Mémoires du duc des Cars, I, i5-i
2. Boisgelin, archevêque d'Aix, écrit d'Aix le 9 février 1781 : « Ne
sais pas encore quelle est son histoire. » Dans une autre lettre, Boisgelin écrit : « L'évêque d'Autun (ministre de la feùilie) le prend bien. Mais en attendant, j'avais la promesse d'une abbaye, et je crois qu'il la perd par sa faute. » Et Boisgelin ajoute avec une extrême indulgence : « J'ignore
On objecta aux px'emières demandes de Bernis qu'il n'était pas encore dans les ordres sacrés. Et pourtant, qui pourrait trouver que le sévère Boyer, évêque de Mirepoix, ministre de la feuille, mettait à trop haut prix, dans une entrevue avec lui, les bénéfices et les honneurs ecclésiastiques? Bernis est à Paris, dans l'ardeur de sa jeunesse et cherchant sa voie. Il a quitté le séminaire de Saint-Sulpice, et s'estlancé dans une société brillante qu'il amuse déjà par ses vers. Flatté d'une renommée naissante, entraîné vers le monde et les plaisirs, il ne veut point encore pousser, en fait d'engagements, au delà de la tonsure qu'il a reçue à douze ans. Il nous a raconté dans ses Mémoires une conversation avec l'évêque de Mirepoix*. « Vous avez, lui dit Boyer, de grands talents, il faut les consacrer àl'Eghse et y prendre les derniers engagements. Monsieur, me dit-il en me serrant la main, c'est de la part de l'Eghse que je vous parle ; sous-diacre, une abbaye; prêtre deux ans, grand vicaire, et j)uis évêque. — Monseigneur, lui répondis-je, je ne vous conseille pas de faire les mêmes propositions à tout le monde, vous seriez accepté; quant à moi j'y ferai mes réflexions. — Monsieur, ajouta vivement l'évêque de Mirepoix, si vous ne prenez pas les ordres, vous n'aurez
quelle est cette faute, mais je voudrais n'y pas perdre l'abbaye. Il y en a bien d'autres qui ont eu des écarts de jeunesse et qui n'en ont pas été moins bien traités . Il faut tout adoucir, tout excuser. Il faut que mon frère (le père de l'abbé) se fasse rendre compte par le jeune homme, et par un abbé qui est avec lui, et qu'il s'arme déraisons d^'excuse pour parler tout de suite à M. d'Autun. Il ne faut pas tout abandonner pour une sottise d'un moment. » Lettres inédites de M. de Boisgelin, archevêque d'Aix à la comtesse de Gramont. Cette correspondance, conservée aux Archives nationales, M^S8, commence en 1776, se poursuit durant aS ans et est fort intéressante. M. Cans en a donné des extraits, relatifs surtout au rôle de Boisgelin en Provence, dans la Revue historique de 1902. La plupart de nos citations de ces précieuses lettres sont inédites.
I. Plusieurs années auparavant, son père avait écrit au cardinal Fleury avec qui il était lié. Fleury avait répondu que « comme j'étais entré dans l'état ecclésiastique, il fallait m'envoyer finir mes études au collège des Jésuites de Paris et ensuite au séminaire Saint-Sulpice; que lorsque j'aurais atteint l'âge de dix-huit ans, il demanderaitau roi une abbaye et qu'au moyen de cette jgrâceje pourrais aider ma famille. » Plus tard Fleury se brouilla avec Bernis, sorti un peu forcé de Saint-Sulpice. a Le cardinal, dit-il, me déclara qu'il avait été au moment de me donner une abbaye considérable, mais que tant qu'il vivrait je n'obtiendrais rien, qu'heureusement pour moi j'étais bien jeune et lui bien vieux ». — Bernis en mission à Venise reçut le sous-diaconat des mains du patriarche. A son retour en France, il fut pourvu^ en 1735, de l'abbaye deSaint-Arnould qui rapportait 10.000 livres. Le roi lui avait déjà fait une pension de i,5oo livres sur sa cassette. F. Masson, Mémoires et lettres du cardinal de Bernis, I, i5, 32, 85-86.
