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CHAPITRE VI Caractères très particuliers de l'apostolat à cette époque

I. Division de la France en missions. — C'était un recul sur le passé qui avait placé un curé dans chaque village, mais une grande preuve de souplesse et de vitalité dans l'Église. — Organisation des missions. ^~ IL Quel intérêt s'attache à l'histoire de cette renaissance qui rappelle les traditions de la primitive Église. — 11 faut rebâtir sur la table rase. — Avec quelle résolution les ouvriers éyangéliques acceptent cette situation si nouvelle et se mettent à l'œuvre. — III. Avec quelles diflicultés ils se trouvent aux prises. — Conduite A tenir à l'égard des intrus et des sacrements qu'ils ont administrés. — Que de crimes, que de désordres la Révolution leur laisse à liquider chez bien des iidèles. — Instruction des évoques, écrits divers pour résoudre ces cas de conscience. — IV. Décisions sur les mariages contractés pendant la Révolution, sur la promiscuité des cultes, '. sur les acquéreurs de biens nationaux. — Tels évoques larges, tels autres plus sévères. — Défense d'exiger aucun salaire, et surtout dé se mêler en rien de la politique. — Ne faire aucune allusion aux crimes de la Révolution. — Pas d'autres armes que le pardon et le' dévouement. — Que de conquêtes vont faire des apôtres, comprenant ainsi leur mission, sacrés par la souflfrance! — V., Le roi veut intervenir dans )a question des missions. — Succès des missionnaires. — Statistique. — VI. Beau spectacle de cette renaissance par la seule force de l'idée religieuse. — Mouvement irrésistible signalé par Camille Jordan et Royer-Collard. — Mais malveillance du Directoire. — Fructidor rouvre' l'ère des persécutions sans pouvoir arrêter la reprise du culte. ,

Au milieu de ces difficultés, et en attendant une reconstitution plus complète, la division des diocèses en missions fut mi essai d'organisation, de groupement des forces éparses en même temps qu'un instrument de conquête religieuse.

L'Église de France n'avait pas, soit comme temples, soit comme clergé, les ressources des temjps prospères. Aussi, en ces années où il s'agissait de regagner peu à peu le

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terrain perdu, donna-t-èlle à l'action religieuse une forme particulière. Elle établit partout des missions, et cette transformation rapide, presque sous le feii de l'ennemi, de son administration séculaire, est un des faits les moins connus, mais les plus remarquables de son histoire pendant la Révolution. Elle montre la puissance étonnante de transformation, d'adaptation à tous les temps, à tous les lieux, qui est en elle.

Evidemment, cette organisation nouvelle était la constatation officielle d'une déchéance. L'idéal d'une religion qui veut exercer partout son influence, j'allais dire son empire, c'est d'avoir en permanence dés représentants non seulement dans les villes, mais dans les campagnes. L'Eglise catholique avait atteint ce but avec un succès extraordinaire en divisant les nations en diocèses, les diocèses en paroisses, en plaçant à demeure dans chaque village, dans le plus humble hameau, un homme revêtu d'un caractère sacré, ministre du culte, gardien de la morale, confident de tous les secrets, mêlé aux événements de la famille, longtemps même à la vie civile, communale, sociale du peuple. Cet homme, homme de Dieu, homme d'Eglise, homme de la cité, avait un nom qui disait tout : c'était le curé. Et cette organisation qu'aucun temps, aucun pays ne connurent avant le christianisme, avait duré mille ans en France. Depuis Charlemagne, l'Église catholique, par ses curés, étendait la main jusqu'aux chaumières les plus reculées, jusqu'au plus intime des consciences et des âmes.

La Révolution avait jeté bas cette organisation merveilleuse. Il fallut là remplacer. On eut recours aux missions. L'idée n'était pas nouvelle ; l'Eglise l'avait adoptée dans les pays infidèles ou schismatiques. Mais elle allait être appliquée en France dans des conditions, dans des propiortions et au milieu de dangers qui donnent un singulier intérêt à cette entreprise. .

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Dans l'impossibilité où on se ti-ouvait d'ouvrir partout un temple et,, plus encore, d'y attacher un prêtre, il convenait dé créer un. centre j un conseil supérieur et,i sous sa, haute direction , divers groupements d'hommes appelésmissionnaires, se mouvant librement et avec. facilité dans les limites du canton: assigné comme champi d'action» à leur zèle apostolique. Nous avons les statuts dedâplupart des missions. Toutes sont organisées d'après ces principes;

Prenons comme exemple, celle du diocèse de Saint- Claude. Dans le règlement donné à ce: sujet,; en 1796,. l'évêque; M. de Chabot ^ déclare que, depuis deux: ans, là pensée de- cette création, le tourmente. A» la- tête des diverses missions entrelesquelles il jpartage le diocèse; il. place:unj! comité directeur ; à la tête de . chaque mission est VŒL' chef; auquel est associé un:: rt^/o^'*^' Ceux-ci ont sous leur contrôle un certain: nombre de niissionuaii'es qui sont tous « cantonnés », et chaque missionnaire a .sous sa dépendance • des chefs de paroisse et 1 des catéchistes. Cette constitution est simple mais féconde.; Le conseil supérieur, . composé- dlibinmes éprouvés, atteint partout et viîille à l'unité deidirectiori. Il sait, Au.besoin,: par «-les moyens d'usage », reconnaîtiTC; les initiés et iécartérvles intrus. Dans chiaque mission, le chef et V ad/ oint aesuvent le commandement tout en respectant rinitiative . et là liberté des mouvements chez les simples missionnaires. Ces derniers enîûn ont pour devoir; spécial de veiller sur chacune des paroisses placées dans leur rayon d'action.) Ils sont trop: peu Tiombreux.«t souvent trop; menacés pour séjourner longtemps dans chacime d'elles ; mais ils y sont rei^résentés; par lé. chef r de paroisse et- les' catéchistes; « Les missionnaires,- dit le règlement^ tâcheront 'd'engager les fidèles de chaque lieu; àr s'assembler lés diihanches et fêtes, pour vaquer auxexercices spirituels les plus propres à sanctifier les saints jours et àiremplacer lessecoui's de

