux constitutionnels i. »
La plus forte tête théologique de l'épiscopat, M. de La Luzerne, évêque de Langresj intervient à son tour. A ses yeux aussi, « le refus de faire la promesse exigée pour l'exercice de tout culte entraînera la ruine de la religion catholique en France ». Le prélat prouve que cette promesse n'a rien d'illicite. « La soumission exigée, dit-il, n'est qu'une soumission seulement passive, qui n'oblige ni à approuver, ni à maintenir, ni à travailler pour la constitution. On s'engage seulement à ne pas la troubler, à ne pas travailler à la renverser. » La Luzerne compare le nouveau serment à ceux exigés en 1796, et il arrive facilement à démontrer qu'il est beaucoup plus acceptable, puisqu'il n'y est pas question de la souveraineté du peuple, et que la soumission aux lois de la République est ici remplacée par la fidélité « à la loi constitutionnelle ». Si l'on objecte qu'il est impossible d'adhérer à cette constitution de l'anYIII qui consacre « des injustices monstrueuses », telles que l'exclusion des émigrés, la confiscation des biens, La Luzerne demande si, en 1790, les évêques de France étaient des criminels, lorsqu'ils prêtèrent serment à « une affreuse constitution qui
I. « La grande majorité des Français est bien au fond catholique, mais une partie considérable du peuple, qui ne voit dans le culte des constitutionnels aucune différence d'avec l'ancien culte, et qui souffre impatiemment d'être privé de tout secours spirituel, entre dans les églises qu'il voit ouvertes et adhère aux prêtres qui les^ conduisent. Voilà comment le schisme se perpétue., » Archives de M. Emery, t. II, p. ^iDi Lettre du i5 mai 1800.
réduisait à rien l'autorité du roi, qui anéantissait la noblesse, cpii dépouillait le clergé ^, » Il ajoute que l'attitude intransigeante du clergé paraîtra une provocation au gouvernement, qui verra dans ce refus la preuve . d'une hostilité irréductible et prête à éclater à la première occasion favorable.
Le langage de M. Emery, de M. de La Luzerne; de tous les écrivains qui plaidaient la mêine cause en France et au dehors, semblait dicté par la sagesse et la claire intelligence des intérêts religieux ; mais il était loin de faire la lumière dans tous les esprits et d'abattre toutes les résistances. Les polémiques de cette époque nous retracent toute l'ardeur de la lutte.
Nous avons vu l'évêque d'Angoulême, M. d'Albignac, témoigner son indignation à son principal grand vicaire, M. Vigneron, parce qu'il poussait le clergé de ce diocèse à faire sa soumission. Voici, par contre, l'évêque de Luçon, qui trouve dans ses grands vicaires un obstacle à ce serment de fidélité dont il était lui-même partisan résolu; L'homme de confiance de M. de Mercy, son vicaire général de prédilection, M. Paillon, que sa modération et ses mérites devaient élever bientôt sur le siège de La Rochelle, est exilé en Espagne. En son absence, trois grands vicaires gouvernent le diocèse de Luçon comme un pays vendéen, c'est-à-dire avec une grande intransigeance de principes. Ils détournent le clergé de la promesse de fidélité. Cette
1. La Luzerne, qui avait été témoin et acteur à la Constituante, raconte que la soumission à la constitution fut promise par l'évêque do Clermont au nom de tous ses confrères, « après de longues conférences entre eux, où même avaient été appelés plusieurs ecclésiastiques des plus instruits, et par conséquent sur de mûres réflexions, de profondes discussions et en très grande connaissance de cause. Beaucoup d'évêques dans leur diocèse suivirent l'exemple dé ceux de l'Assemblée. » Cet écrit de M. de La Luzerne, dont il circulait des copies à Paris, ne paraît pas avoir été imprimé. Nous en avons trouvé le texte dans les Archives de M. Emery, t. II, p. Sai-SgS. M. Émery écrit, le 16 novembre 1800 1 « On dit que la raison pourquoi l'ouvrage n'a pas été imprimé, c'est qu'il prouve qu'il, est de l'intérêt du roi que la promesse se fasse. 9 Archives de M. Émerx, t. IX, folio 9163.
