‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 60 sur 354 · I. Georgkl, Mémoires, II, 218, 219, 21-29, i34 et i · texte numérisé non relu

I. Georgkl, Mémoires, II, 218, 219, 21-29, i34 et i

Quand éclata la Révolution, il y représentait, depuis plus de Tingt ans, nous l'avons vu, la France avec un luxe et un éclat extraordinaires. La correspondance de Benoit XIV avec le cardinal de Tencin nous montre quelle impression faisaient sur Rome nos cardinaux ambassadeurs et ministres d'Etat, dotés de plusieurs centaines de mille Kvres de rente, appuyés sur ce clergé de France dont la science et les richesses excitaient un peu l'envie du clergé romain moins instruit et besogneux. C'est jiresque avec humilité que Benoit XIV demande à Tencin de faire quelque chose pour « le pauvre Saint-Siège ».

Il était une place plus recherchée encore que celle d'ainbassadeur, parce qu'elle mettait le titulaire hors de pair, c'est celle de ministre. Cette ambition fait battre le cofeur de nombreux évêques. Rohan lui-même ne s'en défend pas. Les flatteurs lui répètent à l'oreille le nom de Richelieu, de Mazarin, de Fleur y, «Il avait plus que le droit, il avait le devoir, lui disait-on, de parvenir à la direction de l'Etat. » Rohan se laisse convaincre, se berce d'un fol espoir et dicte à son secrétaire, le baron de Planta, le programme des réformes qu'une fois ministre il réahsera pour le plus grand bonheur de la France. Nous avons vu Talleyrand, dont l'intelligence justifiait du moins les prétentions, saluer en Sorboime « le souvenir de Richelieu », Kre sa vie et les Mémoires de Retz pour se préparera son avenir poUtique. Sachant combien le titre de cardinal peut servir ses ambitions, U est en quête d'un chapeau même avant d'être évêque. Gustave III, roi de Suède, en aurait obtenu de Pie VI la promesse qui échoua, dit-on, à cause de l'opposition de la reine. Nous connaissons les noms des autres prélats prêts à se dévouer à la chose publique. Conzié, évêque d'Arras *, est du nombre,

I. a On reparle encore de l'évêçjue d'Arras et toujours de M. de Saint- Priest. M. de Vienne part demain ; M. de Puységur le remplace. » Lettre de M. de Boisgelin. — Talleyrand avait demande, quatre ans avant d'être

et cherche en vain dans l'ancien régime un rôle ministériel qu'il trouvera, quoique bien amoindri, dans l'émigration. Thémines, évêque de Blois « fut nommé un instant, dit-on, à la place de Brienne... Je ne doute pas, affirme Gheverny, qu'il ne fût parvenu au ministère, si la Révolution n'était pas arrivée. Enclin au despotisme, il aurait plutôt été un petit cardinal de RicheKeu, et peutêtre était-ce l'espèce d'hommes le plus nécessaires dans ce moment * ». Un rival bien plus redoutable était l'archevêque de Narbonne, Dillon, que l'éclat de son administration et de sa présidence, en tête des Etats de Languedoc, mettait en évidence et semblait indiquer pour les suprêmes honneurs. Il comptait être cardinal et avait espéré succéder à Maurepas. Malheureusement il était né paresseux. Ses facultés brillantes, «son génie», comme parlent les Mémoires du temps, n'étaient pas servis par cette persévérance dans le travail et l'intrigue, alors nécessaire pour faire triompher une candidature. La reine le fit écarter-. Les contemporains le regrettent. «Si la France, dit l'un d'eux, eût été assez heureuse pour le posséder dans le ministère, son génie trop peu connu l'eût délivrée de sa situation perpétuellement versatile sous Maurepas comme sous Vergennes. L'EgHse, unie dans le conseil à Turgot et àNecker, aurait établi en France la même prospérité dont nous avons vu jouir la superbe province de Languedoc'. » Loménie, qui craignait et jalousait DiUon, lui faisait cependant un accueil empressé, lorsque l'archevêque de Narbonne se rendait aux brillantes fêtes du château de Brienne.

Le lecteur serait étonné de ne point trouver dans les rangs des aspirants-ministres un homme dont nous connaissons déjà les titres sérieux et la capacité peu commune,

évêque, le cardinalat par la comtesse de Brionne, dont il fréquentait le salon, à Gustave III. Geffroy, Gnstabe III à la cour de France, 1867, t. Il, p. 16-18, donne la lettre de Mm^ de Brionne.

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