I. Tableau moral, etc., p
sur les mœurs, sur l'observation des lois de l'Eglise ! Nous lisons, par exemple, dans les statuts synodaux donnés, en lôgS, par Le Goux de la Berchère, archevêque d'Albi, qu'il s'informera dans son inspection « de ceux qui fréquentent les sacrements » ; s'il y a des pécheurs publics et scandaleux, des blasphémateurs, jureurs, impies, usuriers, « des concubinaires, des femmes et filles de mauvaise vie, des personnes qui font profession de sortilège et de maléfice » ; quelles superstitions sont plus ordinaires ; de ceux qui gardent chez eux de mauvais livres ; « s'il y a quelque mariage en degré défendu, sans dispense », des mariages invalides pour clandestinité ou autres empêchements ; des personnes mariées, sépa^ rées sans cause légitime ; si les parents ont soin de faire baptiser leurs enfants dans le temps prescrit, s'il y a quelque famille en divorce ; des inimitiés, procès, querelles considérables ; de ceux qui ne se comportent pas dans l'église avec modestie, qui ne se sont pas confessés ou qui n'ont pas communié à Pâques ; qui manquent à la messe, qui dansent ou jouent publiquement, et vont au cabaret pendant les offices divins, « qui vivent dans l'oisiveté et fainéantise ; si l'on tient des foires les jours de dimanche et fête, et généralement de tous les désordres et abus * ». La sage-femme, les maîtres et maîtresses d'école, se présentent pour « être examinés, demander la continuation de leur approbation et rendre compte de leur conduite ». Les marguiUiers, les syndics des hôpitaux, viennent déposer leurs comptes.
On le voit, rien de ce qui touche à la morale pubKque et privée, n'échappe à la vigilance et à la sanction de l'évêque. L'Etat, loin de prendre ombrage de l'exercice de ce pouvoir, l'encourage et le protège. Henri IV ordonne aux prélats de faire les visites et de lui en envoyer les
I. « La fin principale de toutes les visites, disait le concile de Trente, sera d'établir une doctrine sainte et orthodoxe, en bannissant toutes les hérésies, de maintenir les bonnes mœurs, de corriger les mauvaises, d'animer le peuple au service de Dieu, à la paix et à l'innocence de la vie, par des remontrances et des exhortations puissantes, etc. » Sess- XXI Vj ch. III, de réf. — C'est ainsi que les évêques du xviii" siècle comprenaient leur mission. En 1345, Mgr de Pressy, èvêque de Boulogne, dit, par exemple, dans son mandement de visite, qu'il va « régler la discipline, réformer les abus, retrancher les scandales, etc. »
procès-verbaux*. Gomme il s'agit d'une époque où la discipline de l'Eglise est consacrée par le pouvoir civil, où les simples peines spirituelles, comme l'exclusion du temple, de la sépulture ecclésiastique, sont un châtiment redouté, ou comprend quelle terreur devait inspirer aux récalcitrants, aux pécheurs publics, aux retardataires de la communion pascale, à tous les libertins et délinquants, la seule annonce de la visite pastorale, la présence de l'évêque haut et puissant seig&eur, en qui le caractère sacré de représentant de , Dieu était encore fortifié, aux yeux du peuple, par la qualité de seigneur temporel et de représentant du roi. Tremblez pervers, voici venir le pontife que Bossuet vous présente « établi de Dieu pour faire vivre dans le peuple la discipline chrétienne ; il a reçu la plénitude d'une puissance céleste, pour arrêter le torrent des mauvaises mœurs qui, s' enflant et grandissant à grands flots, menace d'inonder toute la face de la terre* ». « S'il y a, dit un cérémonial, des pécheurs publics dans le lieu, et des personnes qui aient donné des scandales par leur vie débauchée ou autrement, qui n'aient pas fait leur devoir pascal, qui soient en inimitié notoire, c'est à ce moment que le curé devait les faire comparaître devant l'évêque, pour recevoir ses remontrances et ses ordres '. »
Tremblez pervers, vous aussi tremblez, curés. C'est
1. Lettres missives, t. I, p. i85 des pLèces justificatives, a Et afia que nous sachions et reconnaissions aussi ceux qui s'acquitteront de ce devoir exactement et fidèlement, nous désirons que vous nous envoyiez en double un extrait bien particulier des proces-verbaux que vous dresserez des dites visites, tant de celles que vous ferez en personne que des autres que vous commettrez à vos dits vicaires et officiers, lesquels partout vous adresserez à nous-même où nous serons, pour seconder et fortifier vos diligences de notre autorité^ selon notre désir et le besoin que nous apprendrons ».
2. Bossuet, Oraisop. fanëbre da P. Boargoing. M. de La Ferronays, dernier èvêque de Li'sieux, disait dans son premier mandement : « Envoyé pour défendre le champ du père de famille, pour enseigner et gouverner, pour arracher et planter, pour détruire et édifier, pour corriger et reprendre, le glaive de la parole ne nous aura pas été confié inutilement; l'homme ennemi ne se prévaudra pas de notre silence. » Nouçélles ecclésiastiques, 1586, p. 65-68.
3. Abbé DuMAiNE, Mgr Louis d'Aquin, éeêque de Séez, 1902, in-8, p. 222. — Nous lisons dans le procès-verbal des visites de Bossuet r « M« Alexandre Prescal, curé de Dampmartin, a dit qu'il y avait dans sa paroisse plusieurs filles et plusieurs femmes veuves de mauvaise vie, qui étant prêtes d'accoucher . s'absentaient et revenaient au grand scandale de tout le peuple, sans que personne, non pas même le procureur fiscal, s'informât, n'y se mît en peine de ce qu'étaient devenus leurs fruits. Il les a toutes nommées à Monseigneur par leur nom et surnom. »
qu'ils sont passés au crible plus encore que leurs paroissiens. Le j)rocès-verbal des visites faites par M. de Grignan, dans le diocèse de Carcassonne, à la fin du xvii« siècle, porte que le curé est mandé à la sacristie devant l'évêque et tous ses assesseurs. Il doit répondre à un questionnaire détaillé où il est parlé de la valeur de son bénéfice, de ses grades canoniques, de son assistance aux conférences ecclésiastiques, de son ministère, de l'état moral et religieux de son peuple, des livres de piété et de théologie qu'il a dans sa bibliothèque. Cet interrogatoire terminé, le curé sort, et alors les consuls, les principaux habitants entrent pour contrôler ses dires et donner leur opinion sur tout ce qui concerne la paroisse. Chacun peut s'exprimer en toute liberté *. Cet usage se maintient jusqu'à la Révolution. AArras, on continue à s'informer hautement auprès des fidèles s'ils sont contents de leur pasteur, « s'il célèbre la messe et fait les autres offices aux heures marquées, s'il n'est pas joueur, jureur, chasseur, sujet à la boisson, quels sont ses domestiques ». En 1780, l'évêque de la Rochelle interpelle pubfiquement le curé sur les abus qu'il a constatés dans sa paroisse ; il interroge « sur le catéchisme indifféremment grands et petits ». En retour, il demande aux paroissiens ce qu'ils ont à reprocher à leur pasteur *. Les paroissiens, avec cet esprit de critique ou, si l'on veut, cet idéal de perfection qui anime souvent les meilleurs, se rendent volontiers à l'appel qu'où leur adresse. Les procès-verbaux nous ont conservé l'exposé des griefs parfois assez piquants qu'ils vont faire valoir contre leur curé ^ Ce qui était plus