CHAPITRE II Rentrée dans les églises — Reconstitution du Clergé
I. Malgré ces difficultés, le peuple redemande impérieusement les églises et, au besoin, s'en empare. -!- En quel piteux état lui sont rendus les temples. — Procession d'objets pieux qui sortent de leurs refuges. — Poésie de cette pauvreté et de ces ruines. — II. Â ces églises 11 faut un clergé pour les desservir. — Contribution des constitutionnels qui ont eux-mêmes beaucoup souffert de la persécution. — Les insermentés quittent leurs retraites. — Les vieillards sortis de détention courent aux autels. — III. Voici des recrues nouvelles. — Du dehors, à travers toutes les frontières, rentrent en grand nombre les prêtres déportés. — IV. Mais le sol tremble. — Comme les lois contre eux n'ont pas été rapportées, ils doivent se glisser dans l'ombre, se cacher dans des refuges, r- Complicité des lidèles, des pa5-sans, pour les défendre. — V. Éléments dispai'ates de ce clergé si divers. — Appel à un sacerdoce laïque.
Malgré les conditions défavorables que nous avons fait connaître, la législation nouvelle n'en fut pas moins le point de départ d'une renaissance extraordinaire de l'idée chrétienne. La mort de Robespierre donna le signal d'une réaction toujours contenue mais toujours croissante, bientôt irrésistible. La voix du peuple redemandait ses cérémonies et ses églises. On voyait des bandes de moissonneurs entrer dans les temples fermés de par la loi, y faire leur prière, et les habitants des campagnes protester de la persistance de leur foi et de leurs besoins religieux.
Aussi, quand on eut connaissance de la loi du ii prairial an III (3o mai i^gS), qui mettait les anciens édifices du culte à la disposition des commtm^es, ce fut une explosion
de joie. Les populations catholiques s'empressent de les revendiquer. Il est telle paroisse comme à Saint-Adjutory, dans la Charente, où les habitants enferment les officiers mmiicipaux récalcitrants dans le temple même et ne les mettent en liberté que lorsqu'ils ont promis de les satisfaire. Il est telle localité du Roussillon où le maire doit intervenir pour sauver la vie à des soldats que les fidèles indignés veulent punir de leurs propos et de leur attitude irrespectueuse. Le directoire de la Seine-Inférieui'e informe la Convention que, « depuis que le décret sur la liberté des cultes est rendu, les communes rurales s'emparent journellement des églises i ».
Quel triomphe pour la religion de rentrer dans ces édifices 2 qui, si dégradés, si lézardés qu'ils lui revinssent, n'en étaient pas moins l'ancien temple. Chacun d'eux pouvait raconter son histoire, et quelle histoire, pendant l'interrègne de la religion en France. Grenier à fourrages, magasin à bois, écurie, cave, auberge, atelier de salpêtre, dépôt de guerre ou de mendicité, maison de jeu, maison de correction, maison de ville ou maison de ferme, salle de bal, et çà et là sanctuaire de la déesse Raison qui, selon le mot de Lacordaire, y avait étalé « le marbre vivant d'une chair publique » : il semble que de ces murs dénudés.
1. Cf. Abbé LoTHj op. cit., p. 671 ; Blanchet, op. cit., p. 296 ; Torreillep, op. cit., pp. 5io, 5ii. — Dans le Rousisillon, la population de Prades s'était emparée de l'église et avait fait sonner les cloches avant la loi du 11 prairial. — Nous trouvons encore sous le Consulat des localités où les populations forcent la main à la municipalité pour obtenir leurs églises, comme à Saint-Gervais, dans le diocèse de Montpellier. (Abbé Saurel, Histoire du département de l'Hérault pendant le Consulat, 1896, t. IV, p. 8.)
2. Par exemple dans le Tarn, dès les premiers mois de l'an IV, toutes les églises des villes comme de la campagne avaient été de nouveau accordées pour le culte, « les habitants désirant tous ardemment professer la religion de leurs pères ». Dans un état général dressé par le département un an après la loi du ii prairial, on compte, pour l'arrondissement de Gaillac, environ cent dix églises ou chapelles votives et oratoires rendus pour la plupart au culte. (Cf. Elie Rossignol, Histoire de l'arrondissement de Gaillac pendant la Réçolution, 1890, ln-8», p. 224-225.) — Dans le diocèse de Bourges, « de toutes parts, les municipalités réclament leurs églises et demandent des prêtres. La majorité des communes qui soumissionnent sont déjà pourvues de ministres ». (Brimoxt, op. cit., p. 284-286.)
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crevasséSj^uintaient l'impudeur et la souillure plus encore que la misère. N'importe, le croyant, toiit entier à la Joie de voir Dieu reparaître et les portes de l'église se rouvrir, retrouvait déjà à travers deux, trois ans d'inter-ruption des saints mystères, ses émotions pieuses, et ne pouvait résister à la tentation de coller ses lèvi'es sur ce temple qui lui rappelait le baptême, la première communion, la cérémonie nuptiale, la bénédiction suprême donnée à la dépouille des ancêtres, toute son existence chrétienne, toute l'histoire de son âme, tout ce qui avait élevé sa vie, tout ce qui devait consoler sa mort.
