‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 330 sur 354 · CosTE, Op. cit., pp. 29, 53i · texte numérisé non relu

CosTE, Op. cit., pp. 29, 53i

2. Le roi écrivait dans une lettre datée d'octobre 1393 : « Par une note fiue je charge mes agents de communiquer aux évêques, et que ceux-ci l'eront connaître à ceux de leurs confrères avec lesquels ils sont en relation, je les exhorté à envoyer dans leurs diocèses dès inissionnaires également instruits, vertueux, courageux- et prudentSj où à se servir pour

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sujet entre les prélats et lé roi prouvé la prospérité des missions. Le cardinal de La Rochefoucauld donne au prince l'assurance qu'elles sont répandues daiis son diocèse de Rouen et dans ceux de Limoges, dé Sééz et de Metz. Le cardinal de Montmorency, évêque de Metz, confirme cette information pour son diocèse et va jusqu'à attester que « dans ce moment-ci (1797), il n'y a pas une seule paroisse qui manque de sêcoui'S spirituels ». Le primat des Gaulés, M. de Marbeuf, généralise ce mouvement poTU' la France entière. Après avoir vanté l'héroïsme et la prudence des missionnaires, il croit pouvoir dire au roi : « Les choses en sont à un tel point, Sire, que dans l'étendue de votre royaume, il n'est personne voulant sincèrement les secours spirituels qui iie puisse se les procurer i. » L'évêque de Boulogne, M. Asseline, donne les mêmes renseignements et ne craint pas de lancer cette ^.formation : « Il y a maintenant dans l'intérieur un assez grand et peut-être un trop grand nombre de minis-

cette mission des prêtres qui sont actuellement dans le royaume et qui réunissent les qualités qu'elle exige, atin de soutenir l'esprit religieux qui commençait à reparaître avant la dernière catastrophe (le coup d'Etat de Fructidor) et de donner à mes sujets les instructions, les consolations, en un mot, tous les secours spirituels, dont ils ont un si grand besoin pour le présent et pour l'avenir. »

I. Lettres du cardinal de La Rochefoucauld, 3o octobre 1397 ; du cardinal de Afontmorency, datée de Paderborn, 3o novembre ijgj ; de M. de Marbeuf, archevêque de Lyon, datée de Lubeck, i" octobre 1597. Arch. aff. étr., fonds français, vol. 592, pièce jo, p. 120-121. Le cardinal de La Rochefoucauld écrit au roi : « Ts'ôus avons éprouvé la consolation d'avoir prévenu les pieuses intentions de Votre Majesté. Les missionnaires sont nombreux dans nos diocèses et en j)roportion de leur étendue. » Le cardinal dé Montmorency écrit de Paderborn, le .3o novembre 1397 : « 11 y a plus d'un an que j'ai établi dans tous les cantons de mon diocèse des missionnaires zélés qui ne cessent de prêcher les fidèles et de leur inculquer les principes qui les obligent à rester attachés à leur religion et à leur roi. (Cette fin de phrase pouvait être de complaisance.) Ces missionnaires ont eu jusqu'à présent le plus grand succès, et ces prêtres courageux se sont néanmoins conduits si prudemment que peu ont été découverts, arrêtés ou incarcérés. Les derniers mouvements {coup d'État de Fructidor) ont forcé quelques-uns de ces missionnaires à prendre la fuite; mais l'homme chargé de ma confiance, et auquel j'ai donné tous les pouvoirs, vient de parcourir tout le diocèse et a remplacé tous les missionnaires qui étaient cachés ou en fuite, de manière que dans ce moment-ci, il n'y a pas une seule paroisse qui manque de secours spirituels. »

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très fidèles eu égard à la difficulté des conjonctures i. » L'évêque de Glermont est aussi tenté de trouver trop considérable le chiffre des prêtres rentrés en France. « De tous les ecclésiastiques déportés en 1792 de mon vaste diocèse, dit le prélat, il ne m'en reste pas au-delà de cinquante dans les différentes parties de l'Europe. » Après le coup d'Etat de Fructidor, au lieu de passer la frontière, « tous ont pris le parti de se cacher 2 ». Tous les diocèses n'étaient pas également favorisés, mais on peut dire que l'établissement des missions était la préoccupation générale de l'épiscopat 3.

Nous venons d'assister, sous la Convention, sous le Directoire, à une grande expérience. L'Église, sortie de la persécution sanglante, dégagée de l'engrenage gouverne-

1. L'évêque de Boulogne distingue dans le clergé présent en France, en dehors des constitutionnels : 1° les prêtres qui n'avaient jamais voulu passer la frontière malgré tous les dangers ; 2» ceux qui étaient revenus même pendant la persécution ; 3° ceux qui, dans les jours plus calmes, étaient « rentrés en foule ». Le prélat ajoute : « Malgré la rigueur des lois portées depuis la dernière Révolution (coup d'Etat de Fructidor), peu de ceux qui se sont soustraits à la déportation ou qui, après l'avoir subie, sont rentrés, sortent de France. » Arch. aff. étr., vol. 5q3, pièce 201, p. 78-fe.

