L^Ai»OSTOiAT À CETTK ÉPOQUE
biens de l'Eglise, la lâclieté et la perfidie; de commencer^ par leur reprocher leurs égaremeiits et leurs crimes, de ne leur annoncer que la nécessité de la pénitence sévère et des réparations auxquelles ils sont obligés, i) Non, non, « l'amour du prochain, le j)ardon et l'oubli des injures >}», voilà les vertus qui devront distinguer le véritable apôtre. « Notre exemple fera encore plus d'impression que nos paroles i. » Nous devons arriver en France avec la conviction ferme que nous n'avons pas à venger mais à conquérir. Dans ce but, nous écarterons tout ce qui divise pour ne xvenser qu'à ce qui peut réunir les cœurs par la charité et les âmes par une même foi. On évitera même de faire allusion à ceux qui se sont mis en rupture avec les lois ecclésiastiques, comme les divorcés, à ceux qui, dans le cours d'une Révolution qui a: déchaîné toutes les passions, se sont rendus coupables de quelque grand scandale ou de quelque grand crime. Ce n'est point, certes, que les pécheurs repentants, désireux de rentrer dans le giron de l'Eglise, ne doivent se soumettre aux conditions et à la réparation qu'elle exige. Mais il importe de ne dénoncer, de ne violenter personne. Attendons tout du temps et du retour spontané des consciences individuelles. Ainsi « la société sainte sera moins nombreuse, ihais elle serai plus pure ». Gonmié les événements transforment les hommes î Quelle différence entre la modestie de cette attitude, de
r. Lettre de Talleyrand-Périgord, archevêché de Reims, io juillet 1797. Arch. aff. étr.. Ibid., 591, pièce 352. — Goste, op. cit., pp. 23, 32, 49; — Saussol, p. i33-i39, 200-211. « Si on ne voit en nous que des citoyens paisibles, bienfaisants, amis de. l'ordre, . occupés du soulagement de l'humanité- souffrante, éloignés de toute domination, contents de pouvoir exercer la religion de nos pères dans ce qu'elle a d'essentiel et avec les limitations qu'on aura mises à tout ce qui ne regarde que l'extérieur, point empressés à ^ecou^Ter les biens, le crédit et la liberté dont nous jouissions, occupés au contraire à modérer le zèle trop ardent des fidèles qui pourrait les porter à vouloir- faire dominer la religion par la violence, alors les cœurs les plus aliénés' de la religion et de ses ministres; se rangeront insensiblement sous, ses étendards. » — « Si nous étions soupçonnés de n'aspirer qu'à recouvrer nos biens, à nous faire un parti ; si nous étions a charge aux fidèles, nous ne ferions pas grand fruit auprès de plusieurs. » Coste, op~ cit., pp. 285 58.
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ce projçràminèj et le langage, les revendications du clergé dans l'ancien régime !
Ceux qui tracent ces règles aux missionnaires n'en sont pas moins sincères. Ils savent et disent que « la conduite des pasteùrSj lorsque l'exercice du culte n'est que toléré, , doit être bien d,ifférénte de celle qu'ils sont obligés de tenir, lorsque la religion est dominante ^ ». Plus tardj quand l'Eglise officiellement rétablie aura repris possession de son domaine et conscience de sa force, il serait difficile de la réduire à cette sortie d'impassibilité, à cette abstention- complète en dehors de sa mission religieuse. Pour le moment, les prêtres ne semblent pas toucher terre. Etrangers à tout ce qui divise et passionne les hommes, ils ne veulent apparaître à leurs concitoyens que comme des envoyés célestes.
Cet apostolat d'un nouveau gem^e eut un plein succès. La division des diocèses. en missions fut heureuse dans plusieurs provinces. Avec ce système un clergé peu nombreux et même errant pouvait porter son action sm'tous les points du territoire. Tandis que les catéchistes laïques travaillaient sur place chaque paroisse, les missionnaires parcouraient le pays, administrant les sacrementSj recevant lés confessions, réhabilitant les mariages. Louis XVIII, voyant ce résultat, crut devoir recommander aux évêques une telle organisation des missions, sous prétexte d'intérêts religieux, mais y cherchant, au fond, un appui polir la cause royaliste 2. Là correspondance qui s'établit à ce