Lettre inédite du 14 janvier ijSS
3. Lettre inédite du i3 mars 1736 : «M. Turgot a besoin de réformes pour l'intérêt des finances, et les réformes de cour avaient besoin de beaucoup de courage qu'il ne sera pas en son pouvoir d'inspirer à tout le monde. J'en suis fàcIié pour le monde et pour la cour... Un roi de France est maître absolu quand il n'a point d'imposition nouvelle à lever sur son peuple, et voilà ce qu'on ne peut plus espérer sans réforme. » — Lettres des 20 et 27 mai 1776 : « Je regrette M. Turgotpour ses bonnes intentions, mais je ne le regrette pas pour moi. J'aurais voulu que le public eût tous les avantages qu'il voulait lui procurer, mais son ministère n'avait pour moi que des inconvénients... On regrettera dans les provinces l'homme du peuple. »
rien... » Et il n'a rien fait», observe Boisgelin*.. Quand Necker pubKe son fameux Compte rendu, son Traité de V administration des Finances, Boisgelin défend ces documents très attaqués à la cour, soutient qu'on peut être à la. fois bon écrivain et bon ministre, et prédit la rentrée de Necker dans le gouvernement '. En attendant les noms de Galonné et de Loménie de Brienne, les deux ministres qui précèdent le retour de Necker, reviennent constamment dans la correspondance de l'arcbevêque d'Aix.
Mais jDourquoi se contenter de parler des autres comme ministres quand onpourrait l'être soi-même . Boisgelin nous livre dans une lettre le secret des nobles ambitions qui font battre son cœur. Il se sentdutalent, du courage. Il se croit à la hauteur de ceux que la faveur du roi appelle dans son conseil. Il regarde par delà la Manche l'exemple donné par un grand pays, où les institutions libres poussent au premier rang les hommes qui ont reçu le don de l'éloquence et celui du commandement. Ce spectacle excite son ardeur et son envie. A ceux qui lui recommandent de ménager ses forces, BoisgeKn répond: « Qu'on ne me parle pas du repos de la santé. La santé n'est que le magasin des forces qu'on doit employer. Je suis égaré dans mon pays et dans mon état. Je vois à deux pas de ce pays d'esclaves frivoles (la France), je vois l'homme ûer et
1. Lettre du lo août 1380. — Boisgelin écrivait le i3 mars 1376: « C'est donc vers la Pentecôte que vous renvoyez M. de Malesherbes. Je l'aime et je l'estime, âlais il a beau dire, je compare son passage dans le ministère au voyage de Cyrano dans la lune. La différence est que Cyrano, dit-on, y retrouva la fiole remplie de tout son bon sens, et il crut pouvoir rap-
Eorter sonbîen sur la terre.Mais il n'yavàit de bon sens pourM. de Maleserbes que de ne pas venir dans le ministère ou d'y rester. Il paraît que ce sera M. Amelot. Le public ne parle plus de tous les autres. » Lettres inédites.
2. Lettre du 17 janvier ijSS: «Je ne serais point étonné du retour de M, Necker, et il faut avouer que la paix lui donnera les moyens, et son intérêt inême lui donnera le désir de bien faire. » — 20 janvier 1384 : « Nous croyons qu'on ne peut pas bien traiter les affaires et bien écrire... On dit : C'est un auteur... M. Necker est dévoué à une célébrité qui devient le tombeau de ses espérances. » — Lettre du 4 février 1384 : « J'ai
11384: «J'ai lu la préface y a cet amour-propre que je lui pardonne, parce que c'est la seule défense gui reste aux hommes de talent contre les oublis puérils de la cour. Mais il a mêlé partout la morale à l'administration, et il n'est vraiment pas permis de ne pas sentir une bonne morale employée à rendre les nommes plus heureux. Je ne parle que de l'introduction, et non de l'ouvrage même. Je ne l'ai pas encore lu, et je crois que sur beaucoup d'objets je ne penserai pas commelm.» Lettres inédites Ae M. de Boisgelin.
aSa COMPÉTITIONS POLITIQUES
superbe, exerçant sur ses semblables, rois ou citoyens, le vrai pouvoir que la nature lui donne, et que ne donnent point la fortune et les x^laces. Ce Fox est un bomme seul ; il n'aj)as d'autre force que d'être instruit et d'être éloquent, et il gouverne sa nation et commande à ses souverains. Voilà Pitt qui va descendre du ministère, et nul ministre ne pourra rien faire jusqu'à ce que cet bomme ait repris le pouvoir qui appartient à son génie, et vous me dites : portez-vous bien ! végétez comme l'insecte sur le sol qui vous nourrit, laissez monter en silence une sève insensible jusqu'à ce que les longs bivers aient dessécbé vos racines et fait tomber jusqu'à la dernière feuille. Ob! sacrées lois de l'ignorance et de la corruption, il faut faire naître les imbéciles dans votre empire, et renvoyer tous les hommes qui ont du sang dans les veines vers les heureuses terres où leur action peut s'exercer en liberté. L'âme humaine est la liberté même et la servitude est sa mort^ »
L'homme qui tient ce beau langage, qui éprouve ces saintes imj)atiençes et ce besoin d'agir, de jouer un rôle dans le gouvernement de son pays, ne XDOurra jamais s'enfermer dans l'inactivité de la retraite, ni renoncer à ses ambitions. A ceux qui continueront à lui prêcher le rej)os, il répondra : « Vous ne savez pas qu'on ne vit pas de sa vie, mais de ses sentiments et de ses idées. » Il comprend d'ailleurs les temps nouveaux. En admirant les libres institutions et les grands orateurs de l'Angleterre, en parlant de réformer « les vices de la monarchie », à une époque (1783) où le clergé professait encore dans ses manifestations officielles la doctrine du pouvoir absolu, il semble annoncer, s'il doit arriver jamais au rang suprême, un ministre qui honorera l'épiscopat et saura servir son pays. Cet avenir politique, il l'attend, il le prépare. Il veut que son administration en Provence fasse autour de son nom une auréole. Il veille sur la presse ^
1. Lettre inédite de Boisgelin, non datée, mais qui, d'après le contexte, est de 1^83. 11 dit dans cette lettre : « Vous aurez raison quand vous m'accablerez de tout le poids des vices de la monarchie... A quoi sert de se tourmenter quand on ne peut rien. »
2. « L'archevêque de Lyon vous parle de mes embarras (en Provence), et vous ne détruisez point ses idées. » — « Je vous envoie un courrier
qui commence à devenir une puissance, il entretient avec grand soin ses influences de cour. Malheureusement ce n'est pas lui, c'est rarchevêcpie de Toulouse, Loménie de Brienne, que les circonstances vont porter au pouvoir.