pu LA RUINE\DU^ÇULTE 359
«conduite désole M. de Mercy qui, dans ses lettres à IVE. Paillou, nous fait part de ses doléances, parfois de son •exaspération. « Que font donc, s'écrie-t-il, les dépositaires de ma confiance et de mes pensées s'ils ne vengent pas ma doctrine? Quoi, on me laisse traiter de schismatique, accuser de donner des décisions ridicules, de prêcher l'erreur, et ceux qui ont entre les inains de quoi confondre de pareilles calomnies se taisent ! »
Hélas ! M. de Mercy ne pouvait guère compter pour le ■défendre sur ses trois grands vicaires qui ne sont pas de •son avis et qui, (i la moindre remontrance, le menacent de leur démission. Il se plaint, en particulier, du principal d'entre eux, le « vénérable Mady ». Il s'étonne que ce vieillard, aussi entêté que vertueux, ne comprenne point que •« gouvernant, dit-il, mon troupeau en mon nom et de ma part, ce n'est point son opinion qui doit être sa règle », mais la mienne. « Il me laisse avilir, calomnier. » Mady Testé sourd à ces remontrances. Sa conviction est faite au sujet de la promesse de fidélité i.
I. M. de Mcrcj écrit au sujet de M. Madj-, le S novembre iSoo : « Je le vois dans une grande obstination, et j'avoue que je ne peux la concilier ïivec ce que je lui crois de vertus. Je conçois bien qu'il puisse avoir, son opinion à lui, qu'au fond il puisse la croire meilleure que la mienne, mais il doit être assez instruit pour savoir que gouvernant mon troupeau en mon nom et de ma part, ce n'est pas son opinion qui doit être sa règle, •et que tant que je n'enseigne pas une erreur condamnée par l'Eglise il <loit se conformer à mon enseignement. Et cependant, au lieu de cela, •c'est son opinion particulière qu'il prêche et il soustrait mes instructions à mes diocésains. Il me laisse avilir, calomnier, il y donne prétexte sans le vouloir sûrement, sans peut-êti*e s'en apercevoir. Je voudrais bien savoir comment il pourra justifier une pareille conduite. Je suis impatient de connaître le résultat de l'entretien que nécessairement vous aurez eu iivec lui sur cela. Je suis toujours persuadé que c'est son extrême timidité et la crainte qui règlent et son opinion et sa conduite. 11 A'oit le troupeau divisé, il craint d'augmenter la division et d'être la victime des troubles qui peuvent en naître. Quand vous lui aurez rendu un peu plus de courage par votre présence et par votre exemple, j'ai ,1a confiance qu'il sera ce qu'il doit et qu'il aura honte de lui-même. » Mady fait répondre à son évêque qu'il lui obéirait s'il était présent, mais qu'en son absence il croit devoir suivre l'exemple des diocèses limitrophes. RI. de Mercy, <;onvaincu de ses droits, de la sagesse de sa conduite, s'indigne de ces résistances. « Craignent-ils donc, s'écrie-t-il, que je A'euille me perdre pour avoir le plaisir de les égarer, moi qui voudrais me rendre anathèjme pour eux? » Dans une autre lettre, M. de Mercy dit de ses grands
36o LA SOUMISSION A LA. RÉPUBLIQUE
La lutte est ouverte de toutes parts, et la controverse ^ se poursuit avec ardeur. Pour faire plus d'impression sur les esprits, aux arguments on ajoute les autorités. M. de Mercy se plaint qu'on use de tous les moyens pour « fortifier le parti d'opposition », qu'on grossit à plaisir le nombre des adversaires de la soumission, qu'on prétexte des condamnations que Rome n'a jamais portées 2. Les missives circulent en France, hors de France, commentant les événements, rapportant souvent de fausses nouvelles, enflant le chiffre des adhérents ou des opposants à
vicaires : « Ils n'ont trouvé en Nous que charité et complaisance. Il n'y a point de preuves de confiance, d'estime et d'amitié que Nous ne leur ayons donnée... Le mal est venu de ce que chacun n'a pas su se tenir dans la place où Nous l'avons mis, de ce , que le chef (sans doute Mady) s'est subordonné à ses suppléants, parce qu'il a manqué de courage pour se déterminer et agir d'après lui-même, que trop facilement il s'est laissé efïi'ayer. » Cependant M. de Mercy ajoute qu'ils « ont fini, dit-il, par se rapprocher de mes intentions. » Lettres inédites de M. de Mercy, 6 et 20 août, 5 novembre 1800, 17 juin 1801. .