Puisque Dieu revient et rentre dans sa maison, il faut se hâter de lui faire accueil, et de lui cacher, en quelque sorte, le dénuement de sa demeure. Quelle poésie religieuse dans cet empressement des fidèles, souvent décrit par les histoires locales, où une foule d'objets religieux qu'on croyait à jamais perdus reparaissent : calices, patènes, ostensoirs, chapes et chasubles, reliques et reliquaires, statues vénérées, que sais-je, procession étonnante où chacun, plus souvent chacune, rapporte son pieux larcin, et semble vouloir faire à la divinité la surprise, si je puis ainsi dire, de quelque souvenir d'autrefois.
Heureuses les paroisses où cette restitution fournit aux premiers besoins î Combien qui ne reçoivent rien parce que tout a été vendu, volé, pillé, fondu, jusqu'aux cloches qui faisaient l'orgueil du beffroi. Alors le culte doit se contenter des dons de l'indigence, et parfois le plus pauvre ménage est mieux outillé que l'église de village. Voyez quelle est encore, au moment du Concordat, la situation décrite par l'inventaire dans un coin du diocèse de Bourges. A Sainte-Lunaise, les vases sacrés sont d'étain ; à Aubinges, le ciboire est de fer-blanc. Sainte-Solange possède un ostensoir en fer-blanc ; Arcay, un de carton. A Genouilly, il n'y a plus qu'une chasuble déchirée avec
un ciboire dé cristal et un calice d'étain. A Farges, « l'on s'assied sur deux écheneaux qui ont servi pour le salpêtre ». A Limeux, rien, sauf quelques livres de chant égarés ; à Saint-Palais, un calice de plomb et un ciboire de fer-blanc ; à Saint- Ambroix et à Saligny, pas une épave ^.
Quelle misère l C'était bien la peine de piller ainsi, de mettre à nu des temples que la France devra de nouveau pourvoir et embellir. Mais contenons nos plaintes. Ce dénuement n^est-il point une des poésies du culte renaissant qui nous apparaît le plus attachant là où il est le plus pauvre ? Gomme ils devaient bien prier, dans ces masures qui ressemblaient parfois à la grotte de Bethléem, les chrétiens fidèles étonnés de s'y voir, le pied mal assuré sur ce sol qui tremble encore, profitant à la hâte d'une accalmie pour y saluer le ciel entre l'orage qui grondait hier et celui qui grondera demain.
Avec des locaux, il fallait un sacerdoce, et ici la difficulté était plus grande encore. La Terreur semblait l'avoir anéanti en France. La déportation l'avait jeté hors des fi'ontières. Dans la minorité qui n'avait point quitté le X3ays, les vieux prêtres rélractaires, ayant dépassé la soixantaine, étaient entassés dans les prisons. Les plus
I. Cf. Brimont, op. cit., pp. 338, 339. — « A mon retour d'Espagne^ écrit l'abbé Vilar, au sujet de Ponteilla, je trouvai l'église dans le plus entier dénuement, sans vases sacrés, sans linges, sans ornements; tout avait été livré entre les mains profanes qui l'exigèrent. Je me serais trouvé dans l'impossibilité de faire le service- divin, si quelques familles ne s'étaient réfugiées de Perpignan dans le village, pour éviter, autant que faire se pourrait, les mouvements qui agitaient les grandes villes. » Les évêques, en présence de cette misère, donnaient toutes les autorisations. « Je permets, écrivait, le i5 décembre 1793, l'évêque de Luçon, de se servir des matières les plus communes, même des verres, pour les vases sacrés et des plus simples étofifes pour les ornements. » La même permission est donnée en Alsace. (Beughot, op. cit.) '
jeunes étaient cachés dans les forêts, le creux des rochers, les fermes, disputant leur tête aux agents qui les pressaient de toutes parts. Les prêtres assermentés s'étaient vus euxmêmes cruellement persécutés par un pouvoir ennemi juré de toute idée religieuse. On les avait chassés de lem-s paroisses, traqués parfois comme des réfractaires ; on les avait avilis en les poussant en grand nombre, soit au mariage, soit à l'apostasie, et par la livraison de leurs lettres de prêtrise. A la mort de Robespierre, le clergé constitutionnel était décimé, disloqué et malheureusement déshonoré dans la personne de plusieurs de ses chefs et de ses membres. On pouvait donc se demander d'où sortiraient les ministres du culte dont on proclamait la liberté.