Quelle destinée étrange que celle de ce personnage qui, dès sa jeunesse, se trace le plan d'un magnifique avenir, qui veut être cardinal, premier ministre, qui y parvient à force de persévérance et d'intrigue, et qui, arrivé au faîte déshonneurs, échoue misérablement comme homme d'Etat, perd son honneur dans la constitution civile du clergé comme homme d'Eglise, etfinittragiquementdansun commun désastre avec tous les siens, une vie que plus de caractère, de conscience et de génie auraient pu faire si grande. C'est dans son archevêché de Toulouse, aux assemblées du clergé et aux Etats du Languedoc, que Loménie de Brienne avait posé les bases de sa réputation. L'opinion s'était même répandue que Dillon, archevêque de Narbonne, se réservant le côté brillant dans les assemblées, laissait porter à l'archevêque de Toidouse le poids des travaux. «Si M. de Brienne, dit un contemporains parut bien petit à Versailles, s'il fut bien vil à Sens, il fut, dans le Languedoc et à Toidouse, aussi grand qu'il peut appartenir à un particulier de l'être dans l'administration d'une province ou d'un diocèise. » Cette activité administrative, qu'il avait soin de faire célébrer par toutes les bouches de la renommée, les plans qu'il offrait volontiers au gouvernement, ses relations avec les ministres et les partis les plus divers, sa situation d'académicien, ses coquetteries avec les philosophes et les écrivains, distributeurs de la gloire, lui acquirent peu à peu un renom d'homme d'Etat. Son esprit vif , ses connaissances variées,
d'Avignon... Vous pouvez le faire passer à ce vilain buUetiniste. Il faudrait du moins que cela pût aller a la Gazette de Leyde dont il a la correspondance. » Lettres de M. de Boisgelin.
I. Abbé de Pradt, op. cit.^ I, ^z, 444' De Pradt ajoute : « Au reste, il faut savoir si, à l'époque ou il eut l'audace d'affronter le ministère, il était encore possible d'être ministre autrement qu'il le fut. »
bien que superficielles, cQittrLbuaieiit à l'illusioii entretenue par l'enthousiasme des femmes.
Loménie avait eu le talent de lés conquérir à ses intérêts et à son ambition. Ce n'était point ïiaEiQ recrue négligeable. « Sous Louis XIV, a écrit Senac de MeiUian, c'était la cour qui gouvernait la ville; aujourd'hui c^estle contraire. )) La ville c'était Paris, les salons, la société. « La puissance de ce qu'on appelle en France la société, dit Talleyrand, a été prodigieuse dans les années qui ont précédé la Révolution et même dans tout le siècle dernier... Tous les jeunes gens se croyaient propres à gouverner. On critiquait toutes les opérations des ministres. Ce que faisaient personnellement le roi et la reine, était soumis à la discussion et presque toujours à l'improbationdes salons de Paris. Les jeunes femmes parlaient pertinemment de toutes les parties de l'administration*. » Norvins assista x^l^is d'une fois aux entretiens politiques entre une grande dame et l'abbé de Montesquieu, alors âgé de trente-deux ans. « Je le rencontrais, dit Norvins, chez la comtesse Charles de Damas, dont l'exaltation chevaleresque cherchait à réchauffer le spiritualisme... concessionnaire de l'abbé de Montesquieu. Je prenais un plaisir infini à leurs conversations souvent très animées et toujours de bonne foi. Jamais je n'ai entendu, parler plus purement et plus éloquemment la langue française que par ces deux personnes dont l'esprit faisait autorité dans le monde ^ » Les Mémoires du temps redisent les noms des autres dames qui avaient le plus d'action sur l'opinion ; c'étaient, dit Bachaumont, « l'impérieuse et dominante duchesse de Gramont, la superbe comtesse de Brionne, la princesse de Beauveau à resj)rit séduisant, la comtesse de Montesson revêtue de tous les charmes que l'art peut
1. Talleyrand, ilfé/noires, I, 6o-63. Talleyrand cite comme dames politiques Mmes de Staël, de Blot, de Simiane, d'Hénin, etc. Le duc de Lbvis {Sottoenirs et portraits, i8i5, gj-ioS) dit de son côté : « Toutes les têtes étaient bouleversées en France. Les militaires s'occupaient d'administration, les magistrats abandonnaient les procès et rêvaient çolitique. Les gens de lettrés voulaient faire des lois, les abbés parlaient tinances et les femmes de tout. Il suffisait de réussir auprès des femmes, puisqu'elles dirigeaient l'opinion. »