1. L'abbé Baston, qui habitait. en exil la principauté de Munster, écrit : « Nous prenons une part spéciale aux serments, aux promesses qu'on y exige ; et quoique nous soyons àfifranchis du devoir d'embrasser un sentiment sur tous les points, nous les appelons à notre examen, et avec chaleur; nous les jugeons, et pas toujours de la même manière. Il en résulte de l'agitation, des schismes d'opinions qui souvent dépassent les bornes d'une dispute amicale et inquiètent la charité. » Bastox, op.. cit., II, 33o, 35i .
2. jM. de Mercy décrit « les efforts de tous les genres qu'on a fait pour accréditer, pour fortifier le parti d'opposition. Il n'y a qu'un certain nombre d'adeptes qui soient initiés, qui connaissent le secret, et ils grossissent leur parti de tous ceux qu'ils trompent par mille autres moi-^ens par lesquels ils leur font illusion. Aux uns on exagère la majorité des évêques opposants, on suppose un jugement doctrinal du corps des évoques français et cette autorité en impose. Aux autres on envoie de prétendues décisions de la Congrégation des Cardinaux; ces décisions supposées, on les érige en décisions de l'Eglise romaine; on ose aller jusqu'à dire que le Pape lui-même a prononcé, tandis qu'il est constant et aujourd'hui bien prouvé qu'il n'existe aucun jugement doctrinal de la part des évéques français et que c'est un problème à résoudre de savoir de quel côté est la majorité, tandis qu'il est avoué que la Congrégation des cardinaux n'a émis aucun avis, et qu'il est incontestable que le Pape n'a pas parlé. » Lettre inédite de M. de Mercy, i" mars 1801.
ou LA RUEVE BU'CUtTE 36l
la promesse i. » Les documents contemporains nous redisent tous les bruits qui courent, tous les échos de l'opinion, et aussi les efforts de chacun pour gagner des suffrages à son parti 2. M. Émery, qui fut en ces graves circonstances le conseiller de l'épiscopat, déploie de son côté une activité extraordinaire. C'est à son influence qu'on doit la modération de M. de Juigné, prélat très sollicité des deux partis à cause de l'importance que lui donnait l'éclat de ses vertus et plus encore l'éclat de la capitale 3.
