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homme assez éclairé pour les comprendre, assez puissant pour les faire triompher. Les évêqu.es se donnèrent ce rôle, sentant bien que leur situation, leur crédit, ne leur permettaient pas de borner leur activité à une mission purement spirituelle.

Nous les avons vus à la tête des assemblées jirovinciales et des pays d'Etats. Ils rentrent dans leur diocèse et dans leur palais, le cerveau rempli de projets de toute sorte qu'ils ne tardent pas, avec une énergie persévérante, à l'aire passer dans les faits. Talleyrand-Périgord, archevêque de Reims, obtient de Charles III, roi d'Espagne, et disperse dans les campagnes les j^remiers mérinos qui aient améUoré la race des moutons champenois. Quand Grimaldi, évêque du Mans, arrive de Paris, il ne rêve qu'agriculture et économie pohtique ; il fait planter son parc d'Yvré de mûriers et d'arbres étrangers au pays ; les religieuses des Maillets imitent son exemple. Forbonnais fait j)lusieurs rapports à la société d'agriculture sur ces essais qui finirent x^ar échouer. L'évêque-duc de Laon, M. de Sabran, accepte avec enthousiasme de faire partie du bureau d'agriculture, « bien que ne se flattant pas d'apporter de grandes lumières ». Il obtient, en 1783, du colonel duc de PoHgnac la construction, dans sa ville, d'ime caserne de cavalerie aux frais de l'Etat. Gomme Laon est d'un abord difficile, M. de Sabran ouvre une souscription, s'inscrit lui-même pour une forte somme, obtient un secours du roi et facilite l'accès de la cité*.

En Auvergne, les prélats n'ont pas attendu les assemblées provinciales pour s'occuper d'administration. De 1742 à 1776, le plus grand évêque de Saint-Flour au xvni« siècle, Paul de Ribeyre, comble son diocèse de ses bienfaits. A sa mort, le corps municipal de la ville fait placer les armes duj^rélat sur la porte d'entrée qu'il avait fait ouvrir. Le nom de Massillon réveille un charmant souvenir. Il aimait à se retirer à Beauregard, maison de campagne des évêques située à quatre heues de Glermont.

I. Baron de Galonné, La vie agricole sous Pancien régime dans le nord de la France, p. 44-45. — L. Devisme, Histoire de la ville de Laon^ i8:î2,t. II, p. 152-154.

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Il suggéra aux habitants de Beauregard de chercher quelques ressources dans le filage du coton. Il fournit luimême chaque famiUe d'un rouet et de quelques livres de matière première. Les femmes consacraient à ce travail leurs longues soirées d'iiiver. On conserva longtemps à Beauregard, comme une relique, le rouet de MassîQon, même quand cet instrument primitif fut abandonné pour des procédés plus perfectionnés * .

Ce ne sont pas seulement les évêques, les présidents d'assemblées ou d'États, qui se plongent ainsi dans l'administration civile. Les futurs évêques, les abbés, les doyens de cathédrale, accourent aussi à ces réunions et prennent part à toutes les discussions. Dans les pays d'Etats, la chambre du clergé comprenait ordinairement, outre les évêques, un certain nombre de prêtres séculiers et réguliers, que leur situation, l'importance de leurs bénéfices y faisaient convoquer ". Les organisateurs des assemblées x^rovinciales donnèrent également place à cette partie du clergé. De 1778 à 1788, nous voyons passer dans ces assises des hommes qu'attendait une grande renommée. A l'assemblée provinciale de l'Orléanais, nous rencontrons Siey es ^, chanoine et vicaire général de Chartres, l'abbé Louis, chanoine du Mans, conseiller-clerc au parlement de Paris, et qui devait se rendre illustre comme ministre des finances de la Restauration. A l'assemblée

1. Abbé Blampignon, Bpiscopat de MassUlon, 188^, in-12, p. 5o-56. — Abbé Chadmeil, Essai sur Vhistoire religieuse du diocèse de Saint-Flour, i856, p. 21. A Gap, Mgr de Pérouse avait réglé l'arrosage des prairies.

2. Les Etats du Languedoc ne comprenaient que des évêques; mais des abbés, des doyens entraient dans les petits Etats ou assemblées de chaque diocèse. En Bretagne, la chambre du clergé comprenait, outre les neuf évêques, des députés des neuf chapitres et des quarante-deux abbés de la province. En Bourgogne, la chambre du clergé comptait, outre les évêques, dix-neuf abbés de la province, parmi lesquels l'abbé de Cîteaux, vingt-trois doyens de chapitre et soixante-douze prieurs, en tout cent dix-neuf membres. Dix- huit abbés et dix-huit députés des chapitres entraient dans les Etats d'Artois ; cinq abbés dans ceux de Foix, trois abbés et un doyen de chapitre dans ceux du Nebouzan, etc.

3. C'est pendant l'assemblée provinciale de l'Orléanais que, d'après VEistoirede la Résolution de Bertrand de Molleville, le premier ministre Brienne aurait fait accepter, pour le faire taire, la promesse d'une abbaye de 12.000 livres de rente par Sieyès, qui s'était tout d'abord montré disposé à faire de l'opposition.