rien. — Je réfléchirai, lui dis-je, je vous instruirai de mes résolutions et soyez sûr qu'elles seront conformes à la religion et à la probité. »
Un gentilhomme imj)lorait avec instance un bénéfice pour son second fils, et invoquait à l'appui de sa requête la circonstance providentielle qui l'avait fait naître le même jour et à la même heure que Mgr le Daupliin. Le cardinal de Tencin ne se laissa pas attendrir et déclara que « quand Dieu le Père en personne viendrait demander cette grâce au roi, le solliciteur n'obtiendi'ait rien avant le temps ^ »
C'était une fin de non-recevoir bien solennelle. Il était très difficile de résister aux protecteurs que les candidats de distinction trouvaient à la cour, dans l'entourage des IDrinces et des ministres, chez des parents et amis déjà élevés à l'épiscopat. Les meillem's prélats se prêtent à ces bons offices. L'abbé de Saint-Sauveur est arrivé à Paris. Le plus pressé est de le présenter au prince de Conti, favorable à la famille, et à l'évêque de Mii^epoix qui détient la feuille des grâces. Une abbaye venant à vaquer par la mort de M. de Bragelonne, vicaire général d'Amiens, le digne évêque de ce diocèse, M. de Lamotte, se hâte de la demander à Boyer pour son cher abbé de Saint-Sauveur, qui devient par là-même abbé de Saint-Jean d'Orbestier, grand vicaire d'Amiens, jusqu'à ce qu'il soit évêque de Tulle'. L'excellent cardinal de La Rochefoucauld, archevêque de Rouen, est accusé d'un peu de népotisme par son historien. Beaucoup) de familles ont plusieurs prêtres
1. Pierre de Vaissièbe, op. cit.,-ç. Sja-SjS. Lâchasse aux bénéfices était si active qu'il était parfois difl&cile même à la noblesse d'en obtenir. Le Mintier de la Motte-Basse a eu grand'peine, faute de ressources, à tenir ses enfants au collèg'e. Une fois ordonnés, ils ont végété commes prêtres habitués à Saint-Etienne-du-Mont, et il leur a fallu du temps pour emporter enfin une situation de chanoine à Rennes. Ibid,
2. PouLBRiÈRE, Histoire du diocèse de Tulle, 1884, in-ia, p. 828. M. de Rochechouart-Montigny, de grande mais pauvre famille, avait été élevé par charité. II occupa le siège d'Evreux au milieu du xviiie siècle, et put témoigner sa reconnaissance à son bienfaiteur. Le jeune abbé de Royère appartient à une famille de Périgord noble mais sans fortune. Sa mère l'emmène à la capitale, le lieu où s'élaborent tous les grands avenirs. L'abbé de Bonneguise, archidiacre de Cambrai, aumônier de la Dauphine, prend soin de son éducation et, devenu plus tard évêque d'Arras, le nomme son vicaire général. La voie des honneurs est ouverte à l'abbé de Royère, que la Révolution trouva évêque de Castres. M. de la Cropte de Chanterac, dernier évêque d'Alet, avait été appelé tout enfant auprès de son oncle évêque de Noyon, qui le nomma chanoine de sa cathédrale à l'âge de neuf ans.
de leiir nom et de leur race dans les honneurs ecclésiastiqnes. Le saint évêque de Tulle, du Plessis-d'Argentré, n'a point été inutile à son cousin, l'abbé de Goetlosquet, évêque de Limoges, précepteur des Enfants de France, membre de l'Académie française. Goetloscpiet patronne à son tour les deux neveux de l' évêque de Tulle, les du Plessis-d'Argentré qui seront promus à Limoges et à Séez * . Nous avons compté , en 1789 , une douzaine d'évêques qui ont un, deux, jusqu'à trois frères ou parents du même nom sur un siège épiscopal.