1. L'évêque d'Uzès, très hostile j^u serment, envoie à l'évêque de Liiçon ce qu'il appelle « ses réflexions », et Itii cite l'opinion des évêques réfugiés à Londres, Munich, Brunswick, Munster, Wolfembuttel, ainsi qu'en Espagne, en Portugal, ajoutant que « partout la nouvelle promesse a été regardée comme illicite », qu'à l'extérieur il « ne connaît que trois prélats, les archevêques d'Auch, de Toulouse et l'évêque deLansrres, qui en soient partisans ». M. de Mercy s'indigne de la partialité de ci-lte enquête. Comr ment, dit-il, ose-t-on me« parler ainsi, tandis qu'à Londres même plusieurs confrères, Bordeaux, Aix,Troyes », sont pour la soumission, et que le même sentiment est partagé ailleurs par d'autres prélats comme « Lavaur, Amiens, sans compter, ajoute M. de Mercy, ceux que je ne connais pas et ceux qui n'ont rien dit? J'ai bien lu ses. réflexions et celles de M. l'évêque de Boulogne que j'ai sous les yeux, et bien loin d'avoir été ébranlé par leurs raisons, je n'en suis resté que plus ferme dans ma conviction. Ils partent de faux principes, de fausses suppositions et marchent de sophismes en sophismes. Ils dénaturent absolument la question, créent des monstres pour les combattre. » Lettre inédite de M. de Mercy, 20 août 1800.
2. L'évêque de Luçon écrit le 10 mai 1800 : « J'avais connu par les papiers publics la décision de M. l'archevêque d'Auch et celle de l'archevêque de Toulouse. J'ai sous les yeux celle de M. l'évêque de Langres, de M. l'évêque de Troyes, et de plusieurs autres. Il paraît certain que tout le clergé qui est dans I'intérieur,et notamment à Paris, pense comme nous. » Quelques jours plus tard, le 21 mai, M. de Mercy parle d'un écrit de l'évêque de Boulogne contre la promesse. « On m'avait niandé, dit-il, que environ quarante évêques avaient adopté ce projet. » Le 26 juin il fait cet aveu : « On ne peut se dissimuler que le nombre des opposants à la promesse ne soit le plus considérable. » Les 6 et 20 août, M. de Mercy discute avec émotion le chiffre des voix pour et contre. Le 5 novembre, il dit de l'évêque de Nancy, ambassadeur du roi à Vienne : « Je crois bien qujau fond il l'est (partisan de la promesse), et il devrait l'être pour être conséquent avec lui-même ; mais le rôle qu'il joue ne lui permettrait pas de l'avouer. Aussi ne l'avoue-t^il pas. » — M. Émery envoie à M. de Mercy un extrait d'une lettre de l'évêque de Pamiers à un de ses grands vicaires dans laquelle le prélat blâme le « zèle plus ardent qu'éclairé » d'un éyêque émigré. Mais l'évêque de Pamiers ne veut pas être nommé. « Cette prudence, dit M. de Mercy (18 mars iSoi), me paraît hors de saison. » Le i5 juillet 1801, M. de Mercy note un- succès. « L'archevêque de Vienne (M. d'Aviau), était, dit-il, opposé à la promesse ; il a changé de sentiment. » Lettres inédites de M. de Mercy.
3. M. de Juigné. avait besoin d'une heureuse influence. Il écrivait à M. Émery sur la lin de 1799 : « J'attends des instructions de nwn conseil. Je
36f2 LA SOUMISSION A LA RÉPUBLIQUE