2. Mémorial de ISorçins, publié par L, Lanzac de Labohie, 1896, 3 vol. in-8, t. !«■•, p. 2o3.
donner, la précieuse comtesse de Blotau jargon sentimentaire, l'enthousiaste comtesse de Tessé, l'idolâtrée comtesse de Ghâlons, la merveilleuse princesse d'Hénin, la svelte comtesse de Simiane, la piquante marquise de Coigny, la douce princesse de Poix* ». Tout ce beau monde se mêlait volontiers d'administration, s'essayait au jargon des économistes, au langage des politiques, trouvait enfin amusant de faire et de défaire les ministres.
On connaît les candidats en faveur dans chaque salon et les dames qui les protègent ". Aucun d'eux n'était assez fort pour négliger une telle puissance. M. de Boisgelin voit à Paris M'"^ de Beauveau dont il nous vante l'esprit et même l'éloquence^. Il correspond avec la duchesse de Gramont qui aime à parler politique, à trancher en reine et même en roi de France. « Elle fait et défait les ministres, elle renvoie M. de Gastries et dit qu'il prendra les devants de lui-même; elle met à sa place M. de Galonné. Elle donne la guerre au baron de Breteuil. » L'archevêque d'Aix est intéressé par ces nouvelles, mais les redoute. «Pourquoi, dit-il, me choisit-elle avec cette affectation pour ses confidences à la poste quand je ne lui écris qu'une lettre de bonne année. Il me semble qu'elle me donne une préférence qu'elle devrait à ses amis *. » BoisgeKn avait raison de ne pas vouloir cou-
1. Mémoires de Baghadmont, 28 mars 1381 . — Soulavie, Mémoires historiques du règne de Louis XVI, 1802^ t. IV, p. tji, 172.
2. « Tous les prétendants aux ministères avaient chacun à leur disposition quelques maisons principales de Paris, dont ils faisaient les opinions et le langage. La maison de M"» de Montesson appartenait à M. l'archevêque de Toulouse, qui partageait avec M. Necker celle de M""" de Beauvau. C'était chez M°>° de Polignac et à l'hôtel de Luynes, que M. de Galonné trouvait ses appuis. L'évêque d'Arras (Conzié) venait après M. Necker chez M"" de Biot et chez M. de Gastries. M. de Fleury était porté par M""" de Brionne. Le baron de Breteuil était le second dans beaucoup de maisons^ le premier nulle part. M. de Soubise protégeait Foulon. L'hôtel du Châtelet avait son ambition personnelle . et rivalisait avec le duc de Ghoiseul. M""» de la Reynière était un peu à tout le monde, excepté à M. Necker. Les Noailles disaient du bien de M. dé Meilhan, mais le classaient d'une manière secondaire. » Mémoires de Talleyrand, I, 56, 60.
3. Le 14 août 1739, Boisgelin écrit au sujet d'un procès plaidé à Paris : « M'"^ de Beauvau était à l'audience avec le cointe de Broglie. Je l'ai vue le soir, et j'ai eu une audience qui valait bien celle du matin. Elle a parlé pendant une heure et demie comme un avocat général, et il n'y en à point sûrement qui parle avec plus d'éloquence... Elle a eu une de ces conversations aimables et faciles qui semblent rafraîchir l'esprit comme un vent doux et frais dans un jour d'été. » Lettre inédite.
4. -Lettre inédite du 23 janvier 1383. — Pourtant le 12 décembre 1386, Boisgelin écrit ; « Pourquoi donc n'avez-vous pas osé confier au papier ce que vous pouviez me dire sur l'archevêque de Toulouse. Vous étiez
rir le risque des indiscrétions postales de la duchesse de Gramont dont il n'était pas le candidat. Il n'était point non plus soutenu par la princesse de Beauveau toute acquise à l'archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, et à Necker.
