‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 327 sur 354 · Lettres à Casteran · texte numérisé non relu

Lettres à Casteran

2. Lettre par laquelle l'évêque de Luçon commente la -loi du 28 septembre 1795.

l'apostolat A CETTE ^ÉPOQUE 475

gleterre, ne prenant aucune part aux affaires temporelles, respectant l'autôrite qui domine et ne nous occu-pant qu'à établir le règne de Jésus-Christ qui n'est pas de ce monde. » Ce ne sont point là de vaines règles qu'on trace, avec la pensée qu'elles ne seront jamais suivies. Elles étaient dans la nécessité des circonstances, et aussi" dans le cœm*, dans les vœux du clergé. Un observatem* attentif et J)eu suspect de bienveillance, l'ambassadeur de la République française en Suisse, atteste que les prêtres rentrent en France comme en un pays de mission, avec « un plan réfléchi d'abnégation et de prudence, décidés à respecter les lois établies, et à ne prêter leur ministère et leur influence à aucime intrigue politique ^ ».

Mais le missionnaire avait beau commencer son apostolat avec la volonté d'écarter tout sujet de division dans l'exercice de son ministère, des difficultés de tout genre devaient mettre à une grande épreuve les intentions les plus pacifiques. Le voilà d'ordinaire face à face avec les prêtres intrus qui peuvent l'embarrasser singulièrement s'ils persistent dans le schisme et peut-être davantage encore s'ils viennent à résipiscence, tant il risque de leur demander trop ou trop peu en réparation de leur faute. Et les fidèles qui se sont adressés à ces assermentés ? Faut-il tenir pour valides les absolutions, les sacrements qu'ils en ont reçus, ou bien doit-on faire recommencer les confessions qu'ils ont faites? Et parmi les pénitents que le repentir, les troubles de conscience peuvent amener à son tribunal, chez combien il va trouver de ces situations morales complexes, inextricables, créées par les excès ou

I. Correspondance dé l'ambassadeur français en Suisse (^Archivés). — CosTE, op. ciï., p. 25...

4,73 I.'APOSTOiîA.TI A CETTEsÉEJOQXJK-

1^'Crimes d'une Révolution dans-lesquels rentraînemenj, riB-téeêt ton la malice ont précipité, tant de Erançais ? ; Qiié d'iâfi^ekstasieSj que.' d'injustices ont été commises' dans un . teîaiïs^cpïi seniblait; avoir prâs^ à tâVîlier derjetèEi b^ lès-;=loés>diyines et'hnmaines ! Gom]nent'liqiiidèrrces>dettes contractées envers Dieu;^. envers> la société ?; Gomment traitJ^ç en particulier; ceux. qui,s'aecusent;d',avoir acquis ^ les? laéeas nationaux, le patriinoiîie de DEglise ? Plus grave;' encore était la question ; des mariages; Beaucoup avtdesntv été célébrés en l'absence; du curé légitime, parfais-- sans dispense: des empêchements- En ouïi^e, que' faire dési-divorcés que la loi avait ^autorisés à rompre des lieiis de la famille? Il iu'fist pas jusqu'iLUiZieM du.culte qui ne devienne un cas de conscience. Les prêtres catholiques devaient-ils accepter le mélange qu'on voulait leur imposer dans le même temple avec les assermentés, avec les officiers civils du décadi, avec les tlicopliilanthropes ?

Une. situation si difficile, si: étrange, avaitt attiré lattejïtiôiïîSoitjdësévêques -au dedans et au dehorsy soit des sage&^meïralistes à qui; était, écliu; le redoutable lionneur de:;paiierren;leur nom et de conseiller le clergé. Presque Piaa-'toutmous' voyons circuler; dans- lés missions-des directoires?-écrits pour guider la marclie des confesseurs. Les décisions y sont données d'une façon précise, tantôt' avec une certaine sévérité quand : c'est Mi Asseline^ é vêque de Boulogne^ ou- autre prélat rigoriste: qui: tient'là; plùine, tantôt plus largeSj. quianddes - évoques ; réunis- à? GbnstJfaice obéissent -à l'esprit i de tolérance de- MI de La- Luzerne ^i