Or, le clergé, qui paraissait anéanti, se reconstitue avec une rapidité et une vitalité étonnantes. Les constitutionnels, plus agréables au pouvoir, malgré la persécution que leur avaient fait subir les fauteurs d'athéisme, reprennent leurs fonctions avec assez de facilité. Parmi eux, beaucoup de ceux qui s'étaient mariés, qui avaient abdiqué leur état, déclarent n'avoir faibli que sous la pression de la Terreur et vouloir rentrer dans la bienséance et le ministère ecclésiastiques. Parmi les réfractaires, les uns sortent de leurs retraites et se montrent hardiment, sentant bien qu'un esprit nouveau souffle sur la France, et que la sympathie des populations suppléera à l'insuffisance des lois ; d'autres, en grand nombre, sont libérés. Ceux enfin que leur grand âge a fait enfermer dans les prisons et préservés de la mort, s'empressent de réclamer leur liberté pour donner à la restauration du culte les dernières années d'une vie que la vue de tant de ruines accumulées dans les rangs du clergé, de tant d'absents, de tant de morts, de tant de martyrs, et aussi, çà et là, de tants d'apostats, les incite à consacrer au service de Dieu,
Qu'elle est touchante, cette requête adressée par les
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vieillards diélenus dans la Chartreuse de Castres au ministre de la Police générale, à Paris ! « Les prêtres soussignés, lui disaient-ils, peuvent-ils ,espérer que leur voix défaillante parviendra jusqu'à l'oreille du gouvernement et pénétrera jusqu'à son cœur ? Notre âge et nos infirmités nous ont valu le privilège de la réclusion ; plus jeunes ou sains, ou nous aurions quitté à regret les lieux qui nous ont vu naître, ou, sans domicile, sans abri, nous aurions été forcés de traîner notre pénible- existence dans le fond des forêts pour éviter le glaive de la mort toujours suspendu sur nos têtes, ou, plus vertueux peut-être, calmes et tranquilles, jouissant de la paix de Tâme, nous aurions porté.la tête sur l'échafaud... Ces temps de calamité sont passés, sans doute; un gouvernement sage s'établit... Depuis quatre ans, nous sommes privés de notre liberté. On ne peut se faire une idée de notre situation : représentez-vous une foule de vieillards, les uns dans l'enfance, les autres couverts d'infirmités, manquant du nécessaire, obligés de se donner mutuellement des secours insuffisants et voyant expirer plusieurs d'entre eux par le manque <le soins et dé misère... Notre prison sera-t-elle perpétuelle ? Elle l'a étéj néanmoins, pour plusieurs d'entre nous, et pour peu qu'on tarde, elle sera notre tombeau... Nous. avons fait notre déclaration de soumission aux lois de la République ; elle est sincère et véritable... Nous attendons de votre justice et de votre humanité que vous nous rendiez à la liberté et à nos familles. Que peut craindre un gouvernement fort et puissant de quelques vieillards infirmes qui n'ont que quelques instants à vivre ?»
De telles requêtes faites au pouvoir par des prêtres âgés, inaliades, inoffensifs, malheureux, presque martyrs, finissent toujours par aboutir quand, au délire de la persécution et aux accès de rage, succèdent des temps plus calmes laissant prise à la réflexion et à la pitié. Les his-
toires locales nous prouvent que, dans un grand nombre de diocèses, les vieillards détenus furent libérés i. On devine que leur premier souci fut de courir aux autels pour y ranimer le feu divin qui menaçait de s'éteindre, pour porter à leurs concitoyens, de leurs mains tremblantes mais fidèles, le flambeau de la foi.
Ainsi, la plupart des prêtres restés en France, et qui ont échappé à la mort, insermentés, assermentés, jeunes gens, hommes mûrs sortis de leurs retraites ou vieillards sortis de leurs prisons, forment un personnel ecclésiastique qui va parer aux premiers besoins du culte renaissant.
Mais voici des recrues nouvelles, voici tressaillir audelà des frontières ceux qu'une persécution impitoyable a jetés hors de leur pays. De quel poids les douleurs de l'exil pèsent siuvces infortunés i La France; malgré ses rigueurs et ses crimes, est toujours la France. C'est là qu'ils ont laissé leurs autels, leurs foyers, leurs parents, leurs amis 2. Faut-il renoncer à l'espérance dé revoir tant de choses aimées ? La niort qui avance, et dont tant d'épreuves, tant de privations précipitent le cours, va-t-elle les surprendre loin des tombes des ancêtres, loin du cimetière paroissial où ils comptaient dormir le dernier sommeil? De temps en temps, les nouvelles du pays, attendues avec une impatience haletante, en signalant une éclaircie dans le ciel, surexcitent leur espoir. La mort des tyrans,
1. Requête du 8 fructidor an IV. (Rossignol, op. cit., p. 222-223.) — V03'., pour.l'élargissement des prêtres en Bretagne, Tresvaux {op. cit., t. II,
•p. 142). Dans la Charente ce fut difficile, et on ne relâcha les vieillards qu'en ijgS. (Blanchet, op. cit., p. 26o-265; L. Sciodt, op.cit.,l\, p. 281.)
2. Un prêtre aimait à cultiver sous un ciel étranger les plantes venues de la patrie. « Remerciez, écrlvait-11, le brave Louis des graines de chicorée, de laitue, qu'il nous a envoyées. » Ils demandent de la graine
' « d'oignons, de carottes, de radis ».
les lois de la Convention plus favorables à la liberté religieuse ; bientôt, sous le Directoire, les élections réactionnaires les décideront à prendre le chemin de la France.
Il faudra d'abord une grande prudence et aller pas à pas. Le couteau de la guillotine, en activité contre les prêtres depuis si longtemj)S, n'est point encore émoussé pour avoir coupé la tête de Robespierre. Dans le cours de 1794. un petit nombre de déportés en Suisse sont assez audacieux pour tenter l'aventure, et encore plusieurs se bâtent de repasser la frontière, « voyant qu'il ne faisait pas bon au delà ». D'autres restent, mais attendent dans les forêts, sur les confins de la France, « le signal de la délivrance ». L'un d'eux se dépeint dans ses lettres, « errant et fugitif, ici dans une hutte, là dans une maison isolée, plus loin dans les bois », souvent tout transi de froid. Pour calmer son impatience et réchauffer l'amitié, il correspond avec ses paroissiens sous le pseudonyme de Saint-Pierre, demandant à celui-ci de lui envoyer de gros souliers capables de résistera la neige, à celui-là, « une paire de bas noirs drapés et une veste d'étoffe solide et chaude pour l'hiver qui approche M>.