De tous les évêques, c'est Loménie qui l'emportera. Les femmes décidèrent la victoire en sa faveur. Il les invitait à ce fameux château de Brienne dont les visiteurs nous ont décrit les merveilles en témoins oculaires *. Au témoignage de Morellet, il avait projeté dès son séjour en Sorbonne de jeter bas la misérable demeure des Loménie en Champagne, tracé déjà, entre deux soutenances de thèses, le plan d'une magnifique demeure qui devait coûter plus de deux millions, et des routes qui devaient y conduire. Le riche mariage de son frère, le comte de Brienne, fournit à la dépense dont l'archevêque de Toulouse prit lar- , gement sa part avec ses revenus d'Eghse. Le château avec ses trois étages, sesvastes dimensions, ses terrasses, ses dépendances, ses écuries de plus de cent chevaux, ses nombreux chenils pour les chasses, offrait aux visiteurs tous les agréments d'une habitation princière où les Brienne tenaient une véritable cour. Ces visiteurs étaient de marque. Le duc d'Orléans y avait un appartement, y passait quelques jours et y laissait volontiers à son départ ses deux, fils naturels, lés abbés de Saint-Farre et de Saint-Albin, qui, avec l'abbé de Loménie, neveu de l'archevêque de Toulouse, suivaient les chasses en habit noir et culotte violette. De nombreux prélats se rendaient à ce séjour enchanteur, heureux de répondre à l'invitation de leur collègue si fastueux et si accrédité à la cour. Les abbés en quête d'abbaye ou d'évêché entouraient cet « homme important, patron de la jeune cléricature et
bien sûi'e de votre courrier, et .je vous écris à mon aise par un courrier qui doit vous inspirer moins de confiance. » — Nouvelle lettre plus déliante en mars 1989 : « Je ne multiplie pas mes lettres parce que je sais qu'il est plus sûr de ne pas écrire, d
I. Cf. Mémorial de J. de Nobvins, I, 92-100. Norvins conte cette anecdote : « Je vois encore cet excellent évêque de Gomminges (d'Osmond) que son pied bot avait fait prêtre, quitter chagrin son billard où il aurait passé les nuits, et venir se poser debout, appuyé sur sa queue comme Achille sur sa lance^ pour assister aux proverbes, mais en recommandant toutefois auA'^alet de chambre du billard de ne pas déranger sa partie... « Lejeune, lui disait-il, vous vous souviendrez que c'est à moi de jouer. »
académicien ». Les dames accouraient, attirées par la magnificence de la comtesse de Brienne. Elles se trouvaient confondues au château avec des chanoinesses, des abbesses. On ne s'ennuyait pas. Loménie, qui écrivait médiocrement, contait admirablement. Des chansons, des vers, tournés par son grand vicaire et par l'abbé Morellet, s'ajoutaient aux concerts et aux danses. A une époque éprise d'un bel engouement pour les sciences, on avait installé à Brienne, indépendamment d'une grande bibliothèque confiée à un savant bénédictin, un riche cabinet d'histoire naturelle, un cabinet de physique. Un démonstrateur de mérite, Deparcieux, venait de Paris et passait deux mois au château « pour faire des cours aux dames ». On ne manquait pas la messe, mais on y était peu dévot, et la maîtresse du logis avait soin de retenir près d'elle un abbé chargé de lui faire des contes pendant l'ofiice*. Le maître de céans, M. de Brienne, auquel son frère l'archevêque avait cédé le droit d'aînesse, apportait une haute distinction, un accueil plein de charme, dans son rôle de maître de maison et jouait un peu au comte de Champagne. Alors qu'en Finance, tant de familles de plus grande noblesse donnaient les fêtes les j)lus brillantes dans des châteaux historiques, les châtelains de Brienne avaient réussi à attirer tous les regards. Les visiteurs, surtout les visiteuses, se faisaient au retour l'écho des merveilles dont ils avaientété spectateurs. M"»^ de Damas, M"^e d'Houdetot, M"^^ de Duras, M'"^ de Simiane, qui étaient des habituées de Brienne, en rentrant à la cour, « charmaient la reine et même le roi, en racontant les enchantements de ce palais des fées » dont elles avaient fait le plus bel ornement. Tout le monde voulait voir Brienne, jouir de ces merveilles. Ce concours entretenait autour du nom de l'archevêque de Toulouse une agitation d'opinion, une sorte d'auréole mondaine, qui le signalaient à l'attention du roi et de la France.
Loménie de Brienne avait cherché en dehors des salons des juges plus compétents et des suffrages plus
I. Mémoires de Morellet, t. I, p. 262-230. — Mémoires (I'Allonville, t. I, p. 239-280,
autorisés. Il s'était fait auprès des hommes les plus graves la réputation d'un administrateiu' hors ligne. Le financier d'Invaux le consulte et lui écrit : « Je devrais vous céder le contrôle général. » Mercy, dans sa correspondance avec Marie-Thérèse, proclame sa supériorité et ses talents. Joseph II va le visiter à Toulouse, et en est si ravi qu'il le recommande à sa sœur, Marie-Antoinette, comme un des hommes les plus capahles d'occuper un ministère. Turgot et Malesherbes veulent lui confier un portefeuille, et n'y renoncent que sur l'opposition de Maurepas, qui tient à l'éloigner du conseil, comme un rival dont la supériorité lui porte ombrage ^ Loménie a un adversaire encore plus redoutable dans Vergennes, qui continue à le faire écarter par Louis XVI. Il ne se décourage pas. Ami de Turgot, de Malesherbes, de Necker, au besoin, et même de Galonné, qu'il combattra avec acharnement à la première assemblée des notables, il a eu le talent de placer, comme lecteur, auprès de Marie-Antoinette, l'abbé de Vermond, qui met à son service le jeu savant de ses persévérantes et profondes intrigues. C'est là que depuis longtemps Brienne a remporté la victoire, et la reine finira bien par l'imposer comme ministre à Louis XVI, qui ne voulait au conseil « ni neckraille ni prêtraille », ni surtout de l'archevêque de Toulouse.