!.. Uécrit rédigé pour les; missiomiaicesjpar les; évêqi!e9.-detConstànce avait pour titre : Instruction pour la pratique du. saint ministère durant la persécution: — Quoique modéré,- ce document lut dénoncé' violemment pai* l'ambîissade française en Suisse.. (Beuguot,^o/>; c/f., p. 83^84.). L'écrit rédigé par 'M. Asseline avait pour titre : AMs concernant l'exercice '^^dû saintmihistère dans les circonstances présentes, i^95,ï3&,pjEkges. inTi2;iÇet::aYls -traitait : i" dé l'enseignement ; 2° du baptême ; S» de l'instruction des enfants ; 4° de là célébration des saints mystères ; 0° de la pénitence ; 6° du mariage ; y de rextrême-onction;; 8»- des -prières a^prèsdecdécès'; 9° des -dimanches^^t^'êtes ; 10° des décadis; 11° de l'abstinence; ia° des assermentés^-intÉus^aS» des

On Tire >s^€ïi itient pas t^à iâe courtes indications. Trois bn^np^es^^y^^composés enltiilîe, «n^E^pagne, en Alleinagnè, sons (les'yenx et î4e ^ contrôle' aesëTêqnes exilés, tràiterit dans(^usiles' détail* des devoirs, a«: la w^ .niïssi©nnaire,'etleur=tra:eentdes>Tègles de conduite dans ces difficiles; «onjonètures.

ni

:La queétion -si gi'aA'e des niariages est tranchée d'une

façon'précisef et d'après un principe accepté par tous. La

•présence du curé exigée pai'» le GonGile de Trente U'' est point

réguliers; 14° des séculiers; 15° des biens appelés nationaux; ïG^-des réparAtions.des.donuiiagesîi7°"dGS -assignats ;i8» des successions.! Cet avis fut adopté par lin. gi-arid nombre d'évêques. — On ti'ouvera dans les Œm-rcs complètes de'La Luzerne, éd. ;Migse, t.- VI,.;p.''5Ç9^782,! le texte ;desJ/is/p«/ciions données en i^g4, dans les temps les plus terribles de la Révolution Jrançaise, aux prêtres fidèles restés en France. Ces instructions, rédigées par l'évêque:deiaH[gres,'furent adoptées parles' évêqnesréfugiés:à Constance, sous le titre ci-^essus.

• I he'Màmwl desr^missionnàireSyvéAigéen Italie-par l'abbé" CostCj prêtre, du; diocèse ^de'TullejCircula'longtenïpsJde 'main en main en -manuscrit. Bien-quc'i'aiitéur ffit mort en 1796, son^ivre fut imprimé à-Rome en' 1801. Ilvporte en; tête ■ un bref êlogieux de Pie -VI et une lettre non moins approbativo 'dé ÎNI. d'Aviau, archevêque de Vienne. Nous aVons eu occasion de citer cet 'écrit, ainsi 'que ■ l'ouvrage /que • l?àbbé Saussol, rié à Dourgnejsdiocese.de Eavaur, futur évéquedé:Sée/j composa à Montserrat en présence "de'rarchevêque^d'Auch,*desévêques de La vaur et.de'Tarbes, ■sous ce 'titre : "Traitélde la eoridinfc 'à tenii: après la persécution. Cet ouvrage 'ne'f ut publié qu'en 1801 à; Florence. Tïnoutre, al- se tint a Hildcshcira,ien "Allemagne, de 1796 'à'iSo2,-sous la présidence de M. Assèline, évèque 'dé Boulogne, des conférences dont le résumé lut' publié en- ï83o, cniS A'olumes in--i2, par M.Delahaye, soHs^le titre^^de "-.S'c/Vnct; 'd« cpre/î^s- .se«r. Ce travail rchferjnel'exposédesprincipes qui réglèrent la conduite des confesseurs dans- les principaux- diocèses 'du nord *dë la -Prance, particulièrement dans le diocèse -délBoùlogno -au- jnoment dé la Révolution. L'évéque'de ; Luçon,;°~dans iine •lettre 'du; 12 août ï8ot, faitle plus grarid éloge ' -dé ' lk>u vrage • 'de l'àbbé -Saussol, 1 -lequel : porte en tête un bref -de -Pie VI, en?da-te du'So octobre 1800. Le pape avait fait dire à l'auteur de ne pas trop -répanidre- son ouATage par prudencci-en raison des -circonstances ; mais c'était au 3 octobre 1800, et l'ouvrage li'en a- pas été moins imprimé. « L'auteur m'en a envoyé, dit-M. de'-Mercy, un exemplaire qu'il a eu bien dé la.pèineVà-jné faire -parvenir. JJéTaiatteridu'pendant plus de six- mois. Un autre ouvrage a été imprimé à 'Londres, intitulé : Extrait -d'une • répons0?3-'Kre'"docfeHrà:ureg"rand('Jcaï>6','résidaTit en -Angleterre, en date du •25caATll.i8or.îll-.alFair d'avoir été fait- exprès coiitre-l'intolérance de- certains prélats qui sont à Londres.-»

