‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 64 sur 354 · Cf. op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. op. cit., p

2. « La présidence était un moyen de crédit sur le corps et une preuve de la faveur de la cour. Le cardinal de La Roche-Aymon laissa, en mourant, la place au cardinal de La Rochefoucauld. Peu de temps après, le

Earti opposé la lui enleva, pour la faire attribuer à l'archevêque de Naronne, qui partagea la direction du clergé avec l'archevêque de Toulouse, jusqu'à ce que ce dernier fut chargé de celle de l'Etat. » Abbé de Pradt, op. cit., p. 442-444'

liers avait indisposé la plus saine pai'tie de l'épiscopat. En même temps, ses intrigues de cour, ses efforts pour se faire nommer archevêqpie de Paris à la mort de Christophe de Beaumont, ses palinodies, les assauts livrés par lui au pouvoir, avaient provoqué les attaques les plus violentes.

L'archevêque de Toulouse, devenu j)remier ministre, comptait, dans l'asseinhlée du clergé convoquée en 1788, sur les adhésions ordinairement acquises à tout homme qui a en mains l'autorité et les faveurs. Du reste, il croyait avoir pris ses j)récautions. Un pamphlet du temps % qu'il ne faut pas prendre à la lettre, mais qui montre à quel diapason était montée la polémique, fait dire àBrienne: «L'archevêque d'Arles est un homme instruit, un bon évêque, mais point de caractère ; je n'en suis pas inquiet, je l'ai noyé. L'évêqiie de Blois a quelque esprit, mais sa tête est mal organisée, pleine d'une métaphysique obscure, et ses singularités déparent ses vertus. Pour Auxerre, c'est un petit intrigant très dangereux, mais je sais le moyen de le ramener; il est presque aussi avare que sa sœur. J'ai connu Béziers en Languedoc, pauvre esprit et d'ailleurs facile à séduire ; promettez-lui quelques misères pour lui et sa famille, et il est votre très humble serviteur. Vous connaissez l'archevêque de Beims, loyal gentilhomme et d'un esprit sohde ; mais je le fais passer pour un imbécile, et quel crédit voulez-vous qu'il ait dans le clergé. Je ne parle pas de Glermont, c'est un curé de campagne. Voilà ceux que nous pouvons craindre ; les autres sont à nous. Rodez m'est dévoué, et vous en savez la raison ; le pauvre hère était perdu, et je l'ai fait placer; il n'est j)oint ingrat, hélas ! Embrun est écrasé de dettes, et je lui ai j)romis une abbaye ; Troyes est un bon valet, et je viens de faire son neveu coadjuteur. A l'égard du second ordre, il est dans ma dépendance. »

• I. La Cour plénière, héroî-tragi-comédie, jouée le i4Juillet 1788, dans un château aux environs de Versailles, par l'abbé de Vermond, lecteur de la Reine. Brochure attribuée à Bergasse, qui dut chercher un refuge en Suisse. — Les prélats nommés dans ce passage sont du Lau, archev. d'Arles ; Lauzières-Thémines, év. de Blois ; J. B. Marie Champion de Cicé, év. d' Auxerre ; Claude de Nicolaï, év. de Béziers ; Talleyrand- Périgord, archev. de Reims ; Bonal, év. de Clermont ; Seignelay-Colbert, év. de Rodez; Leyssin, archev. d'£mbrun ; Barrai, év. de Troyes.

Brienne se trompa dans ses prévisions, si elles étaient celles de la Cour plénière. Les députés du clergé, couyoqués à l'assemblée de 1788, tinrent un fier langage, qui prouve combien ce corps partageait déjà toutes les impressions, tous les entraînements de l'esprit public. Ils affirmèrent hautement que « le peuple français n'est pas imposable à volonté ». Ils protestèrent contre l'édit de, justice du 4 mai, qui' avait frappé les parlements. C'était atteindre Brienne en pleine poitrine. Dans cette levée de boucliers contre lui, Séguiran, évêque de Nevers, Thémines, évêque de Blois, furent particulièrement hostiles. Ce fat Thémines qui demanda les Etats généraux. Plus redoutable encore se montra Cicé, évêque d'Auxerre. C'est sous son inspiration que l'assemblée du clergé se refusa à voter plus de 1.800.000 livres de don gratuit, alors que les embarras du trésor demandaient la contribution la plus large ^ Il parait même douteux que Brienne ait pu beaucoup compter sur Dillon, archevêque de Narbonne. A entendre les échos du temps, Brienne aurait contribué à empêcher, Dillon d'être, à la mort de Maurepas, premier ministre et cardinal. A l'assemblée des notables, Dillon fut, contre Calonne, l'organe des revendications du premier ordre de l'Etat. L'assemblée de 1788 l'avait élu président, saluant en lui « la grandeur des services rendus et la supériorité du génie " ». Mais, au témoignage de Brienne, l'archevêque de Narboime n'avait pas retrouvé son antique influence sur le clergé

