IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Poî
chœur, sur papier vélin, pour Tusage du Chapitre. L'aîné, Jacques-Imberi né en 1738, plus intelligent, avait une âme forte et une pénétration remarquable. Il fit de bonnes études au collège d'Agdc et fut appelé fort jeune encore à un bénéfice vacant à la cathédrale. Etant diacre, il prit possession, au même chapitre, d'un titre canonical, que lui résigna un de ses proches parents. Il signa, comme tel, la dernière délibération du chapitre (9 octobre 1790). Sa pension avait été réglée à 1,504 livres, 9 sous, 6 deniers, et celle de son frère à 1.007 livres, 10 sous. Ils ne se trouvèrent pas moins sans la moindre ressource lorsqu'il leur fallut prendre le chemin de l'étranger.
Ils s'embarquèrent à Agde, le 8 août 1792, sur le même navire, avec un grand nombre d'autres ecclésiastiques, dont ils soutinrent par leur gaieté la joie de souffrir pour la Foi catholique. Après un court séjour à Nice (tombée au pouvoir des armées de la République), ils se rendirent à Rome, en compagnie de quelques Agathois. Cependant les troupes françaises approchaient de la ville éternelle ; les vivres étaient interceptés et Pie VI sur le point d'être dépossédé de ses Etats. Dans cette extrémité, le souverain pontife, après avoir donné aux courageux réfugiés de quoi se vêtir à la manière du clergé italien, se trouvant dans la nécessité de disperser les émigrés français dans d'autres parties de ses Etats, les deux abbés Jordan se retirèrent à Véroli, petite ville épiscopale.
L'évêque les reçut de son mieux et les envoya loger dans une communauté régulière, excessivement pauvre, où ils durent s'industrier pour se nourrir à leurs propres frais. Le plus jeune se chargea de faire la cuisine du petit ménage. L'évêque leur offrit d'user de ses pouvoirs extraordinaires pour les élever l'un et l'autre à la prêtrise, afin qu'ils trouvassent dans les honoraires des messes un moyen honnête de subsistance. Ils n'acceptèrent point ces honorables propositions et, se confiant toujours en la Providence, ils continuèrent à vivre de privations jusqu'au moment où ils s'embarquèrent pour Gênes.
Or, à ce moment, tout navire entrant dans le port de cette ville deve-
V Ancien Clergé du Diocèse ik Montpellier.
nait suspect. Les deux frères furent arrêtés et entérinés dans une prison destinée aux malfaiteurs, où ils ne trouvèrent qu'un peu de paille humide, une cruche d'eau et un morceau de pain. Leurs montres en or leur furent enlevées. On les laissa dans ce sombre réduit, plongés dans une cruelle incertitude sur le sort qu'on leur réservait. Ils y seraient peut-être morts de faim sans l'intervention bienveillante d'un ecclésiastique français qui, instruit de cet étrange procédé dont on usait envers ses compatriotes, alla se plaindre au gouverneur de la ville de l'injustice criante de la police et obtint leur élargissement. Ils purent alors rentrer en France. Mais par décision de l'Assemblée administrative du Département, 6 floréal an VI (25 avril 1798), ils furent placés sous la surveillance municipale. Cet arrêté fut transmis au Ministre de la police gêné raie le 22 frimaire an VII (12 décembre 1798).
Cf. Ms de Tabbé de Gohtn, p. 105. - - Archives du Département de l'Hérault, L.
]ORior,
Bernardin de l'abbaye de Valmagne, né dans la Franche-Comté, en 1721, suça avec le lait les principes de cette piété tendre qu'il conserva . toute sa vie. Touché de l'exemple de saint Bernard, il voulut se retirer comme lui dans la solitude et se consacrer à Dieu dans l'ordre de Cîteaux. Après l'année de son noviciat à Clairvaux, il fit ses vœux à l'âge de 2 1 ans. Aussitôt après sa profession, ses supérieurs l'envoyèrent à Tabbaye de Valmagne, où il passa la plus grande partie de sa vie. Il aimait la retraite de ce monastère et n'en sortait que fort rarement. Lors de la suppression de son ordre et de la vente de son monastère, il se trouva tout à coup dans le plus grand dénuement pour n'avoir pas voulu accepter les offres que lui faisait la Nation d'un traitement proportionné à son grand âge, en échange du serment qu'on lui demandait et qu'il ne voulut jamais prêter. Il resta d'abord à Valmagne, lui seul religieux, ses confrères s'étant retirés. Il continua d'y dire tous les jours la messe, jusqu'à ce que le curé intrus de Villeveyrac vint prendre possession de l'église du