Gomment arrêter longtemps à la frontière des hommes que l'amour du pays et l'amour de Dieu encouragent à la franchir ? A mesure que les nouvelles reçues annoncent que la paix semble se faire et la persécution s'affaiblir, il s'opère dans toutes les- provinces une infiltration du clergé «migré. Les rapports faits par les administrateurs, les commissaires, à la Convention, au Directoire, constatent souvent avec alarme cet inquiétant retour de proscrits qu'on croyait partis pour toujours. Au dehors, les lettres des exilés eux-mêmes nous font assister, en quelque sorte, jour par jour, à ce mouvement vers la France.
L'évêque de Luçon, M. de Mercy, écrit de Ra venue, le
I. Beuchot, op. cit., p. 83; Sauzay, op. cit., t. IV, p. 6o3-6o5.
Zja^ RENTRÉE DANS LES ÉGLISES
ao avril 1795 : « Beaucoup de prêtres émigrés, déportés, sont rentrés ; presque tous ceux des diocèses de Lyon, de Marseille, sont partis ou se disposent à partir, appelés par leurs paroissiens ou par leurs supérieurs, évêques ou grands vicaires ; il en est parti douze de Ra venue, beaucoup de Bologne, de Ferrare, dix-sept de Rome, et une grande quantité de Suisse. On a des nouvelles de plusieurs qui sont arrivés, qui ont été bien reçus et qui travaillent avec fruit. Ils sont témoins de la conversion des plus grands persécuteurs, de beaucoup d'intrus, de beau- CDup de jureurs. A Paris, se trouvent à la tête de l'œuvre évangélique l'abbé de Dampierre, grand vicaire, et l'abbé Emery, que nous avions cru guillotinés ; ils y sont connus et protégés. Déjà onze églises y sont ouvertes et on y voit le concours le plus considérable et le plus édi- . fiant. Voilà le miracle de la miséricorde de Dieu depuis la mort de Robespierre, et qui nous donne les plus grandes espérances pour le triomphe de la religion ; ;mais nous ne voyons pas encore aussi clair sm* le triomphe de la monarchie^. »
Tous les documents confirment les impressions de M. de Mercy. Toutes les frontières donnent passage aux revenants. L'organe du clergé constitutionnel, les Annales de la Religion, dénoncent particulièrement les prêtres qui, arrivant de Suisse, envahissent « les départements fi'ontières, comme l'Ain, le Jura, le Doubs, la Haute-Saône, etc. Dans tous les départements, ils pullulent comme les sauterelles d'Egypte. Déguisés en ferblantiers, en marchands, en canonniers, et sous toutes sortes de costumes, ils parcourent les campagnes. » Le département du Doubs
I. Le même évêque écrivait le 28 mars 1796 : « Dans le Lyonnais, le Dauphiné, la ProA^ence, la religion a fait de grands progrès : elle s'y exerce publiquement. Beaucoup de prêtres sont rentrés et rentrent tous les jours. Beaucoup d'autres se disposent à partir. Il est bon que quelquesuns rentrent pour soutenir la foi des fidèles, mais il en rentre trop ; ils se nuiront les uns les autres. Ils pourront donner lieu à de nouvelles persécutions. » (Lettres inédites de Mgr de Mercy^)
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comptait, à lui seul, le i5 ventôse, plus de quatre cents insermentés. La Lorraine allemande, Paris, les départements de l'Est, du Centre, du Midi, en sont inondés. « Il est rentré un grand nombre de prêtres, écrit le vicaire général de Lyon. Ils ont été reçus avec enthousiasme ; ils travaillent avec succès et ne suffisent pas, tant la moisson devient abondante. D'autres s'acheminent pour aller partager leurs travaux. » En 1796, le Comité de surveillance du Mans dit à la Convention : « Le fanatisme- fait des progrès si rapides que la plupart des municipalités des campagnes n'osent plus tenir leurs églises fermées. Les chouans se multiplient de la manière la plus effrayante. » Au printemps de l'année 1796, on signalait de toutes parts la présence de prêtres déportés dans la Haute- Alsace. Tous les départements participent plus ou moins à cette renaissance religieuse; c'est au point qu'aux fêtes de Pâques 1795, le culte se trouvait rétabli dans un nombre extraordinaire de commîmes. A Rouen, l'autorité civile concède officiellement neuf églises. Il y avait, en outre, les chapelles domestiques. Les rapports constatent les messes dites dans « presque tous les quartiers » de la ville, et la fermeture volontaire des boutiques le dimanche '. Du fond de l'Italie, l'évêque de Luçon chante cette résurrection ; « Presque partout, dit-il, on voit tout le monde revenir à l'Eglise romaine et la religion reprendre ses droits. Le culte catholique est exercé publiquement et librement dans une partie de la France; ici, c'est dans des églises ; là, c'est dans des maisons particulières ; dans im. endroit, c'est avec publicité et liberté; dans un autre, c'est avec plus ^e mystère ; mais pa:rtout, en général,
1. Sauzay (op. cit., t. VII, p. 698-706) donne pour le Doubs noms et statistiques. — Pour la lettre du vicaire général de Lyon du 6 mai ijgS, cf. Theiner, op. cit., t. II, p. 490Î — ' SciouT, op. cit., t. IV, pp. 347, 3^6 (pour la renaissance religieuse dans l'Aube). — Pour Rouen; Loth, op. cit., pp. 643, 639^73. On écrivait de l'Hérault au Directoire : « Des prêtres sujets à la déportation célèbrent journellement des messes. Ils ne prennent plus la peine de se cacher : leur parti est le plus fort. » <Saurel, op. ciï.'y 'WI, aSg.)