1. Abbè de Pradt, op. cit., p. 449- — Soulavie, Mémoires historiques du règne de Louis XVI, t. VI, p. 195, 196.

2. Billon avait proposé cruatre archevêques comme présidents. Alors M. de Nicolaï, évêque de Béziers, se leva et parla en ces termes: « Je m'estime heureux de me trouver aujourd'hui l'organe et l'interprète du vœu d'une province qui jouit depuis longtemps de la supériorité des talents de Mgr l'archevêque de Narbonne. Lui seul, Messeïgneurs et Messieurs, lul-seul, dans cette assemblée, pouvait être opposé à lui-même. En vous ajanonçant notre suffrage, je suis assuré de prévenir les vôtres. Une longue expérience de ses services, le sentiment de Vadmiration uni à celui de la reconnaissance, vous feront élire et proclamer pour président, ce prélat recommandable, honoré de votre estime et de votre confiance, et accoutumé à défendre avec autant de génie que de zélé

tance de DiUon à Galonné et sur ces discours àl'assemblée dès notables, Baghaumont, Mémoires, 16 et 24 mars, 9 avril 1387 ; t. XXXIV, p. 289, 290, 322, 332, 333. Ibid., p. 322, Bachaumont dit de Séguiran: «M. l'évêque de Nevers parla avec la plus grande énergie. »

dans cette réunion, qui écouta plutôt Thémines et Gicé d'Auxerre. Il y avait une réaction contre les prélats de cour. Aussi le gouvernement était-il en quête, en 1788, d'un président du clergé pour les prochains Etats généraux. On écartait le cardinal de La Rochefoucauld, comme étant « gouverné, dit Brienne, par les évêques les moins pacifiques ». Le roi fit écrire par Montmorin au cardinal de Bernis à Rome, pour lui demander s'il accepterait la future présidence ^

Un homme à qui on n'a pas pensé pour ces hautes situations, et qui en est tout désappointé, c'est M. de Boisgelin. Son rôle si brillant à l'assemblée des notables ne l'a pas servi au gré de ses ambitions. Il doit porter la défaveur du concours qu'il a prêté à Loménie de Brienne et aussi, affirme-t-il, de sa propre modération. La lettre suivante, où il est fait allusion à l'assemblée du clergé de 1788 dont il ne devait pas même faire partie, nous dit les déceptions et le découragement de ce grand prélat si impressionnable. « On perd tout, écrit-il, quand on est raisonnable... Personne n'est content ici, ni M. le comte d'Artois, ni M. Necker. Je ne puis être l'instrument de j)ersonne, je le sens bien. Je suis plus dégoûté que jamais. On m'annonce des injustices dans mon corps, comme à la cour. On dit qu'on ne veut point de moi ni de mes

I. Nous le voyons par une lettre envoyée par Loménie de Brienne à Bernis à Rome, le i5 décembre ij88. « Je dois m'avouer coupable auprès de Votre Eminence, lui dit Brienne, sur la proposition de venir à Paris présider le clergé aux Etats généraux ; j'en avais parlé au marquis de Monteil et pressenti le roi. La dernière assemblée (du clergé) avait mal tourné. L'archevêque de Narbonne y avait perdu son ancienne influence. Le cardinal de La Rochefoucauld pouvait être élu et présider. Le cardinal de La Rochefoucauld est gouverné par les évêques les moins pacifiques. La présence de votre Eminence aplanissait tout. Elle présidait le cardinal de La Rochefoucauld. Elle connaît peu le clergé actuel, mais il s'agissait d'une assemblée extraordinaire purement politique. J'aurais, pu lui aplanir des difficultés, comme elle m'en aurait aplani. Peut-être, aurais-je pu lui remettre les rênes du gouvernement après les Etats. Voilà ce que j'avais dit au roi, et je me proposais de présenter Votre Eminence quand j'ai quitté. Le roi s'est souvenu de ce que je lui avais dit, et c'est en conséquence que M. de Montmorin vous a écrit.» Archives Bernis, F. Masson, p. 453, 454. Montmorin avait, en effet, écrit à Bernis, le 16 septembre : « Je vois avec bien du regret que vous soyez aussi éloigné de nous que vous l'êtes. Ne serait-il pas possible de vous en rapprocher pour le temps des Etats généraux ? Nul doute que, si vous étiez ici, vous ne vous trouviez tout naturellement présider le clergé. J'éprouverais un grand repos si je voyais cette place entre vos mains, et je crois pouvoir vous assurer que notre maître le verrait avec une véritable satisfaction, et vous saurait gré du très grand sacrifice que vous feriez en vous déplaçant ainsi pour le temps que son service l'exigerait. »