Cette intervention instante de M. Émery lui attire les colères de l'émigration. Avec quelle amertume M. de Coucy, évêque de La Rochelle, parle de « rinfluence éméryenne ^ »! Ce prélat est plus impitoyable encore pour M. de Mercy qu'il raille à plaisir sous le nom de « Bonne-Marie ». Nous pouvons suivre dans la correspondance de l'évêque de Luçon la transformation des relations qui, après avoir été des deux côtés respectueuses et cordiales, finissent, avec la diversité d'opinions, par une hostilité violente. M. de Mercy en est tout meurtri et
pense que cette formule en elle-même n'est pas licite; mais si, par une explication ou expresse ou avouée par le gouvernement, elle est réduite à une soumission passive, je l'approuve. » M. Emery dut rassurer pleinement le prélat, car il pouvait écrire le 20 septembre 1800 à l'abbé de Romeuf : « Tout ce qu'on raconte de l'improbation de l'archevêque, de lettre de méconlentementj est une fable et une imposture. Toutes les lettres, au contraire, de M. l'archevêque sont pleines de témoignages d'estime et d'amitié pour son conseil. J'en ai reçu trois en peu de temps toutes plus amicales les unes que les autres. 11 dit aux prêtres qui passent par Augsbourg «t qui demandent ses ordres de s'adresser à ses vicaires généraux et de faire ce qu'ils diront. » Voilà pour l'archevêque de Paris. En outre, M. Émery écrit le 14 mai 1800, que «. l'évêque d'Amiens, le plus saint évêque de France, l'évêque de Langres, plus savant que celui de Boulogne, l'évêque de Luçon, prélat très zélé et très habile, sont entièrement décidés pour cette promesse ». M. Émery suit le mouvement de l'opinion avec une grande vigilance. Le 2 juin i8or, il dit à M. de Bausset : « L'ai'ehevêque d'Auch m'avait écrit que l'archevêque d'Alby commençait à tergiverser sur la promesse. On mande qu'elle a été laite généralement dans son diocèse, et que l'archevêque, qui est en Russie et à qui on avait envoyé la lettre de l'archevêque de Toulouse, a pleinement acquiescé à cette lettre. » A l'abbé de Romeuf, chanoine de Saint-Flour, qui hésitait à aller de l'avant pour la promesse, M. Émery écrit le 16 août 1800 : « Où est A'otre évêque? Peut-il y avoir l'ombre même de difficulté pour les plus sci'upuleux à faire la promesse en réservant ce qui les choque? Qu'est-il besoin d'attendre le consentement d'un évêque? Et en attendant, la religion dépérit et les âmes se perdent par milliers. » Cf. Archives de M. Emery, t. II, f° 2;5, VI, f» 129, IX, f" 9160, grja.
I. Les évèques de ^ La Rochelle, de Dax, de Tarbes, parlent avec indignation de ce « M. Émery, ardent promoteur du serment d'égalité, de toutes les soumissions, du serment de haine, et chef du parti des amalgames dans le conseil de Paris.., » de ce « M. Hej'^mery qui est en possession de faire gémir le clergé ». P. Drochon, op. cit., p. 22. — P. Delbrel : L. de La Tour-du-Pin, p. 56. — Vie de M. Emery, II, i3. — En retour, les partisans de la promesse ne marchandèrent point leurs éloges. Lally-Tollendal lit à cette époque, dans un journal de Londres, ce bel éloge du conseil archiépiscopal de Paris. « Vous ignorez peut-être, écrivait Lally- Tollendal, qu'il existe dans la capitale de la France un conseil de M. l'archevêque de Paris, du légitime archevêque, de M. de Juigné, dont la piété et la bienfaisance ont rivalisé avec celle de son prédécesseur, qui cependant était M. de Beaumont. On peut dire, sans la moindre exagération.
