IV. Les Martyrs et Confesseurs de la toi
ses ouailles. Il marqua sa prise de possession par un acte de munificence envers les pauvres de sa ville épiscopale par le payement d'une dette de 40.000 livres dont l'hospice Saint-Joseph était tenu vis-à-vis de lui, en sa qualité de successeur de M. de Bausset de Roquefort. Ce ne fut que le premier anneau de cette chaîne non interrompue de bonnes œuvres qui en marquèrent la durée. Sa fortune lui permettait d*être largement « aumônieux »; en effet, aux 60.000 livres de revenus annuels qu'il retirait de son évêché, il ajoutait 50.000 livres de son patrimoine et 10.000 livres de l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, bénéfice qu'il possédait en commende. Aussi versa-t-il l'argent à pleines mains dans le sein des pauvres et ne laissa-t-il passer aucune occasion de venir en aide à la classe ouvrière.
Ce fut dans une pensée charitable qu'il entreprit la construction d'une série de terrasses, destinées à mettre en communication le palais épiscopal avec le faubourg du Pont et qu'il renouvela du tout au tout son mobilier. Ce fut encore dans un but de salubrité publique qu'il supprima les cimetières, foyers d'infection, qui entouraient les églises, n'en voulant qu'un seul, situé sur une colline, au nord de la ville.
Avec une physionomie douce, des traits réguliers et un teint délicat, M. de Nicolay était le type de ces prélats du xviii* siècle, élégants, cultivés, modèles de leur clergé. Tout en lui prévenait en sa faveur et lui concilia l'estime et l'affection de ses diocésains. Ils le lui témoignèrent bien, à l'occasion des souffrances atroces qui le forcèrent à réclamer une opération de lithotricie. Le succès ayant couronné les manipulations habiles du chirurgien, celui-ci fut proclamé citoyen de la ville de Béziers, avec tous les droits de bourgeoisie (24 juin 1787).
Ami des sciences et de la littérature, il attira autour de lui les esprits les plus distingués. Il favorisa le développement et le progrès des études et en particulier pour ce qui tenait à la théologie, au droit civil et ecclésiastique, ainsi qu'aux mathématiques.
En 1788, il fut élu député à l'Assemblée de la sénéchaussée de
V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier,
Béziers, où il siégea avec les évêques de Saint-Pons et d' Agde ; mais lors de la convocation des Etats-généraux, en 1789, l'abbé Martin, curé de Saint-Aphrodise lui fut préféré, par suite des manœuvres qui avaient pour but de détacher le clergé du second ordre du corps épiscopal. Quelques mois plus tard, dans la malheureuse affaire connue sous le nom de massacre des gardes'sely Tévêque apparut comme un ange de paix. Il fit également entendre des paroles de conciliation lors de la suppression de son chapitre cathédral. Sa voix trouva de vibrants échos dans le cœur des prêtres, qui lui adressèrent, en réponse à la sienne, une lettre collective (26 octobre 1790) dont nous avons reproduit le texte dans notre Histoire religieuse.
Il ne tarda pas à être dénoncé à l'Assemblée Nationale par le Corps administratif du département de l'Hérault, comme refusant de se soumettre aux mesures prescrites pour la prompte exécution du décret relatif à la Constitution civile du clergé. Mgr de Nicolay répondit par une noble et énergique déclaration dont voici les dernières lignes : « Nous rendrons à Dieu ce qui appartient à Dieu ; nous soutiendrons avec courage, avec fermeté les intérêts de l'Eglise et n'écouterons jamais que la voix de la conscience quand il s'agira du devoir ».
Fatigué de la résistance de Tévêque de Béziers, le Corps administratif du département décida que sa déclaration serait dénoncée à l'Assemblée Nationale pour que celle-ci eût à prononcer sur les mesures à prendre afin de ne pas laisser plus longtemps le département « sans pasteur immédiat». Des écrits, on en vint à l'action. A Béziers comme dans les autres communes, on avait ouvert un registre à l'Hôtel-de- Ville pour recevoir les déclarations des ecelésiastiques relativement au serment . Le promoteur de Tévêché se présenta pour remettre celle de son supérieur. Le Corps municipal refusa de la recevoir et décida que « le sieur Nicolay » serait tenu de se rendre en personne au greffe de la mairie, à l'effet de transcrire lui-même sa déclaration sur le registre. Il répond à ces prétentions par une nouvelle lettre : « Je prêterai le serment d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, et de maintenir de tout mon pouvoir, en tout