Certains gentilshommes n'avaient qu'à se nommer pour voir s'ouvrir toutes les portes et venir à eux, avec la fortune, tous les honneurs ecclésiastiques. Que refuser, par exemple, à un La Rochefoucauld, à un Montmorency, à un Talleyrand-Périgord ? Une branche un peu appauvrie des La Rochefoucauld, les Larochefoucauld-Langheac, paraissent oubhés à Saint-Ghély, village de la Lozère. L' évêque de Mende, M. de Ghoiseul-Reaupré, trop heureux d'obliger des La Rochefoucauld, s'empresse de prendre sous sa protection l'aîné de onze enfants, le jeune Dominique. Justement un La Rochefoucauld est cardinal, archevêque de Bornages, et le plus grand personnage del'Eghsede France à cette époque. Dès lors, l'avenir du jeune abbé est assuré. Après le séminaire Saint- Sulpice, après son séjour en Sorbonne, une charge de grand vicaire l'attend à Bourges. Boyer, ministre de la feuille, s'excuse en ces termes d'avoir tardé un peu d'en faire un évêque : « Oui, dit-il, je connais l'abbé de La
I. René Kerviler, La. Bretagne à l'Académie française, iS8g, in-8, p. 553- 559. — Au xvii« siècle, nous voyons trois frères La Mothe-Hodencourt, l'un archevêque d'Auch, les deux autres évêques de Mende et de Saint- Flour. Le premier tiers du xviii" siècle voit se succéder, s\ir le siège d'Aire, M. de Montmorin, soldat et marié avant d'entrer les ordres, et son troisième fils, Gilbert de Montmorin. Le sièçe d'Oloron est occupé durant presque tout le xyiii» siècle, par trois prélats issus d'une même fainille du Dauphiné : Joseph de Revol, François de Montillet et puis François de Revol, cousin du précédent et petit-neveu du premier. Cf. MoNTLEZUN, op. cit. p. 535-536.
Rochelbucauld ; mais un mérite si rare demande un grand siège. » La vacance de l'archevêclié d'Albi offre enfin une occasion favorable. Dominique y est appelé à trente-quatre ans et le roi s'écrie : « Je suis cliarmé de nommer l'abbé de La Rochefoucauld à cette riche égMse. Le bon usage qu'il a fait jusqu'ici de ses revenus me répond de celui qu'il en fera i^ar la suite. » La Révolution trouvera M. de La Rochefoucauld cardinal, archevêque de Rouen, abbé de Gluny, et bientôt chef de la droite du clergé à la Constituante.
Un Talleyi'and ne peut être moins bien traité qu'un La Rochefoucauld. Alexandre-Angéhque de Talleyi^and-Périgordn'apas encore vingt ans que le roi veut déjà lui donner une abbaye. Sa pieuse mère, Marie-Elisabeth de Ghamillart, le supplie de n'en rien faire, de crainte que la possession d'un bénéfice ne soit un motif humain de poursuivre une vocation qu'elle veut inspirée par la religion seule. Néanmoins le roi, en souvenir des services de son j)ère tué au siège de Tournay, lui affecte ime pension deSooohvres. Il prend pour répétiteur de théologie l'abbé Rourher, futur évêque d'Evreux. Au sortir du séminaire, l'abbé de Périgord est nommé aumônier du roi. M. de Nicolaï, évêque de Verdun, lui remet des lettres de grand vicaire et, en 1762, il reçoit l'abbaye du Gard. Enfin, à peine âgé de trente ans, il est demandé, en 1766, comme coadjuteur par La Roche-Aymon, archevêque de Reims. En 1789, il occupe le siège de saint Rémi, et les plus grands honneurs ecclésiastiques lui sont encore réservés auxix" siècle. C'était l'oncle du fameux TaUeyrand.
Le seul obstacle aux ambitions de ces grandes races, c'est d'être en concurrence entre elles pour les plus grandes situations de l'EgHse. Certains évêchés sont si brillants, si opulents, donnent à l'heureux titulaire un tel prestige et un tel rôle, que les plus illustres familles rivahsent de crédit et d'intrigues pour les faire décerner à mi de leurs membres.