ou LA. RUINE nu CULTE 363
laissé échapper ses plaintes. « Je crois, écrit-il à son grand vicaire, le gouvernement très disposé, mais rienpe peut être plus capable de l'arrêter que les propos, les écrits et les principes de l'évéque de La Rochelle qui sûrement a des Imitateurs j quoique je ne crois pas qu'il y en ait qui puissent porter la frénésie et l'imprudence aussi loin. Ce que vous m'en apprenez de nouveau m'accable de la plus profonde douleur par ce que j'en redoute de funeste pour la religion. Ah î quels reproches de pareils hommes auront à se faire devant Dieu et les hommes ! Qu'il faut connaître mal l'esprit de la religion et la sainteté de notre vocation pour s'en écarter à ce point ! N'entrez point en discussion avec le prélat. » Mais M. de Mercy a beau prêcher aux autres et à lui-même l'esprit de paix, le silence. En voyant l'évéque de La Rochelle catéchiser son propre diocèse et répandre, dit-il, « dans mes possessions des torches incendiaires », M. de Mercy n'y tient plus. « Je lui pardonne très fort, s'écrie-t-il, de ne pas penser comme nous, mais non de vouloir soulever mon troupeau contre moi, non de mettre la faux dans la moisson qui m'appartient. Je ne cherche point à faire prévaloir mon opinion dans son diocèse, il devrait respecter la mienne dans le mien ^. «L'ini-
que ce conseil, au milieu des ruines du temple, a conservé les tables de la loi; au milieu de la nuit répandue sur toute la France, a nourri le feu sacré qui devait rendre la lumière. Ceux qui le composent sont revêtus des pleins pouvoirs de leur archevêque : ils réunissent le zèle et la sagesse, la science et la modestie, la 'pureté et l'indulgence. Ils sont tout entiers à leur ministère et ne sont qu'à lui. Les justes larmes qu'ils répandent, comme hommes, sur d'augustes victimes des révolutions humaines, n'ont rien de commun pour eux avec les soins sacrés qu'ils doivent, comme prêtres, au rétablissement de la religion et du culte de Dieu. Ils ne se croient permis ni de maudire, ni de repousser la main qui n'a pas renversé le trône et qui relève l'autel. En un mot, ils voient dans Dieu le distributeur des empires, et non le serviteur des puissances ; dans la religion, la iin de l'homme, la règle, et non l'instrument de ses affections. » Lettres au Courrier de Londres. — Vie de M. Émery, II, 7-16.
I. M. de Mercy répète fréquemment les mêmes plaintes sur ^I. de Coucy. « Il est dans l'ordre, dit-il, qu'il prescrive dans son diocèse ce que sa conscience lui dicte, et que, vis-à-vis de ses collègues, a^-ec lesquels il partage la qualité de juge, il cherche des lumières et qu'il leur en offre ; mais je ne le crois pas autorisé à ériger son opinion en dogme, à traiter en anathèmes ceux de ses collègues qui ne pensent pas comme lui. Je ne
popularité qu'encourent les prélats favorables à la soumission atteint aussi les simples prêtres. L'abbé Barruel, qui avait conquis tous les. suffrages par son talent et son courage à défendre la cause religieuse pendant la Révolution, est tout à coup transformé en ange de ténèbres parce qu'il écrit en faveur de la promesse.
Dans la chaleur de la polémique, on se laissa entraîner jusqu'à insinuer que les évêques restés en France, et qui avaient été les premiers à faire la promesse, n'avaient peut-être pas été exempts de motifs intéressés. Un prélat de l'émigration, M. de Barrai, évêque de Troyes, se chargea de les venger, et bondit devant cette accusation qu'on ne pouvait proférer « sans souiller son âme. Soldats de Jésus-Christ, s'écriait-il avec émotion, nous soutînmes avec eux les premiers combats. Sachons révérer dans notre exil, quoique douloureux, ceux qui ont porté après nous le poids du jour et de la chaleur ; ceux qui, pendant huit ans, restèrent exposés sm' la brèche, tandis que nous dormions tranquillement à l'abri sous les casemates. Us ont supporté pour la cause qui nous est commune avec eux, les outrages, les chaînes, les cachots et l'indigence ; ils ont vu leurs amis, leur compagnons d'armes moissonnés par le glaive ; eux-mêmes, traqués comme des bêtes fauves, n'ayant d'autre perspective que la mort, et ne l'évitant que pour sentir plus vivement les agonies prolongées
