IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi
(1803) avec pension de 333 fr. 33 c, il fut ensuite transféré à Gers, ancienne annexe de Portiragnes, érigée en succursale. Ce déplacement n'avait d'autre but que de lui fournir dans sa vieillesse une sorte de retraite, car il jouissait de l'estime de l'autorité épiscopale. Il décéda dans le courant de Tannée 18 19, âgé de 88 ans.
Cf. Arch. de THérault, L. 443: — "fireiv Bitlen'HSi' pro antio 1820; — Arch. de rFvêché.
GOURGON (Jean-Pierre),
né à Florensac, le 30 août 1760, fît de bonnes études au séminaire d'Agde. Aussitôt élevé à la prêtrise, il fut envoyé à Cette en qualité de vicaire (1784).
Il travaillait avec beaucoup de zèle sous la direction de Tabbé Olive, son très digne curé, lorsque on demanda la prestation du serment constitutionnel. M. Olive assembla ses vicaires, qui furent d'avis de tout sacrifier a leur foi. Le curé se rendit en Espagne. Quant à l'abbé Gourgon, amateur de la bonne musique il résolut d'aller à Rome, si la chose lui était possible. Il quitta Celte, la tristesse dans l'âme, et prit Iç chemin d'Agde, après avoir fixé la cocarde tricolore à son chapeau «de la manière la plus visible », parce qu'il y avait un péril imminent à ne pas la porter, du moins à ce qu'on lui avait assuré. Il fit viser son passe-port et s'embarqua le soir du 8 août 1792, sur la tartane du capitaine Jeannin, d'Agde. Le départ n'eut lieu que le lendemain matin, à cause du mauvais temps.
Gourgon débarqua à Nice le dimanche 12 août, avec ses nombreux compagnons de déportation. Tous s'empressèrent d'aller se présenter chez le gouverneur de la ville, ensuite chez l'évêque et enfin à la cathédrale, pour remplir le devoir de l'audition de la messe. Il était midi ; toutes les messes étaient dites, heureusement le chef de la bande, l'abbé Bellenger, vicaire général de Mgr de Saint-Simon, s'était réservé ; il put monter à l'autel et offrir le Saint-Sacrifice auquel assistèrent tous
V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier,
SCS compagnons. Au dire de Tabbé Gourgon, il y avait en ce moment, ;ï Nice, environ 1500 réfugiés. Ils eurent hiite de se séparer et de se disperser dans la Péninsule.
Le vicaire de Cette sut mettre à profit son séjour à Nice. Tous les jours, il allait à la cathédrale travailler dans la belle bibliothèque du chapitre, administrée par un ancien Jésuite. Il comptait utiliser de la sorte un temps dont il ne savait que faire.
Mais les armées de la République lui donnèrent bientôt une toute autre occupation. Obligé de fuir à la précipitée, abandonnant ses effets et n'emportant avec lui sur son dos qu'un paquet où il avait renfermé les objets les plus nécessaires, il parcourut' en toute hâte l'espace qui le séparait de Turin. Pour comble d'infortune, un de ses amis (le Père Baldy, cordelier), chargé par sa fomille de lui porter des fonds, avait été dépouillé sur sa route par des brigands de Toulon.
Telles furent les circonstances dans lesquelles l'abbé Gourgon entreprit, à pied, un long voyage dans les montagnes. Il lui fallut bien des fatigues et des privations pour arriver à Turin (7 octobre 1792). Sur l'assurance qui lui fut donnée par lévêque de Venise que le Pape recevrait dans ses Etats les prêtres qui souffraient de l'exil, il se dirigea vers la ville épiscopale de Macerata et eut le bonheur d'être charitablement accueilli, lui et ses deux amis, Denis, son collègue à Cette, et l'abbé Méjean, vicaire à Saint-Denis, chez les religieux Barnabites.
Pendant qu'il était tranquille dans ce couvent, la police de Cette, et avec elle bien des gens, étaient persuadés que l'abbé Gourgon et son ami Denis se tenaient tous deux cachés chez les religieuses hospitalières. Le 27 janvier 1793, le juge de paix de la commune fit une descente dans leur maison pour les y rechercher; il fouilla depuis le grenier jusqu'à la cave, faisant même ouvrir une armoire de la chambre des sœurs, pour voir s'il n'y était pas. « Il n'a pas été satisfait de ses recherches, écrivait la supérieure à l'abbé Gourgon et, honteux de ne pas vous trouver chez nous, il nous a dit que si vous n'étiez pas dans la maison, vous étiez
rV. Les Martyrs et Confesseurs de la foi,
très certainement dans la ville. Cela nous a diverti un moment et nous lui avons ri au nez, étant bien assurées de votre absence à plus de deuxcent cinquante lieues )).