La compétition la plus célèbre qu'ait enregistrée sur ce point l'iiistoire fut, au xvii^ siècle, la rivalité des Le Tellier et de la. maison de La Tour-d'Auvergne au sujet de
Reims. L'abbé Le Tellier, poussé par son père et son frère. Le Tellier et Louvois, est nommé coadjuteur de ce grand siège à vingt-sept ans. L'abbé de Bouillon reçoit en dédom^ magementle cliapeaude cardinal à vingt-six ans. Louis XIV, voulant obliger Turenne qui demandait instamment pour son neveu, soit Reims, soit Paris, aime mieux en faire un cardinal que de préj)arer, disait-il, un nouveau Retz. Dans la cironstance, les Le Tellier, de bien moindre naissance, mais forts de leur crédit de ministres, l'avaient emporté sur la maison de La Tour-d'Auvergne % qui avec les maisons de Lorraine, de Rolian et de Monaco, constituait à la cour de Louis XIV la classe privilégiée des princes étrangers, et avait donné Turenne à la France. Vers la fin du même siècle, la nomination d'un Noaille s à l'archevêché de Paris, était un grand échec pour les Bouillon qui voyaient leur échapper le siège de la capitale.
Tandis que les j)lus beaux évêchés et tous les honneurs allaient ainsi, en qnelque sorte, d'eux-mêmes, aux premières familles du royaume, la noblesse de moindre rang avait graiid besoin de protection pour parvenir, tant étaient nombreux les candidats à satisfaire. Deux noms
dans cette affaire « l'attachement extrême qu'il eut pour les grandeurs et les distinctions de sa maison qui, toute sa vie, le conduisit et fut sa passion dominante ». Il avait recommandé chaudement l'abbé de Bouillon à M. de Péréfixe, archevêque de Paris. Pour le dédommager du triomphe de Le Tellier à Reims, « ils imaginèrent la coadjutorerie de Paris et, avec les avances d'amitié intime qu'ils avaient avec M. de Péréfixe, ils le lui persuadèrent si bien et si tôt, qu'il ne le désira pas moins passionnément qu'eux ». Péréfixe s'en ouvrit au roi. « M. de Turenne vint au secours qui s'y mit tout entier comme pour un coup de partie. Le roi, dans l'embarras du refus à M. de Péréfixe qu'il aimait et qu'il considérait fort, et encore plus à M. de Turenne dans la posture où il était, et qui était pourtant résolu de ne hasarder pas de faire un second coadjuteur de Retz, en sortit par proposer à M. de Turenne sa nomination au cardinalat au lieu de la coadjutorerie, et se trouva heureux et obligé à M. de Turenne de ce qu'il voulut bien l'accepter. » (Saint-Simon, Mémoires, t. I, p. SjS- 335.) Au fort de la rivalité entre les deux familles, les Bouillons affirinèrent qu'un Noailles avait été domestique du vicomte de Turenne. Les Noailles répondirent à cette assertion qu'ils trouvaient monstrueuse en publiant leur généalogie, en rappelant l'hérésie et les rebellions des Bouillons. Dans cette querelle M"» de Sévigné ne dissimule pas ses sympathies pour les Bouillon. — Au xvie siècle, nous assistons pour le très important siège de Lyon à une lutte entre Paul de Foix (de la maison de Caraman) et Pierre d'Epinac. Pierre, destiné par ses parents à être d'Eglise, comme le plus .ieune fils, tonsuré et revêtu de la soutane dès la plus tendre enfance, l'emporte sur Paul de Foix et est nommé archevêque de Lyon, n'étant encore que sous-diacre. Cf. Abbé Richard, Pierre d^Epinac, archevêque de Lyon, in-8, 1901, p. 62.