ropinion est changée et elle l'est en faveur de la religion I. »
La renaissance chrétiennes se poursuit sous le Directoire. Les élections, de plus en plus favorables, en augmentant la confiance, encouragent les retours. « Le mouvement quant à la religion est donné, écrit au roi l'archevêque de Reims, en juillet 1797. Il deviendra tous les jours plus rapide. » A la même époque on mande d'Espagne « qu'il part tous les jours des troupes de prêtres français qui tous sont reçus dans leurs paroisses respectives avec tous les sentiments d'allégresse, de respect et d'amom* ». L'administrateur de l'Ariège écrit au gouvernement que près de deux mille prêtres avaient ïranchi la frontière de la Péninsule après le coup d'Etat et qu'une quarantaine seulement avaient depuis quitté la France. Au mois d'août 1797, presque tous les déportés en Angleterre veulent partir. Il en était rentré dans le pays environ un millier avant Fructidor. La plupart restèrent 2.
Les exilés prenaient les moyens les plus ingénieux pour se frayer le chemin vers la patrie. L'ambassade française en Suisse informe le Directoire que les prêtres réfugiés
1. Lettre inédite de M. de Mercy, 25 avril ijgS. — Après la mort de Robespierre les prêtres du diocèse de Charabéry rentrent en foule. Lavanchy, op. cit., I, p. 474-475. — Au printemps de 17^, les prêtres rentrent en masse de Suisse. « Ils ont peine à résister aux invitations de leurs anciens paroissiens qui souvent viennent les chercher eux-mêmes », dit un document contemporain. Cf. Becghot, op. cit., pp. 8r, 82.
2. Archives nationales, F" VII 7386. — Torreilles, op. cit., p. 566. — Plasse, op. cit., t. II, p. 208-2II. L'évêque de Saint-Pol-de-Léon, dans une lettre adressée en 1797 au roi, auquel il ne voulut pas dire toute la vérité, donne des chifiEres un peu différents : « Depuis quelques mois jusqu'à ce moment, sur plus de 5,ooo ecclésiastiques qui sont réfugiés en Angleterre, il n'en est passé en France que 3i6. Un beaucoup plus grand nombre se dispose à passer, mais on attend avant de partir que le décret qui doit intervenir sur les cultes soit rendu. Nous continuons à ne laisser partir
dans ce pays s'y faisaient naturaliser et ensuite rentraient en France en qualité d'étrangers. Un procureur-syndic se plaint dans la Haute-Alsace du « misérable sophisme », de « l'astucieuse abstraction qui métamorphose tout à coup en Suisses des Français nés, domiciliés, employés en France avant la Révolution, les reproduit avec assurance au milieu des Français restés fidèles à leur patrie ». Des femmes vaillantes apportent, de départements limitrophes, aux exilés des passeports en blanc avec les pièces nécessaires. Au besoin, il suffît de trouver quelqu'un ayant avec le déporté une certaine ressemblance pour obtenir ce précieux papier i.
Malgré le passeport, ou parce qu'on n'en avait pas, la situation des rentrants restait précaire et toujours menacée. Les histoires des diocèses décrivent dans de longues pages la chasse aux déportés qui avaient eu le courage de repasser la frontière. Ils sont traqués, obligés de se cacher. « C'est de nuit, disent les rapports des commissaires lancés à leur poursuite, qu'ils reçoivent des visites et qu'ils exercent des fonctions dans des maisons particulières. Le jour, ils sont invisibles et ont soin de changer de logement le plus fréquemment possible pour se sous-
que ceux qui joignent à la capacité un zèle réglé par la prudence, v Archives aff. étr., fonds français, vol. Sgi, pièces 352 et 4o5. — Dans le Var € les prêtres rentraient en masse de L'exil, soit en obtenant leur radiation de la liste des émigrés, soit en bravant la loi qui exigeait encore d'eux une soumission à la constitution de l'an IIIl- En 1800 et 1801, avant la promulgation du Concordat, un grand nombre dé paroisses eurent leur procession de la fête-Dieu. » Laugier, op. cit., p. 169.