anciens pour présidents*, et qu'on veut préférer ceux qui sont après moi ; et puis parlez de réputation. Il en est du crédit siir le public comme du crédit à la cour. Les corps sont aussi trompés que le souverain. Enfin tout me nuit ou conspire à me nuire... A force de talents et de vertus, j'ose le dire, je suis anéanti tout entier. Je suis en proie aux injustices des hommes qui dévoreront mes dernières années. »

M. de Boisgelin, qui se dit anéanti, rebondira, mais que de froissements, que d'intrigues ! Le tableau que nous venons de tracer montre que le terrain de la cour, où Richelieu avait eu tant de peine à asseoir son pouvoir, était resté aussi glissant jusqu'à la veille de la Révolution; et, aux exigencesdela cour étaient venues s'ajouter celles de la ville, c'est-à-dire de l'opinion toute puissante aux approches de 1789. Mais aussi quelle chute de Richeheu à Loménie! Le rôle politique du clergé dans l'ancien régime finissait mal. Brienne, qui n'avait pas su exercer le pouvoir, ne sut pas en descendre noblement. Les serviteurs du roi avaient alors soin de demander des compensations à sa faveur, même dans son inconstance. Le premier ministre congédié quitta Versailles pourvu de l'archevêché de Sens, coiffé du chapeau de cardinal, gorgé de bénéfices, plus riche enfin et plus méprisé -.

Ce qui frappe dans les pages qui précèdent, c'est, avec les compétitions pohtiques des évêcpies aspirants ministres, leur aveugle quiétude au sujet des événements

1. M. de Boiseelin avait joué un rôle important dans les assemblées du clergé de 1584 et ijSS, et s'en était fait un titre aux faveurs du roi. Il était bien difficile à ces beaux jours de garder l'équilibre et de contenter tout le monde. « On dit, écrit Boisgelin, que je suis pour Monsieur et que je ne suis pas pour le comte d'Artois. »

2. SouLAViE tait dire à Brienne, au sujet de son départ (24 août 1788) : « La reine pleura, me promit le chapeau, tout ce que je voudrais et me

Ï>ermit de l'embrasser. J'acceptai donc le chapeau. Je demandai que 'abbé de Loménie fut mon coadjuteur et la promesse de la première place d'une dame chez la reine pour une nièce. «Tous les ministres trouvaient dur d'être congédiés. Nous lisons dans le Journal du marquis d'ARGENsoN (6 mai 1749) • « M. de Maurepas est au désespoir et comme enragé de son exil; il a fallu le saigner en chemin... Le roi a été contraint de se cacher de tout le monde pour le coup qu'il a fait. On réveilla mon frère à deux heures pour le charger de cette expédition. Il eut grand peur quand on lui dit que c'était de la part du roi ; il se crut perdu (tant est terrible cette vie de ministre!); cependant, quand il vit que c'était Bridge, l'écuyer, il se rassura, et, voyant que cela ne regardait que M. de Maurepas, il fut plus aise que fâché. »

270 COMPETITIONS POLITIQUES

qui se préparent et que vient de précipiter rincajjacité de Brienne. Les j)rélats administrateurs et hommes d'Etat, occupés à se pousser, à porter à Galonné des coups applaudis par la galerie, à résister ensuite à leur propre collègue, l'archevêque de Toulouse, à demander enfin, avec le j)arlement, les Etats généraux, ne semblent pas soupçonner le danger qui les menace. Les assises de la nation sont proches. Dans le cataclysme qui se prépare, vont sombrer, avec la royauté séculaire, pays d'Etats, assemblées provinciales, assemblées du clergé, seigneuries temporelles, richesses territoriales, toutes ces choses qui ont donné à l'ancien épiscopat tant d'éclat séculier et tant de prestige.

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