4^8 l'apostolat. A CETTE ÉPOQUE

requise quand les circonstances la rendent impossible ou même trop difficile. .« Les fidèles,, écrit l'a'rchevêque d'Auch, peuvent se marier sans prêtre, en présence de deux témoins catholiques, après quoi ils se présenteront devant la municipalité. » C'est d'après cette solution, donnée d'ailleurs par le pape à l'évêque de Luçôn, qu'on jugera de la validité des mariages. La décision relative aux décadis, aux temples communs avec les schismatiques, est ici exclusive, ailleurs tolérante, selon les dispositions des esprits qui ont à se prononcer i. Quant aux acquéreurg, aux détenteurs des biens ecclésiastiques, une extrême prudence est recommandée au confesseur, au missionnaire. Prêtres et fidèles devront être dans la disposition de s'en rapporter au jugement qui sera porté par rÉglise.

En attendant, les prêtres devront faire preuve d'un désintéressement absolu pour eux-mêmes. Dès 1798, un

• I. M. Émerj'-, dans une lettre à jMfvSpina, expose au délégué du pape la conduite tenue par l^s grands vicaires de Paris au sujet du serment de . haine à la royauté et des autres serments, à l'égard des prêtres constitutionnels dont ils iacilitent le retour. M. Emery dit qu'on n'a point interdit les églises ouvertes par le gouvernement aux théophilaVithropes, pai>ce que c'eût été les fermer aux catholiques, qui ne. peuvent se réunir que . . clans les églises. On a continué également à célébrer le. culte dans les temples qui servent aux décadis, parce qu'on h"a pas d'autres édifices où les lidèles puissent accomplir leurs devoirs religieux, recevoir les -sacrements, tels que baptême, première communion, mariage.- On n'a pas même défendu aux fidèles les déclarations de mariage qu'on les oblige de faire les décadis, car on n'a. vu que du « civil dans l'espèce de fête que célèbre ce jour-là la république.». On ne s'est pas inquiété des inscriptions profanes à la Victoire, à la Paix, que la police a. fait mettre sur 4e . frontispice des églises. On voit d'après cette lettre ( Vie de M. Emery, . I, 439-443) avec queUe largeur les grands vicaires gouvei*naient l'Eglise de . Paris. Beaucoup d'évêques de l'exil donnaient des solutions moins larges. L'évêque de Castres préférait, en 1^92, voir ses diocésains faii'e leurs offices : dans les temples protestants que dans les églises tenues par les constitu- . tionnels. Il leur défendait de « fermer leurs boutiques les jour& de déca- . des » et de « se mettre plus proprement ce jour-là ». M^' d'Aviau (Lyo.nn'et, I, 661, 662) . défendait l'exercice du culte catholique dans « les ' églises des constitutionnels Ou tous autres tant schismatiqués qu'hérér . tiques, ou même qui seraient destinées à des , assemblées civiles ou profanes». Il né permettait l'acte de soumission qu'à. la dernière extrémité, . et en exceptant tout ce qui était contraire aux lois de Dieu et de l'Eglise. . — Du fond de son exil, le cardinal de La. Kochefoucauld, archevêque de . Rouen, cédant à l'influence d'un conseiller, assez fanatique, envoyait à son diocèse des décisions rigoristes (Bastox, II, 389).

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prélat qui allait plus tard, dans la question des serments et dans l'afFaire du Concordat, montrer, une singulière intransigeance,. M. de Goucy,. évêque de La Rochelle, prêche le, renoncement, l'abandon à la ProTidence avec une véritable éloquence .1. La suite des événements ne" fait que confirmer le clergé dans ces dispositions. Comment, au milieu du désastre universel, parmi les deuils et les ruines accumulées, par la Révolution, pourrait-il être préoccupé d'intérêts temporels? Dans les privations de l'exil, il a depuis longtemps désappris son bien-être d'ancien régime. Il n'exigera . et ne demandera aucun salaire 2, se contentant pom' sa subsistance des offrandes