On comprend qu'un tel ambitieux devait rencontrer sur sa route les embûches et les rancunes des rivaux dont il contrariait les projets et barrait la fortune. Aussi ses adversaires combattent-ils Brienne, qu'ils appellent le grand lama, avec une violence inouïe. Ils le représentent « à la cour, dans les fouilles de l'intrigue, dans les souterrains de l'ambition, écoutant aux portes, épiant les fausses démarches de quelques ministres, pour tâcher
I. Correspondance secrète du comte de Mercy avec Marie-Thérèse, II, 4o7j 4ii, III, 95, 491. — Mémoires de Weber. — Maxime de la Rocheterie, Histoire de Marie-Antoinette, 1890, t. I, p. 56i, 562. — Bachaubiont, écho de l'opinion, écrit (t. XXX, p. 286) : « Ce qui a fait dire qu'on songeait à pousser au ministère M. l'archevêque de Toulouse, ainsi que le bruit en a couru, c'est qu'effectivement ce prélat travaille à beaucoup de projets relatifs au bien de l'Etat, qu'il est fort lié avec Maurepas (c'est douteux) et Turgot, et que ceux-ci usent de ses conseils et de ses plans. » Bachaumont dit encore de Loménie (3 février ijBS) : « C'est un des meilleurs prélats administrateurs de la nouvelle école. » — M. de Boisgelin écrit de province : « Vous nominez à Paris l'archevêque de Toulouse ministre. »
de gagner le vent ». Et quelessaim d'abbés de cour gravite autour de lui, pour servir ses projets ! Au signal de Brienne, « la petite guêpe (sans doute l'abbé de Véri) vole au boudoir de l'impérieuse fée (M"'^ de Maurepas), qui régnait sous le nom du premier ministre. Chemin faisant, elle s'associe un de ces insectes importants (l'abbé de Vermond), léger de tête et de corsage, animal audacieux et souple, fier et bas, s'agitant toujours dans la poussière de la cour, et de là rongeant tout, corrompant tout, et dévorant tout dans son inquiète inutilité ^ », Quelle stratégie, que de campagnes savantes, que de combinaisons profondes et stériles ne révèle point ce tableau, si chargé qu'on le suppose! Le pamphlet est de 1781. Il faudra encore à Loménie de Brienne six années de persévérance et d'intrigues, il faudra laisser passer Galonné avant d'arriver enfin, pendant l'assemblée des notables, à la place tant désirée de premier ministre.
L'assemblée des notables mettait en présence, avec les capacités administratives du clergé, les ambitions politiques de ses principaux membres. C'était un honneur très envié d'en faire partie. Loménie de Brienne en fit exclure par Calonne deux hommes qu'il regardait comme ses ennemis personnels, M. Montazet, archevêque de Lyon, et M. de Gonzié, évêque d'Arras. Les prélats qui présidaient les grandes administrations provinciales, étaient naturellement indiqués pour y prendre part. M. de Boisgelin, qui dirigeait avec écïat les Etats de Provence, se crut UD. instant oublié ou éconduit. Les lettres de convocation étaient, arrivées à son voisin, l'archevêque d'Arles, au président et au procureur d'Aix, et lui n'avait rien reçu. Ce n'était qu'un retard provenant d'une erreur de copiste. Mais il dura assez longtemps pour tourmenter le prélat qui, dans sa correspondance, ne cache pas sa
I. Lettres secrètes sur Vétat de la religion à M. le Marquis de... (publiées de ij8i à I j83) ; plus tard, Suite des Lettres secrètes.
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déconvenue, fait toutes sortes de suppositions, rappelle ses services, et s'étonne, non sans émotion et amertume, qu'on ait pu négliger ou récuser un homme de son mérite *.
Tout a été dit sur cette assemblée des notables ^ qui excita si vivement roj)inion publique et ouvrit la voie aux Etats généraux. Galonné, qui avait compté sur eux pour l'aider à sortir d'une situation financière inextricable, rencontra une oj)positionà laquelle il était loin de s'attendre. On lui fît la double objection de ne pas fournir de budget, et de demander une subvention territoriale que les notables n'avaient pas reçu la mission et le j)ouvoir de voter. La grande difficulté était de faire des économies avec une cour où les millions s'engloutissaient sans contrôle. « Nos nouvelles, écrivait un prélat, membre de l'assemblée, consistent à travailler le roi en économie, comme on travaille le peuple en finances. »
Les ordres privilégiés ne semblentpoint avoir fait grande résistance à l'égale répartition des charges publiques. Le clergé, en j)articulier, n'était point hostile de parti pris aux réformes réclamées par l'opinion. M. de Boisgelin ne faisait-il point aux partisans immobiles du passé cette belle réponse qui montrait combien il était dégagé de l'es^Drit de corps. « Laissez, dit-il, aller le public. Il ne manquera pas à la chose publique. Croyez quel'affeire du clergé n'est rien. Je la traiterai comme toute autre affaire,
1. ^ janvier 1587 : « Je suis bien en colère. On mande M. le premier président, M. le procureur général, le maire de Marseille, pour cette grande assemblée, et le courrier apporte une lettre à l'adresse de l'archevêque d'Arles, et rien pour l'archevêque d'Aix. Qu'est-ce que. l'archevêque d'Arles? Il n'a point de rapport avec l'administration, etcbmnïent se fait-il que ce soit l'archevêque d'Aix président des Etats, et que ce soit moi, dont l'administration est connue, qu'on veuille exclure! » — 5 janvier : « Je vous envoie la copie de la lettre de M. l'archevêque d'Arles. Vous verrez qu'il ne peut pas croire à la préférence et qu'il le prend pour une méprise. »
2. Les notables furent distribués en sept bureaux, présidés par un prince du sang; chaque bureau comptait un archevêque et un évêque. C'étaient les archevêques de Narbonne(Dillon), Toulouse (Brienne), Aix (Boisgelin), Arles (du Lan), Reims (Talleyrand-Périgord), Paris (Juigné), Bordeaux (de Gicé); les évêquesde Nevers (Séguiran), Langres (La Luzerne), Nancy (de Fontanges), Blois (Thémines), Alais (de Bausset), Rodez (Seignelay-Colbert), Le Puy (Galard). Il y avait, en outre, comme député du clergé du Languedoc, M. de Bernis, coadjuteur du cardinal Bernis, archevêque d'Albi; comme député du clergé de Bretagne, M. de Hercé, évêque de Dol; comme é/K général du clergé de Bourgogne, l'abbé de la Faré; comme député pour le clergé des Etats d'Artois, l'abbé de Fabry, vicaire général de Saint-Omer. Dans la seconde assemblée des .notables, figure de Sufifren Saint-Tropez, évêque de Sisteron, comme député du clergé pour les Etats de Provence.
