Cahier du clergé d'Etsucapes, Arch. parlem. III, p
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recevoir dans notre siècle satisfaction surabondante. Un autîîg moyen de rapproclier les distances, c'est de faire enfin tomber le parti pris de prendre tous les évoques dans la noblesse. Ici c'est l'abbé Maury qui tient la plume, au nom du clergé de Péronne qui allait lui confier la députation. On ne sera pas étonné de voir l'orateur, que nous avons déjà entendu tonner contre cet abus à l'occasion de l'évêque de Seiiez, s'exprimer en ces termes dans le cahier de son baillage : « Il est notoire que l'ordre des curés est totalement exclu des récompenses de Sa Majesté, C'est mi outrage, une exbérédation injuste dont nous sollicitons la réparation ou plutôt le terme, au milieu des Etats généraux. En rendant hommage à la noblesse, en reconnaissant même, outre ses droits, la faveur particulière qui lui est due, nous demandons que le. tiers état participe dans une juste proportion non seulement aux bénéfices de nomination royale, mais aux premières dignités de l'Eglise. /Les éyêques qui ont été tirés de cet ordre ne sont pas ceux dont le clergé de France s'honore le moins \ » Ces justes revendications, ainsi exprimées en termes énergiques, ne pouvaient que contribuer à l'union des pasteurs et du pontife, en donnant aux curés un chef plus rapproché d'eux par son éducation et son ministère ecclésiastique, ainsi que par sa situation sociale. La Révolution ne prendra pas le temps d'accomplir cette réforme. EUe se chargera d'effacer les distances, de faire tomber les préventions, les barrières entre le prélat grand seigneur et l'humble congruiste, en poussant indistinctement aux frontières, à l'échafaud, au martyre, curés et évêques, en les confondant tous dans une lutte suprême pour la foi et pour la vie.
I. Cahier du clergé de Péronne, Ach. pari. t. V, p, 849. — Le clergé de Troyes dit : « Le roi sera supplié d'avoir égard, dans la nomination aux évêchés, moins à la naissance qu'aux vertus et aux mérites, et de choisir les évêques, autant que faire se pourra, parmi les ecclésiastiques nés dans la province du siège vacant et exercés dans le ministère pastoral.» Arch. pari. VI, p. 73 — . Le clergé de Mantes dit iArch. pari. III, 655) : « Il est de la justice du roi de déclarer que la noblesse ne sera point destinée exclusivement aux grandes places de l'Eglise. »
I. Tendance des évêques à se rapprocher de leur peuple. — Un moyen plus pratique de connaître les diocésains, les visites pastorales. — L'action de l'évêque alors bien plus puissante que de nos jours. — Universalité de son contrôle en tournée pastorale. — Il vient au nom de l'Eglise et de l'Etat. — Crainte qu'il impose aux délinquants. — Les curés eux-mêmes passés à l'examen. — Les fidèles interrogés publiquement et secrètement à leur sujet. — Outre la correction des abus extérieurs, on veut remuer les âmes et purifier les consciences. — L'évêque en tournée est accompagné de missionnaires. — II. Régularité des visites à partir duxvii" siècle. — Les grands visiteurs : Sourdis, Richelieu, Le Tellier, Le Camus. — Les évêques orateurs en tournées pastorales. — Comment Bossuet accomplit ce devoir dans le* diocèse de Meaux. Il y prêche avec Fénelon. — Visites pastorales de Fénelon, Fléchier, Mascaron, Massillon. — Noms des prélats visiteurs au xviiie siècle. — Témoignages d'affection et de reconnaissance qui les accueillent, ceux surtout qui savent se montrer simples et bons. Traits. — III. Quelques chiffres au sujet des tournées pastorales. — Elles étaient moins fréquentes que de nos jours, — Première cause, la difficulté des communications. — Beisunce obligé de monter sur un âne. — Nicole incapable de suivre à cheval Le Camus, « évêque des montagnes ». — Seconde cause, indifférence de plusieurs évêques qui n'imitent pas leurs confrères zélés. — Exemples d'abandon. — ^ Plaintes en 1789 à ce sujet. — Autre abus : les évêques qui prêchaient étaient alors en très petit nombre . — IV. Malgré ces défaillances, le diocèse est puissamment organisé dans l'ancien régime. — Les visites des archidiacres, grands vicaires, vicaires forains, suppléent, au besoin, celles de l'évêque. — Gomment cette magistrature spirituelle a tenu en haleine pasteurs et fidèles pendant des siècles, et a assuré la santé morale des populations de la vieille France.
Le nivellement progressif des classes, cpi'on peut constater à la fin de l'ancien régime, avait contribué à rappro-
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cher les évêques de leur clergé et aussi de leur peuple. Ils sont mêlés à tous les intérêts, à toutes les préoccupations de leurs contemporains. Ils tiennent taMe ouverte^ et font preuve dans l'admission des convives d'une large tolérance, presque de goûts démocratiques. Le plébéien s'enhardit à y paraître et n'y fait pas mauvaise contenance. « Le militaire, dit non sans quelque malice un écrit du temps, est assis à côté du robin, l'incrédule à côté du cagot, et l'appétit n'en souffre pas. Le prieurmoine regarde avec jalousie le financier, qui est monté à la place la plus honorable et qui n'a point un équipage aussi brillant que celui du monastère. Depuis que la fierté épiscopale est un peu tombée, le roturier se trouve de temps en temps avec eux. Il commence à vaincre sa timidité, assez pour ne pas quitter le repas le ventre creux et la gorge altérée *. »
Mais ce n'est point à table que l'évêque pouvait faire connaissance avec le gros de ses diocésains, surtout au point de vue spirituel ; c'est dans les tournées pastorales. Elles avaient, dans l'ancien régime, une extrême importance et une action bien plus puissante qu'à notre époque. De nos jom's, l'évêqpie se borne à peu près à administrer le sacrement de confirmation, à s'enquérir de l'état de l'égMse, de l'instruction catéchisticpie des enfants, de la situation rehgieuse de la paroisse, à donner enfin des conseils ou des ordres, la plupart dépourvus de sanction. Il en allait tout autrement dans l'ancienne France. Ce n'étaient pas seulement les enfants à confirmer et leurs parents qui se rendaient à l'église. Tous les paroissiens y étaient convoqués ; tous, depuis le plus humble fidèle jusqu'au pasteur, étaient appelés à rendre des comptes sur leurs intérêts spirituels, pouvaient être interrogés sur la doctrine chrétienne et sur la pratique de leurs dévoilas. Quand on parcourt aujourd'hui les procèsverbaux ou le programme de ces visites, on est frappé de l'étendue de l'enquête. Outre l'examen traditionnel que nos prélats font encore, quel jouissant contrôle exercé