I. Le rapport au Directoire de l'ambassade française en Suisse dit textuellement : « Un des principaux moyens dont les* émigrés se servent le plus souvent est là naturalisation par laquelle ils obtiennent la bour, geoisie dans quelques petites communes de la Suisse, .moyennant quelques cents francs... D'un autre côté, des commissionnaires, presque toutes femmes des départements limitrophes, apportent aux déportés des passeports en blanc, les. remplissent, et munies de ces pièces les conduisent partout où ils veulent. On obtient aussi de ces passeports entièrement en règle ; ils viennent ou de Suisse ou de la République. Il ne s'agit que de trouver quelqu'un dont le signalement soit à peu près ressemblant de celui de la personne qui désire voyager. » (Archives nationales, AF. III, 5i*.)
traire aux espions. » — « Quant à l'asile des prêtres depuisla Révolution, lisons-nous dans un autre document, on en a toujours trouvé dans les forêts et rôdant sur les montagnes, si bien précautionnés qu'il est extrêmement difficile de les atteindre, qu'il arrive aussi qu'à la nuit tombante ils approchent du village pour chercher des vivres, mais couchent ordinairement dans les granges isolées, à l'insu même du propriétaire. »
Ces précautions ne peuvent toujours défendre ces errants contre les poursuites de leurs ennemis. Plusieurs sont saisis dans leurs retraites. L'un d'eux s'était « caché dans un poulailler d'où il a été tiré » par les agents. Heureusement que la sympathie des populations leur fait souvent un rempart contre la force publique. Un rapport de la gendarmerie de Ribeauvillé, lancée en 1796 à la poursuite d'un déporté, dit que les habitants ont commencé, hommes et femmes, à soi^tir de leurs maisons, et à crier : « Alerte l alerte !» et à se rassembler avec des haches^ des fourches, des piques. Quand les soldats sont partis, les ministres de Dieu rappelés par les paroissiens reparaissent. Avant T'ructidôr, dans la Haute-Alsace, il n'y a guère de commune qui n'abrite un persécuté, lequel exerce ses fonctions tantôt dans le plus grand secret, tantôt, quand les temps sont plus favorables, dans les églises, en présence de plusieurs centaines de fidèles accourus de toutes parts. Pour se défendre contre toute surprise, les assistants s'armaient souvent de bâtons et même d'armes à feu, prêts à repousser tout assaillant. Gonunent lutter contre cette connivence des populations qui tiennent absolument au culte, qui défendent leurs prêtres I, qui au besoin vont les
I. Beuchot, op. cit., pp. 87, gi, 93, 98, io3. — Donnons quelques extraits de rappoi'ts qui se rapportent tous à l'an IV. — " Doubs, canton de Vercel. « Lors de la loi du 11 prairial, les prêtres insermentés furent tous rappelés par leurs anciens paroissiens. L'empire qu'ils exercent sur le peuple est si fort qu'il n'est pas de sacrifice qu'il ne fasse, pas de ruse, pas de moyens qu'il n'emploie pour les conserver et éluder la rigueur des lois qui les concernent. » — Canton de Labergement. « Les cultivateurs les
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chercher en Suisse , en Espagne ; qui les fêtent à leur retour et se montrent bien décidées à les garder ? Les temps étaient bien changés ; l'on voyait parfois les proscrits acclamés à leur arrivée par les mêmes hommes qui avaient salué leur expulsion par des cris de haine et de rage. « Nous vous avons chassé et nous venons vous cherchef. ))
Malgré toutes les entraves et tous les périls, les prêtres déportés étaient donc rentrés en foule, venant grossir les rangs de ceux qui travaillaient déjà au relèvement des autels. Nous voyons maintenant de quels éléments un peu disparates se composait le clergé assumant la charge du calte auquel les lois nouvelles entr' ouvraient la porte des temples. Prêtres constitutionnels, prêtres réfractaires restés dans le pays, les uns acceptant, les autres repoussant les serments politiques exigés parla Convention ; les vieillards sortis de prison reprenant avec courage un service actif ; enfin les déportés arrivant en masse de l'exil poxu' grossir les rangs du clergé fidèle, voilà la milice qui se mettait au service de la France religieuse. Il est à remarquer que nombre d'assermentés firent leur soumission aux évêques légitimes.
Voici, au besoin, un sacerdoce laïque qui viendra çà et là suppléer l'autre. On verra parfois officier, dans quelques églises où les ministres manquent, l'ancien sacristain,
adorent. » — Dordogne, canton.de Cariux. « Le peuple est si attaché au culte catholique qu'il fait deux lieues entières pour assister à la messe. » — Orne, canton d'Alençon. « Des présidents, des membres d'administrations municipales, au lieu d'arrêter et de faire traduire devant les tribunaux les prêtres réfractaires, les admettent à leur table, les coiichent et les rendent dépositaires des secrets de l'administration. » — Seine-et- Oise, canton de Dammartin. « La religion catholique a tout l'empire; ceux qui ne l'observent pas sont mal vus. 9 (Archives nationales, F» ', j io8, 7 iiQj 7 127, 7 129. — ÏAiNB, ies Origines de la France contemporaine, iSgS, in-8°, t. I, p. 227. — FoRNERON, op. cit.)
l'ancien bedeau, un paroissien que sa vie, sa situation sociale et son âge signalent au respect de tous et qui est qualifié de « chef de paroisse », plus souvent encore le maître d'école, qui n'était point alors un anticuré. Que de fois les proconsuls envoyés par la Convention en province se plaignent de ces « cultivateurs indignes d'im. si beau nom », de ces « régents de village » qui devraient donner l'exemple de toutes les « vertus républicaines », au lieu de se faire les serviteurs de la superstition i. On appelle messes açeugles celles qui sont dites ou plutôt lues en l'absence du prêtre.
