IV. Les Martyrs et Confesseurs de ht Foi
maison de la Miséricorde. Mais comme à cette époque, on se livrait à des perquisitions un peu partout pour découvrir un nommé Chabcri, qui s'était évadé des prisons de la citadelle, on fouilla tous les réduits de la Miséricorde et on mit la main sur Tabbé Fajon.
a: Qui es-tu, lui demande-t-on ?
» Un commis de ïSCarseille,venu à Montpellier ^ avec un passe-porj délivré à Marseille.
)) As-tu exercé la profession de commis à Montpellier ?
» Non.
» Es-tu prêtre ?
» Je suis commis.
yy N'as-tu pas été prieur de Mûries ?
» Je suis commis. »
Et, sur ce que son passe-port était suranné et non visé, on s'empare de sa personne et quand il est clairement établi que l'individu arrêté est bien l'ancien prieur-curé de Mûries, rétractant et natif de Mon tpey roux, on l'enferme dans la Maison d'Arrêt de Montpellier (15 janvier 1798).
Trois administrateurs de la Miséricorde, Rech, Grand et Guinard sont cassés « pour défaut de surveillance. »
Quant à Pierre Fajon, l'Administration municipale de Montpellier l'envoya devant la Commission militaire; mais celle-ci reconnut que les dispositions pénales de la loi ne lui étaient pas applicables. Comme il était cependant rétractant, et de plus accusé d'avoir exercé le culte dans la Maison de la Miséricorde et de porter la discorde à Mûries, pour faire renaître les vieux préjugés du despotisme et du sacerdoce, on décida qu'il serait reclus, afin de l'empêcher de troutler l'ordre (18 vendémiaire an VII, 9 octobre 1778).
11 se trouvait toujours sous les verrous et tenait même le lit, souffrant de 11 gravelle, lorsque le préfet de l'Hérault visita cet établissement. Fajon profita de l'occasion pour réclamer sa mise en liberté (3 floréal an VIII, 23 avril 1800). Le surlendemain, le préfet répondit à cette péti-
U Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier,
tion en donnant à son auteur l'assurance qu'il venait de le proposer au ministre de la Police générale pour son élargissement, sous la surveillance toutefois de la Municipalité.
Cette lettre du préfet au ministre renfermait un passage que nous croj'ons devoir reproduire ici, vu son importance : « Il me paraîtrait convenable d'évacuer la Maison de Réclusion de tous les prêtres insoumis qui y sont détenus ; attendu qu'ils sont accablés d'infirmités et qu'ils ne peuvent recevoir dans cette maison le traitement qui convient au genre* d'infirmités de chacun d'eux; que, d'ailleurs, ils fixent continuellement l'attention des fimatiques et que, étant répandus dans leurs communes respectives, sous la surveillance des maires et adjoints, ils exciteraient moins la commisération de leurs prosélytes ».
A partir de ce moment, la porte de la Maison de Réclusion s'ouvrit assex souvent et, peu à peu, laissa sortir ses pensionnaires, tous âgés et plus ou moins infirmes. Le préfet écrivit au maire de Montpellier que le ministre de la Police autorisait la mise en liberté, sous la surveillance municipale, de Pierre Fajon (13 prairial an VIII, 3 mai 1800).
Libre enfin de revenir à Mûries, il y reprit les fonctions curiales et, à la restauration du culte, il devint succursaliste de Vaihauque/ et en même temps de Mûries (1803). Il touchait une pension de 266 fr. 66,c. 11 décéda le i«' mai 1809.
Cf. Arch. de l'Hérault, L, 441 et 45 ; — Ms. de Soulier; — Ordo pour i8oy et Arch. de lEvèchè.
FALCOU CPierre-'Panl),
né à Saint-Pons, le 10 mai 1741, ancienChartreux, insermenté. Déporte, rentré, s'était retiré à Saint-Pons, mais il eut le soin de disparaître le jour même de la publication de la loi du 17 brumaire an IV (8 novem bre 1795). Quatre gendarmes de résidence dans cette commune reçurent l'ordre de l'arrêter et se livrèrent à de minutieuses perquisitions pour se saisir de sa personne, de même que de quelques autres prêtres
rV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi.
rélractaires qu'on supposait cachés dans la même localité. Toutes les recherches demeurèrent sans résultat et les agents de la force publique n'eurent d'autre moyen de se consoler de leur insuccès que de rédiger un long procès-verbal (i6 ventôse an IV, 6 mars 1796).
A la restauration du culte catholique, l'ancien Chartreux se rendit utile au diocèse en acceptant la succursale de Premian (canton d'Olargues) et puis celle d'Aigne. Sa pension fut réglée à la somme de 333 fr. 33 c. 11 décéda le 8 septembre 1822, à l'âge de 82 ans, étant aumônier de l'Hospice de Saint-Pons.
Cf. Arch. de THérault, L. 445. — Estouret, Les '^collets de Saint-Pons-<Ie-7kotnihes, p. 452. — F. Saurei., Histoire reîi^, du Départ, de V Hérault, lU, 261.
FALCOU,
frère puîné du précédent, ancien chanoine de Saint-Pons, refusa le serment et partit avec son frère pour la déportation. Il était déjà mort à la date du 8 vendémiaire an VI (29 septembre 1797}.
Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443, bis.
FALGAS (Louis),
communément appelé le Père Armand, Capucin de Servian. Non assermenté. Pension 700 1. Déporté d'Agde à Nice, le 9 août 1792. Rentré, obligé à se déporter de nouveau, il prit un passe-port pour l'Espagne, par Perpignan fServian, 9 vendémiaire an VI, 30 septembre 1797). Il avait alors 40 ans. Après son retour, il revint à Servian, se rendit utile en y remplissant les fonctions de vicaire et mourut le 12 décembre 1822, âge de 64 ans et 9 mois.
Cf. Arch. de TEvèché, Tableau du Clergé, p. 253.