IV. Les Martyrs et Confesseurs de la toi
ce qui est de Tordre politique, la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et sanctionnée par le Roi, exceptant formellement les objets qui dépendent essentiellement de l'autorité spirituelle. Mais j'ai l'honneur de vous déclarer que si Ton regardait mon serment comme insuffisant; que si, abusant du décret même de l'Assemblée nationale, en foulant aux pieds les principes de la religion et de la justice, on' me croyait déchu et dépossédé de mon siège; qu'en conséquence, on procédât à l'élcr.iDn d'un nouvel évêque des fidèles dont je suis chargé par l'Eglise, je ne m'en regarderais pas moins comme le premier pasteur du diocèse; que... le nouvel élu ne serait qu'un intrus, un faux pasteur sans mission, sans pouvoir, sans autorité... ».
Cette lettre est aussitôt déclarée inconstitutionnelle et on ne tarde pas à se mettre en mesure de punir son auteur par la destitution de son titre et de son siège. Maille courageux pontife adresse une lettre pastorale à ses diocésains, qui peut se résumer en ces mots : ... « Je vous le déclare de la part de Dieu, quelque événement qu'il arrive, je serai toujours votre évêque et votre seul évèque». Il est grossièrement sommé par la Municipalité de se présenter devant elle. Il refuse et, pendant la nuit, il se met en route pour TEspagne. Arrêté à Perpignan et ramené à Béziers, il est forcé de se rendre à l'Hôtel-de-Ville, où on lui délivre un passe-port. L'intrépide athlète se rend dans sa famille, à Paris, après vingt ans d'un glorieux épiscopat (17 avril i79i\
Afin d'échapper aux mesures vexatoires, il se réfugia d'abord dans les Pays-Bas autrichiens (septembre 1792), puis à Wésel, en Allemagne (décembre de la même année) et enfin à Florence, avec quelques ecclésiastiques de son diocèse. Tombé de l'opulence presque dans la misère, le noble fugitif se montra supérieur i\ l'adversité. Toutes ses préoccupations étaient pour ses pauvres prêtres. Sa correspondance, sous le pseudonyme de Joseph Strakini, témoigne de son grand désir de soulager ses compagnons d'infortune et l'impuissance absolue où il se trouvait de leur venir en aide. « Je n'ai point de chemises, écrit-il à un de
L* Ancien Clergé du Diocàe de Montpellier.
ses amis. Je porte des bas de laine, malgré les chaleurs excessives, et un très minime ordinaire est ma nourriture».
Au Concordat, il se démit conditionnellement de son évêché (17 octobre 1801) ; mais ne donna sa démission d'une manière définitive qu'après la suppression de son siège.
Il continua d'habiter Florence jusqu'en 18 13. A la rentrée de Louis XVIII, il revint à Paris, où il reçut de ce prince une pension annuelle de 12.000 francs; mais le changement de climat lui fut mortel. Il succomba à un violent catarrhe, à l'âge de 76 ans, portant toujours à ses anciens diocésains le plus tendre intérêt et laissant à sa famille, pour toute fortune, son portrait, peint à Florence, en 181 r, par M. Fabre, le fondateur du Musée de Montpellier.
Ses obsèques, modestes (suivant sa recommandation expresse), furent honorées de la présence de plusieurs évêques. Au cimetière de Vaugirard, on grava sur une plaque de marbre cette inscription : « Ici repose xAymard-Claude de Nicolay, évéqtu de ^Bé^iers^ pire des pauvres ^ décidé le 23 janvier iSij.
Il y a quelques années, le clergé de Béziers, désireux de rappeler aux générations nouvelles le souvenir de l'illustre pontife, plaça dans le cloître de Saint-Nazaire, uue plaque de marbre sur laquelle sont gravés ces mots : « Mémorise %everendissimi KÂymardi-Claudii de Nicolat, Biterrensium Episcoporum tiltimi, ipsa extenta sede per Concordatum Callicum anni 1801 ».
Cf. Arch. de l'Hérault, Fonds de V Evêché et des Chapitres de BéT^iers; — Maffre de FoNTjOYE, Be'iiers il y a cent ans, p 74 et suiv.; — Sabatier, Histoire de la Ville et des Evêques de "Béliers ; — Soucaillk, Etat de la ville de Béliers en JjS^; — A. Fabrégat, Vie de Mgr de Nicolay ; — Fisquet, La France Tontificale, Diocèse de Béliers ; — F. Saurel, Hist, relig. du département de l'Hérault, IV, 239.