Ce n'est pas un des moindres signes du besoin irrésistible qui pousse les âmes vers la religion que cette naissance spontanée d'un sacerdoce profane qui, en l'absence de l'autre, préside aux prières publiques. Dans les jom^s les plus sombres, le temple avait trop souvent subi l'invasion du plus étrange laîcisme. Du haut de la chaire, et aussi de l'autel, que de fois le maire et les conseillers municipaux, les jacobins de l'endroit, l'agent de police et jusqu'à la fille perdue, avaient lancé des nouvelles," des menaces, des ukases, des gaudrioles et des blasphèmes ^ \
1. Le 3o fructidor an V, l'administration du Bas-Rhin fait défense aux maîtres d'école et autres individus de diriger aucun office. Surtout après le coup d'État de Fructidor, on tenait des réunions sans prêtres dans beaucoup de départements. Le ministre de la Police consulté répondit qu'on devait exiger tous les serments « des individus, même laïques, qui exercent dans l'enceinte destinée à cet usage le ministère exclusivement attribué autrefois aux ecclésiastiques ayant reçu les ordres ». On voit dans la correspondance pour le département du Bas-Rhin que, même, après Fructidor, en fait de culte, « les réunions avaient lieu dans la presque totalité des communes du département ». (Sgiout, op. cit., t. IV, p. 343- 347, 639-640, 652.) — L'évêque de Luçon, M. de Mercy, écrit encore le 20 juillet i8oi : « Dans les paroisses où ne réside pas le prèti*e, il faudrait tâcher de trouver dans les deux sexes des personnes parmi les plus instruites, pour faire à jours et heures déterminés des instructions familières dont on pourrait leur fournir le plan, ou les livres dont elles se contenteraient de faire la lecture. Elles pourraient faire le catéchisme aux enfants et visiter les malades. » Lettre inédite de M. de Mercy.
2. Philippeaux, en tournée dans le Centre, raconte sa mission à la Convention. Pai'lant de ses faits et gestes à Chàteauroux, et faisant allusion à un mandement de l'évêque constitutionnel contre le divorce, il dit : « Je suis monté en chaire et, mettant à contribution l'Evangile et les Pères, je .suis parvenu à convaincre le bonhomme qu'il avait agi contre les prin-
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Certains s'étaient avisés de confesser. Il était bon que ces saltimbanques fussent remplacés momentanément dans la même chaire, devant le même autel, par des hommes auxquels leur foi et leurs vertus avaient conquis l'estime de leurs concitoyens.
cipes mêmes de la religion, en- troublant les consciences dans un sujet purement civil. » Aulard, J?ecaei7 des actes du Comité de salut public. — Pour tel laïque qui voulait confesser dans la Gorrèze, cf. René Fage, Le Diocèse de Tulle pendant la Révolution, 1890, p. 87.
I. Le culte renaît avec éclat à Paris. — Dans la capitale plus de liberté qu'en province. — Églises rendues par les pouvoirs publics. — Preuves multiples de l'enthousiasme religieux de la population. — II. Statistique des temples et oratoires ouverts de ijgS à i^gj. — III. On s'efforce de rendre au culte toute la splendeur d'autrefois. — Grandes cérémonies. Catéchismes. — Évêques qui officient poûtiiicalement. — IV. Recrutement du clergé nécessaire à ce service religieux. — Plus de 3oo prêtres présents à Paris. — Part des constitutionnels qui ont les faveurs de la Conrenlion plus que de la municipalité, mais qui voient beaucoup des leurs se rétracter. -^ V. Comment les catholiques profitent de la liberté.
— Reconstitution d'un petit budget et dons divers. — Les sociétés civiles auxquelles ont été remis les temples rendent des services, naais ont une tendance à dominer. — VI. Difficultés créées par l'intrusion des Théophilanthropes, des « Décadaires ». — Néanmoins succès triomphal du culte.
— Aspect chrétien que pi*end Paris. — Premières communions. — L'élan paraît irrésistible.
C'est peut-être à Paris que la résurrection du culte fut la plus éclatante de 1795 à 1797. Aussi bien la liberté religieuse ne fut-elle à cette époque nulle part plus grande en France que dans la capitale. En conséquence de la loi du II prairial an III (3o mai 1796), la municipalité, élargissant encore le décret qui n'accordait qu'une église par arrondissement, décida, le 8 juin, d'en ouvrir quinze, à savoir : Saint- Thomas -d'Aquin, Saint-Sulpice , Saint- Jacques du Haut-Pas, Saint-Étienne du Mont, Notre- Dame, Saint-Médard, Saint-Roch, Saint-Eustache, Saint-Germain -l'Auxerrois, Saint-Merry, Saint-Nicolas des Champs, Saint- Gervais, Saint -Philippe du Roule,
Saint-Laurent et Sainte-Marguerite. L'impatience des croyants n'avait même pas attendu les décisions du pouvoir pour s'emparer de certains édifices. C'est ainsi que, dès le i5 avril 1796, devançant le vote de la Convention, le clergé était rentré à Saint-Médard, qui fut ainsile premier temple affecté ostensiblement au culte.