mais la cause du peuple n'est pas celle du clergé, et il s'agit de l'intérêt de çingt millions d'hommes ^ » Le maréchal de Moueliy était à l'assemblée des notables à côté de l'évêque de Nevers. Gomme on agitait la question des privilèges du clergé, il éleva la voix pour dire que les biens d'Église étaient sacrés, que la dîme était de droit divin. « L'évêque le tire par la manche, et lui dit à l'oreille : c< Monsieur le maréchal, nous ne disons plus cela^. »
Ce qui paraît avoir blessé profondément les deux premiers ordres, c'est que Galonné ne leur eût point réservé la présidence des Assemblées provinciales, et qu'il donnât aux intendants trop d'occasions d'intervenir dans leurs délibérations. La discussion, engagée tout d'abord sur les projets et les réformes, ne tarda pas à dégénérer en querelle personnelle entre Galonné et ses adversaires. Les esprits s'échauffent, les rancunes s'avivent et se traduisent en un violent langage. L'archevêque d'Aix ne craint pas, dans sa correspondance, de traiter Galonné de « polisson », de « banqueroutier infâme ^ ». Galonné
1. M. de Boisçelin ajoute : « Je sais ce que c'est que la vérité, la probité, la vertu; j'ignore ce que c'est que la gloire. Je pense au peuple, au roi, aux services qu'on peut rendre a l'un et à l'autre. Je vous assure que je ne pense point à moi. Mon parti est dicté par l'utilité publique. Qu'on en parle ou qu'on n'en parle pas, j'aurai rempli ce que je dois a l'Etat et à la nation. » Lettres inédites de M. de Boisgelin. '
2. Lettres de l'abbé Morellet d lord Shelburne, 1898, p. aSj. — Morellet, Ibid^ p. 256, ajoute : « Une de ses fautes les plus grossières (de Galonné) estla manière dont il s'est conduit avec le clergé. Il avait le projet fort bon en soi de le dépouiller de ses exemptions. Il croyait que les évêques feraient une belle résistance, et qu'ils allégueraient la consécration de leurs biens, et gue c'était le patrimoine des pauvres et autres sottises dont il eût aisément triomphé. Point du tout. Les hommes éclairés de notre clergé n'ont pas fait la moindre résistance sur leurs exemptions particulières. Ils ont déclaré nettement qu'ils ne demandaient à être taxés q^ue comme tous les autres citoyens et par les administrations provinciales, et, quant à de nouvelles impositions, qu'ils n'avaient d'autre droit à faire valoir que celui de tous les propriétaires nobles ou roturiers auxquels ils se réunissaient. »
3. Les Mémoires qu'il nous a lus hier (Galonné) sont d'un polisson qui écrit superficiellement sur des choses qu'il ne sait pas. 11 iry a pas un raisonnement, pas la moindre combinaison, une ignorance extrême, une audace tremblante d'un bourgeois et d'un financier qui sent bien qu'il est méprisé par ceux- qui l'écoutent et qui ne veut que de l'argent, des maximes lâches de despotisme, d'autorité des intendants étendue au dernier degré, la noblesse abaissée, les assemblées provinciales réduites à rien, sans pouvoir et sans intérêt, voilà le triste et ignominieux résultat.» Lettre de M. de Boisgelin, 24 janvier 1787. — Et cette autre lettre inédite : « Il (Galonné) fait dire par le roi à l'archevêque de Toulouse, à celui de Bordeaux de le voir, et je suis oublié. Je crois qu'il sera réveillé parce qu'il entendra dire des délibérations de mon bureau. G'est un homme indigne d'avoir des amis et je me sens plus libre quand il me force à n'eu plus, être. J'ai dit la vérité à M°"= de Ghabannes. Il ne faut plus raison-
ressent vivement cette liostilité des évêques,^ et inédite d'exiler les j)rincipaux d'entre eux*.