2. Lettre de M»' de Bonal, évêque de Qermont, au président Vezet, Arch. aff. étr., loc. cit., vol. Sga, pièce i52.

3. L'abbé Petel étant venu à Constance en 1795, « l'archevêque de Paris, dit-il, nous proposa de passer dans son diocèse comme missionnaires. M. de Langres nous fit les mêmes oflQres. » Loth, ôp. cit., pp. 443, 444- — Le 8 septembre 1795, l'évêque de Senez écrit à ses diocésains (op. cit., -p. 35) : « Lès circonstances m'ont enfin permis de vous envoyer quelques ouvriers courageux et fidèles... Recevez-les comme des anges. » — Le 27 juillet 1794, l'évêque de Luçon écrit à son grand vicaire (Lettre inédite) : « J'approuve fort la division que vous avez faite de mon diocèse et la répartition des ouvriers évangéliqués proportionnelle à chaque canton. » Le même prélat, dans une lettre du 25 avril 1795, dit que les missions ont réussi « dans les diocèses de Lyon, Marseille, Aix, Toulon. Presque partout on voit tout le monde revenir à l'Eglise romaine. 1» A peu près toutes les paroisses du diocèse de Boulogne étaient pourvues dès 1797. On a conservé le nom des desservants qui. les remplissaient. Les missionnaires avaient aussi envahi le diocèse de Saint-Omer. (Cf. Deramecourt, op. cit., t. IV, p. 261-275.) — A certaines époques, les missionnaires répandus dans la haute Alsace se

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mental d'ancien régime qui l'avait entraînée dans sa chute et qui va la ressaisir au xix^ siècle, a évolue dans des conditions toutes nouvelles. Sans aucun lien avec les pouvoirs humains, placée en dehors et au-dessus de la politique qui divise, dépouillée des richesses qui amollissent les âmes et excitent l'envie, elle a vécu par la seule force de l'idée religieuse. La liberté lui a été ménagée avec une parcimonie extrême, les temples n'ont été qu'entr'ouverts, le clergé a été réduit au sort le plus, précaire. N'importe, cette nouvelle évangélisation de la France,, dans des circonstances qui rappellent les pays de mission, a. été. féconde.

Elle a rapproché dans un commun malheur brebis et pasteurs. Gomme il était bon ce contact du clergé et du peuple ! Ces prêtres qui, dans l'ancien régime, avaient eu parfois avec les fidèles des discussions d'intérêt, des difficultés pour la perception de la dîme, lui reviennent pauvres, dépouillés de tout, heureux de trouver un morceau de pain, de s'asseoir dans la maison du paysan, à la table de famille. L'envie qu'ils ont pu exciter autrefois a fait place à la pitié. Les épreuves delà religion, maintenant sa reviviscence, font battre d'émotion tous ces cœurs animés de la même foi. Certes, le contraste est grand entre le passé et le présent. C'est un spectacle saisissant de voir

comptaient par centaines. Détail intéressant, ■ tout prêtre venant de Suisse pour être missionnaire recevait avant son départ, « à son choix, un louis ou 4,000 aiguilles ». (Beuchot, op. cit., p. 81-90.) — ^^ Au témoignage de M. de Puységur, les missions n'avaient guère été organisées dans le diocèse de Bourges. Des déportés avaient même hésité à rentrer. L'archevêque de Bourges écrivait, le 9 août ijgS : « J'ai reçu plusieurs lettres de MM. les ecclésiastiques, qui me demandent de ne pas exiger d'eux leur rentrée, qu'ils croient que le moment n'est pas venu. Je leur ai répondu que mon intention, en organisant une mission, était de rendre le. plus utile possible la rentrée de MM. les ecclésiastiques, mais que je.ne sollicitais personne à rentrer. Je ne voudrais pas avoir à me reprocher des événements malheureux, quoique les circonstances paraissent devoir donner de la sécurité à cet égard. » (Brimont, op. cit., pp.. 196, 282, 289.) On peut encore consulter pour les missions l'ouvrage de dom Piolin, surie Clergé du Mans pendant la Révolution, t.. III, p. 554-436 ; pour la Savoie (divisée en vingt-deux missions), Lavanchv, op. cit., 1. 1, p. 5i3-523; pour le Var, Laugier, op. cit., pp. i55 et suiv., etc. -

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cette Meille Eglise gallicane, naguère encore si brillante, si riche, si puissante, si mêlée à toutes les manifestations de îa vie politique et nationale, ramenée à une simplicité primitive, et maintenant qu'elle a été chassée de. ses cathédrales fermées . ou détruites , obligée d'abriter ses mystères dans les plus humbles demeures, sans qu'aucun signe extérieur, aucune. convocation publique puisse les désigner comme la maison de Dieu. Cette chute ne sera pas sans compensation. L'Eglise, autrefois trop opulente, trop officielle, trop empêtrée dans l'Etat,. est en train de se reconstituer dans le silence avec une organisation toute spirituelle. Prêtres et fidèles ont la joie de se revoir, de se trouver réunis devant les autels que l'impiété pouvait croire renversés pour toujours-

C'est cette correspondance de sentiments, cette sorte de complicité religieuse entre le clergé et le peuple qui rendent la réaction chrétienne si puissante, si irrésistible. « Entendez, disait Camille Jordan, du haut de la tribune du Conseil dès Cinq-Cents, ces voix qui s'élèvent de toutes les parties de la France... Partout ces hommes simples et bons qui couvrent nos campagnes et les fécondent par leurs utiles travaux, tendent leurs mains suppliantes vers les pères du peuple en leur demandant qu'il leur soit permis de suivre en paix la religion de leur cœur, d'en choisir à leur, gré les ministres, et de se reposer au sein de lem-s plus douces habitudes, de tous les maux qu'ils ont soufferts. » Royer-Collard venait à la même place confirmer ce témoignage. « La religion, s'écriait-il, a survécu à la monarchie dont elle avait précédé la naissance ; elle a triomphé des attaques qui lui ont été livrées par la tyrannie révolutionnaire. Transmise à la génération présente par l'éducation domestique et par l'enseignement public, la persécution et l'habitude en ont gravé l'ineffaçable empreinte dans les cœurs. C'est cette religion qui est la base dé la morale populaire ; c'est elle qui sanctionne les

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