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la religion.' qu'ils nc' peuvent avoir.. A cet cflet, il est important qu-unifidèleremarquiiMei par sa. piété, son âge, son instruction: et son zélé; préside sV ces nsseniblées. Les adj oints . et ■ les inissionna ires nommeront donc conj ointement :un chef; de .paroisse \}Ovœ:> tous les lieux ; où il conviendrar d'assembler les fidèles; »: Voilà - ce; sacerdoce laïque: dont nous avons parlé plus haut; Là où les prêtres manquent, un chef de paroisse civil, mais agréé par l'au^ torité ecclésiastique, dirige les offices; En y assistant, les croyants satisfont : leur faim de culte par ce qu'on leur; donne, et excitent encore leur désir de ce qui leur manque; Au chef ide paroisse viennent s'adj oindre les catéchistes,chargés de suppléer le missionnaire trop souvent absent dans l'œuvi'e^ capitale de l'instruction de l'enfance ^ Cescadres ncsont pas vides. Dès le mois de; juillet 1795, le grand vicaire pouvait écrire : ;« Nous avons à présent dànsle diocèse de Saint-Claude près de soixante ouvriers évangéliques, et Jun: conseil établi -qui correspond directement et -exactement avec Monseigneur. »

Unintérétparticulier s'attache à ces sixannées d'un apostolat qui rappelle, sur certains points; celui de la primir? tive.ÉgJise;..Leniot«st-souvent. prononcé. Il fût un itemps où; lès fidèles,~.étr.angers. amgouvemement de la chosepublique et aux>f onctions. sociales, indifférents aux révo^ lutions^qui élevaient et abaissaient les Césars^ séparés d'un monde quine^voulait point d'jeuix et quiils fuyaient à cause

I. « Ils. auront un soin particulier de l'instruction des enfants et des jeunes- gens.;. Lès'-missidnnairesrechèrcheront avec grand soin; dit le règlement, les personnes capables 'devfaire l'oflice de cafécftfsfes, les formeront et les animeront à remplir cet emploi avec zèle, en établissant un ou plusieurs- ^ans: chaque endroit;"selonrexigence ; ils auront, soin -de les faire pour.voir de bons livres. Ces catéchistes aideront le missionnaire dans'=ses-travanx -apostoliques-, l'instruiront dé l'état dés paroisses^ dû bienjqu'il y aurait à faire^ du mal qu'il-.y aurait à corriger ou à prévenir, des moments convenables ou défavorables, des obstacles ou facilités, lé précéderont ou le remplaceront pour bien des opérations, dans les lieux où il ne pourra être; ils seront, en un mot, ses hommes de contiance. » Ces statuts pour les -missions dans le diocèse de Saiiit-Clàudé sont donnés pardom Bèxoit î Histoire de Vàhbàye et de la teire de Saint-Glaude, iS^ grand in-8°, t. II, p. 882-883, — Theixer, op. cit., II, 497.

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de ses scandales, ne demandaient que la liberté de leur Dieu et le droit de marcher à la conquête du ciel. Cette époque semble revivre à. la fin du xyiii^ siècle. Le clergé a vu tout sombrer en France : honneursi, richesses, autels. Une nation qui mérita durant quinze siècles d'être appelée la fille aînée de l'Eglise est comme retournée au paganisme. Il s'agit de rebâtir sur tous ces décombres une Jérusalem nouvelle.

Il faut le dire, c'est ainsi que' les évêques, que lés prêtres envisagent la situation. Ils n'ignorent point qu'il n'y a plus rien debout, et ils sont résolus à reprendre l'édifice par la base. « Qu'ils sachent, écrit l'archevêque d'Auch à ses missionnaires, qu'ils sont au premier instant de la fondation de l'Eglise i. » Une prise de possession si modeste ne rappelle en, rien les splendeurs d'ancien régime. Mais qu'importe : les ouvriers évangéliques imiteront les disciples du Sauveur. Alors, dit un prélat, « ils n'avaient point de temples et partout ils avaient des autels... Tous les lieux se changeront en temples si nous méritons que Dieu daigne bénir notre zèle. Nous trouverons jusqu'à des Zachée et des Corneille qui nous recevront dans leurs maisons. Méritons de retracer les vertus des hommes apostoliques et nous obtiendrons leurs succès, nous changerons encore une fois la face de la terre ?. » Point d'autres préoccupations que celle des âmes. Goinme en les chrétientés de la Rome païenne ou de nos pays lointains , les prêtres, les croyants, déclarent vouloir ignorer toutes les choses humaines et ne s'occuper que des choses divines. « Le bien de la religion, dit formellement un conseiller des plus autorisés, exige que nous nous conduisions en tout comme les missionnaires qui travaillent dans les pays infidèles, dans les États-Unis de l'Amérique et dans l'An-

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