parmi les plus illustres de l'Église de France avant la Révolution, M. de Boisgelin et M. de Bausset, nous en fournissent la preuve. M. de Boisgelin, archevêque d'Aix, a pour grand-vicaire l'abbé de Bausset. qu'il aime beaucoup et qui le mérite. Il veut le pousser à l'épiscopat, en attendant que vienne le tour de deux autres de ses grands-vicaires : l'abbé de CrôuseiUies, et l'abbé de Messey. Bausset a atteint l'âge d'être promu. Il a en plus des dettes, sa famille à soutenir et désire arriver. L'évêque d'Autun,M. de Marbeuf, ministre de la feuille, n'a fait encore que des promesses évasives qui découragent et assombrissent le candidat*. Heureusement que l'envoi à Nîmes de M. de Balore, évêque d'Alais, rend libre ce siège que Boisgelin sollicite vivement pour son protégé, faisant mouvoir tous les ressorts. L'archevêque d'Aix raconte, en février 1784, ses espérances bientôt suivies de craintes. A défaut d'Alais, il jette alors son dévolu sur un évêché de Bretagne, Saint-Pol-de-Léon, qu'une fausse nouvelle présentait comme vacant, et intéresse le ministre Galonné à cette nomination. Enfin Alais échoit à l'abbé de Bausset qui se fait sacrer en juillet. Boisgelin, en visite^ six mois plus tard, chez le nouvel évêque, peut écrire d'Alais : « Je suis chez un heureux, et qui a bien raison de l'être -. »
A voir les difficultés que l'abbé de Bausset, gentilhomme et homme de grand mérite, a eu, malgré les recommandations les plus instantes de l'archevêque
1. «En A'ous écrivant, je parle à ce malheureux abbé de Bausset pour le consoler. L'évêtjue d'Autun m'écrit une lettre qui le désole. Toujours des marques d'intérêt, des espérances et des refus, et le malheureux est dans une position qui n'a pas les mêmes ressources. Il a des dettes, une famille qui a besoin de lui, et c'est l'évêque d'Autun qui lui a donné une commission qu'il devait récompenser et qui n'est pas aujourd'hui supportable. Je vous prie pourtant de n'en pas dire plus de mal de l'évêque d'Autun. Il en serait moins bien disposé pour l'atbbé de Bausset et de plus indisposé contre l'abbé de Crouseilhes. Je vous assure que notre petit abbé (Bausset) est noble, sensible et honnête homme autant qu'on puisse l'être, et il faut, en vérité, vous rapprocher de l'évêque d'Autun pour lui être utile. » Lettre inédite.
2. Lettre de Boisg-elin du 11 février 1784 : « Il s'agit de l'abbé de Bausset. Il y a à parier pour lui pour Alais qui vaquera parce que l'évêque d'Alais
AVIDITE DES GRANDES FAIkOLLES 27
d'Aix, pour arriver au modeste évêché d'Alais, on préjuge que les abbés roturiers verront passer audessus de leur tête ces honneurs sans oser même y prétendre. On pouvait prédire dans une réunion de clercs, ceux qui seraient évêques. Morellet le constate avec amertume. Choisi comme précepteur du jeune La Galaizière, pour surveiller ses études de philosophie, de théologie et « en faire, dit-il, un évêque, comme il l'est devenu depuis^ » il le suit au collège du Plessis et au séminaire Saint-Magloire. Au Plessis, Morellet est logé, nourri, a looo livres d'honoraires et n'est pas content. C'est qu'il s'y trouve comme éclaboussé par de brillants abbés qui ne paraissent pas tenir grand compte du pauvre précepteur, Mcencié en Sorbonne, mais roturier. Dans ce collège étudient en même temps que La Galaizière et sont destinés à la même carrière, l'abbé de BrogUe, depuis évêque de Noyon ; le prince Louis de Rohan, depuis évêque de Strasbourg et cardinal ; son frère Ferdinand, depuis archevêque de Bordeaux et de Cambrai ; Cicé, depids archevêque de Bordeaux et garde des sceaux ; Marbeuf, depuis évêque d'Autun, archevêque de Lyon et ministre de la feuille. Rohan, hautain, dissipateur, inconstant, dit Morellet, avait déjà à sa nomination plusieurs bénéfices importants, comme abbé de la Chaise-Dieu et autres abbayes, mais il les donnait à ses amis. L'abbé de Broghe, « plus réservé, mais vain, ne s'est jamais approché de moi, ni moi de lui pour former une Maison ». L'abbé de Marbeuf me témoigna de la bienveillance, mais ne me donna jamais rien. Je me liai,