Les débats les plus importants eurent Keu dans le bureau du comte de Provence, et dans ce bureau même plusieurs ^Drélats firent assaut d'éloquence avec Galonné. Les archevêques de Narbonne, d'Arles, de Bordeaux, y prirent successivement la parole. L'archevêque d'Aix «reprit les arguments j)our et contre et se signala par une discussion qui, selon rexj)ression de l'archevêque de Narbonne, lui mérita les honneurs de la journée-». C'est dans le clergé que Galonné rencontra ses principaux adversaires, c'est le clergé qui fournit son successeur dans la personne de Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse. Aussi, un prélat croyait pouvoir écrire : « Jamais ce clergé qu'on voulait humiher ne fat élevé plus haut qu'il ne l'est par la seule influence des connaissances et des bonnes intentions. » Les événements inspiraient cette réflexion au baron de Besenval : « Nous avions cru tenir le clergé, c'est lui qui nous tient'' . »
ner aA'ec elle. C'est Didon égaré dans la caverne. Elle est folle par amitié comme la folle par amour. Je sens que j'en aime davantage M""' de Chabannes et que je hais encore plus son indigne ami... On a raison de compter sur le clergé. Il dicte partout les avis. Il est vrai que nos avis sauveront la nation. Mais ce banqueroutier infâme arbore le bonnet vert et ose dire que nous serons responsables de sa banqueroute... Fixez-le bien entre deux yeux. Souvenez- vous de tous les traits de son visage. Il n'est pas décidé que cet homme ne soit pas pendu par arrêt comme criminel envers le roi et la nation, et sa disgrâce peut être suivie d'un procès horrible comme celle du chancelier Poyet. »
1. Galonné « exilait Narbonne, Toulouse, Reims, oui Reims, Aix, Bordeaux, Alais, Nevers et Làngres. Je suis incertain sur Arles et le Puy. 11 n'exilait point Rodez, Blois, Nancy, Doi, Albi, Paris. Voilà l'homme que vous devez revoir dans la suite, et à qui vous donnerez à souper. Oh! combien je suis à mon aise de pouvoir me laisser aller à tout mon mépris pour lui. Pauvre homme! il n'avait que des exils à mettre en balance avec nos connaissances et nos raisons. » Lettre de M. de Boisgelin.
2. Mémoires de Weber, II, 161-162. M. de Boisgelin se rend justice au sujet du rôle joué dans son bureau. « 11 me semble, écrit-il, que mon bureau est à moi tout entier sans que j'en connaisse aucun inembre, sans que je pressente jamais leurs avis. Je 'suis le dernier qui parle; chacun dit son avis avant moi, et sur vingt votants il y en a quinze ou seize qui sont bien résolus à revenir à mon avis quand j'ai parlé. Ils disent que j'explique leurs pensées, et je crois que je dicterai sans le vouloir toutes les résolutions. » Lettre inédite.
3. Lettres de M. de Boisgelin. — L'abbé Morellet {Lettres à lord Shelburne, p. aSS-aSg) dit : « Si jamais nos évêques ont justifié la bonne opinion que vous avez d'eux, c'est dans cette circonstance. Ils ont manifestement conduit la nation dans la route du vrai et du bien. Il est singulier d'observer que, contre la maxime no bishop no King, ils ont été défenseurs éclairés et fermes des intérêts du peuple contre l'abus de l'autorité dans les ministres du roi. »
Voilà Lôiaénie de Brienne arriyé enfin au ministère. A la reprise de l'assemblée des notables il est assis dans le fauteuil occupé naguère par Galonné et rencontre déjà des contradicteurs \ Les destinées politiq[ues de Brienne sont trop connues pour, que nous nous attardions à les raconter. Nommé, en mai 1787, contrôleur général, à la place de Galonné; en août, ministre des finances, il ne sut trouver que des expédients et des demi-mesures, qui ne remplirent pas les caisses de l'Etat et ne satisfirent personne. Il avait dû reprendre, avec quelques modifications, la plupart des projets de son prédécesseur. Les notables ^Darurent donner une demi-approbation dont il se contenta. Mais le parlement, tout en enregistrant plusieurs édits de moindre importance, montra une opposition très vive à celui de la subvention, Loménie de Brienne essaya de le briser par un coup d'Etat à laMaupeou, sans avoir l'audace et l'énergie du fameux garde des sceaux. « Quand il emprisonne, disait de lui le duc de Roban, il se croit Ricbelieu; quand il trompe, il se croit Mazarin. »
Au milieu des difficultés lés plus graves, l' archevêque de Toulouse pouvait-il, du moins, compter sur l'appui du clergé ? Sa situation même lui assurait des adhésions. L'une des plus précieuses fut celle de l'archevêque d'Aix. Les relations des deux prélats étaient anciennes, puisqu'elles dataient des études en Sorbonne. Dans le c.ours d'une carrière déjà longue, ces deux hommes n'avaient pu s'ignorer, se délaisser, à cause de leur importance réciproque, ni se reposer complètement l'un dans l'autre
I. « Nous ayons eu hier une assemblée chez Monsieur. M. l'archevêcpie de Toulouse a lu ses propositions pour suppléer au déficit. Il s'est trouvé dans la même place où nous avions vu M. de Galonné. Nous avons parlé, discuté de même. Nous avons fait nos questions avec la même liberté. Il répondait avec justesse et sincérité. Il y avait autant de discussion, mais il n'y avait point de dispute. Nous avons eu cependant un évêque de Nevers qui a pris le ton de la dispute et même de l'humeur. Je lui ai répondu par des. explications, et quand j'ai vu qu'U prenait de l'humeur, je l'ai laissé dire. Il y aura de la division dans les avis. » Lettre inédite de M. de BoiSGEiiiN. — Dans une lettre antérieure, M . de Bois^elin dit du premier discours du roi : « Le roi a parlé quatre ou cinq minutes ; il a
Earlé avec sa vitesse accoutumée, et son discours était l'expression d'une onté paternelle. »
parce qu'ils avaient chacun trop d'ambition. A l'assemblée des notables, ils avaient marché la main dans la main et exercé une action directrice*. L'archevêque de Toulouse, moindre comme talent, mais plus fort en intrigue, vient d'arriver bon premier. Est-ce une raison pour M. de Boisgelin de désespérer? Non. Puisque Brienne a gravi les marches du pouvoir, pourquoi ne point tenter d'y monter avec lui et par lui. M. de Boisgelin a formé ce projet; il prétend avoir obtenu de Loménie une promesse formelle et ne comj)te sur rien moins que sur le ministère des Affaires étrangères, mal géré, dit-il, par M. de Montmorin^ En attendant la réalisation d'une espérance qni était une illusion, l'archevêqiie d'Aix sert de son mieux Loménie de Brienne dans les Etats de Provence et ailleurs, mais avec la mesure d'un homme à qni sa dignité, sa valeur, ses propres conceptions gouvernementales et aussi la prudence, ne permettaient pas de se livrer. De divers côtés arrivent au premier ministre des concours et des hommages qu'on ne refuse pas aux puissants. Un prélat, pour lui faire la cour, ne dédaigne pas de s'employer à marier sa nièce ^.