Les journaux du temps, les rapports de police, noui disent le grand concours des fidèles, l'enthousiasme de la population retrouvant enfin sa religion, la cessation du travail et la fermeture des boutiques le dimanche, tous les signes de la joie et aussi de la foi publique. Les témoignages sont si nombreux, si concordants, si irrécusables, qu'il est impossible de n'y point voir la preuve de la renaissance chrétienne sur tous les points de la capitale i.
Evidemment les quinze églises officiellement désignées ne pouvaient suffire à une grande ville comme Paris. Elles avaient d'ailleurs l'inconvénient d'être ouvertes à tous
I. On trouvera des extraits multiples des journaux du temps, des rapports de police, dans l'ou^Tage de "ScnjuDT : Tableaux de la Révolution française, et plus encore dans la publication de M. Aulard : Paris pendant la réaction tliermidorienne et sous le JDirec'oire, 1793-1802, 5 voL in-S". Donnons quelques extraits. 9 mars i"9">. « Aujourd'hui dimanche, dans plusieurs quartiers' de Paris, boutiques fermées, et l'on voit de longues queues autour des maisons où l'on célèbre la messe. » — i3 mars 1795 : « Nos églises ne sont pas assez A'astes pour contenir tous ceux qui s'empressent d'aller entendre la messe. «Dans la section du Contrat social, « les femmes attendaient leur tour pour entendre la messe qui se disait dans une chambre ». En avril 1795, pour Pâques, boutiques fermées. Le Messager du soir, 4 juin K9\ dit: « Ce n'est pas seulement le dimanche que les catholiques de. Paris ferment leurs boutiques; Ils chôment aussi les jours de fête, et chacun hier était endimanché en l'honneur de la fête du Saint-Sacremént. Toute la journée, les édifices consacrés au culte catholique ont regorgé de pieux fidèles qui pleuraient de joie au spectacle édifiant des antiques cérémonies. Rœderer n'aurait pas pu faire un pas sans se boucher le nez, car dans presque toutes les rues, on A-oyait s'éle- \er la vapeur de l'encens que les chrétiens brûlaient sur leurs autels. » — 26 décembre 1793: « Hier, fête de Noël, U y a eu grande affluence dans les édifices destinés au culte. » Même constatation pour la Toussaint de 1796. La. Gazette française du n brumaire dit : « Depuis qu'il a plu au philosophisme de décrier la religion chrétienne, aucune fête catholique n'a été chômée avec autant d'uniformité que l'a été celle de la Toussaint. Toutes les boutiques étaient fermées et les églises pleines jusqu'aux portiques. » — i6 avril 1797 : « Le culte a été très suivi hier. Les églises ont été généralement remplies ; il y en a eu plusieurs qui contenaient à peine leurs habitués. L'afttuence des personnes du sexe y est surtout considérable. Presque dans toutes l'orgue s'est fait entendre. » — 18 juin : « Les églises,
les cultes ^. Pour éviter ce mélange et aussi pour faciliter l'assistance aux offices, les catholiques ménagèrent des oratoires dans les diflerents points de la- ville. Des locaux divers, chapelle d'ancien couvent, vieux temple, au besoin, presbytère, hôtel, magasin, maison particulière, fournirent le modeste sanctuaire qu'envahissait rapidement l'affluence des fidèles.
Nous pouvons établir, quartier par quartier, l'emplacement de ces églises' de ces oratoires, dont- le nombre ne tarda pas à dépasser cinquante en 1797, pour atteindre un chiffre beaucoup plus élevé sous le Consulat 2.
surtout celles desservies par les prêtres non assermentés, ont été constamment remplies. Les quêtes ont été généralement très abondantes. » AuLARD, op. cit., I, 542, 559, 563, 640, 567, :;68; II, 565; III, 553; IV, 66, 67, 184 ; V, 25. — « On s'aperçoit dans cette ville que la liberté des cultes n'est point illusoire ; plusieurs églises étaient ce matin (24 ventôse an III) si pleines de iidèles que leur surabondance formait de longues queues, comme aux portes des boulangers et des bouchers. Beaucoup de boutiques étaient fermées, et des citoj-ennes endimanchées remplissaient Ips promenades. Il paraît que c'est la classe laborieuse qui est la plus attachée à la religion, à en juger par les personnes qui assistaient à la messe. » Journal des municipalités, n° i3.
I., L'article IV de la loi du 11 prairial an III dit : « Lorsque les citoyens de la même commune exerceront des cultes difiPérents, et qu'ils réclameront concui"remment l'usage du même local, il leur sera commun ; et les municipalités fixeront pour chaque culte les jours et heures lés plus conA'enables, ainsi que les moj'cns de maintenir la décence et d'entretenir la paix et la concorde. »
2. On lit dans les Annales catholiques au sujet des églises de Paris pour la période de Pâques 1797 : « Quoique très A-astes pour la plupart et au nombre de plus de cinquante, elles étaient insuflisantes pour contenir la foule. » Ludovic Sciout (op. cit., t. IV, p. 46o-465) a donné, d'après im rapport de police, un état détaillé des édilices où le culte se célébrait à Paris à cette époque. M. l'abbé Grente dans des recherches qu'il va livrer à l'impression a pu vérilier et compléter ces renseignements. Nous nous inspirons surtout de ces deux documents dans la statistique suivante :