. I. « Nous sommes dans la nécessité, écrit M. de Coucy, d'être ou des apôtres ou des serviteurs lâches et inutiles, par conséquent de préférei- Jésus-Christ à tout- et de quitter tout pour lui. Soyons 'donc moins empressés de savoir si nous trouverons nos ressources temporelles et comment nous les recouvrerons, que de savoir comment nous travaillerons au salut des âmes. Ne nous inquiétons pas des moyens de subsistance qui nous attendent. La Providence ne -nous a pas abandonnés dans notre exil, et elle. nous suivra partout. Cherchons le royaume de Dieu pour nous et pour les autres, le reste ne nous manquei*a jamais, et mettons-nous dans' la 'disposition de tout sacrifier, s'il est nécessaire, pour conserver la religion plutôt que de penser peut-être à réparer nos pertes passées aux dépens de la i"eligion... Qu'il ne soit jamais dit avec fondement que l'amour des biens.terrestres soit le mobile des démarches que nous pourrons être autorisés à faire. Cédons avec douceur tout ce que nous pourrons céder en conscience sans faire tort aux pauvres de Jésus- Christ. Ne seronsrnous pas bien heureux de pouvoir obtenir par, la douceur et le désintéressement, même par quelques sacrifices, le salut de ceux que leur conduite rend si peu dignes d'égards, et de les forcer pailà de croire enfin àJa vertu, et bientôt de l'aimer ? Quel nouveau et terrible malheur ce serait pour nous, si pour des intérêts humains nous rendions notre intention suspecte et notre ministère infructueux -, si, en soutenant les droits imprescriptibles et inaliénables de la propriété et de la justice, nous laissions apercevoir de l'aigreur, de l'animosité, et nous nous échappions en personnalités odieuses ! Notre conduite à cet égard sera bieii discutée et bien épineuse, et il ne nous faudra rien moins que le désintéressement et la conduite des saints pour concilier tous les intérêts ensemble. » Mandement deTévêque de La Rochelle déjà cité.

2. « C'est une nation presque entière couverte de deuil, qui a longtemps gérai sôus ta plus cruelle oppression, et qui a expié ses premiers égarements par des torrents de sang. En revoyant ces belles provinces ravagées, ce peuple appauvri, presque toutes les familles ruinées, tout le monde dans l'affliction, quels cœurs pourraient s'ouvrir à la joie? » SaussoL, op. cit.. Il» part., p. 199-200. — Si on pouvait croire que nous sommes préoccupés d'intérêts temporels, notre ministère èe trouverait paralysé. A l'exemple de saint Paul, nous nous contenterons de recevoir « notre subsistance de quelques-uns des plus fervents ». Goste, op. cit., pp. 5;, 58; Saussol, op. ci7., Il» part., pp. i83, 187.

V48o l'aPOSTOI.AT,.A'.GETTE iÉPOQUE

Yolontaires. Et en ces ■ temps "tpéùblés :où pasteurs et dîdèles couraient souvent les mêmes dangers pourtila procession de / leurî foi , ^comment lies prêtres >n-aupàîenlH^ls point reçu de leurs ouailles 'un accueil empressé i?) Il est ïdes circonstances oui la niêmei famille ;:donne ; ^hospitalité fà-îDieu et à ses ministres.

< (uette situation Jie; pourra- pas durer toujoursiijariîéjjiïae ïdella chaumière et de la ferme, l>on^ourivun1îten^Jde ïléTolution/ ne saurait convenir .ài tout un cleEgé"*eniâu\à la liberté. Il fau!dra Bien aborder plus tard ilaM^fuestion prosaïque du budget. îEn ;attendant, les missionnaires semblent planer au-rdesBus des nécessités de l'exiëtencc.

Ils planent aussi au-dessus des passions humaines. Une recommandation instamte, c'est d'écarter toutmpréoco^ationpolitic[ue.x< Les pasteurs rendus ai leursitiîoupeaux, disent les évoques de Constance, doi^'^ent user^dd^a^-|slus grande circonspection dans tous les points^ fde -contact entre la Révolution et la croyance catholique, irCtTînerpas compromettre leur ministère etlcofiîùit dclenr-aiàissiôn par :un zèle' indiscret et. condamnable. ,» Cette 'îjgneddè conduite est niarquéc •d'une façonencore plus précîse^dagas les livres composés pour la direction du clergéuàt cette époque. « Nous éviterons, cidt le Maniièl du IMissionnaire, ce qiii pourrait?iridisposer contre nous les officiers publics )),i nous abstenant « de blesser: leur conduite, -scat privée, soit publique... . Il vaut anieuxnous tàîreet souffrir en silence que de :^nous répandre en paroles dont le moindre mal serait rinutilité. >» Nous assurerons mieux les fruits de notre ministère « si nous nous interdisans àbsohtinent de' paHer contré les lois et le ffoiiçernement... de parler politiqueet de paraître empressés de répandre ou même de savoir des nouvelles ; si nous gardons un profond silence sur la persécution que nous aTons souf-

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