De Maceiata, Tabbé Gourgon se rendit enfin à Rome. C'était là, depuis longtemps, le grand désir de son cœur, et dans la plupart de ses lettres, il marquait son intention d'aller vénérer les tombeaux des saints Apôtres. Il était d'ailleurs attiré dans la capitale du monde catholique par son ami et confrère l'abbé Michel, qui l'y avait précédé, en 1792. Nous manquons de détail sur son séjour à Rome. Nous n'avons de lui qu'une lettre, du 21 décembre 1796, adressée à un habitant de Cette, dans laquelle il annonçait que plusieurs prêtres et notamment l'abbé Denis, étaient rentrés en France. Si cette lettre a pu passer sous nos yeux, c'est qu'elle avait été saisie ;\ la poste, envoyée à Cochon, ministre de la police générale, qui l'avait transmise au commissaire du Directoire exécutif de l'Hérault (25 ventôse an V, 15 mars 1797).
Quant à lui, son séjour à l'étranger se prolongea jusqu'en 1801. Il fit le 4 juillet de cette année la promesse de fidélité à la Constitution de Tan Vni et exerça le culte dans la chapelle des Pénitents. Sur la demande qui lui avait été adressée de la préfecture, Bousquet, maire de Cette, expédia au préfet la note suivante :
24 messidor an IX (13 juillet i8oi\
« Le citoyen Jean-Pierre Gourgon, ministre du culte catholique, déporte, originaire de Florensac, et ci-devant vicaire à Cette, a fait le 15 de ce mois, entre mes mains, la promesse de fidélité à la Constitution, d'après laquelle il exerce le culte dans la ci-devant chapelle des Pénitents, déclarée. Ce citoyen âgé de 40 ans, était reconnu pour avoir des mœurs. Ses moyens étaient au-dessus du médiocre. Un peu vif par caractère ; mais cette vivacité paraissait être commune aux gens de sa robe, qui se croyaient au-dessus des citoyens; ce qui les portait quelquefois à se laisser aller à leur pétulence naturelle. Depuis 1792, que le citoyen Gourgon à quitté cette ville, d'où il était sorti avant sa déportation, je ne l'ai plus vu.
16] l'aMCUM CLIRGé DU DIOCISB DB UONTPILLIU. (^ ^^
J'ignore les changements qui peuvent s'être opérés en lui (tant d'hommes sont devenus méconnaissables !). Je ne doute pas qu'il ne soit animé de cet esprit d'intolérance et j'ose dire de haine, pour la Révolution, qui semble avoir été soufflé à haute dose sur les ministres désignés sous le nom de réfractaires et qui prêchent une morale bien différente de celle du Christ, qu'ils prétendent cependant prendre pour modèle. Quoi qu'il en soit, comptez que je surveillerai le citoyen Gourgon. J'aime à croire qu'il mettra en pratique les avis que je lui ai donnés et qu'il ne me donnera pas lieu de me plaindre de sa conduite. Salut et fraternité. Bousquet, Maire. »
Gourgon fut nommé, à la reconstitution du diocèse, succursaliste de Saint-Joseph, de Cette, 1803, et reçut une pension de 266,66. Le 31 juillet 181 3, il était appelé à la cure de Saint-Louis de la même ville, lorsque M. Bertrand donna sa démission pour passer à la cure de N.-D.des-Tables. Décédé le 5 novembre 1840.
Cf. Arch. de l'Hérault, V. Tolice du Culte. — Ms. do l'abbé Cîourgon; - Arcli. de TEvêché, '%^ des "Décès, — Ms. de l'abbé de Gohix, p. 125.
GOUSTY (Jean-Louis),
né en 1623 à Pézenas, était chanoine à Saint-Sébastien, de Narbonnc. Il refusa le serment et se rendit dans l'Hérault, où il fut arrêté en messidor an V, et traduit comme émigré devant le tribunal criminel de ce Département qui ordonna (le 5 brumaire suivant, 26 octobre 1797) son renvoi devant l'Administration centrale de l'Hérault. Celle-ci à son tour prescrivit son renvoi devant l'Administration centrale de l'Aude, où il avait eu son dernier domicile. Dieu le dispensa de ce nouveau voyage; l'abbé Gousty, mûr pour le ciel, mourut dans la Maison de Réclusion de Montpellier (le 14 frimaire an VII, 4 décembre 1797).
Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443, lettre w Sjs^ du 0\/Cinistre de la Police Générale, au Commiss. du Départ, de V Hérault ; — Arrêté du départ. 24 brum. VI (14 novembre 1797) envoyé au Minîs. de la Toi. gén. 22 frim.VII (12 déc. 1798).
tV. Les Martyrs et Confesseurs de la foi.
GRAND (Pierre),
cx-chanoine de Saint-Pons, déporté rentré, sujet à la déportation ; dénoncé comme tel par la Municipalité de Saint-Pons (8 vendémiaire an VI, 29 septembre 1797). Ses biens avaient été mis sous le séquestre (le 9 ventôse an H, 27 février 1794).
Cf. Arch, de l'Hérault, L. 44^ bis.