va passer à Nîmes. L'évêque d'AIais balance encore selon mes dernières nouvelles, mais il y parait pourtant disposé. Gela m'arrangerait très bieuv-
Earce qu'ensuite je n'aurais à m'occuper que de l'abbé de Messey. Je suis ien content de M. de Périgord (archevêque de Reims) ; il fait tout ce qui dépend de lui, l'archevêque de Narbonne (Dillon) aussi. Nous n'en disons pas autant de l'archevêque de Toulouse (Loménie de Brienne), <jui avait fait bien des promesses qu'il ne remplit pas. » — Lettre du 14 février: « Je commence à espérer qu'Alais sera pour lui. » — Une lettre du aS février 1384 est pessimiste : a II est dur pour moi que mon grand-vicaire soit la victime des partis quand je ne lui ai rien enseigné plus fortement que de n'être jamais homme de parti. «Boisgelin fait alors, pour aboutir, assiéger de recommandations pour son candidat le ministre Galonné. Enfin, dans une lettre du 3 mars 1384, Boisgelin commente l'heureuse nouvelle de la nomination à Alais. «Je suis bien content, dit-il, de l'abbé de Bausset. Il était malade et chagrin, et je crois à présent qu'il est guéri. G'est un embarras de moins pour moi, et c'est aussi un grand plaisir, parce que j'ai vraiment de l'amitié pour lui. » Lettres inédites de Boisgelin.
« mais sans fruit pour ma fortune, avec l'abbé de Cicé, liomme d'esprit, de bonnes intentions et, dans des temps moins difficiles, très capable de remplir une bonne Xilace ». Heureusement pour MorelLet qu'il était devenu en Sorbonne l'ami d'un clerc philosophe, moins infatué de sa naissance, de l'abbé de Laulne, qui n'était autre que Turgot lui-même. C'est à Turgot qu'il devra enfin la possession d'un charmant prieuré dont il nous a tracé la plus agréable descrii)tion dans ses Mémoires \ . Mais en attendant, les anciens hôtes du collège du Plessis étaient sur les premiers sièges de France.
Ah! le sort paraissait dur aux gens sans naissance. Les clercs roturiers végètent plus ou moins longtemps dans les emplois inférieurs et luttent contre la faim. Sans doute, Bernis est aux prises avec le besoin en quittant Saint-Sulpice. Mais que de dédommagements il doit à la noblesse de son origine ! « Il est de la cour et de l'intimité de ce cardinal de Polignac, son cousin, le grand parleur et le grand charmeur. Fauteur de V Anti- Lucrèce. Il vit chez son autre cousin, le barop. de Montmorency, qui lui a offert un logement. Il fréquente le salon du duc de Nivernais. Il voit les Rohan, et c'est un Rohan qui, un jour où les dettes le x^i'cssent, des dettes montant déjà à 12 000 livres, le tire d'embarras et discrètement lui envoie, sans rien dire, la somme dont il a besoin-. » Comparez ces débuts à ceux de Dubois qui devait être cardinal et premier ministre. Celui-ci a commencé péniblement et a dû mener de front la domesticité et les classes. L'abbé de Boulogne, futur évêqùe de Troyes après la Révolution, remplit pendant deux ans l'office de porte-Dieu à Sainte-Marguerite. L'abbé Maury à force de talent, d'entregent, paraît s'ouvrir toutes les portes. Il prêche le panégyrique de saint Louis devant l'Académie française avec tant de succès que « la compagnie, dit le procès-verbal, a arrêté d'une voix unanime, que dès que M. le cardinal de la Roche- Aymon (ministre de la feuille) serait de retour à Paris, il lui serait fait une