I. M. de Boisgelin écrivait, fin avril 1587 : «Aucun ministre ne nous dirige. Une assemblée â besoin d'être conduite. 11 n'y a eu de marche encore que celle que j'ai suivie de concert avec l'archevêque de Toulouse et dont il nous faut bien garder le secret. » — Nous trouvons dans la correspondance antérieure de M. de Boisgelin des phrases comme celle-ci (8 mars 1781): « Je vais voir l'archevêque de Toulouse. »
qui veut lui laisser toutes les affaires. » Voici qu'il est question «Pour le ministère, je crois que la fortune ne m'y destine pas, puisqu'elle m'en écarte sans cesse par tout ce qui semble m'en rapprocner. » Mais la confiance renaît vite avec l'ambition. Boisgelin écrit : « J'ai trouvé
qu
que M. de Montmorin en parle avec inquiétude... Ce qui est bien sûr, c'est que les affaires sont au dernier degré de la faiblesse et de la honte, que l'archevêque le sent, que le ministre des Affaires étrangères est incapable^ et qu'on n'a plus recours qu'à un moyen qu'on a refusé et auquel on craint de revenir trop tard, yoilà, sans doute, que vous allez rayonner d'espérance ; mais moi je sais que ce vent qui passe revient souvent sans rien apporter que du bruit, et qu'il y a bien loin de toutes ces légères annonces a des effets réels. » Cans, loc. cit.
3. Nous donnons cette lettre inédite comme exemple de ces demandes de mariage dans le grand monde en l'ancien régime. « Je voudrais vous proposer un mariage de M. de Ghabannes avec la nièce de l'archevêque de Toulouse. Elle aura 400.000 liv. en mariage ; elle est héritièredu comte d e Brienne. Vous savez qu'il n'y a plus d'espérance d'enfants avec sa femme. Elle aura la terre de Brienne et 80.000 liv. de rente. Les parents sont agréables et l'archevêque de Toulouse doit être utile aux siens. Je voudrais savoir si elle pourrait convenir à M™e de Ghabannes. Au reste, j'aurais à vous demander, en cas que cela pût lui convenir, quel est le bien actuel de son fils, quelles sont ses espérances et assurances, quelles sont les
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Mais pour avoir des amis fidèles, même dans le clergé, il fallait réussir. L'abbé MoreUet, le condisciple de M. de Loménie, le commensal attitré et le poète du château de Brienne, le collaborateur du premier miiiistre, nous montre, dans ses lettres à lord Sbelburne^, comment on peut passer de l'extrême enthousiasme à l'extrême sévérité. Il lui reproche, outre ses fautes politiques, « sa négligence envers ses anciens amis », qui avaient ainsi une nouvelle raison de le négliger à leur tour. Ce qui fut plus grave pour Loménie de Brienne, que ces défections isolées, c'est que le clergé en corps, alors que son influence était encore si grande sur lès affaires d'Etat, parut l'abandonner officiellement dans son assemblée de 1^788. Le vent de la faveur, si changeant à la cour, n'était pas toujours stable quand il soufflait de l'Eglise. Nous connaissons les noms des personnages qui eurent et perdirent tour à tour la présidence et la confiance des assemblées du clergé. A la mort deLaRoche-Aymon, archevêque de Reims, la présidence passa à M. de La Rochefoucauld, archevêque de Rouen. Mais elle ne tarda pas à lui être enlevée par Dillon, archevêque de Narbonne -. D'un autre côté, Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, qui avait joué un grand rôle dans les assemblées précédentes, s'était vu remplacé, en 1780, comme président de la commission la plus importante, par du Lau, archevêque d'Arles. Son attitude dans la commission des régu-
dettes du père qu'on dit ruiné, quels sont les biens substitués, ce qu'il aurait en mariage. Et je vous demanderai, à vous en particulier et en confiance, ce que vous pensez du personnel et ce qu'on en pense dans la société. L'archevêque met un prix infini au personnel. Il veut être heureux, il veut qu'on le soit avec lui. Il craint les vices qui sont le malheur des familles et le trouble des sociétés. Il craint surtout un joueur, et, comme je ne voudrais pas tromper M"" de Chabannes,je ne voudrais pas aussi le tromper. Il n'est pas du tout nécessaire ni pour l'un, ni pour l'autre, qu'ils se marient ensemble, et il est nécessaire qu'ils ne se marient que pour leur avantage et leur bonheur.;^ En post-scriptnm : « Je n'ai rien dit du personnel de M"» ae ïioménie. Je puis vous assurer, quoi qu'en dise la chan.. . dans ses dommérages, qu'elle est très bien élevée, qu'elle a de l'esprit, de la gaieté, «t qu'elle aura du mouvement et de l'intérêt en société. » Archives Nationales.