le crois pas autorisé à porter la faux dans la moisson d'aulrui, à vouloir entraîner dans son parti les diocèses voisins, au préjudice du respect et de l'obéissance due aux évêques diocésains. » Lettres inédites de Mgr de Mercy. Lettres des 8 lévrier et du i" octobre 1800. Huit mois plus tard, le 17 juin 1801, M. de ISIercy écrit : « Ah ! que le voisin (l'évêque de La Rochelle) aura de reproches à se faire pour les excès auxquels le porte l'esprit de parti et son inconcevable intolérance. »
où LA RUINE DU CULTE ' 365
de la douleur et de la terreur. Mais ils ont tout surmonté et résisté à tant d'épreuves pour rendre témoignage à la foi; ils ont veillé parmi nos frères sur les débHs de la niôrkle; ils ont préservé sa. semence et combattu le schisme ; ils ont, en un mot, par des sueurs de sang et des travaux inouïs, conservé en France la religion de Jésus-Christ. Gardons-nous de penser ou d'insinuer qu'au moment où il leur est enfin donné de respirer sous un gouvernement qui suit de tout autres maximes que celles de ses terribles devanciers, leur jugement se laissé égarer, par la peur; et convenons qu'à tous égards la position locale où ils se trouvent leur donne siu* ceux dti dehors une foule d'avantages inappréciables, pour juger sainement du vrai sens de la formule civique qu'on exige des ecclésiastiques^. »
Les fenmies se mêlaient à ces discussions et n'étaient point les moins ardentes. Les prélats partisans des solutions modérées se plaignent de leur intervention passionnée dans les questions du serment, et de leiu* intolérance contre ceux qui croyaient devoir le prêter. L'évêque de Mâcon, M. Moreau, ne peut s'empêcher de s'écrier devant cette intrusion : « Gomment se fait-il que des hommes peut-être vertueux, que des femmes, à qui l'Apôtre ordonne d'apprendi*e leur devoir en silence, osent se permettre, quand l'Eglise n'a rien décidé, d'influencer la doctrine et la conduite de ceux que le Seigneur
I. Sentiment de M. l'évêque de Troyes, résidant à Londres, sur la légitimité de la promesse de fidélité, i8oo, lao pages in-8», p. ii-ia. — Les évèques restés en France parlaient ainsi au pape, dans un projet de lettre rédigé, le i5 mai 1806, par M. Émery : « Nous osons dire que nos malheurs nous rendent dignes d'en obtenir quelques consolations. Quoique notre âge, ou la suppression qu'on avait prétendu faire de nos évêchés nous aient valu la liberté dé demeurer en France, notre condition n a pas été moins à plaindre que celle de nos collègues forcés de se réfugier dans les pays étrangers. Perpétuellement environnés d'alarmes, les mains cliargées de fer pendant longtemps, nous aurions fini par périr de mort violente sans la révolution qu'on appelle du 9 thermidor. Et déjà, la veille dé ce jour, notre collègue, l'évêque d'Agde, avait ouvert la carrière sanglante que nous étions destinés à parcourir rapidement. »
leur a donnés pour les conduire ^7 » L'évêque de Luçonest véritablement obsédé de cette ingérence féminine. « Imposez silence, dit-il, à ces femmes, à ces hommes qui se permettent de dogmatiser dans l'Eglise où ils ne devraient qu'écouter. » Vaines remontrances : cinq mois plus tard, le même prélat se plaint qu'il y ait encore « bien des têtes révoltées, et surtout des théologiennes qui font beaucoup de mal ». Il a une véritable terreur de ces « docteuresses ». Une lettre récente lui fait craindre que sa chère fille en Jésus-Christ, M"'^- Sainton, ne se laisse entraîner par le torrent. Il serait au désespoir. Hélas ! ses noires appréhensions n'étaient que trop fondées. M""^ Sainton passe au camp ennemi et signifie à son évêque que, s'il ne renonce point à la promesse, il ne sera point obéi et verra son diocèse l'abandonner. M. de Mercy en est tout désappointé. « Ces femmes théologiennes dont vous me parlez, écrit-il à son grand, vicaire, et ce petit nombre de mes. frères qui les soutiennent, au lieu de les réprimer, me déchirent l'âme avec des douleurs que je ne saurais vous rendre 2. » Ce prélat fut un de ceux qui sentirent le plus vivement l'amertume de pareilles divisions 3. Elles étaient très