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de la généralité de Ghâlons siègent, avec les abbés de Qairvaux et de Morimond, , l'abbé de Périgord (Talleyrand) et l'abbé de Montesqiiiou, futur député à la Constituante, futur ministre de la Restauration et l'un des principaux auteurs de la Charte de 1814. La j)remière assemblée duBerry, sans nous présenter des noms aussi retentissants, compte cependant des hommes qui jouèrent un rôle sur la fin de l'ancien régime : l'abbé de Véri, ami de Turgot et qui suggéra à Maurepas l'idée de l'appeler au ministère ; trois abbés qui furent promus dans l'année àl'épiscopat : M. de Bethisy à l'évêché d'Uzès, M. de Hercé à l'évêché de Dol, M. de Séguiran à l'évêché de Nevers. Ce dernier, qui s'était déjà distingué à l'assemblée du Berry par des rapports remarquables, apporta plus tard la lumière d'un esprit supérieur à l'assemblée des notables et à la présidence de l'assemblée de Nevers. Voilà donc, pour le haut clergé, une grande école d'administration. Les curés seuls sont de fait exclus de ces assemblées sous prétexte qu'ils ne sont pas grands propriétaires *. Cet ostracisme nourrira dans leur cœur un mécontentement qui éclatera en plaintes amères, en 1789. En attendant, on court aux assemblées provinciales et aux assemblées d'Etats. Comme toutes ont, dans l'intervalle des sessions, des commissions intermédiaires -, où le clergé garde le plus souvent la présidence, on peut dire que celui-ci exerce une action continue sur l'administration temporelle des provinces.

1. Nous n'avons pas trouvé un seul curé dans les pays d'Etats. Nous rencontrons un curé dans quelques assemblées provinciales, établies à une époque où l'opinion publique est favorable au second ordre du clergé. Ainsi, dans l'assemblée de Haute-Guyenne, figure un simple curé de campagne, M. Gocural ; dans l'assemblée de Haute-Normandie, le curé de Gournay, etc. C'était bien peu. Les curés du diocèse de Nancy écrivent, peu avant la Révolution, au sujet d'un projet d'Etats provinciaux pour la Lorraine, qu'ils sont « quinze cents, presque autant de vicaires et autres prêtres séculiers...; qu'ils sont persuadés qu'il n'en sera pas des Etats provinciaux comme de l'assemblée provinciale, dans laquelle, sur onze ecclésiastiques, ils n'ont vu qu'un seul des leurs ; encore est-il doyen d'un chapitre... Cette assemblée ne représente la province en aucune manière et pour aucun objet, n'en ayant pas reçu le pouvoir. » Abbé Guillaume, Histoire du diocèse de Tout et de celui de Nancr, in-8, t. V, p. 32.

2. Non seulement les Etats du Languedoc avaient leur commission intermédiaire, mais chaque diocèse comptait, nous l'avons vu, outre ses petits Etats, qui avaient peu de séances, sa commission permanente en tête de laquelle était généralement l'évêque. Les Etats de Bourgogne, gui ne se réunissaient que tous les trois ans, étaient représentés dans l'intervalle par la Chambre des Elus. Chaque ordre nommait un élu général. Le roi

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Les grandes assemblées quinquennales de l'Eglise de France, où comparaissent les députés des provinces ecclésiastiques, les réunions des bureaux diocésains qui sont ensuite chargés de répartir les décimes sur tous les bénéfices, fournissent un autre et vaste champ aux goûts et aux talents administratifs des nombreux délégués qui les composent. Les deux agents généraux du clergé, véritables ministres détachés auprès du pouvoir central, sont régulièrement nommés évoques après leur gestion, et font ainsi entrer tous les cinq ans dans le corps épiscopal deux prélats rompus aux grandes affaires. Ailleurs encore, la dignité de pair du royaume, la fonction de conseiller-clerc dans les parlements, font assister ceux qui en sont revêtus à d'importantes délibérations.

Gomment s'étonner que des hommes qui ont passé par tant d'écoles diverses, aient une compétence spéciale sur des matières aujourd'hui tout à fait étrangères au clergé? Talleyrand, dont l'attention s'est portée de bonne heure vers les questions pubhques, prend part aux assemblées provinciales, s'occupe de projets de banque, va, dit-il, « prendre une idée des j)ays d'Etats », adresse des rapports « au conseil des parties », comme agent général du clergé. Quand vient l'assemblée des notables, c'est lui qui improvise, en quelque sorte, pour Galonné le Mémoire sur les blés et collabore aux rapports sur les dettes du clergé, sur les corvées, etc. On lui a prédit qu'il doit « un jour appartenir aux grandes affaires ». A la Gonstituante, la science acquise en vue d'un rôle j)olitique lui permettra de parler avec compétence des assignats, de la dette publique et des x^roblèmes de haute finance * .

A la même assemblée, l'abbé Maury fera preuve de connaissances xiresque universelles. On le verra, tel jour, improviser à la tribune un projet d'organisation judiciaire à l'occasion d'un incident soulevé par hasard,

envoyait un officier du bureau des finances qu'on appelait l'élu du roi. L'abbé La Fare avait été choisi par le clergé comme élu de Bourgogne* Les talents qu'il déploya dans cette mission le firent nommer évêque de Nancy. — Voir sur les commissions intermédiaires et, en particulier, sur les élus de Bourgogne^ les Assemblées provinciales , parle vicomte de Luçay, in-8, p. I23-I39.

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